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[modifier] Acte premier
[modifier] Scène première
HORTENSE, MARTON
MARTON
Eh bien, Madame, quand sortirez-vous de la rêverie où vous êtes ? Vous m'avez appelé, me voilà, et vous ne me dites mot.
HORTENSE
J'ai l'esprit inquiet.
MARTON
De quoi s'agit-il donc ?
HORTENSE
N'ai-je pas de quoi rêver ? on va me marier, Marton.
MARTON
Eh vraiment, je le sais bien, on n'attend plus que votre oncle pour terminer ce mariage ; d'ailleurs, Rosimond, votre futur, n'est arrivé que d'hier, et il faut vous donner patience.
HORTENSE
Patience, est-ce que tu me crois pressée ?
MARTON
Pourquoi non ? on l'est ordinairement à votre place ; le mariage est une nouveauté curieuse, et la curiosité n'aime pas à attendre.
HORTENSE
Je différerai tant qu'on voudra.
MARTON
Ah ! heureusement qu'on veut expédier !
HORTENSE
Eh ! laisse-là tes idées.
MARTON
Est-ce que Rosimond n'est pas de votre goût ?
HORTENSE
C'est de lui dont je veux te parler. Marton, tu es fille d'esprit, comment le trouves-tu ?
MARTON
Mais il est d'une jolie figure.
HORTENSE
Cela est vrai.
MARTON
Sa physionomie est aimable.
HORTENSE
Tu as raison.
MARTON
Il me paraît avoir de l'esprit.
HORTENSE
Je lui en crois beaucoup.
MARTON
Dans le fond, même, on lui sent un caractère d'honnête homme.
HORTENSE
Je le pense comme toi.
MARTON
Et, à vue de pays, tout son défaut, c'est d'être ridicule.
HORTENSE
Et c'est ce qui me désespère, car cela gâte tout. Je lui trouve de si sottes façons avec moi, on dirait qu'il dédaigne de me plaire, et qu'il croit qu'il ne serait pas du bon air de se soucier de moi parce qu'il m'épouse…
MARTON
Ah ! Madame, vous en parlez bien à votre aise.
HORTENSE
Que veux-tu dire ? Est-ce que la raison même n'exige pas un autre procédé que le sien ?
MARTON
Eh oui, la raison : mais c'est que parmi les jeunes gens du bel air, il n'y a rien de si bourgeois que d'être raisonnable.
HORTENSE
Peut-être, aussi, ne suis-je pas de son goût.
MARTON
Je ne suis pas de ce sentiment-là, ni vous non plus ; non, tel que vous le voyez il vous aime ; ne l'ai-je pas fait rougir hier, moi, parce que je le surpris comme il vous regardait à la dérobée attentivement ? voilà déjà deux ou trois fois que je le prends sur le fait.
HORTENSE
Je voudrais être bien sûre de ce que tu me dis là.
MARTON
Oh ! je m'y connais : cet homme-là vous aime, vous dis-je, et il n'a garde de s'en vanter, parce que vous n'allez être que sa femme ; mais je soutiens qu'il étouffe ce qu'il sent, et que son air de petit-maître n'est qu'une gasconnade avec vous.
HORTENSE
Eh bien, je t'avouerai que cette pensée m'est venue comme à toi.
MARTON
Eh ! par hasard, n'auriez-vous pas eu la pensée que vous l'aimez aussi ?
HORTENSE
Moi, Marton ?
MARTON
Oui, c'est qu'elle m'est encore venue, voyez.
HORTENSE
Franchement c'est grand dommage que ses façons nuisent au mérite qu'il aurait.
MARTON
Si on pouvait le corriger ?
HORTENSE
Et c'est à quoi je voudrais tâcher ; car, s'il m'aime, il faudra bien qu'il me le dise bien franchement, et qu'il se défasse d'une extravagance dont je pourrais être la victime quand nous serons mariés, sans quoi je ne l'épouserai point ; commençons par nous assurer qu'il n'aime point ailleurs, et que je lui plais ; car s'il m'aime, j'aurai beau jeu contre lui, et je le tiens pour à moitié corrigé ; la peur de me perdre fera le reste. Je t'ouvre mon cœur, il me sera cher s'il devient raisonnable ; je n'ai pas trop le temps de réussir, mais il en arrivera ce qui pourra ; essayons, j'ai besoin de toi, tu es adroite, interroge son valet, qui me paraît assez familier avec son maître.
MARTON
C'est à quoi je songeais : mais il y a une petite difficulté à cette commission-là ; c'est que le maître a gâté le valet, et Frontin est le singe de Rosimond ; ce faquin croit apparemment m'épouser aussi, et se donne, à cause de cela, les airs d'en agir cavalièrement, et de soupirer tout bas ; car de son côté il m'aime.
HORTENSE
Mais il te parle quelquefois ?
