La Place Saint-Jean-de-Latran

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Poésies de Sully Prudhomme
Alphonse Lemerre, éditeur, 1872 (1866-1872, pp. 105-106).
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Au mois de novembre, à midi,
Je foulais cette large place
Au sol vague, formant terrasse
Sur la campagne à l’infini.

A gauche, un aqueduc s’allonge
Par-dessus les plis du désert
Et dans les montagnes se perd
Aussi loin que le regard plonge ;

Vieil échanson que n’use point
La soif des races, il commence
A mes pieds par une arche immense
Et finit là-bas par un point…

A droite, des vergers, des vignes,
Des toits plats, des murs blancs, des pins,
Et, tout au loin, les monts Sabins
Aux sereines et fermes lignes.


Tel le fond d’un lac azuré,
A travers l’eau tranquille et belle,
Voilé, mais non terni par elle,
Semble grandir transfiguré ;

Tel, dans les campagnes romaines,
Sous la fine écharpe de l’air
Paraît plus doux et non moins clair,
Et plus grand, l’horizon des plaines ;

Et cet air magique et subtil
Est tiède : ici l’été s’achève
Comme un printemps nouveau qui rêve
En attendant son mois d’avril.


Rome, novembre 1866.

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