Les Larmes de saint Pierre

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François de Malherbe Stances

Les larmes de saint Pierre
Les Larmes de saint Pierre




Que je porte d'envie à la troupe innocente
De ceux qui, massacrés d'une main violente,
Virent dès le matin leur beau jour accourci !
Le fer qui les tua leur donna cette grâce
Que, si de faire bien ils n'eurent pas l'espace,
Ils n'eurent pas le temps de faire mal aussi.

De ces jeunes guerriers la flotte vagabonde
Allait courre fortune aux orages du monde,
Et déjà pour voguer abandonnait le bord,
Quand l'aguet d'un pirate arrêta leur voyage;
Mais leur sort fut si bon, que d'un même nauvrage
Ils se virent sous l'onde, et se virent au port.

Ce furent de beaux lis qui, mieux que la nature,
Mêlant à leur blancheur l'incarnate peinture
Que tira de leur sein le couteau criminel,
Devant que d'un hiver la tempête et l'orage
A leur teint délicat pussent faire dommage,
S'en allèrent fleurir au printemps éternel.

Ces enfants bienheureux (créatures parfaites,
Sans l'imperfection de leurs bouches muettes)
Ayant Dieu dans le coeur ne le purent louer;
Mais leur sang leur en fut un témoin véritable;
Et moi, pouvant parler, j'ai parlé, misérable,
Pour lui faire vergogne et le désavouer !

Le peu qu'ils ont vécu leur fut grand avantage,
Et le trop que je vis ne me fait que dommage,
Cruelle occasion du soucis qui me nuit !
Quand j'avais de ma foi l'innocence première,
Si la nuit de ma mort m'eût privé de la lumière,
Je n'aurais pas la peur d'une immortelle nuit.

strophes 32-36