MARTON
Oui, comme à une soubrette de campagne : mais n'importe, le voici qui vient à nous, laissez-nous ensemble, je travaillerai à le faire causer.
HORTENSE
Surtout conduis-toi si adroitement, qu'il ne puisse soupçonner nos intentions.
MARTON
Ne craignez rien, ce sera tout en causant que je m'y prendrai ; il m'instruira sans qu'il le sache.
[modifier] Scène II
HORTENSE, MARTON, FRONTIN
Hortense s'en va, Frontin l'arrête.
FRONTIN
Mon maître m'envoie savoir comment vous vous portez, Madame, et s'il peut ce matin avoir l'honneur de vous voir bientôt ?
MARTON
Qu'est-ce que c'est que bientôt ?
FRONTIN
Comme qui dirait dans une heure ; il n'est pas habillé.
HORTENSE
Tu lui diras que je n'en sais rien.
FRONTIN
Que vous n'en savez rien, Madame ?
MARTON
Non, Madame a raison, qui est-ce qui sait ce qui peut arriver dans l'intervalle d'une heure ?
FRONTIN
Mais, Madame, j'ai peur qu'il ne comprenne rien à ce discours.
HORTENSE
Il est pourtant très clair ; je te dis que je n'en sais rien.
[modifier] Scène III
MARTON, FRONTIN
FRONTIN
Ma belle enfant, expliquez-moi la réponse de votre maîtresse, elle est d'un goût nouveau.
MARTON
Toute simple.
FRONTIN
Elle est même fantasque.
MARTON
Toute unie.
FRONTIN
Mais à propos de fantaisie, savez-vous bien que votre minois en est une, et des plus piquantes ?
MARTON
Oh, il est très commun, aussi bien que la réponse de ma maîtresse.
FRONTIN
Point du tout, point du tout. Avez-vous des amants ?
MARTON
Eh !… on a toujours quelque petite fleurette en passant.
FRONTIN
Elle est d'une ingénuité charmante ; écoutez, nos maîtres vont se marier ; vous allez venir à Paris, je suis d'avis de vous épouser aussi ; qu'en dites-vous ?
MARTON
Je ne suis pas assez aimable pour vous.
FRONTIN
Pas mal, pas mal, je suis assez content.
MARTON
Je crains le nombre de vos maîtresses, car je vais gager que vous en avez autant que votre maître qui doit en avoir beaucoup ; nous avons entendu dire que c'était un homme fort couru, et vous aussi sans doute ?
FRONTIN
Oh ! très courus ; c'est à qui nous attrapera tous deux, il a pensé même m'en venir quelqu'une des siennes. Les conditions se confondent un peu à Paris, on n'y est pas scrupuleux sur les rangs.
MARTON
Et votre maître et vous, continuerez-vous d'avoir des maîtresses quand vous serez nos maris ?
FRONTIN
Tenez, il est bon de vous mettre là-dessus au fait. Écoutez, il n'en est pas de Paris comme de la province, les coutumes y sont différentes.
MARTON
Ah ! différentes ?
FRONTIN
Oui, en province, par exemple, un mari promet fidélité à sa femme, n'est-ce pas ?
MARTON
Sans doute.
FRONTIN
À Paris c'est de même ; mais la fidélité de Paris n'est point sauvage, c'est une fidélité galante, badine, qui entend raillerie, et qui se permet toutes les petites commodités du savoir-vivre ; vous comprenez bien ?
MARTON
Oh ! de reste.
FRONTIN
Je trouve sur mon chemin une personne aimable ; je suis poli, elle me goûte ; je lui dis des douceurs, elle m'en rend ; je folâtre, elle le veut bien, pratique de politesse, commodité de savoir-vivre, pure amourette que tout cela dans le mari ; la fidélité conjugale n'y est point offensée ; celle de province n'est pas de même, elle est sotte, revêche et tout d'une pièce, n'est-il pas vrai ?
MARTON
Oh ! oui, mais ma maîtresse fixera peut-être votre maître, car il me semble qu'il l'aimera assez volontiers, si je ne me trompe.
FRONTIN
Vous avez raison, je lui trouve effectivement comme une vapeur d'amour pour elle.
MARTON
Croyez-vous ?
FRONTIN
Il y a dans son cœur un étonnement qui pourrait devenir très sérieux ; au surplus, ne vous inquiétez pas, dans les amourettes on n'aime qu'en passant, par curiosité de goût, pour voir un peu comment cela fera ; de ces inclinations-là, on en peut fort bien avoir une demi-douzaine sans que le cœur en soit plus chargé, tant elles sont légères.
MARTON
Une demi-douzaine ! cela est pourtant fort, et pas une sérieuse…
FRONTIN
Bon, quelquefois tout cela est expédié dans la semaine ; à Paris, ma chère enfant, les cœurs, on ne se les donne pas, on se les prête, on ne fait que des essais.
