Le Faiseur de cercueils

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Œuvres poétiques de Joséphin Soulary
Alphonse Lemerre, éditeur, s.d. (1re partie, p. 210).
Le Faiseur de cercueils




CLXXXVI

LE FAISEUR DE CERCUEILS



Le charpentier des morts sommeille. Il est minuit.
Tout à coup l’établi poudreux craque, et les planches
S’agitent çà et là comme autant d’ombres blanches.
« Oh ! dit-il fou de peur, qui fait ce méchant bruit ? »

Là-bas, dans ce coin sombre où leur acier reluit,
Grincent la lime rude et la scie aux dents franches ;
Les ciseaux dans le bois ont fait crier leurs tranches ;
Le rabot a sifflé ; mais qui donc les conduit ?

Le sapin s’équarrit, se charpente et se change
Sous d’invisibles mains en quelque chose étrange ;
C’est long, lourd, et béant. — Un fantôme apparaît :

« Ohé ! maître, debout ! Tes morts t’ont fait ta bière ! »
Le coq chante. Il s’éveille. — Il est au cabaret.
« Debout ! criait sa femme ; ohé ! vieux sac à bière ! »