Lady Susan

La bibliothèque libre.
 
Aller à : navigation, rechercher

Traduction en cours

Cette page est consacrée à la traduction en français de Lady Susan. Si vous souhaitez participer à la traduction, il vous suffit d’éditer cette page. Merci de corriger les erreurs que vous pourrez y trouver.


Jane Austen
Trad. Wikisource
Lady Susan – Lady Susan
1794, publié en 1871
Livre entier


Lady Susan


I


Lady Susan Vernon à Mr. Vernon


Langford, Dec.


Mon cher frère, — Je ne peux me refuser plus longtemps le plaisir de profiter de l’aimable invitation, que vous me fîtes lorsque nous nous séparâmes, de passer quelques semaines avec vous à Churchhill, et donc, s’il vous convient, à vous et à Mrs. Vernon de me recevoir à présent, je puis espérer être présentée d’ici quelques jours à une sœur dont je désire depuis si longtemps de faire la connaissance. Mes bons amis, ici, sont des plus affectueusement pressants pour que je prolonge mon séjour, mais leur hospitalité et joyeuses dispositions les entrainent trop dans le monde pour que cela convienne à ma présente situation et état d’esprit ; et j’attends avec impatience le moment où je serai admise dans votre délicieuse retraite.

Il me tarde d’être connue de vos chers enfants, dans les cœurs desquels, je serai très désireuse d’obtenir une place. Je vais très bientôt avoir besoin de toutes mes forces, car je suis sur le point de me séparer de ma propre fille. La longue maladie de son cher père m’empêcha de lui donner toute l’attention que le devoir et l’affection m’auraient dicté, et j’ai trop de raisons de craindre que la gouvernante aux soins de laquelle je l’ai confiée, a inégalement assumé sa charge. J’ai donc décidé de la placer dans l’une des meilleures écoles de la ville, où j’aurai l’occasion de la laisser à l’occasion du trajet pour aller chez vous. Je suis déterminée, voyez-vous, à ne pas me voir refusée à Churchhill. Cela serait en effet des plus douloureux que de savoir qu’il n’est pas en votre pouvoir de me recevoir.

Votre sœur très obligée et affectueuse,

S. Vernon.



II


Lady Susan Vernon à Mme Johnson
Langford

Vous vous êtes trompée, ma chère Alicia, en me supposant fixée à cet endroit pour le reste de l’hiver : cela m’attriste de vous dire combien vous vous trompiez, car j’ai rarement passé trois mois plus agréables que ceux qui viennent de s’envoler. À l’heure actuelle, rien ne se passe bien, les femmes de la famille sont liguées contre moi. Vous prédîtes ce qu’il en serait quand je suis arrivée à Langford la première fois, Manwaring est si extraordinairement plaisant que ce n’est pas sans risque[1] pour moi-même. Je me souviens de m’être dit, à mon arrivée en cette maison : “ J’aime cet homme, Dieu veuille qu’aucun mal n’en survienne [2] ” Mais j’étais déterminé à être discrète, de garder à l’esprit mon état de fraîche[3] veuve de quatre mois, et d’être aussi tranquille que possible. Et je l’ai été, ma chère créature ; je n’ai admis les attentions de personne, excepté celles de Manwaring. J’ai évité de quelque manière que ce fût tout flirt [4], je n’ai d’ailleurs distingué aucune créature, de tous ceux fréquentant le lieu, à l’exception de Sir James Martin, à qui je je donnait une légère préférence[5] afin de le détacher de Miss Mainwaring, mais là, si le monde pouvait en connaître la raison, il le porterait à mon crédit. J’ai été appelé une méchante mère, mais c’était les impulsions de l’affection maternelle, c’était l’intérêt de ma fille qui m’ont conduit [6], et si cette fille n’était pas la plus grande nigaude qu’ait porté [7] la terre, j’aurais pu être récompensée de mes efforts comme il se doit.

