Lettres de Madame Roland de 1780 à 1793/Introduction

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Imprimerie nationale, 1900-1902 (pp. v-xxx).


INTRODUCTION.

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I

Un arrêté de M. le Ministre de l’instruction publique, du 11 mars 1898, nous a chargé de publier, dans la Collection des documents inédits relatifs à l’histoire de France, les Lettres de Madame Roland.

Nous rassemblons donc ici toutes les lettres actuellement con­nues qu’à écrites Madame Roland depuis son mariage (4 février 1780). Les lettres antérieures sont plutôt la correspondance de Jeanne-Marie Phlipon et ont moins d’intérêt pour l’histoire. On les trouvera d’ailleurs dans deux recueils existant en librairie[1].

Notre collection ainsi limitée comprend 563 lettres, dont 323 entièrement inédites ; 36 autres le sont à moitié ; 204 seulement étaient imprimées telles que nous les reproduisons. Nous avions pensé d’abord à ne donner in extenso que les 323 lettres tout à fait inédites, en ne réservant aux autres, dans l’ordre de la correspon­dance, qu’une place plus restreinte (provenance, date, lieu de départ, destinataire, objet sommaire, rétablissement des passages omis). Mais nous avons dû considérer que les recueils qui fournissent le plus grand nombre de ces lettres imprimées[2] ne sont plus depuis longtemps dans le commerce, et que les lettres dispersées sont encore moins accessibles. D’autre part, toutes ces lettres s’enchaînent si étroitement à nos lettres inédites que c’eut été pour les travailleurs une gêne insupportable — alors même qu’ils auraient eu sous la main tous les textes imprimés — d’être obligés, presque à chaque page, de quitter notre recueil pour ces textes, et réciproquement. La suite de la lecture exigeait donc que les lettres déjà connues fussent intercalées tout entières, à leur date, parmi les lettres inédites, sauf à les imprimer en plus petits caractères.

Dans l’examen des sources où nous avons puisé, — lettres déjà imprimées, — lettres semi-inédites, — lettres inédites, — nous commencerons par les premières.


II

LETTRES IMPRIMÉES.

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A. — Recueils.


1° En 1795, Bosc, le fidèle ami de Madame Roland et le tuteur de sa fille, donna, dans la quatrième partie des Mémoires (Appel à l’impartiale postérité), les lettres qu’il avait reçues d’elle, du 33 août 1782 au 7 février 1791. Mais, de même que pour la publication des « cahiers » des Mémoires, il avait fait un choix. Sur les 82 lettres de son recueil, 15 ne furent imprimées qu’avec des retranchements plus ou moins considérables. En outre, il avait retenu par devers lui beaucoup plus de lettres qu’il n’en livrait au public ;

2° En 1835, parurent, précédées d’une Introduction par Sainte-Beuve, les Lettres à Bancal des Issarts, au nombre de 67 (dont 1 pour Lanthenas), allant du 22 juin 1790 aux premières semaines de 1793 ; 3° Dans l’édition Dauban (1867) des Lettres aux demoiselles Cannet, il y a 8 lettres postérieures au mariage, rentrant ainsi dans notre cadre, et que nous avons dû reproduire.


B. — Lettres dispersées.


1° Dans le texte même des Mémoires de 1795, on trouve 13 lettres, dont 11 écrites en 1793 aux prisons de l’Abbaye et de Sainte-Pélagie ;

2° Champagneux, dans son édition de 1800 (Œuvres de J.-M.-Ph. Roland, an VIII), a inséré 8 autres lettres, toutes de 1792 et 1793 ;

3° Lorsque Berville et Barrière voulurent rééditer en 1820, dans leur Collection si connue, les Mémoires de Madame Roland, ils s’adressèrent à Bosc, qui vivait encore, et qui confia à Barrière une partie des papiers qu’il avait gardés. Celui-ci en tira, entre autres choses, 8 lettres se rapportant à la période dont nous nous occupons, et les inséra dans son édition. Mais il garda en réserve, lui aussi, un certain nombre de pièces, « cahiers » des Mémoires, lettres, etc…, que nous verrons reparaître plus loin ;

4° La première édition des Mémoires de Buzot, en 1823, pu­blia une lettre de Madame Roland à Garat, du 20 juin 1793. (M. Dauban en a donné depuis, dans son Étude sur Madame Roland et son temps, un texte encore inexact. Nous l’avons rectifié, le manuscrit sous les yeux.)