MARTON
Quoi, là-bas, votre maître et vous, vous n'avez encore donné votre cœur à personne ?
FRONTIN
À qui que ce soit ; on nous aime beaucoup, mais nous n'aimons point : c'est notre usage.
MARTON
J'ai peur que ma maîtresse ne prenne cette coutume-là de travers.
FRONTIN
Oh ! que non, les agréments l'y accoutumeront ; les amourettes en passant sont amusantes ; mon maître passera, votre maîtresse de même, je passerai, vous passerez, nous passerons tous.
MARTON, en riant.
Ah ! ah ! ah ! j'entre si bien dans ce que vous dites, que mon cœur a déjà passé avec vous.
FRONTIN
Comment donc ?
MARTON
Doucement, voilà la Marquise, la mère de Rosimond qui vient.
[modifier] Scène IV
LA MARQUISE, FRONTIN, MARTON
LA MARQUISE
Je suis charmée de vous trouver là, Marton, je vous cherchais ; que disiez-vous à Frontin ? Parliez-vous de mon fils ?
MARTON
Oui, Madame.
LA MARQUISE
Eh bien, que pense de lui Hortense ? Ne lui déplaît-il point ? Je voulais vous demander ses sentiments, dites-les-moi, vous les savez sans doute, et vous me les apprendrez plus librement qu'elle ; sa politesse me les cacherait, peut-être, s'ils n'étaient pas favorables.
MARTON
C'est à peu près de quoi nous nous entretenions, Frontin et moi, Madame ; nous disions que Monsieur votre fils est très aimable, et ma maîtresse le voit tel qu'il est ; mais je demandais s'il l'aimerait.
LA MARQUISE
Quand on est faite comme Hortense, je crois que cela n'est pas douteux, et ce n'est pas de lui dont je m'embarrasse.
FRONTIN
C'est ce que je répondais.
MARTON
Oui, vous m'avez parlé d'une vapeur de tendresse, qu'il lui a pris pour elle ; mais une vapeur se dissipe.
LA MARQUISE
Que veut dire une vapeur ?
MARTON
Frontin vient de me l'expliquer, Madame ; c'est comme un étonnement de cœur, et un étonnement ne dure pas ; sans compter que les commodités de la fidélité conjugale sont un grand article.
LA MARQUISE
Qu'est-ce que c'est donc que ce langage-là, Marton ? Je veux savoir ce que cela signifie. D'après qui répétez-vous tant d'extravagances ? car vous n'êtes pas folle, et vous ne les imaginez pas sur-le-champ.
MARTON
Non, Madame, il n'y a qu'un moment que je sais ce que je vous dis là, c'est une instruction que vient de me donner Frontin sur le cœur de son maître, et sur l'agréable économie des mariages de Paris.
LA MARQUISE
Cet impertinent ?
FRONTIN
Ma foi, Madame, si j'ai tort, c'est la faute du beau monde que j'ai copié ; j'ai rapporté la mode, je lui ai donné l'état des choses et le plan de la vie ordinaire.
LA MARQUISE
Vous êtes un sot, taisez-vous ; vous pensez bien, Marton, que mon fils n'a nulle part à de pareilles extravagances ; il a de l'esprit, il a des mœurs, il aimera Hortense, et connaîtra ce qu'elle vaut ; pour toi, je te recommanderai à ton maître, et lui dirai qu'il te corrige.
Elle s'en va.
[modifier] Scène V
MARTON, FRONTIN
MARTON, éclatant de rire.
Ah ! ah ! ah ! ah !
FRONTIN
Ah ! ah ! ah ! ah !
MARTON
Ah ! Mon ingénuité te charme-t-elle encore ?
FRONTIN
Non, mon admiration s'était méprise ; c'est ta malice qui est admirable.
MARTON
Ah ! ah ! pas mal, pas mal.
FRONTIN, lui présente la main.
Allons, touche-là, Marton.
MARTON
Pourquoi donc ? ce n'est pas la peine.
FRONTIN
Touche-là, te dis-je, c'est de bon cœur.
MARTON, lui donnant la main.
Eh bien, que veux-tu dire ?
FRONTIN
Marton, ma foi tu as raison, j'ai fait l'impertinent tout à l'heure.
MARTON
Le vrai faquin !
FRONTIN
Le sot, le fat.
MARTON
Oh, mais tu tombes à présent dans un excès de raison, tu vas me réduire à te louer.
FRONTIN
J'en veux à ton cœur, et non pas à tes éloges.
MARTON
Tu es encore trop convalescent, j'ai peur des rechutes.
FRONTIN
Il faut pourtant que tu m'aimes.
MARTON
Doucement, vous redevenez fat.
FRONTIN
Paix, voici mon original qui arrive.
[modifier] Scène VI
ROSIMOND, FRONTIN, MARTON
ROSIMOND, à Frontin.