Sir James m’a fait une proposition de mariage pour Frederica, mais Frederica, qui était née pour être le tourment de ma vie, a choisi de se définir si violemment[8] contre cette union que j’ai pensé qu’il valait mieux laisser de côté ce plan [9] pour le moment. Je me suis plus d’une fois repentie de ne l’avoir pas épousé moi-même, et s’il n’avait été seulement que d’un degré moins méprisablement faible, je l’aurais certainement fait ; mais je dois m’avouer plutôt romantique, à cet égard, et que les richesses seules ne peuvent me satisfaire. Le résultat de tout ceci est très contrariant : Sir James est parti, Maria très irritée, et Mme Mainwaring insupportablement jalouse ; tellement jalouse, en somme, et si en colère contre moi, que, dans la fureur de sa colère, je ne serais pas surprise qu’elle fasse appel à son tuteur, si elle avait le droit de s’adresser à lui ; mais en l’occurrence, votre mari est mon ami ; et l’action la plus gentille, la plus gracieuse de sa vie fût de la renier pour toujours à son mariage. Entretenez donc son ressentiment, je vous en charge. Nous sommes maintenant dans un triste état, pas de maison n’a été de plus en plus altérée ; toute la compagnie est en guerre, et Mainwaring ose à peine me parler. Il est temps pour moi de partir, je me suis donc déterminée à les quitter, et à passer, je l’espère, un jour de confort[10] avec vous à la ville dans le cours de cette semaine. Si je suis aussi peu en faveur auprès de M. Johnson que jamais, il faut venir me voir au 10 rue Wigmore ; mais j’espère que ce ne sera pas le cas, pour ce que M. Johnson, avec tous ses défauts, est un homme à qui ce grand mot de “ respectable ” est toujours donné, et je suis connue pour être tellement intime avec sa femme, son mépris pour moi est proprement inconvenant.

Je mets Londres sur le trajet pour cet endroit insupportable, un village de campagne ; car je vais vraiment à Churchhill. Pardonnez-moi, ma chère amie, c’est ma dernière ressource. S’il y avait un autre endroit en Angleterre qui me soit ouvert, je le préférerais. Charles Vernon est mon aversion, et j’ai peur de sa femme. À Churchhill, cependant, je dois rester jusqu’à ce que j’aie quelque chose de mieux en vue. Ma jeune lady m’accompagne à la ville, où je la déposerai[11] à la garde de Miss Summers, à Wigmore Street, jusqu’à ce qu’elle devienne un peu plus raisonnable. Elle se fera de bonnes relations là, car les pensionnaires y sont toutes des meilleures familles. La dépense est immense, et bien au-delà de ce que je peux toujours essayer de payer.

Adieu, je vous enverrai une ligne[12] dès que j’arrive en ville.

Toujours à vous, S. Vernon.