Les Papiers inédits trouvés chez Robespierre, publiés en 1828, firent connaître une lettre importante adressée à Robespierre par Madame Roland [25 avril 1792] ;

6° Il y avait dans les papiers de Brissot, un grand nombre de lettres de Madame Roland. Ces papiers, après avoir passé par bien des mains (voir Mémoires de Brissot, éd. de 1830, Préface, p. XIX), furent confiés à un publiciste distingué, M. de Montrol, qui en tira deux lettres, l’une du 11 février 1790, insérée par lui dans son édition, l’autre du 28 avril 1791, qu’il publia en 1835 dans la Nouvelle Minerve (I, 312). Il fit lire les autres à Sainte-Beuve, qui écrivait, précisément en cette année 1835, dans son introduction aux Lettres à Bancal (p. XXV) : « Les lettres à Brissot, inédites pour la plupart, sont aux mains de M. de Montrol, que nous ne pouvons trop engager à les publier et à l’amitié de qui nous devons de les avoir parcourues. » Sainte-Beuve ne put qu’en donner quelques extraits ; nous en reproduisons cinq, tirés de lettres qui, comme nous allons le dire, paraissent perdues au­jourd’hui.

M. de Montrol mourut en 1862 sans avoir fait ce que souhai­tait Sainte-Beuve, et son fils, auquel nous nous sommes adressé, nous a fait répondre (avril 1896) : « Après la mort de mon père, j’ai fait de nombreuses recherches concernant Brissot, et je n’ai trouvé, en dehors des matériaux des Mémoires et de ce qui est connu, rien d’inédit que je pusse publier… » On peut donc con­sidérer comme perdue cette partie de la correspondance de Madame Roland.

Toutefois, mis en éveil par le peu qu’avaient fait connaître M. de Montrol et Sainte-Beuve, et plus encore par une note de Bosc[3] nous nous sommes demandé s’il serait possible de retrou­ver, dans le Patriote français, des lettres de Madame Roland à Brissot. Cette recherche nous a permis d’en reconnaître quatre, sans parler de celle qui avait déjà paru dans la Nouvelle Minerve[4] ;

Mlle Louise Colet, en 1842, dans les notes de son livre : Charlotte Corday et Madame Roland, a donné en fac-similé, d’après un autographe du cabinet de M. Feuillet de Conches, une belle lettre du 25 décembre 1792 ;

8° M. Dauban, à la fin de son Étude sur Madame Roland et son temps (juin 1864), a le premier publié les quatre célèbres lettres à Buzot de juin et juillet 1793. Il y a donné aussi (p. LXXVII) une lettre inédite à Bosc, de 1785, tirée de la collection J. Charavay. Mettons encore à son actif une autre lettre à Bosc, aussi de 1785[5], et une lettre à Petion, de 1792[6]. Au total, 7 lettres que nous devons à cet historien ;

9° M. Faugère, dans son édition des Mémoires (juillet 1864), a inséré, en note ou aux appendices, diverses lettres inédites, dont 7 appartiennent à la période que nous traitons ;

10° Mlle Clarisse Bader, ayant eu à sa disposition ce qui restait des papiers de Barrière, en a tiré les éléments d’une étude fort intéressante[7] et y a 8 lettres inédites. Nous dirons plus loin comment nous avons pu en compléter six. Nous n’inscrivons donc ici que les deux lettres dont nous prenons le texte tel quel dans le Correspondant ;

11° M. G. Finsler, recteur du gymnase de Berne, a donné récemment[8] trois lettres tirées des Papiers de Lavater et adressées par Madame Roland au pasteur de Zurich, de 1788 à 1793 ;

12° Enfin une lettre du 2 mars 1788, à Bosc, a été publiée par Le Carnet du 15 mai 1899.

Les lettres imprimées peuvent donc se récapituler ainsi :

Recueils.
Recueil de Bosc, 1795 67
Lettres à Bancal, 1835 67
Recueil Dauban, 1867 8
142 142
Lettres dispersées.
Mémoires, éd. de 1795 12
Mémoires, éd. de 1800 8
Mémoires, éd. de 1820 8
Mémoires de Buzot, 1823 1
Papiers de Robespierre, 1828 1
Publiées par M. de Montrol, 1830 et 1835 2
Publiées par Sainte-Beuve, 1835 5
Publiée par Mlle Colet, 1841 1
Publiées par M. Dauban, 1864 et 1868 7
Publiées par M. Faugère, 1864 7
Publiées par Mlle Bader, 1892 2
Publiées par M. Finsler, 1898 3
Tirées du Patriote français 4
Tirée du Carnet 1
62 62
Total 204


