La Terreur blanche
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- Messieurs les conservateurs,
- Vous le grand parti de l’Ordre,
- Procédons, plus de lenteur !
- L’hydre peut encor nous mordre.
- On a pris Paris et huit jours durant
- Par la mitrailleuse on sut faire grand,
- Taper dans le tas, c’était à se tordre,
- Mais fallait finir comme on commença.
- Fusillez-moi ça !
- Fusillez-moi ça !
- Pour l’amour de Dieu, fusillez-moi ça !
- Dans les premiers jours d’exploit
- On n’a pas manqué de touches,
- Quand on relit le Gaulois,
- L’eau vous en vient à la bouche.
- Parlez-moi des gens comme Galliffet :
- Avec la canaille, il va droit au fait,
- Mais l’esprit public d’un rien s’effarouche.
- Bref ! Dans les pontons, on les entassa !…
- Fusillez-moi ça !
- Fusillez-moi ça !
- Pour l’amour de Dieu, fusillez-moi ça !
- Dès qu’on juge, c’est gâché,
- On tombe dans le vulgaire.
- Ils sont en papier mâché
- Vos fameux conseils de guerre !
- Pourquoi les Gaveaux, les Boisdenemets,
- Vous embarquez-vous dans les si, les mais ?
- La peine de mort encor ce n’est guère,
- Mais pas de Cayenne ou de Lambessa,
- Fusillez-moi ça !
- Fusillez-moi ça !
- Pour l’amour de Dieu, fusillez-moi ça !
- Quels lâches, que ces meneurs,
- Ils ont gagné la frontière.
- C’était tous des souteneurs
- Et des rôdeurs de barrière,
- Des joueurs de vielle et des vidangeurs.
- Que d’argent trouvé sur ces égorgeurs !
- C’est vingt millions qu’emportait Millière,
- Enfin Delescluze était un forçat.
- Fusillez-moi ça !
- Fusillez-moi ça !
- Pour l’amour de Dieu, fusillez-moi ça !
- Quoi ! Rochefort qui traita,
- Dans ces immondes sornettes,
- Un illustre homme d’Etat,
- De vieux serpent à lunettes !
- L’homme à la Lanterne, un esprit cassant,
- Marquis journaliste et buveur de sang,
- Quoi, vous le tenez dans vos mains honnêtes,
- Ce petit monsieur qui nous agaça.
- Fusillez-moi ça !
- Fusillez-moi ça !
- Pour l’amour de Dieu, fusillez-moi ça !
- Les petits sont pétroleurs
- Dans le ventre de leur mère ;
- Pour supprimer ces voleurs
- Nul moyen n’est trop sommaire.
- Exemple : à Montmartre un mâle étant mort,
- La femelle en pleurs s’élance et nous mord ;
- Bien qu’elle fût pleine, on prit la commère :
- A faire coup double, elle nous força.
- Fusillez-moi ça !
- Fusillez-moi ça !
- Pour l’amour de Dieu, fusillez-moi ça !