III


Mme Vernon à Lady De Courcy
Churchhill

Ma chère Mère, — Je suis désolée de vous dire qu’il ne sera pas en notre pouvoir de tenir notre promesse de passer Noël avec vous, et on nous a privé de ce bonheur par une circonstance qui n’est en rien susceptible de nous réconforter[13]. Lady Susan, dans une lettre à son beau-frère, a déclaré son intention de nous rendre visite presque immédiatement[14], et comme une telle visite est selon toute probabilité, une simple affaire de commodité, il est impossible de conjecturer de sa longueur[15]. Je n’étais nullement préparée pour un tel événement, pas plus que je ne puis expliquer la conduite de milady ; Langford paraissait exactement l’endroit fait pour elle à tous égards, aussi bien par le style de vie élégant et coûteux, que par son attachement particulier à M. Manwaring, — si bien que j’étais très loin de m’attendre à une si prompte distinction, bien que j’ai toujours imaginé de son amitié croissante pour nous, depuis la mort de son mari, que nous devrions, à quelque période prochaine, être obligés de la recevoir. M. Vernon, je pense, a été beaucoup trop gentil avec elle quand il était dans le Staffordshire ; son comportement vis à vis de lui, indépendamment de son caractère en général, a été si inexcusablement astucieuse et peu généreuse, depuis que notre mariage a été en pourparler [16] qu’une personne moins aimable et douce que lui-même n’aurait pu négliger [17] tout cela, et si, en tant que veuve de son frère, et dans des circonstances limitées, il était approprié de lui fournir une aide pécuniaire, je ne peux pas m’empêcher de penser que l’invitation pressante qu’il lui a faite, de nous rendre visite à Churchhill, était parfaitement inutile[18]. Prédisposé, cependant, comme il l’est toujours à penser le meilleur de chacun, devant l’étalage de chagrin de Lady Susan, ses professions de regret, et ses résolutions générales de prudence, furent suffisantes pour adoucir son cœur et faire confiance à sa sincérité, mais, pour ma part, je ne suis toujours pas convaincue, et probablement depuis que Sa Grâce a écrit, je ne pourrais pas me faire une opinion tant que je n’aurais pas compris son intention à venir chez nous. Vous pouvez donc le deviner, ma chère madame, avec quels sentiments [19] j'attends son arrivée. Elle aura l'occasion d'user de tous les pouvoirs d'attraction, pour lesquels elle est célébrée, pour gagner ma considération ; et je vais certainement essayer de me prémunir contre leur influence, si elle ne les accompagne pas de quelque chose de plus substantiel. Elle exprime un désir empressé de m'être présentée, et fait mention de mes enfants de manière très gracieuse, mais je ne suis pas assez faible pour supposer qu'une femme qui s'est comporté avec inattention, sinon avec malveillance avec sa propre enfant, puisse être attachée à l'un des miens. Mlle Vernon doit être placée dans une école à Londres, avant que sa mère ne vienne chez nous, ce dont je suis heureuse pour elle comme pour moi. Il ne peut être qu'à son avantage d'être séparée de sa mère, et une fille de seize ans qui a reçu une éducation si misérable ne pourrait pas être un compagnon très souhaitable ici. Reginald a longtemps souhaité, je sais, de voir la captivante Lady Susan, et nous comptons sur sa venue bientôt. Je suis heureuse d'apprendre que mon père se porte si bien, et je suis, avec ma meilleure affection, etc,

Catherine Vernon.



IV


Mr. de Courcy à Mme Vernon


Parklands.

Ma chère sœur, — Je vous félicite ainsi que M. Vernon d’être sur le point de recevoir, dans votre famille, la coquette la plus accomplie d’Angleterre. J’ai toujours été amené à la considérer comme une séductrice distinguée[20], mais j’ai eu récemment à entendre certains détails de sa conduite à Langford, qui prouvent qu’elle ne se borne pas au genre de flirt honnête qui satisfait la plupart des gens, mais qu’elle aspire à la satisfaction plus délectable de rendre toute une famille malheureuse. Par sa conduite envers M. Mainwaring, elle a rendue son épouse jalouse et misérable, et par ses attentions envers un jeune homme, précédemment dévoué à la sœur de M. Mainwaring, a privé une aimable fille de son amoureux.

J’ai appris tout cela de M. Smith, aujourd’hui dans le voisinage (j’ai dîné avec lui, à Hurst et Wilford), qui est tout juste de retour de Langford, où il a passé quinze jours avec sa Seigneurie, et qui est donc des plus qualifié pour en parler.