Ah, tu es ici toi, et avec Marton ? je ne te plains pas : que te disait-il, Marton ? Il te parlait d'amour, je gage ; hé ! n'est-ce pas ? Souvent ces coquins-là sont plus heureux que d'honnêtes gens. Je n'ai rien vu de si joli que vous, Marton ; il n'y a point de femme à la cour qui ne s'accommodât de cette figure-là.
FRONTIN
Je m'en accommoderais encore mieux qu'elle.
ROSIMOND
Dis-moi, Marton, que fait-on dans ce pays-ci ? Y a-t-il du jeu ? de la chasse ? des amours ? Ah, le sot pays, ce me semble. À propos, ce bon homme qu'on attend de sa terre pour finir notre mariage, cet oncle arrive-t-il bientôt ? Que ne se passe-t-on de lui ? Ne peut-on se marier sans que ce parent assiste à la cérémonie ?
MARTON
Que voulez-vous ? Ces messieurs-là, sous prétexte qu'on est leur nièce et leur héritière, s'imaginent qu'on doit faire quelque attention à eux. Mais je ne songe pas que ma maîtresse m'attend.
ROSIMOND
Tu t'en vas, Marton ? Tu es bien pressée. À propos de ta maîtresse, tu ne m'en parles pas ; j'avais dit à Frontin de demander si on pouvait la voir.
FRONTIN
Je l'ai vue aussi, Monsieur, Marton était présente, et j'allais vous rendre réponse.
MARTON
Et moi je vais la rejoindre.
ROSIMOND
Attends, Marton, j'aime à te voir ; tu es la fille du monde la plus amusante.
MARTON
Je vous trouve très curieux à voir aussi, Monsieur, mais je n'ai pas le temps de rester.
ROSIMOND
Très curieux ! Comment donc ! mais elle a des expressions : ta maîtresse a-t-elle autant d'esprit que toi, Marton ? De quelle humeur est-elle ?
MARTON
Oh ! d'une humeur peu piquante, assez insipide, elle n'est que raisonnable.
ROSIMOND
Insipide et raisonnable, il est parbleu plaisant : tu n'es pas faite pour la province. Quand la verrai-je, Frontin ?
FRONTIN
Monsieur, comme je demandais si vous pouviez la voir dans une heure, elle m'a dit qu'elle n'en savait rien.
ROSIMOND
Le butor !
FRONTIN
Point du tout, je vous rends fidèlement la réponse.
ROSIMOND
Tu rêves ! il n'y a pas de sens à cela. Marton, tu y étais, il ne sait ce qu'il dit : qu'a-t-elle répondu ?
MARTON
Précisément ce qu'il vous rapporte, Monsieur, qu'elle n'en savait rien.
ROSIMOND
Ma foi, ni moi non plus.
MARTON
Je n'en suis pas mieux instruite que vous. Adieu, Monsieur.
ROSIMOND
Un moment, Marton, j'avais quelque chose à te dire et je m'en ressouviendrai ; Frontin, m'est-il venu des lettres ?
FRONTIN
À propos de lettres, oui, Monsieur, en voilà une qui est arrivée de quatre lieues d'ici par un exprès.
ROSIMOND ouvre, et rit à part en lisant.
Donne… Ha, ha, ha… C'est de ma folle de comtesse… Hum… Hum…
MARTON
Monsieur, ne vous trompez-vous pas ? Auriez-vous quelque chose à me dire ? Voyez, car il faut que je m'en aille.
ROSIMOND, toujours lisant.
Hum !… hum !… Je suis à toi, Marton, laisse-moi achever.
MARTON, à part à Frontin.
C'est apparemment là une lettre de commerce.
FRONTIN
Oui, quelque missive de passage.
ROSIMOND, après avoir lu.
Vous êtes une étourdie, Comtesse. Que dites-vous là, vous autres ?
MARTON
Nous disons, Monsieur, que c'est quelque jolie femme qui vous écrit par amourette.
ROSIMOND
Doucement, Marton, il ne faut pas dire cela en ce pays-ci, tout serait perdu.
MARTON
Adieu, Monsieur, je crois que ma maîtresse m'appelle.
ROSIMOND
Ah ! c'est d'elle dont je voulais te parler.
MARTON
Oui, mais la mémoire vous revient quand je pars. Tout ce que je puis pour votre service, c'est de régaler Hortense de l'honneur que vous lui faites de vous ressouvenir d'elle.
ROSIMOND
Adieu donc, Marton. Elle a de la gaieté, du badinage dans l'esprit.
[modifier] Scène VII
ROSIMOND, FRONTIN
FRONTIN
Oh, que non, Monsieur, malpeste vous ne la connaissez pas ; c'est qu'elle se moque.
ROSIMOND
De qui ?
FRONTIN
De qui ? Mais ce n'est pas à moi qu'elle parlait.