III

LETTRES SEMI-INÉDITES


1° On a aujourd’hui, à la Bibliothèque nationale (Ms. N. A. fr. 6238-6244, Papiers Roland), les autographes de 18 des 82 lettres publiées par Bosc en 1795. Trois seulement de ces lettres (23 septembre, 3 octobre et 20 décembre 1784) n’avaient subi aucun retranchement ; nous n’avons eu qu’à en collationner le texte, et nous les avons fait entrer dans le compte ci-dessus. Mais les 15 autres sont essentiellement des lettres semi-inédites ; l’une avait été soudée par l’éditeur à une lettre postérieure de plusieurs mois, et nous l’avons rétablie avec un numéro distinct à sa place approximative (juin ? 1788 ; elle n’est pas datée) ; dans les 14 autres, Bosc avait supprimé des passages entiers, sou­vent considérables, toujours intéressants pour le détail de la vie de Madame Roland. Deux de ces lettres (22 décembre 1785 et 3 juin 1786) présentent une particularité curieuse : Bosc avait donné le commencement de la première ; le manuscrit de la Biblio­thèque nous permet d’y ajouter deux lignes seulement, le feuillet se terminant là, et le feuillet suivant nous a été fourni par la collection Alfred Morrison, dont nous allons parler. Quant à la se­conde, Bosc n’en avait donné que le milieu, le manuscrit de la Bibliothèque fournit la fin, et c’est la collection Morrison qui nous a livré le feuillet du début ;

2° Des huit lettres publiées par Mlle Bader, six ne l’avaient été que par fragments. Nous avons pu les compléter de la manière suivante :

Deux (… mai 1786 et 11 septembre 1793), grâce aux co­pies intégrales que Mlle Bader nous a obligeamment envoyées ;

Deux autres (1er mai 1783 et 18 mai 1787) ont été transcrites par nous sur les originaux de M. Étienne Charavay ;

Nous avons trouvé le texte complet de la cinquième (lettre à Jany, du milieu d’octobre 1793) dans les papiers de M. Faugère, dont nous parlerons plus loin ;

Enfin une autre lettre à Jany (du 27 octobre 1793) étant au­jourd’hui à la Bibliothèque nationale (Ms. N. A. fr. 4697, fol. 13), nous avons pu la donner sans coupures ;

3° Le célèbre catalogue de la collection d’autographes de M. Alfred Morrisson (1re série. 6 volumes in-fol., 1883, tiré à 200 exemplaires, t. V, p. 310) nous a fourni in extenso une lettre à Bosc, du 18 décembre 1788 ;

4° Une importante contribution nous est venue des catalogues de ventes d’autographes. M. Raoul Bonnet a eu la complaisance d’en faire pour nous un dépouillement minutieux, portant sur une période d’un demi-siècle, et en a tiré plus de cent fiches ; les unes nous ont permis de fixer plusieurs détails de l’histoire des Roland et de compléter le signalement d’un certain nombre de lettres imprimées ; d’autres se rapportent à des lettres dont nous avons retrouvé depuis les autographes dans les Papiers Faugère, et nous ont révélé leurs pérégrinations antérieures ; mais quatorze de ces fiches nous font connaître, en analyses accompagnées de fragments plus ou moins étendus, des lettres qui n’étaient pas connues et qui ont pu ainsi être représentées dans la Correspondance.

La récapitulation des lettres semi-inédites peut donc s’établir ainsi :

Lettres du Recueil de Bosc, complétées avec les mss. de la Bibliothèque nationale 15
Lettres à Mlle Bader, complétées 6
Catalogue Morrison 1
Catalogues de ventes autographes 14
36

IV

LETTRES INÉDITES.


1° Notre principale source est la Bibliothèque nationale, au Département des Manuscrits, Nouv. Acq. franç., n° 6238-6244, « Papiers Roland », — 198 lettres.

