Les Souvenirs du peuple
La bibliothèque libre.
H. Fournier, 1839 (2, pp. 317-319).
LES
SOUVENIRS DU PEUPLE
Air : Passez votre chemin, beau sire
-
-
-
-
- On parlera de sa gloire
- Sous le chaume bien longtemps.
- L’humble toit, dans cinquante ans,
- On parlera de sa gloire
- Ne connaîtra plus d’autre histoire.
- Là viendront les villageois
- Dire alors à quelque vieille :
- Par des récits d’autrefois,
- Mère, abrégez notre veille.
- Bien, dit-on, qu’il nous ait nui,
- Le peuple encor le révère,
-
-
- Oui, le révère.
- Oui, le révère.
-
-
- Parlez-nous de lui, grand’mère ;
-
- Parlez-nous de lui. (bis)
- Parlez-nous de lui. (bis)
-
- Là viendront les villageois
-
-
-
-
-
-
-
- Mes enfants, dans ce village,
- Suivi de rois, il passa.
- Voilà bien longtemps de ça ;
- Mes enfants, dans ce village,
- Je venais d’entrer en ménage.
- À pied grimpant le coteau
- Où pour voir je m’étais mise,
- Il avait petit chapeau
- À pied grimpant le coteau
-
-
-
-
-
-
-
- Avec redingote grise.
- Près de lui je me troublai,
- Il me dit : Bonjour, ma chère,
-
-
- Bonjour, ma chère.
- Bonjour, ma chère.
-
-
- ― Il vous a parlé, grand’mère !
-
- Il vous a parlé !
- Il vous a parlé !
-
- Avec redingote grise.
-
-
-
-
-
-
-
- L’an d’après, moi, pauvre femme,
- À Paris étant un jour,
- Je le vis avec sa cour :
- L’an d’après, moi, pauvre femme,
- Il se rendait à Notre-Dame.
- Tous les cœurs étaient contents ;
- On admirait son cortège.
- Chacun disait : Quel beau temps !
- Le ciel toujours le protège.
- Son sourire était bien doux ;
- D’un fils Dieu le rendait père,
-
-
- Le rendait père.
- Le rendait père.
-
-
- ― Quel beau jour pour vous, grand’mère !
-
- Quel beau jour pour vous !
- Quel beau jour pour vous !
-
- Tous les cœurs étaient contents ;
-
-
-
-
-
-
-
- Mais, quand la pauvre Champagne
- Fut en proie aux étrangers,
- Lui, bravant tous les dangers,
- Mais, quand la pauvre Champagne
- Semblait seul tenir la campagne.
- Un soir, tout comme aujourd’hui,
- J’entends frapper à la porte ;
- J’ouvre, bon Dieu ! c’était lui
- Suivi d’une faible escorte.
- Il s’assoit où me voilà,
- S’écriant : Oh ! quelle guerre !
-
-
- Oh ! quelle guerre !
-
-
- Un soir, tout comme aujourd’hui,
-
-
-
-
-
-
-
- ― Il s’est assis là, grand’mère !
-
-
-
- Il s’est assis là !
- Il s’est assis là !
-
-
-
- ― Il s’est assis là, grand’mère !
-
-
-
-
-
-
-
- J’ai faim, dit-il ; et bien vite
- Je sers piquette et pain bis ;
- Puis il sèche ses habits,
- J’ai faim, dit-il ; et bien vite
- Même à dormir le feu l’invite.
- Au réveil, voyant mes pleurs,
- Il me dit : Bonne espérance !
- Je cours de tous ses malheurs,
- Sous Paris venger la France.
- Il part ; et comme un trésor
- J’ai depuis gardé son verre,
-
-
- Gardé son verre.
- Gardé son verre.
-
-
- Au réveil, voyant mes pleurs,
- ― Vous l’avez encor, grand’mère !
-
-
- Vous l’avez encor !
- Vous l’avez encor !
-
-
-
-
-
-
-
-
-
- Le voici. Mais à sa perte
- Le héros fut entraîné.
- Lui, qu’un pape a couronné,
- Le voici. Mais à sa perte
- Est mort dans une île déserte.
- Longtemps aucun ne l’a cru ;
- On disait : Il va paraître.
- Par mer il est accouru ;
- L’étranger va voir son maître.
- Quand d’erreur on nous tira,
- Ma douleur fut bien amère !
-
-
- Fut bien amère !
- Fut bien amère !
-
-
- ― Dieu vous bénira, grand’mère ;
-
- Dieu vous bénira.
-
- Longtemps aucun ne l’a cru ;
-
-
-