ROSIMOND
Hem ?
FRONTIN
Monsieur, je ne dis pas que je l'approuve ; elle a tort ; mais c'est une maligne soubrette ; elle m'a décoché un trait aussi bien entendu.
ROSIMOND
Eh, dis-moi, ne t'a-t-on pas déjà interrogé sur mon compte ?
FRONTIN
Oui, Monsieur ; Marton, dans la conversation, m'a par hasard fait quelques questions sur votre chapitre.
ROSIMOND
Je les avais prévues : eh bien, ces questions de hasard, quelles sont-elles ?
FRONTIN
Elle m'a demandé si vous aviez des maîtresses. Et moi qui ai voulu faire votre cour…
ROSIMOND
Ma cour à moi ! ma cour !
FRONTIN
Oui, Monsieur, et j'ai dit que non, que vous étiez un garçon sage, réglé.
ROSIMOND
Le sot avec sa règle et sa sagesse ; le plaisant éloge ! vous ne peignez pas en beau, à ce que je vois ? Heureusement qu'on ne me connaîtra pas à vos portraits.
FRONTIN
Consolez-vous, je vous ai peint à votre goût, c'est-à-dire, en laid.
ROSIMOND
Comment !
FRONTIN
Oui, en petit aimable ; j'ai mis une troupe de folles qui courent après vos bonnes grâces ; je vous en ai donné une demi-douzaine qui partageaient votre cœur.
ROSIMOND
Fort bien.
FRONTIN
Combien en voulez-vous donc ?
ROSIMOND
Qui partageaient mon cœur ! Mon cœur avait bien à faire là : passe pour dire qu'on me trouve aimable, ce n'est pas ma faute ; mais me donner de l'amour, à moi ! c'est un article qu'il fallait épargner à la petite personne qu'on me destine ; la demi-douzaine de maîtresses est même un peu trop ; on pouvait en supprimer quelques-unes ; il y a des occasions où il ne faut pas dire la vérité.
FRONTIN
Bon ! si je n'avais dit que la vérité, il aurait peut-être fallu les supprimer toutes.
ROSIMOND
Non, vous ne vous trompiez point, ce n'est pas de quoi je me plains ; mais c'est que ce n'est pas par hasard qu'on vous a fait ces questions-là. C'est Hortense qui vous les a fait faire, et il aurait été plus prudent de la tranquilliser sur pareille matière, et de songer que c'est une fille de province que je vais épouser, et qui en conclut que je ne dois aimer qu'elle, parce qu'apparemment elle en use de même.
FRONTIN
Eh ! peut-être qu'elle ne vous aime pas.
ROSIMOND
Oh peut-être ? il fallait le soupçonner, c'était le plus sûr ; mais passons : est-ce là tout ce qu'elle vous a dit ? 0 FRONTIN
Elle m'a encore demandé si vous aimiez Hortense.
ROSIMOND
C'est bien des affaires.
FRONTIN
Et j'ai cru poliment devoir répondre qu'oui.
ROSIMOND
Poliment répondre qu'oui ?
FRONTIN
Oui, Monsieur.
ROSIMOND
Eh ! de quoi te mêles-tu ? De quoi t'avises-tu de m'honorer d'une figure de soupirant ? Quelle platitude !
FRONTIN
Eh parbleu ! c'est qu'il m'a semblé que vous l'aimiez.
ROSIMOND
Paix, de la discrétion ! Il est vrai, entre nous, que je lui trouve quelques grâces naïves ; elle a des traits ; elle ne déplaît pas.
FRONTIN
Ah ! que vous aurez grand besoin d'une leçon de Marton ! Mais ne parlons pas si haut, je vois Hortense qui s'avance.
ROSIMOND
Vient-elle ? Je me retire.
FRONTIN
Ah ! Monsieur, je crois qu'elle vous voit.
ROSIMOND
N'importe ; comme elle a dit qu'elle ne savait pas quand elle pourrait me voir, ce n'est pas à moi à juger qu'elle le peut à présent, et je me retire par respect en attendant qu'elle en décide. C'est ce que tu lui diras si elle te parle.
FRONTIN
Ma foi, Monsieur, si vous me consultez, ce respect-là ne vaut pas le diable.
ROSIMOND, en s'en allant.
Ce qu'il y a de commode à vos conseils, c'est qu'il est permis de s'en moquer.
[modifier] Scène VIII
HORTENSE, MARTON, FRONTIN
HORTENSE
Il me semble avoir vu ton maître ici ?
FRONTIN
Oui, Madame, il vient de sortir par respect pour vos volontés.
HORTENSE
Comment !…
MARTON
C'est sans doute à cause de votre réponse de tantôt ; vous ne saviez pas quand vous pourriez le voir.
FRONTIN
Et il ne veut pas prendre sur lui de décider la chose.
HORTENSE
Eh bien, je la décide, moi, va lui dire que je le prie de revenir, que j'ai à lui parler.
