Le Vieux Vagabond
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H. Fournier, 1839 (3, pp. 102-103).
LE VIEUX VAGABOND
Air : Guide mes pas, Ô Providence ! (des Deux Journées)
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- Dans ce fossé cessons de vivre.
- Je finis vieux, infirme et las.
- Les passants vont dire : Il est ivre.
- Tant mieux ! ils ne me plaindront pas.
- J’en vois qui détournent la tête ;
- D’autres me jettent quelques sous.
- Courez vite ; allez à la fête.
- Dans ce fossé cessons de vivre.
Vieux vagabond, je puis mourir sans vous.
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- Oui, je meurs ici de vieillesse
- Parce qu’on ne meurt pas de faim.
- J’espérais voir de ma détresse
- L’hôpital adoucir la fin.
- Mais tout est plein dans chaque hospice,
- Tant le peuple est infortuné.
- La rue, hélas ! fut ma nourrice.
- Oui, je meurs ici de vieillesse
Vieux vagabond, mourons où je suis né.
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- Aux artisans, dans mon jeune âge,
- J’ai dit : Qu’on m’enseigne un métier.
- Va, nous n’avons pas trop d’ouvrage,
- Répondaient-ils, va mendier.
- Aux artisans, dans mon jeune âge,
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- Riches, qui me disiez : Travaille,
- J’eus bien des os de vos repas ;
- J’ai bien dormi sur votre paille.
- Riches, qui me disiez : Travaille,
Vieux vagabond, je ne vous maudis pas.
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- J’aurais pu voler, moi, pauvre homme ;
- Mais non : mieux vaut tendre la main.
- Au plus, j’ai dérobé la pomme
- Qui mûrit au bord du chemin.
- Vingt fois pourtant on me verrouille
- Dans les cachots, de par le roi.
- De mon seul bien on me dépouille.
- J’aurais pu voler, moi, pauvre homme ;
Vieux vagabond, le soleil est à moi.
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- Le pauvre a-t-il une patrie ?
- Que me font vos vins et vos blés,
- Votre gloire et votre industrie,
- Et vos orateurs assemblés ?
- Dans vos murs ouverts à ses armes,
- Lorsque l’étranger s’engraissait,
- Comme un sot j’ai versé des larmes.
- Le pauvre a-t-il une patrie ?
Vieux vagabond, sa main me nourrissait.
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- Comme un insecte fait pour nuire,
- Hommes, que ne m’écrasiez-vous ?
- Ah ! plutôt vous deviez m’instruire
- À travailler au bien de tous.
- Mis à l’abri du vent contraire,
- Le ver fût devenu fourmi ;
- Je vous aurais chéris en frère.
- Comme un insecte fait pour nuire,
Vieux vagabond, je meurs votre ennemi.