Le Lion et le Rat
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Le Lion & le Rat.
XII.
La Colombe & la Fourmy.
Il faut autant qu’on peut obliger tout le monde.
On a ſouvent beſoin d’un plus petit que ſoy.[ 110 ]
De cette verité deux Fables feront foy,
Tant la choſe en preuves abonde.
Entre les pattes d’un Lion,
Un Rat ſortit de terre aſſez à l’étourdie.
Le Roy des animaux en cette occaſion
Montra ce qu’il eſtoit, & luy donna la vie.
Ce bienfait ne fut pas perdu.
Quelqu'un auroit-il jamais crû
Qu’un Lion d’un Rat eût affaire ?
Cependant il avint qu’au ſortir des foreſts,
Ce Lion fut pris dans des rets,
Dont ſes rugiſſemens ne le pûrent défaire.
Sire Rat accourut ; & fit tant par ſes dents,
Qu’une maille rongée emporta tout l’ouvrage.
Patience & longueur de temps
Font plus que force ny que rage.
[ 111 ]
L’autre exemple eſt tiré d’animaux plus petits.
Le long d’un clair ruiſſeau beuvoit une Colombe :
Quand ſur l’eau ſe panchant une Fourmy y tombe.
Et dans cet Ocean l’on euſt vû la Fourmy
S’efforcer, mais en vain, de regagner la rive.
La Colombe auſſi-toſt uſa de charité.
Un brin d’herbe dans l’eau par elle eſtant jetté,
Ce fut un promontoire où la Fourmy arrive.
Elle ſe ſauve ; & là-deſſus
Paſſe un certain Croquant qui marchoit les pieds nus.
Ce Croquant par hazard avoit une arbaleſte.[ 112 ]
Dés qu’il void l’Oiſeau de Venus
Il le croit en ſon pot, & déja luy fait feſte.
Tandis qu’à le tuer mon Villageois s’appreſte,
La Fourmy le picque au talon.
Le Vilain retourne la teſte.
La Colombe l’entend, part, & tire de long.
Le ſouper du Croquant avec elle s’envole :
Point de Pigeon pour une obole.