FRONTIN
J'y cours, Madame, et je lui ferai grand plaisir, car il vous aime de tout son cœur. Il ne vous en dira peut-être rien, à cause de sa dignité de joli homme. Il y a des règles là-dessus ; c'est une faiblesse : excusez-la, Madame, je sais son secret, je vous le confie pour son bien ; et dès qu'il vous l'aura dit lui-même, oh ! ce sera bien le plus aimable homme du monde. Pardon, Madame, de la liberté que je prends ; mais Marton, avec qui je voudrais bien faire une fin, sera aussi mon excuse. Marton, prends nos intérêts en main ; empêche Madame de nous haïr, car, dans le fond, ce serait dommage, à une bagatelle près, en vérité nous méritons son estime.
HORTENSE, en riant.
Frontin aime son maître, et cela est louable.
MARTON
C'est de moi qu'il tient tout le bon sens qu'il vous montre.
[modifier] Scène IX
HORTENSE, MARTON
HORTENSE
Il t'a donc paru que ma réponse a piqué Rosimond ?
MARTON
Je l'en ai vu déconcerté, quoiqu'il ait feint d'en badiner, et vous voyez bien que c'est de pur dépit qu'il se retire.
HORTENSE
Je le renvoie chercher, et cette démarche-là le flattera peut-être ; mais elle ne le flattera pas longtemps. Ce que j'ai à lui dire rabattra de sa présomption. Cependant, Marton, il y a des moments où je suis toute prête de laisser là Rosimond avec ses ridiculités, et d'abandonner le projet de le corriger. Je sens que je m'y intéresse trop ; que le cœur s'en mêle, et y prend trop de part : je ne le corrigerai peut-être pas, et j'ai peur d'en être fâchée.
MARTON
Eh ! courage, Madame, vous réussirez, vous dis-je ; voilà déjà d'assez bons petits mouvements qui lui prennent ; je crois qu'il est bien embarrassé. J'ai mis le valet à la raison, je l'ai réduit : vous réduirez le maître. Il fera un peu plus de façon ; il disputera le terrain ; il faudra le pousser à bout. Mais c'est à vos genoux que je l'attends ; je l'y vois d'avance ; il faudra qu'il y vienne. Continuez ; ce n'est pas avec des yeux comme les vôtres qu'on manque son coup ; vous le verrez.
HORTENSE
Je le souhaite. Mais tu as parlé au valet, Rosimond n'a-t-il point quelque inclination à Paris ?
MARTON
Nulle ; il n'y a encore été amoureux que de la réputation d'être aimable.
HORTENSE
Et moi, Marton, dois-je en croire Frontin ? Serait-il vrai que son maître eût de la disposition à m'aimer ?
MARTON
Nous le tenons, Madame, et mes observations sont justes.
HORTENSE
Cependant, Marton, il ne vient point.
MARTON
Oh ! mais prétendez-vous qu'il soit tout d'un coup comme un autre ? Le bel air ne veut pas qu'il accoure : il vient, mais négligemment, et à son aise.
HORTENSE
Il serait bien impertinent qu'il y manquât !
MARTON
Voilà toujours votre père à sa place ; il a peut-être à vous parler, et je vous laisse.
HORTENSE
S'il va me demander ce que je pense de Rosimond, il m'embarrassera beaucoup, car je ne veux pas lui dire qu'il me déplaît, et je n'ai jamais eu tant d'envie de le dire.
[modifier] Scène X
HORTENSE, CHRISANTE
CHRISANTE
Ma fille, je désespère de voir ici mon frère, je n'en reçois point de nouvelles, et s'il n'en vient point aujourd'hui ou demain au plus tard, je suis d'avis de terminer votre mariage.
HORTENSE
Pourquoi, mon père, il n'y a pas de nécessité d'aller si vite. Vous savez combien il m'aime, et les égards qu'on lui doit ; laissons-le achever les affaires qui le retiennent ; différons de quelques jours pour lui en donner le temps.
CHRISANTE
C'est que la Marquise me presse, et ce mariage-ci me paraît si avantageux, que je voudrais qu'il fût déjà conclu.
HORTENSE
Née ce que je suis, et avec la fortune que j'ai, il serait difficile que j'en fisse un mauvais ; vous pouvez choisir.
CHRISANTE
Eh ! comment choisir mieux ! Biens, naissance, rang, crédit à la cour : vous trouvez tout ici avec une figure aimable, assurément.
HORTENSE
J'en conviens, mais avec bien de la jeunesse dans l'esprit.
CHRISANTE
Et à quel âge voulez-vous qu'on l'ait jeune ?
HORTENSE
Le voici.
[modifier] Scène XI
CHRISANTE, HORTENSE, ROSIMOND
CHRISANTE
Marquis, je disais à Hortense que mon frère tarde beaucoup, et que nous nous impatienterons à la fin, qu'en dites-vous ?
