Les Matelots (Autran)
VII
LES MATELOTS
Comme notre navire est beau sous voile !
Souffle, souffle, bon vent ! chasse-nous de la terre,
Fais-nous bien vite fuir le rivage où s’altère
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- La fierté du marin.
- La fierté du marin.
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A nous la haute mer ! à nous le bleu domaine
Où la liberté vogue, où chacun se promène
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- En maître souverain !
- En maître souverain !
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De grâce, passagers, laissez-nous le pont libre.
Vous qui, du pied nautique ignorant l’équilibre,
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- Obstruez le tillac,
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Parisiens blafards que le roulis chagrine,
Descendez sous le pont, allez dans la cabine
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- Vous étendre au hamac.
- Vous étendre au hamac.
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Et toi, souffle, bon vent ! Soufflez, brises ailées
Qui nous fuites franchir sur les plaines salées
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- Tant d’espace en un jour ;
- Tant d’espace en un jour ;
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Brises qui, sous l’antenne, enflez la voile ronde
Comme un sein palpitant de bayadère blonde
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- Qui frissonne d’amour.
- Qui frissonne d’amour.
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Souillez ! — Transportez-nous d’un hémisphère à l’autre,
Nous qui, sans réclamer d’autre aide que la vôtre,
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- Voyageons bravement,
- Voyageons bravement,
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Nous les hardis marins, toujours prompts à l’ouvrage,
Enfants au bras robuste, hommes dont le courage
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- Jamais ne se dément.
- Jamais ne se dément.
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Bercez, bercez encor, sans brutales secousses,
Les cordages tendus dont, matelots et mousses,
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- Nous hantons les réseaux ;
- Nous hantons les réseaux ;
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Bercez-nous sur la vergue entre les voiles blanches,
Comme les bois chargés d’horizontales branches
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- Balancent les oiseaux.
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Inclinez, inclinez sur la vague poudreuse
Notre svelte vaisseau, dont la carène creuse
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- A peine son sillon,
- A peine son sillon,
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Notre brick si léger, sous sa robe de cuivre,
Que le plus fin voilier se fatigue à poursuivre
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- Son joyeux pavillon.
- Son joyeux pavillon.
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Nous quittons sans chagrin les plaisirs du rivage.
Notre cœur cependant emporte votre image
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- Qu’il reverra souvent,
- Qu’il reverra souvent,
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Familles, vieux amis que nous laissons près d’elles !
Et vous maîtresses, vous beautés aux cœurs fidèles...
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- Comme l’onde et le vent !
- Comme l’onde et le vent !
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Il est triste parfois, quand le ciel hurle et pleure,
De songer au rivage, à la calme demeure
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- Des mères et des sœurs,
- Des mères et des sœurs,
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Aux nouvelles amours des changeantes maîtresses :
N’importe ! l’ouragan et ses âpres caresses
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- Ont aussi leurs douceurs !
- Ont aussi leurs douceurs !
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Habitants des cités, engeance casanière,
A vous le temps qui suit toujours la même ornière,
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- L’immobile maison,
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L’uniforme repos ! — A nous la vie étrange
Qui lutte avec l’abîme, et, d’heure en heure, change
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- De face et d’horizon !
- De face et d’horizon !
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Oh ! nous avons le droit de porter haut la tête !
Il est beau de courir à travers la tempête
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- Sur un mince vaisseau !
- Sur un mince vaisseau !
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D’unir deux univers, le plus jeune à l’antique !
Il est beau, compagnons, de passer l’Atlantique
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- Comme on passe un ruisseau !
- Comme on passe un ruisseau !
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D’aller, de découvrir, à travers mille épreuves,
D’autres cieux, d’autres monts, des plages encor neuves,
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- Des continents entiers ;
- Des continents entiers ;
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De voir, par intervalle, émerger sous les nues
Quelque île de houris, qui sur les danses nues
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- Penche ses cocotiers ;
- Penche ses cocotiers ;
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D’étendre à tout climat nos étapes marines,
De porter nos trésors, nos arts et nos doctrines
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- A cent peuples divers,
- A cent peuples divers,
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Et nous, enfants sortis d’écoles peu savantes,
De pouvoir, comme un livre aux sciences vivantes,
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- Feuilleter l’univers !
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De dire aux nations : « Plus d’intérêts contraires !
De la paix entre vous, ambassadeurs et frères,
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- Nous échangeons le vœu.
- Nous échangeons le vœu.
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O peuples ! par nos voix la nature vous crie :
« Vous n’avez qu’un soleil, n’ayez qu’une patrie,
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- « Et n’adorez qu’un Dieu ! »
- « Et n’adorez qu’un Dieu ! »
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Souffle, souffle, bon vent ! incline sous ses toiles
Notre brick saluant les premières étoiles
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- Qu’allume un ciel serein.
- Qu’allume un ciel serein.
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A nous la haute mer ! à nous le bleu domaine
Où la liberté vogue, où chacun se promène
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- En maître souverain !
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