L’origine et la transmission de ces papiers ne nous sont pas connues dans tous leurs détails. Si nos conjectures sur l’origine sont exactes, il semble que les Roland, en quittant le Beaujolais (décembre 1791) pour revenir à Paris, y avaient laissé, soit dans leur logis de Villefranche, soit au Clos, leur maison des champs, un dépôt considérable de papiers, parmi lesquels leur correspon­dance de 1777 à 1791. Quand Bosc prit la tutelle de leur fille, à la fin de 1794, il n’avait pas encore ces documents à sa disposi­tion ; nous voyons en effet qu’en avril 1795, publiant les Mémoires de son amie, il annonçait l’intention de leur donner une suite (Œuvres diverses de Madame Roland, Mémoires historiques de son mari, pièces concernant le second ministère), mais seulement quand il aurait pu « fouiller dans les papiers encore sous les scellés à Villefranche et dans ceux enlevés de la maison de Paris, après la vente des meubles par l’agence des biens nationaux » (Avertisse­ment, p. VII-VIII). Ce moment ne tarda guère ; en juillet 1795, Mlle Roland, remise en possession de l’héritage de ses parents, arrivait à Villefranche avec son tuteur. Ils y séjournèrent, soit à la ville, soit au Clos, jusqu’à l’automne, et c’est alors évidemment que Bosc constitua le premier dossier.

À la suite d’une crise que nous raconterons dans l’Appendice qui lui est consacré, Bosc partit pour les États-Unis en août 1796, laissant sa pupille à un autre ami des Roland, Luc-Antoine Champagneux, qui, moins de six mois après (13 décembre), la maria à son second fils, Pierre-Léon. Le dépôt devait donc passer sous la garde de Luc-Antoine, devenu chef de la famille. Mais Bosc ne put le lui remettre qu’après son retour d’Amérique (novembre 1798), comme l’indique l’examen même du dossier, où l’on trouve précisément son passeport muni des divers visa du retour. D’autre part, nous avons la preuve que Champagneux, lorsqu’il donna en 1800 son édition des Œuvres de Madame Roland, disposait déjà de la plupart des papiers.

Lorsqu’il mourut, conseiller à la Cour de Grenoble (7 août 1807), le dépôt passa, non comme on aurait pu le supposer, à son second fils. Pierre-Léon, mari d’Eudora Roland, mais à son fils aîné, Benoît-Anselme, qui le tint soigneusement caché jusqu’à sa mort, survenue en 1844[9].

On s’explique dès lors qu’Eudora Roland ait pu écrire à Barrière, le 24 octobre 1893 : « Je devrais avoir de ses lettres [de Roland] par centaines ; mais tout ce qui est sorti de sa plume, frappé d’une sorte de fatalité, a été livré à des mains infidèles ou trop craintives ; il m’en reste au plus une douzaine, adressées à M. Champagneux [Luc-Antoine, son beau-père]… »[10]. Or il y a 168 lettres de Roland, dont 60 à Champagneux, dans le dépôt remis depuis à la Bibliothèque !

Après la mort de Benoît-Anselme, les papiers passèrent à Pierre-Léon, qui les conserva avec le même mystère. Sa femme n’en connut que quelques morceaux épars, qu’elle faisait passer à M. Faugère à mesure qu’elle les retrouvait (Mém., éd. Faugère, Introd., V-VI), et nous sommes porté à croire que le principal dossier lui resta toujours inconnu[11].

C’est seulement en 1866, deux ans après la mort de Pierre-Léon Champagneux, que sa fille et héritière, Mme Zélia Chaley, prit connaissance du volumineux dossier des Papiers Roland et en fit l’inventaire avec ses enfants. Elle forma, dès lors, la résolution de le destiner la Bibliothèque nationale ; mais auparavant elle le confia à M. Faugère, sous la condition qu’il reviendrait ensuite à la Bibliothèque. M. Faugère devait s’en servir pour écrire sur Roland et Madame Roland cet ouvrage qu’il n’a jamais publié, sans que nous puissions même dire s’il l’a ébauché, ni dans quelle mesure il a étudié ces papiers. On voit seulement, sur les lettres autographes de Madame Roland et de son mari, d’assez nombreux soulignements, d’une encre plus récente, en général dans les passages qui expriment des sentiments élevés ou touchants. Est-ce la plume de Mme Chaley ou celle de M. Faugère qui les a tracés ?… Nous rencontrons aussi, en tête d’un certain nombre de lettres, des dates rétablies (et plus d’une fois inexactement) par la personne qui a classé sommairement ces papiers. Là aussi, on ne peut discerner à qui ces indications doivent être attribuées. Le classement lui-même, exécuté en gros, reste bien défectueux. Pour ne parler que des 198 lettres de Madame Roland que nous donnons ici, 60 sont dans le volume n° 6238, – 115 dans le n° 6239, — 1 dans le n° 6240, — et 22 dans le n° 6241, entremêlées à des lettres de Roland ou à d’autres papiers, sans que cette répartition corresponde toujours à un groupement soit rationnel, soit chronologique ; même dans les séries où ce dernier ordre semble avoir été suivi, les interversions abondent ; parfois des feuillets d’une même lettre sont transposés, etc. Nous signalons ces confusions uniquement pour constater que la personne qui a procédé à ce classement ne l’a pas poussé très loin.