ROSIMOND
Sans doute, je serai toujours du parti de l'impatience.
CHRISANTE
Et moi aussi. Adieu, je vais rejoindre la Marquise.
[modifier] Scène XII
ROSIMOND, HORTENSE
ROSIMOND
Je me rends à vos ordres, Madame ; on m'a dit que vous me demandiez.
HORTENSE
Moi ! Monsieur… Ah ! vous avez raison, oui, j'ai chargé Frontin de vous prier, de ma part, de revenir ici ; mais comme vous n'êtes pas revenu sur-le-champ, parce qu'apparemment on ne vous a pas trouvé, je ne m'en ressouvenais plus.
ROSIMOND, riant.
Voilà une distraction dont j'aurais envie de me plaindre. Mais à propos de distraction, pouvez-vous me voir à présent, Madame ? Y êtes-vous bien déterminée ?
HORTENSE
D'où vient donc ce discours, Monsieur ?
ROSIMOND
Tantôt vous ne saviez pas si vous le pouviez, m'a-t-on dit ; et peut-être est-ce encore de même ?
HORTENSE
Vous ne demandiez à me voir qu'une heure après, et c'est une espèce d'avenir dont je ne répondais pas.
ROSIMOND
Ah ! cela est vrai ; il n'y a rien de si exact. Je me rappelle ma commission, c'est moi qui ai tort, et je vous en demande pardon. Si vous saviez combien le séjour de Paris et de la cour nous gâtent sur les formalités, en vérité, Madame, vous m'excuseriez ; c'est une certaine habitude de vivre avec trop de liberté, une aisance de façons que je condamne, puisqu'elle vous déplaît, mais à laquelle on s'accoutume, et qui vous jette ailleurs dans les impolitesses que vous voyez.
HORTENSE
Je n'ai pas remarqué qu'il y en ait dans ce que vous avez fait, Monsieur, et sans avoir vu Paris ni la cour, personne au monde n'aime plus les façons unies que moi : parlons de ce que je voulais vous dire.
ROSIMOND
Quoi ! vous, Madame, quoi ! de la beauté, des grâces, avec ce caractère d'esprit-là, et cela dans l'âge où vous êtes ? vous me surprenez ; avouez-moi la vérité, combien ai-je de rivaux ? Tout ce qui vous voit, tout ce qui vous approche, soupire : ah ! je m'en doute bien, et je n'en serai pas quitte à moins. La province me le pardonnera-t-elle ? Je viens vous enlever : convenons qu'elle y fait une perte irréparable.
HORTENSE
Il peut y avoir ici quelques personnes qui ont de l'amitié pour moi, et qui pourraient m'y regretter ; mais ce n'est pas de quoi il s'agit.
ROSIMOND
Eh ! quel secret ceux qui vous voyent ont-ils, pour n'être que vos amis, avec ces yeux-là ?
HORTENSE
Si parmi ces amis il en est qui soient autre chose, du moins sont-ils discrets, et je ne les connais pas. Ne m'interrompez plus, je vous prie.
ROSIMOND
Vraiment, je m'imagine bien qu'ils soupirent tout bas, et que le respect les fait taire. Mais à propos de respect, n'y manquerais-je pas un peu, moi qui ai pensé dire que je vous aime ? Il y a bien quelque petite chose à redire à mes discours, n'est-ce pas, mais ce n'est pas ma faute.
Il veut lui prendre une main.
HORTENSE
Doucement, Monsieur, je renonce à vous parler.
ROSIMOND
C'est que sérieusement vous êtes belle avec excès ; vous l'êtes trop, le regard le plus vif, le plus beau teint ; ah ! remerciez-moi, vous êtes charmante, et je n'en dis presque rien ; la parure la mieux entendue ; vous avez là de la dentelle d'un goût exquis, ce me semble. Passez-moi l'éloge de la dentelle ; quand nous marie-t-on ?
HORTENSE
À laquelle des deux questions voulez-vous que je réponde d'abord ? À la dentelle, ou au mariage ?
ROSIMOND
Comme il vous plaira. Que faisons-nous cet après-midi ?
HORTENSE
Attendez, la dentelle est passable ; de cet après-midi le hasard en décidera ; de notre mariage, je ne puis rien en dire, et c'est de quoi j'ai à vous entretenir, si vous voulez bien me laisser parler. Voilà tout ce que vous me demandez, je pense ? Venons au mariage.
ROSIMOND
Il devrait être fait ; les parents ne finissent point !
HORTENSE
Je voulais vous dire au contraire qu'il serait bon de le différer, Monsieur.
ROSIMOND
Ah ! le différer, Madame ?
HORTENSE
Oui, Monsieur, qu'en pensez-vous ?
