Les Hipotiposes pirroniennes

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Les Hipotiposes ou Institutions pirroniennes

de Sextus Empiricus en trois livres


Traduites du grec

Avec des Notes qui expliquent le Texte en plusieurs endroits
traduction Claude Huart
M. CC. XX. V. (1725)



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TABLE

DES

CHAPITRES

Sommaire


[1]

[modifier] Livre premier

[modifier] CHAP. I. De la divisions des filosofes en dogmatiques, & sceptiques.

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eux qui cherchent une chose, ou doivent la trouver ; ou doivent dire qu'ils ne peuvent pas la trouver, & reconaitre qu'elle est incompréhensible pour eux ; ou enfin, incertains s'ils peuvent la trouver ou ne pas la trouver, ils doivent continuer dans leur recherche. C'est là ce qui arive dans les diverses questions de la Filosofie. Les uns disent qu'ils ont trouvé la Vérité ; les autres disent qu'elle est incompréhensible ; & les autres continuent à la chercher. On apelle [2]Dogmatiques, ceux qui s'imaginent l'avoir trouvée ; tels sont Aristote, Epicure, les Stoïciens, & quelques autres. Ceux qui ont dit qu'elle étoit incompréhensible, sont, par exemple, Clitomaque, Carnéade & et les autres Académiciens. Et ceux qui la cherchent toujours, ce sont les Sceptiques. On doit donc distinguer trois maniéres générales de Filosofer ; celle des Dogmatiques, celle des Académiciens, & et celle des Sceptiques.

Je laisse à d'autres le soin de parler des deux premiéres ; & je m'atache seulement à traiter en peu de mots de la méthode des Sceptiques. Mais avant toutes choses je veus avertir mes Lecteurs, qu'à l'égard des choses que j'avancerai, je ne prétens établir quoi que ce soit, & que je ne veux point assurer que les choses soyent come je les dis ; n'ayant d'autre dessein, que d'exposer d'une maniére historique, pour ainsi dire, les choses telles qu'elles me paraissent pour le présent.

[modifier] Chap. II. Division générale de la Sceptique.

La Filosofie Sceptique a deux parties, l'une générale & l'autre particuliére. La partie générale de la Sceptique, est celle dans laquelle on explique le caractére & la nature de cette sorte de Filosofie. On y expose donc la notion de la Sceptique, on y [3]examine quels sont ses Principes, & ses raisons, son Criterium, c'est-à-dire, la régle qu'elle suit dans ses jugemens ; quelle est sa fin ou le but qu'elle se propose ; quels sont les moyens de l'Epoque, c'est-à-dire, les moyens dont elle se sert pour s'abstenir de décier en aucune sorte ; coment on doit entendre les expressions négatives des Sceptiques ; & coment enfin cette Filosofie, qui consiste à douter, & que l'on nome Sceptique, est distinguée de quelques autres maniéres de Filosofer, qui ont quelque affinité avec elle. La partie particuliére de la Scpetique, est celle, dans laquelle elle attaque en particulier les diverses parties de la Filosofie Dogmatique. Nous traiterons premiérement de la Sceptique en général, en començant par expliquer les noms que l'on done ordinairement à cette sorte d'Institutions.

[modifier] Chap. III. Des diférens noms que l'on done à la Sceptique.

La Sceptique est apelée Zététique, ou Inquisitrice acause de son action, qui consiste à rechercher & à examiner toujours. On l'apelle Efectique, come qui diroit suspendante, parcequ'elle enseigne au Sceptique ou à l'Examinateur, à réprimer ou à suspendre toujours son jugement : car c'est là la disposi[4]tion d'esprit où se trouve le Filosofe Sceptique après ses recherches. On la nome Aporétique, c'est-à-dire, doutante ou hésitante : on l'apelle ainsi, ou parcequ'elle doute de toutes choses, & qu'elle cherche toujours, come quelques uns le prétendent ; ou parcequ'hésitant toujours, elle fait que l'esprit est toujours en suspens, soit quand il s'agit de consentir, soit quand il s'agit de contredire. Et come on croit que Pirron a traité de la Sceptique d'une maniére plus étendue & plus claire que les autres Sceptiques, qui ont été plus anciens que lui ; acause de cela on apelle cette Filosofie, la Filosofie Pirronienne, du nom de ce Filosofe.

[modifier] Chap. IV. Ce que c'est que la Sceptique

La Sceptique est une Faculté ou une Métode d'examiner, qui compare & qui opose en toutes les maniéres possibles, les Choses aparentes, ou sensibles, & celles, qui s'aperçoivent par l'entendement ; par le moyen de laquelle Faculté nous parvenons (acause du poids égal qui se trouve dans des Choses ou dans des raisons oposées) premiérement à l'Epoque, ou à la suspension de l'esprit, & ensuite à l'Ataraxie, c'est-à-dire, à l'exemtion de trouble, ou à la tranquilité de l'ame.

Nous disons que la Sceptique est une Fa[5]culté, c'est-à-dire, tout simplement, qu'elle est un Art, qu'elle est utile à quelque chose, qu'elle peut quelque chose : nous n'entendons point d'autre finesse dans ce mot là ; c'est une Métode d'examen.

Nous disons que la Sceptique compare les Choses aparentes ou sensibles, & par ces Choses aparentes & sensibles, nous entendons celles qui tombent sous les Sens : c'est pourquoi nous leur oposons, les Choses qui s'aperçoivent par l'esprit & par l'entendement.

Quand nous disons que la Sceptique est une Faculté qui compare & qui opose, en toutes les maniéres possibles, les Choses aparentes &c. ces paroles, en toutes les maniéres possibles, peuvent se raporter à la Faculté, pour faire voir que nous prenons ce mot de Faculté simplement & dans un sens étendu : ou bien elle se raporte à ce que nous disons que la Sceptique opose les Choses sensibles & les Choses intellectuelles. Car come nous oposons diversement ces Choses entr'elles, savoir, les sensibles aux sensibles, ou les intelligibles aux intelligibles ; ou en permutant, les aparentes aux intelligibles, &c. pour embrasser toutes ces comparaisons & ces opositions, nous disons que la Sceptique compare & opose toutes ces Choses en toutes les maniéres possibles. Ces termes, en toutes les maniéres [6] possibles, peuvent encore signifier que de quelque maniére possible que les Choses nous paraissent, soit qu'elles soyent sensibles ou intellectuelles, nous prétendons les comparer ensemble, sans rechercher coment les sensibles tombent sous les Sens, ou coment les intellectuelles s'aperçoivent par l'entendement.