Quelle femme elle doit être ! Il me tarde de la voir, et accepterai certainement votre aimable invitation, que je puisse me faire une idée de ces pouvoirs envoûtants qui peuvent faire tant — engager dans le même temps, et dans la même maison, l’affection de deux hommes, qui n’ont aucun ni l’un ni l’autre la liberté de l’accorder — et tout cela sans le charme de la jeunesse ! Je suis heureux d’apprendre que Mlle Vernon n’accompagne pas sa mère à Churchhill, de fait elle n’a pas même ses manières[21] pour la recommander, et selon le récit de M. Smith, elle est tout aussi terne que fière. Où l’orgueil et la bêtise s’unissent, il ne peut y avoir de dissimulation conforme à la dignité qui ne se remarque[22], et Miss Vernon sera sans doute tenue en un implacable mépris ; mais par tout ce que je peux comprendre Lady Susan possède un degré de tromperie captivante qu’il doit être agréable d’observer et détecter. Je serai avec vous très bientôt, et je suis toujours

Votre affectionné frère,
R. de Courcy.



V


Lady Susan Vernon à Mme Johnson
Churchhill.

J’ai reçu votre billet, ma chère Alicia, juste avant que je ne quitte la ville, et me réjouis d’être assurée que M. Johnson n’a rien soupçonné de votre engagement de la veille. Il est indubitablement préférable de le tromper complètement, et comme il est devenu entêté, il doit être dupé. Je suis arrivée ici en confiance[23], et n’ai aucune raison de me plaindre de l’accueil de M. Vernon ; mais je confesse de n’être pas également satisfaite de l’attitude de sa femme. Elle est parfaitement bien élevée, en effet, et a l’air d’une femme à la mode, mais ses manières ne sont pas comme elle le devrait pour me convaincre qu’elle m’est favorablement prédisposée[24]. Je voulais qu’elle soit enchantée[25] de me voir. J’ai été aussi aimable que possible en cette occasion, mais en vain[26]. Elle ne m’aime pas. Pour être honnête, lorsque l’on considère que j’ai pris quelque peine pour empêcher mon beau-frère de l’épouser, ce manque de cordialité n’est pas très étonnant, et pourtant il montre un esprit intolérant et vindicatif de m’en vouloir d’un projet qui m’a guidé il y a de cela six ans, et qui n’a pas réussi au final[27].

Je suis parfois disposée à me repentir de ce que je n’ai pas laissé Charles acheter Vernon Castle, quand nous étions obligés de le vendre ; mais c’était une circonstance douloureuse, d’autant que la vente a eu lieu exactement au moment de son mariage ; et tout le monde doit respecter la délicatesse de sentiment qui ne permettait pas que la dignité de mon mari fut diminuée par un frère cadet entrant en possession de la propriété familiale. Les choses auraient elles pu être arrangées de manière à éviter la nécessité de notre départ du château, aurions nous pu vivre avec Charles et le conserver célibataire, que j’aurais été très loin de convaincre mon mari d’en user autrement ; mais Charles était sur le point d’épouser Mlle De Courcy, et les événements m’ont justifiée. Ici les enfants sont en abondance[28], et quel avantage me serait échu du fait qu’il eut acheté Vernon ? De l’avoir empêché, a peut-être donné à sa femme une impression défavorable, mais où il y a une pré-disposition à ne pas aimer[29], un motif ne fera jamais défaut, et sur les questions d’argent cela ne l’a pas empêché, lui, de m’être très utile [30]. J’ai vraiment de l’estime pour lui, il est si facilement influençable [31]! La maison est de bonne facture, les meubles sont au gout du jour[32], et tout annonce abondance et élégance. Charles est très riche, j’en suis sûre ; quand un homme a enfin mis son nom dans celui d’une banque, il roule sur l’or ; mais ils ne savent pas que faire avec, ils se limitent à une petite compagnie [33], et ne vont jamais à Londres hormis pour les affaires[34]. Nous serons aussi stupide que possible. J’ai l’intention de gagner le cœur de ma belle-sœur au travers des enfants : je connais tous leurs noms déjà, et je vais m’attacher avec la plus grande sensibilité à l’un d’eux en particulier, un jeune Frédéric, que je prends sur mes genoux et dont je pleure le cher oncle.

