Les Insulteurs

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Victor HugoL'Année terrible

Les Insulteurs



                          VI 

Pourvu que son branchage, au-dessus du marais, 
Verdisse, et soit le dôme énorme des forêts, 
Qu'importe au chêne l'eau hideuse où ses pieds trempent ! 
Les insectes affreux de la poussière rampent 
Sous le bloc immobile aux broussailles mêlé ; 
Mais au géant de marbre, auguste et mutilé, 
Au sphinx de granit, rose et sinistre, qu'importe 
Ce que de lui, sous lui, peut penser le cloporte ! 
Dans la nuit où frémit le palmier convulsif, 
Le colosse, les mains sur ses genoux, pensif, 
Calme, attend le moment de parler à l'aurore ; 
Si la limace bave à sa base, il l'ignore ; 
Ce dieu n'a jamais su qu'un crapaud remuait ; 
Pendant qu'un ver sur lui glisse, il garde, muet, 
Son mystère effrayant de sonorité sombre ; 
Et le fourmillement des millepieds sans nombre 
N'ôte pas à Memnon, subitement vermeil, 
La formidable voix qui répond au soleil.
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