Les Merveilleux Voyages de Marco Polo dans l’Asie du XIIIe siècle/Partie II/Chapitre 36

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CHAPITRE XXXVI

Le royaume de Mien et les deux tours d’or et d’argent


Après avoir franchi un désert de quinze jours de marche, on arrive à la ville d’Amien[1] qui est la capitale du royaume de Mien. Les habitants en sont idolâtres et parlent un langage particulier. On y trouve un très beau monument dont je vais conter l’histoire.

Jadis un roi puissant régnait dans la ville. Il avait ordonné que sur son tombeau fussent bâties deux tours, l’une d’or, l’autre d’argent. Elles sont construites en pierres, mais recouvertes de plaques d’or ou d’argent épaisses d’un doigt si bien qu’on les dirait entièrement en or et en argent. Chacune a dix pas de circonférence et est haute en proportion. Le sommet est tout entier couvert de clochettes d’or ou d’argent, qui sonnent chaque fois que le vent les agite. Ces tours attestent la grandeur du roi qui les fit construire et l’on voit dans l’univers peu de spectacles aussi beaux. Elles sont édifiées avec art et leur valeur est considérable. Quand le soleil les touche, il les revêt d’un éclat qui brille au loin.

Voici comment le grand Khan fit la conquête du royaume de Mien. Il avait à sa cour beaucoup de jongleurs et de baladins. Un jour, il leur ordonna de conquérir ce royaume, il les équipa, leur donna un chef avec un corps de soldats auxiliaires et les fit partir. C’est ainsi qu’ils allèrent jusqu’au royaume de Mien et s’en emparèrent. Quand ils virent les deux tours d’or et d’argent, ils furent saisis d’admiration et demandèrent au grand Khan ce qu’il entendait faire de pareil trésor. Lui, sachant qu’elles avaient été construites pour exécuter la dernière volonté d’un roi, pensa à lui-même après sa mort. Il ordonna de ne pas démolir les tours et de les laisser telles qu’elles étaient. Cette décision ne doit pas étonner, car les Tartares n’aiment pas à rien toucher qui appartienne à un mort.

  1. Paghan.