Le Voile
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- La sœur
- Qu'avez-vous, qu'avez-vous, mes frères ?
- Vous baissez des fronts soucieux.
- Comme des lampes funéraires,
- Vos regards brillent dans vos yeux.
- Vos ceintures sont déchirées.
- Déjà trois fois, hors de l'étui,
- Sous vos doigts, à demi tirées,
- Les lames des poignards ont lui.
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- Le frère ainé
- N'avez-vous pas levé votre voile aujourd'hui ?
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- La sœur
- Je revenais du bain, mes frères,
- Seigneurs, du bain je revenais,
- Cachée aux regards téméraires
- Des giaours et des albanais.
- En passant près de la mosquée
- Dans mon palanquin recouvert,
- L'air de midi m'a suffoquée :
- Mon voile un instant s'est ouvert.
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- Le second frère
- Un homme alors passait ? un homme en caftan vert ?
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- La sœur
- Oui… peut-être… mais son audace
- N'a point vu mes traits dévoilés…
- Mais vous vous parlez à voix basse,
- A voix basse vous vous parlez.
- Vous faut-il du sang ? Sur votre âme,
- Mes frères, il n'a pu me voir.
- Grâce ! tuerez-vous une femme,
- Faible et nue en votre pouvoir ?
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- Le troisième frère
- Le soleil était rouge à son coucher ce soir.
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- La sœur
- Grâce ! qu'ai-je fait ? Grâce ! grâce !
- Dieu ! quatre poignards dans mon flanc !
- Ah ! par vos genoux que j'embrasse…
- O mon voile ! ô mon voile blanc !
- Ne fuyez pas mes mains qui saignent,
- Mes frères, soutenez mes pas !
- Car sur mes regards qui s'éteignent
- S'étend un voile de trépas.
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- le quatrième frère
- C'en est un que du moins tu ne lèveras pas !