Pauvre Mainwaring ! Je n’ai pas besoin de vous dire combien je m’ennuie de lui, combien il est perpétuellement dans mes pensées. J’ai trouvé à mon arrivée ici, une lettre de lui, fort triste, pleine[35] des plaintes de sa femme et sa sœur, et des lamentations sur la cruauté de son sort. J’ai fait passer sa lettre pour celle de sa femme, aux Vernon, et quand je lui écris cela doit être sous couvert de vous.

Votre dévouée,
S. Vernon



VI


Mrs Vernon à M. De Courcy
Churchhill.

Eh bien, mon cher Réginald, j’ai vu cette créature dangereuse, et doit vous en donner une description, mais j’espère que vous serez bientôt en mesure de former votre propre jugement. Elle est vraiment excessivement jolie, mais vous pouvez prendre le parti de vous interroger sur les séductions d’une femme plus toute jeune, je dois, pour ma part, déclarer que j’ai rarement vu une femme aussi ravissante que Lady Susan. Elle est délicatement proportionnée, aux beaux yeux gris et longs cils noirs, et de son apparence on ne lui donne pas plus de vingt-cinq, bien qu’elle doit en réalité être de dix ans plus âgée. Je n’étais certainement pas disposée à l’admirer, même si j’ai toujours entendu dire qu’elle était belle, mais je ne peux pas m’empêcher de penser qu’elle possède une rare combinaison de symétrie, d’éclat et de grâce. Son attitude envers moi était si douce, franche, et même affectueuse, que, si je n’avais pas su combien elle m’a toujours détestée pour avoir épousé M. Vernon, et que nous ne nous étions jamais rencontrées auparavant, j’aurais imaginé qu’elle m’était une amie très proche. Il est pertinent, je crois, de lier confiance en soit[36] avec coquetterie, et de s’attendre à ce qu’une conduite impudente [37] aille de pair avec un esprit impudent ; a minima, j’étais préparée à trouver chez Lady Susan un aplomb démesuré ; mais son attitude[38] est absolument douce, sa voix et ses manières affriolement suaves[39]. Je suis désolée qu’il en soit ainsi, car qu’est ce que cela, si ce n’est de la tromperie ? Malheureusement, on la connaît trop bien. Elle est habile et agréable, a toute la connaissance du monde qui facilite la conversation, et parle très bien avec une maitrise heureuse de la langue, qui est trop souvent utilisée, je crois, à faire prendre des vessies pour des lanternes. Elle aurait déjà presque failli me convaincre de sa tendre affection pour sa fille, si je n’avait été depuis longtemps convaincue du contraire. Elle parle d’elle avec tant de tendresse et d’anxiété, se lamentant amèrement sur son éducation négligée, qu’elle présente cependant comme entièrement inévitable, que je suis obligée de me rappeler combien de printemps successifs Sa Seigneurie a passé en ville, tandis que sa fille était laissée dans le Staffordshire aux soins des domestiques, ou d’une gouvernante tout au mieux, pour éviter d’accroire à ce qu’elle dit.

Si ses manières ont une si grande influence sur mon cœur plein de ressentiment, vous pouvez juger combien plus vivement elles opèrent sur le caractère généreux de M. Vernon. Je voudrais pouvoir être aussi satisfaite qu’il l’est, de ce que c’était vraiment son choix de quitter Langford pour Churchhill ; et si elle n’était pas restée là pendant des mois avant de découvrir que la manière de vivre de ses amis ne convenait pas à sa situation ou ses sentiments, j’aurais pu croire que son anxiété suite à la perte d’un mari tel que M. Vernon, envers qui son comportement fut loin d’être irréprochable, aurait pu pendant un certain temps lui donner un désir de retraite. Mais je ne peux pas oublier la longueur de sa visite chez les Mainwarings ; et quand je réfléchis au mode de vie si différent qu’elle a mené avec eux de celui auquel elle doit à présent se soumettre, je ne peux que supposer que le souhait de rétablir sa réputation en suivant si tard la voie de la bienséance, a occasionné son retrait d’une famille où elle a dû, en réalité, être particulièrement heureuse. L’histoire de votre ami, M. Smith, cependant, ne peut pas être tout à fait correcte, car elle correspond régulièrement avec Mme Mainwaring. En tout cas, ce doit être exagéré. Il n’est guère possible que deux hommes à la fois, soient si entièrement trompé par elle.

