Les Aquilons

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Joseph Autran

Les Aquilons [1]



 

Peuple orageux qui des antres sauvages
               Sort en fureur,
De toutes parts nous semons les ravages
               Et la terreur.

Allez, nous dit le Dieu qui nous déchaîne,
               Et nous allons.
Comme un roseau nous abattons le chêne
               Dans les vallons.

Des vastes mers qui séparent les mondes
               Troublant les eaux,
Sur les écueils nous déchirons les ondes.
               Et les vaisseaux.

Vienne l’hiver, à travers les ramures
               Des bois flétris,
Nos tourbillons roulent de longs murmures.
               Et de longs cris.

Avec fracas promenant les tempêtes.
               Au firmament,
Nous mugissons ainsi que les trompettes
               Du jugement.

Brises du soir, vents de t’aube naissante,
               Faibles et doux ;
Vous ignorez quelle âme frémissante.
               S’agite en nous.

Comme un essaim de caressants génies
               Aux heureux chants,
Vous effleurez de vos ailes bénies
               Les fleurs des champs.

Peuple orageux qui des antres sauvages
               Sort en fureur,
De toutes parts nous semons les ravages
               Et la terreur.

De but lointain, de long voyage à faire,
               Il n’en est pas.
Nous franchissons l’un et l’autre hémisphère
               En quatre pas.

Ciel sans limite, océan sans falaise,
               Sol aplani,
Le seul espace où nous soyons à l’aise,
               C’est l’infini.

C’est l’infini, ce domaine sublime,
               Illimité,
Où nous chantons d’une voix unanime
               La liberté !


[modifier] Note

  1. Ce poème, écrit lors de la visite de Franz Liszt à Marseille en 1844, inspira le compositeur qui écrivit sur ces paroles un chœur, non publié, dont il reprit plus tard le thème pour son poème symphonique Les Préludes. (Note Wikisource)
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