Mme Chaley mourut le 20 janvier 1880, M. Faugère le 17 mars 1887, et sa veuve, pour se conformer aux conditions du prêt, remit les Papiers Roland à la Bibliothèque nationale le 15 décembre 1888.

Ce n’est pas ici le lieu de faire l’analyse de ce très riche dossier de sept volumes manuscrits. Notons seulement qu’il renferme, outre les papiers des Roland avant 1791, 34 lettres à Bosc, (18 de Madame Roland, 16 de Roland), qui n’ont guère pu y être introduites que par Bosc lui-même, et surtout une quantité considérable de pièces se rapportant aux deux ministères de Roland, réunies bien certainement par Champagneux lorsqu’il se proposait d’en faire l’histoire (Disc. prélim. aux Œuvres de Madame Roland, p. XXVI, XXVIII, LXXXIX, écrit en juin-juillet 1798). Nous renverrons souvent à ces papiers, non seulement pour les 198 lettres de Madame Roland que nous en avons tirées, mais aussi pour les éclaircissements qu’ils apportent à ces lettres.

2° Après les Papiers Roland vient l’ensemble de documents que l’on pourrait appeler les Papiers Bosc.

Nous avons dit que le premier tuteur d’Eudora Roland n’avait publié en 1795 que 82 lettres de son illustre amie. Il en avait gardé un plus grand nombre, dont il semble, au cours de sa longue carrière, s’être dessaisi peu à peu. En 1820, il en remit au moins 16 à M. Barrière, qui en imprima 8 dans son édition et garda les 8 autres pour s’en servir dans une histoire de Madame Roland qu’il annonça et prépara toujours, et qu’il n’a pas donnée. Après la mort de Barrière (août 1868), sa veuve conserva ses papiers, et c’est seulement après elle qu’ils arrivèrent à Mlle Bader, qui les utilisa en 1892, avant qu’ils fussent dispersés dans les ventes.

Quelques autres lettres furent données par Bosc à diverses personnes ; par exemple, les lettres des 13 mai 1785 et 17 janvier 1787. Nous présumons que la plupart de celles qui ont passé dans les ventes sont sorties de ses mains de la même manière.

Mais le plus gros de son dossier arriva, nous ne saurions dire comment ni à quelle époque, dans la collection de M. Jules Des­noyers, membre de l’Institut. À la vente de cette collection, les 15-19 avril 1880, les lettres de Madame Roland à Bosc (n° 234 du Catal. Desnoyers) furent achetées par M. Alfred Morrison, qui, en 1897, nous a permis d’en prendre copie. Le catalogue Desnoyers portait 66 lettres ; le dossier dont nous avons eu commu­nication comprenait en réalité 80 pièces, dont deux nous ont servi à compléter les lettres des 22 décembre 1785 et 3 juin 1786, et dont les 78 autres sont des lettres absolument distinctes.

Un autre dossier de la collection Morrison, provenant également de la vente Desnoyers (n° 158 et 233 du catalogue de cette vente), et par suite — autant qu’on peut le présumer — du même fonds primitif, nous a été aussi communiqué ; il comprend 96 lettres de Lanthenas et 124 lettres de Roland, ayant toutes Bosc pour destinataire. Elles nous ont fourni de nombreux éclair­cissements.

Enfin c’est encore à cette vente Desuoyers (n° 22 du Catal.), que M. Alexandre Beljame, professeur à la Sorbonne et petit-fils de Bosc, acquit un dossier ayant certainement la même origine, et contenant les lettres adressées à son grand-père par divers amis qui, pour la plupart, étaient aussi ceux des Roland. Nous n’y avons trouvé d’ailleurs, de même que dans le second dossier Morrison, aucune lettre autographe de Madame Roland ; mais nous reviendrons plus loin sur l’utilité que nous en avons retirée.

Comme on le voit, les Papiers Bosc, disséminés de 1820 à 1892, sont représentés aujourd’hui : 1° par les deux dossiers Morrison ; 2° par la collection Beljame ; 3° par ce qui reste de la collection Barrière ; 4° par les lettres dispersées que signalent les catalogues de ventes.