Votre, etc,
Catherine Vernon.





VII


Lady Susan Vernon à Mme Johnson
Churchhill.

Ma chère Alicia, — Vous êtes trop bonne de vous préoccuper de[40] Frederica et je vous en suis reconnaissante comme d’une marque d’amitié ; mais comme je n’ai pas le moindre doute sur la chaleur de votre affection, je suis bien loin d’exiger un si lourd sacrifice. C’est une fille stupide, qui n’a rien pour la recommander. Je ne voudrais pas, par conséquent, à cause de moi, vous encombrer ne serait qu’un moment de votre précieux temps, en l’envoyant chercher rue Edward, d’autant que chaque visite va à l’encontre de la grande affaire d’éducation, que je souhaite vraiment favoriser en la laissant chez Mlle Summers. Je veux qu’elle joue et chante avec un minimum de goût et une bonne dose d’assurance, puisqu’elle a ma main, mon bras et une voix tolérable. J’ai été tellement gâtée durant mon enfance[41] que je n’ai jamais été obligée à faire attention[42] à quelque chose, et par conséquent suis sans les accomplissements qui sont maintenant nécessaires pour parfaire une jolie femme. Non pas que je sois un défenseur de cette mode qui prévaut et qui demande d’acquérir une parfaite connaissance de toutes les langues, les arts et les sciences. C’est gaspiller son temps que d’être maîtresse en français, italien et allemand ; la musique, le chant et le dessin, etc, apporterons à une femme quelques applaudissements, mais n’ajouteront pas un amant à sa liste — la grâce et les manières, après tout, sont de la plus haute importance. Je ne veux pas dire, par là, que les savoirs de Frederica dussent être plus que superficiels, et je me flatte qu’elle ne restera pas assez longtemps à l’école pour comprendre quoi que ce soit en détail[43]. J’espère la voir, épouse de Sir James, en moins de douze mois. Vous savez sur quoi je fonde mon espoir, et c’est certainement une bonne base, car l’école doit être très humiliant pour une fille de l’âge de Frederica. Et soit dit en passant, vous feriez mieux de ne plus l’inviter dans cette optique, puisque je souhaite qu’elle trouve sa position[44] aussi désagréable que possible. Je suis assurée de Sir James en tout moment, et que je pourrai lui faire renouveler sa demande sur un mot[45]. Je vous demanderai pendant ce temps de l’empêcher, quant à lui, de former toute autre attachement lors de son séjour en ville. Invitez-le chez vous de temps en temps, et parlez lui de Frederica, qu’il ne puisse pas l’oublier. En somme, j’applaudis ma conduite en cette affaire au plus haut point, et la considère comme une preuve très heureuse de ma circonspection et de ma tendresse. Certaines mères auraient insisté pour que leur fille accepte une offre aussi avantageuse dès la première ouverture ; mais je ne pouvais pas me réconcilier avec l’idée de forcer Frederica à un mariage qui lui révoltait le cœur, et au lieu d’adopter une mesure si dure, je me suis simplement contenté de l’amener à en faire son propre choix, en la rendant tellement mal à l’aise, jusqu’à ce qu’elle l’accepte — Mais assez parlé de cette fille ennuyeuse. Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/39 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/40 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/41 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/42 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/43 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/44 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/45 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/46 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/47 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/48 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/49 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/50 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/51 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/52 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/53 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/54 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/55 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/56 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/57 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/58 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/59 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/60 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/61 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/62 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/63 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/64 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/65 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/66 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/67 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/68 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/69 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/70 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/71 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/72 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/73 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/74 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/75 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/76 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/77 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/78 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/79 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/80 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/81 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/82 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/83 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/84 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/85 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/86 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/87 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/88 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/89 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/90 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/91 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/92 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/93 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/94 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/95 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/96 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/97 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/98 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/99 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/100 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/101 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/102 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/103 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/104 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/105 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/106 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/107 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/108 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/109 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/110 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/111 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/112 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/113 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/114 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/115 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/116 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/117 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/118 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/119 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/120 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/121 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/122

