Les Fleurs du mal/1861/Une charogne
XXIX
UNE CHAROGNE
Rappelez-vous l’objet que nous vîmes, mon âme,
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- Ce beau matin d’été si doux :
- Ce beau matin d’été si doux :
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Au détour d’un sentier une charogne infâme
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- Sur un lit semé de cailloux,
- Sur un lit semé de cailloux,
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Les jambes en l’air, comme une femme lubrique,
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- Brûlante et suant les poisons,
- Brûlante et suant les poisons,
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Ouvrait d’une façon nonchalante et cynique
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- Son ventre plein d’exhalaisons.
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Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
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- Comme afin de la cuire à point,
- Comme afin de la cuire à point,
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Et de rendre au centuple à la grande Nature
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- Tout ce qu’ensemble elle avait joint ;
- Tout ce qu’ensemble elle avait joint ;
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Et le ciel regardait la carcasse superbe
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- Comme une fleur s’épanouir.
- Comme une fleur s’épanouir.
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La puanteur était si forte, que sur l’herbe
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- Vous crûtes vous évanouir.
- Vous crûtes vous évanouir.
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Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
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- D’où sortaient de noirs bataillons
- D’où sortaient de noirs bataillons
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De larves, qui coulaient comme un épais liquide
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- Le long de ces vivants haillons.
- Le long de ces vivants haillons.
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Tout cela descendait, montait comme une vague,
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- Ou s’élançait en petillant ;
- Ou s’élançait en petillant ;
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On eût dit que le corps, enflé d’un souffle vague,
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- Vivait en se multipliant.
- Vivait en se multipliant.
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Et ce monde rendait une étrange musique,
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- Comme l’eau courante et le vent,
- Comme l’eau courante et le vent,
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Ou le grain qu’un vanneur d’un mouvement rhythmique
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- Agite et tourne dans son van.
- Agite et tourne dans son van.
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Les formes s’effaçaient et n’étaient plus qu’un rêve,
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- Une ébauche lente à venir,
- Une ébauche lente à venir,
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Sur la toile oubliée, et que l’artiste achève
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- Seulement par le souvenir.
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Derrière les rochers une chienne inquiète
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- Nous regardait d’un œil fâché,
- Nous regardait d’un œil fâché,
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Épiant le moment de reprendre au squelette
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- Le morceau qu’elle avait lâché.
- Le morceau qu’elle avait lâché.
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— Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
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- À cette horrible infection,
- À cette horrible infection,
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Étoile de mes yeux, soleil de ma nature,
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- Vous, mon ange et ma passion !
- Vous, mon ange et ma passion !
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Oui ! telle vous serez, ô la reine des grâces,
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- Après les derniers sacrements,
- Après les derniers sacrements,
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Quand vous irez, sous l’herbe et les floraisons grasses,
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- Moisir parmi les ossements.
- Moisir parmi les ossements.
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Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine
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- Qui vous mangera de baisers,
- Qui vous mangera de baisers,
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Que j’ai gardé la forme et l’essence divine
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- De mes amours décomposés !
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