3° M. Étienne Charavay nous a communiqué deux lettres de Madame Roland, l’une du 22 août 1785, l’autre du 17 janvier 1787, toutes deux à Bosc, et du nombre de celles dont celui-ci avait fait don, nous ne savons quand ni à qui.

4° À la bibliothèque de la ville de Lyon, nous avons recueilli – reliée dans un volume de l’Histoire monumentale de Lyon, de Montfalcon (!) — une longue et curieuse lettre du 28 juillet 1790, adressée à Brissot.

5° Nous en étions là de notre moisson, lorsque l’entrée des papiers de M. Faugère à la Bibliothèque nationale, en avril 1899, est venue nous apporter un regain précieux et inespéré.

Depuis que M. Faugère, en 1846, avait conçu le projet d’écrire un jour l’histoire des Roland, il s’était mis à en recueillir lentement les matériaux. De 1846 à 1858, Mme Champagneux, à diverses reprises, lui avait donné des lettres, des papiers divers ; Après la mort de sa vieille amie, M. Faugère continua à collectionner, tantôt en achetant aux marchands d’autographes (c’est dans ses papiers que nous retrouvons aujourd’hui un très grand nombre de lettres signalées par les catalogues de ventes), tantôt en s’adressant aux familles ou aux personnes retenant de quelque autre façon des documents originaux ; c’est ainsi que nous le voyons correspondre, en 1864, avec M. Marcellin Boudet, héritier des papiers de Dulaure ; en 1865, avec les descendants d’Albert Gosse, de Genève ; de 1864 à 1878, avec la famille de Lavater, à Zurich ; en 1866, il obtient de Barrière les copies des lettres de Madame Roland que conservait le vieil érudit ; en 1869, il achète à l’éditeur Renduel, retiré depuis longtemps des affaires, les autographes de la correspondance de Madame Roland avec Bancal des Issarts, que Renduel avait publiée en 1835 ; à d’autres dates, il se procure plus de 60 pièces de Lanthenas, plus de 40 pièces des papiers de la famille Brissot, divers papiers de Clavière, de Mentelle ; il reçoit du baron de Girardot les souve­nirs si curieux de Sophie Grandchamp sur Madame Roland, etc. Tous ces documents venaient s’entasser dans trois cartons, assez pêle-mêle, mais cependant, le plus souvent, dans des chemises indiquant leur provenance. Il y a là, pour l’historien qui voudra étudier non seulement les Roland, mais aussi le milieu dans lequel ils ont agi, une riche mine de renseignements.

Après la mort de M. Faugère, en 1887, sa veuve conserva ces trois cartons de documents, qui étaient sa propriété personnelle, tandis qu’elle remettait les Papiers Roland, dont il n’était que dépositaire, à la Bibliothèque nationale. Lorsqu’elle mourut à son tour, à la fin de 1898, elle légua à la Bibliothèque les papiers de son mari. Ils viennent d’y être classés, également sous le titre de Papiers Roland, en trois volumes, N. A. fr., mss. 9532, 9533 et 9534.

Nous en avons tiré, pour la présente publication, 44 lettres inédites, dont 32 autographes et 8 en copies.

Nos 323 lettres absolument inédites proviennent donc des sources suivantes :

Papiers Roland
(Legs Chaley),
Bibl. nat.
\left\{ \begin{matrix}\ \\ \\ \\ \\ \end{matrix} \right. Ms. 6238 60 lettres.
Ms. 6239 115
Ms. 6240 1
Ms. 6241 22
Papiers Roland
(Legs faugère),
Bibl. nat.
\left. \begin{matrix}\ \\ \\ \\ \end{matrix} \right\} Mss. 9532-9534 44
242 242
Papiers Bosc \left\{ \begin{matrix}\ \\ \\ \end{matrix} \right. Collection Morrison 78
Collection Ét. Charavay 2
80 80
Bibliothèque de Lyon 1
Total 323


V


Si l’on considère la liste des correspondants de Madame Roland, placée à la suite de cette Introduction, on en trouvera près de quarante. Mais la plupart sont des correspondants de circonstance. En réalité, ses correspondants ordinaires ne sont guère qu’une dizaine, à savoir :

1° Henriette et Sophie Cannet, auxquelles d’ailleurs elle cesse bientôt d’écrire (8 lettres) ;

2° Son mari (171 lettres), et son beau-frère, le chanoine Dominique Roland (2 lettres) ;

