Les Fleuves d’ombre

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José-Maria de HerediaPoésies

Les Fleuves d’ombre



 
... Et quos fumantia torquens
Aequora, gurgitibus Phlogethon perlustrat anhelis.
C. CLAUDIANI de raptu Proserpinae.



Ce n’est pas, tel qu’Orphée, en héros de l’Amour
Que j’ai, bravant l’Érèbe et devançant la Moire,
Sans obole, passé le fleuve sans mémoire
Dont l’onde bat sans bruit la rive sans retour.

J’ignore si j’entrai dans l’infernal séjour
Par la porte de corne ou la porte d’ivoire,
Car je suis remonté du fond de la nuit noire,
Nouveau Pirithoüs qu’éblouissait le jour.

J’ai vu l’Ombre ; j’ai vu hurler Cerbère aphone
En l’éternel silence où règne Perséphone
Sur le Léthé, le Styx et le Cocyte lent ;

Et j’ai vu fuir, vengeurs qu’épouvante un grand spectre,
Aux bords du Phlégéthon où roule un flot sanglant,
Oreste pâlissant que suit la pâle Électre.

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