ROSIMOND
Moi, ma foi, Madame, je ne pense point, je vous épouse. Ces choses-là surtout, quand elles sont aimables, veulent être expédiées, on y pense après.
HORTENSE
Je crois que je n'irai pas si vite : il faut s'aimer un peu quand on s'épouse.
ROSIMOND
Mais je l'entends bien de même.
HORTENSE
Et nous ne nous aimons point.
ROSIMOND
Ah ! c'est une autre affaire ; la difficulté ne me regarderait point : il est vrai que j'espérais, Madame, j'espérais, je vous l'avoue. Serait-ce quelque partie de cœur déjà liée ?
HORTENSE
Non, Monsieur, je ne suis, jusqu'ici, prévenue pour personne.
ROSIMOND
En tout cas, je vous demande la préférence. Quant au retardement de notre mariage, dont je ne vois pas les raisons, je ne m'en mêlerai point, je n'aurais garde, on me mène, et je suivrai.
HORTENSE
Quelqu'un vient ; faites réflexion à ce que je vous dit, Monsieur.
[modifier] Scène XIII
DORANTE, DORIMÈNE, HORTENSE, ROSIMOND
ROSIMOND, allant à Dorimène.
Eh ! vous voilà, Comtesse. Comment ! avec Dorante ?
LA COMTESSE, embrassant Hortense.
Eh ! bonjour, ma chère enfant ! Comment se porte-t-on ici ? Nous sommes alliés, au moins, Marquis.
ROSIMOND
Je le sais.
LA COMTESSE
Mais nous nous voyons peu. Il y a trois ans que je ne suis venue ici.
HORTENSE
On ne quitte pas volontiers Paris pour la province.
DORIMÈNE
On y a tant d'affaires, de dissipations ! les moments s'y passent avec tant de rapidité !
ROSIMOND
Eh ! où avez-vous pris ce garçon-là, Comtesse ?
DORIMÈNE, à Hortense.
Nous nous sommes rencontrés. Vous voulez bien que je vous le présente ?
ROSIMOND
Qu'en dis-tu, Dorante ? ai-je à me louer du choix qu'on a fait pour moi ?
DORANTE
Tu es trop heureux.
ROSIMOND, à Hortense.
Tel que vous le voyez, je vous le donne pour une espèce de sage qui fait peu de cas de l'amour : de l'air dont il vous regarde pourtant, je ne le crois pas trop en sûreté ici.
DORANTE
Je n'ai vu nulle part de plus grand danger, j'en conviens.
DORIMÈNE, riant.
Sur ce pied-là, sauvez-vous, Dorante, sauvez-vous.
HORTENSE
Trêve de plaisanterie, Messieurs.
ROSIMOND
Non, sérieusement, je ne plaisante point ; je vous dis qu'il est frappé, je vois cela dans ses yeux ; remarquez-vous comme il rougit ? Parbleu, je voudrais bien qu'il soupirât, et je vous le recommande.
DORIMÈNE
Ah ! doucement, il m'appartient ; c'est une espèce d'infidélité qu'il me ferait ; car je l'ai amené, à moins que vous ne teniez sa place, Marquis.
ROSIMOND
Assurément j'en trouve l'idée tout à fait plaisante, et c'est de quoi nous amuser ici. (À Hortense.) N'est-ce pas, Madame ? Allons, Dorante, rendez vos premiers hommages à votre vainqueur.
DORANTE
Je n'en suis plus aux premiers.
[modifier] Scène XIV
DORANTE, DORIMÈNE, HORTENSE, ROSIMOND, MARTON
MARTON
Madame, Monsieur le Comte m'envoie savoir qui vient d'arriver.
DORIMÈNE
Nous allons l'en instruire nous-mêmes. Venez, Marquis, donnez-moi la main, vous êtes mon chevalier. (À Hortense.) Et vous, Madame, voilà le vôtre.
Dorante présente la main à Hortense. Marton fait signe à Hortense.
HORTENSE
Je vous suis, Messieurs. Je n'ai qu'un mot à dire.
[modifier] Scène XV
MARTON, HORTENSE
HORTENSE
Que me veux-tu, Marton ? Je n'ai pas le temps de rester, comme tu vois.
MARTON
C'est une lettre que je viens de trouver, lettre d'amour écrite à Rosimond, mais d'un amour qui me paraît sans conséquence. La dame qui vient d'arriver pourrait bien l'avoir écrite ; le billet est d'un style qui ressemble à son air.
HORTENSE
Y a-t-il bien des tendresses ?
MARTON
Non, vous dis-je, point d'amour et beaucoup de folies ; mais puisque vous êtes pressée, nous en parlerons tantôt. Rosimond devient-il un peu plus supportable ?
HORTENSE
Toujours aussi impertinent qu'il est aimable. Je te quitte.
MARTON
Monsieur l'impertinent, vous avez beau faire, vous deviendrez charmant sur ma parole, je l'ai entrepris.