3° Bosc (195 lettres) ;

4° Lanthenas (28 lettres) ; il devrait y en avoir des centaines, tant était grande l’intimité entre les Roland et lui ; mais il semble qu’une faible partie seulement de ses lettres ait été sauvée, dont sa correspondance avec Bosc (collection Alfred Morrison) et sa correspondance avec Bancal des Issarts (Papiers Roland, ms. 9534). Il ne reste à peu près rien de ses lettres à Madame Roland, et nous venons de dire ce qui subsiste de celles qu’elle lui adressait[12]. Nous avons du moins trouvé une série de billets, de la fin de 1792, qui nous font assister à la rupture de Madame Roland avec cet ancien ami et nous l’expliquent ;

5° Bancal des Issarts (69 lettres) ;

6° Brissot, à partir de 1789 (12 lettres) ;

7° Champagneux (14 lettres) ;

8° Ajoutons Albert Gosse (5), Lavater (3), Robespierre (4), Servan (3), Buzot (5), et enfin Jany, c’est-à-dire Mentelle (6), et nous aurons épuisé la liste. Les 40 lettres qui restent se ré­partissent entre 26 destinataires et n’ont été écrites que par occasion.


Pour plusieurs de ces correspondants, de même que pour Lanthenas, par exemple pour Brissot, Champagneux, Albert Gosse, les lettres devraient être bien plus nombreuses.

Il y avait d’autres correspondants, et non des moins habituels, desquels il ne reste absolument rien. Nous verrons cependant, par les lettres mêmes de Madame Roland, qu’elle écrivait assez fré­quemment, non pas seulement à des parents, Mlle Desportes, Mme Trude, mais aussi à des amis éprouvés, Mlles Malortie à Rouen, M. Deu à Amiens, etc. Les 563 lettres rassemblées ici ne sont donc que les débris d’une correspondance beaucoup plus étendue.


VI


En groupant les lettres par années, on discerne encore mieux les lacunes certaines, en même temps qu’on peut déjà suivre les phases de cette vie d’abord si paisible, puis si agitée :

En 1780, 8 lettres seulement. Madame Roland dénoue douce­ment avec les demoiselles Cannet, et, passant cette année à Paris avec son mari, qui s’absente peu, n’a guère sujet de lui écrire.

En 1781, 83 lettres ; 28 en 1782 ; 38 en 1783. Ce sont les trois années pleines de son séjour à Amiens ; elle ne correspond qu’avec Roland (en tournées d’inspection ou à Paris pour son ser­vice), et avec Bosc, leur jeune ami. Il semble que la correspondance de cette période serait à peu près complète, si nous avions les lettres à Lanthenas. Cette remarque s’étend aux quatre années suivantes.

En 1784, 74 lettres, dont 51 à Roland et 19 à Bosc. C’est l’année du long voyage qu’elle fait à Paris, sollicitant des lettres de noblesse pour Roland et finissant par lui obtenir l’inspection de Lyon. La correspondance, de mars à mai, est presque quotidienne, intarissable, et nous promène curieusement dans ce que nous appellerions aujourd’hui « les bureaux des Ministères ».

En 1785, 41 lettres ; 51 en 1786 ; 26 en 1787 ; période heureuse du séjour en Beaujolais, dans la vieille maison de Villefranche ou la paisible retraite du Clos ; presque toutes les lettres sont pour Bosc (69) ou pour Roland en voyage (45).

26 lettres seulement en 1788, presque toutes pour Bosc (21) ; une seule lettre pour Roland, bien qu’il ait fait cette année-là encore divers séjours à Lyon, plus courts il est vrai qu’auparavant. Il y a donc ici une lacune évidente.

En 1789, nous tombons à 22 lettres, dont 17 à Bosc. Aucune lettre à son mari, aucune à Lanthenas, 4 seulement à Brissot ; nous savons cependant avec quelle fièvre intense et continue elle écrivait dès lors à ses amis de Paris. Même les lettres à Bosc ont dû être bien plus nombreuses. Mais l’excellent Bosc était négligent et a dû en perdre plus d’une, sans parler de celles qu’il passait à Lanthenas et à Brissot et qui ne lui revenaient pas. Il nous dit lui-même (Avertissement, p. VI) : « Je regrette beaucoup de n’avoir pas une suite plus complète de sa correspondance à publier. Cette correspondance a été extrêmement active pendant plusieurs années, souvent journalière pendant son séjour à Amiens ; ma mémoire se retrace confusément quelques lettres d’un très grand intérêt. Je ne les retrouve pas ; il est possible que plusieurs soient restées entre les mains de Lanthenas, avec qui cette correspon­dance était fréquemment commune… »

En 1790, 59 lettres ; 70 en 1791. C’est le moment de la cor­respondance avec Bancal des Issarts, qui reçoit près de la moitié de ces lettres (58 sur 129) ; Bosc en reçoit 31 ; 5 seulement sont adressées à Roland, le mari et la femme ne s’étant presque pas quittés ces années-là.