CONCLUSION

Cette correspondance, par la réunion de certains des protagonistes, et la séparation de certains autres, ne put, au grand détriment des revenus de l'Office des Postes, être poursuivie plus longtemps. Très peu d'aide à l'État dériva de la relation épistolaire entre Mme. Vernon et sa nièce ; car la première s'aperçut rapidement, par le style des lettres de Frederica, qu'elles étaient écrites sous le contrôle de sa mère ! et par conséquent, remit toute investigation au moment où elle pourrait la faire en personne à Londres, cessant d'écrire assidûment ou souvent. En ayant appris suffisamment entre temps, de son frère au tempérament si ouvert, de ce qui s’était réellement passé entre lui et Lady Susan, pour la faire sombrer encore plus dans son opinion, elle était plus anxieuse encore, de retirer Frederica d'une telle mère, et de la placer sous sa propre protection ; et néanmoins avec très peu d'espoir de succès, était résolue de ne rien laisser de côté qui put offrir une chance d'amener sa belle-sœur à y consentir. Son anxiété sur ce sujet la fit presser pour une proche visite ; et Mr. Vernon, qui, comme il était déjà apparu, Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/124 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/125 Page:Austen Lady Susan Watson Letters.djvu/126 Le monde doit juger selon les probabilités ; il n’y avait rien contre elle, que son mari et sa conscience. Sir James peut sembler en avoir retiré beaucoup plus de mal que sa folie ne méritait ; je le laisse, par conséquent, à toute la pitié que quiconque pourra lui donner. Pour ma part, j’avoue que je ne peux éprouver de la pitié que pour Miss Mainwaring, qui, venant à la ville, et se mettant en frais de vêtements qui l'appauvrirent pour deux ans, dans le but de se l’assurer, a été frustrée de son dû par une femme de dix ans plus âgée qu’elle.



  1. crainte
  2. prions Dieu qu’aucun mal…
  3. jeune, récente… de fraîche date
  4. J’ai évité tout flirt en général quoiqu’il en soit
  5. une petite attention
  6. jusqu’à présent
  7. sur , de
  8. a pris un parti si violent
  9. plan, projet, complot, intrigue
  10. plaisir bonheur
  11. laisserai
  12. un mot
  13. d’en faire amende honorable
  14. dans l’instant
  15. d’en prévoir la durée
  16. agitation - débat -les prémices
  17. passer par dessus
  18. inapproprié, exagérée
  19. d’impatience
  20. éminente, distinguée flirteuse
  21. façons
  22. dissimulation digne/méritoire/louable avis/remarque/attention
  23. sécurité
  24. favorablement disposée vis à vis de moi, prévenue en ma faveur
  25. ravie
  26. en pure perte
  27. et qui au final a échoué
  28. Ils ont des enfants en abondance
  29. détester
  30. favorable secourable
  31. manipulé
  32. à la mode
  33. ils gardent une petite société
  34. si ce n’est pour le travail
  35. emplie
  36. applomb
  37. effrontée, insolente
  38. contenance
  39. d’une suavité attirante
  40. faire attention à
  41. mes années d’enfance
  42. assister, atteler, endurer
  43. à fond, en profondeur, parfaitement
  44. situation
  45. par une ligne