52 lettres en 1793, 38 en 1793, mais presque toutes (sauf les billets familiers à Bosc, trois petites lettres à Bancal, et les cinq célèbres lettres à Buzot) sortent du cadre de la correspon­dance ordinaire ; le temps des causeries est passé ; « nous marchons à la lueur des éclairs » (à Lavater, 15 janvier 1793). La plupart de ces lettres sont des actes.

En résumé, sur 556 lettres (nous déduisons les 7 lettres clas­sées sous la rubrique Anno incerto), 315 se rapportent aux années antérieures à la Révolution (1780-1788), et 241 à la période de 1789 à 1793 ; soit une moyenne annuelle de 35 avant 1789 et de 48 après. Mais, rien qu’à en juger par le nombre des lettres à Bancal, nous devrions, pour les années de la Révolution, en avoir bien davantage. La tempête a tout dispersé. On estimera sans doute qu’il était grand temps de rassembler ce qui reste.


VII


Notre mission d’éditeur nous imposait une critique rigoureu­sement objective. Ce que nous pouvons penser de Madame Roland et de son rôle importe peu au lecteur. On n’attendra pas non plus, du moins ici, que nous racontions sa vie. Mais encore devions-nous joindre à ces lettres, pour en faciliter la lecture, les éclair­cissements nécessaires. Or, il se trouve que l’histoire des Roland est encore si mal connue, que ce minimum d’éclaircissements reste fort considérable. Pour les recueillir, nous nous sommes adressé à quatre sources différentes :


I. La famille elle-même (trois arrière-petites-filles de Roland existent encore) nous a fourni de très précieuses indications.


II. Nous avons pris dans tous les lieux où ont vécu les Roland et leurs amis, à Villefranche, au Clos, à Rouen, à Amiens, à Lyon, etc., des renseignements sans lesquels bien des passages de ces lettres eussent été peu intelligibles.


III. Nous avons mis à contribution — devoir élémentaire d’un éditeur — les ouvrages imprimés de la fin du XVIIIe siècle et de la Révolution, ainsi que les publications contemporaines, si actives depuis quelques années.


IV. Mais le secours le plus utile est encore celui que nous ont apporté les documents inédits que nous avons énumérés tout à l’heure, c’est-à-dire les Papiers Roland (legs Chaley et legs Faugère) et ce qui reste des Papiers Bosc. Ils sont le commentaire contemporain et comme la contre-épreuve des lettres de Madame Roland. En même temps qu’ils en facilitent la lecture, ils apportent plus d’une contribution nouvelle à l’histoire.


VIII


Pour distribuer avec ordre nos renseignements et simplifier les recherches, nous avons procédé de la manière suivante :

1° Des Tables, placées à la suite de cette Introduction, présenteront la nomenclature chronologique des lettres (y compris même celles antérieures à 1780), en indiquant les destinataires et l’origine ;

2° Viendra ensuite un Index bibliographique donnant les titres complets des sources manuscrites ou imprimées auxquelles nous avons eu recours, avec les abréviations dont nous userons pour y renvoyer d’ordinaire ;

3° Chaque année de la Correspondance sera précédée d’un Avertissement, qui résumera ce qu’il importe de savoir sur la vie des Roland pendant cette année-là ;

4° Des Appendices, placés à la fin de l’ouvrage, réuniront tous les renseignements généraux sur les Roland et sur leurs princi­paux amis. Certains de ces Appendices arrivent aux proportions de véritables monographies ; mais, comme ils sont faits avec des documents originaux, on voudra bien leur accorder quelque importance.

Ce plan nous permettra d’éviter d’incessantes redites ; il suffira en effet, aux endroits des lettres qui exigeraient des éclaircisse­ments trop longs pour une note et qui devraient d’ailleurs être trop souvent répétés, d’un simple renvoi aux Appendices pour guider le lecteur ;

5° Les notes de chaque lettre pourront dès lors être fort ré­duites et consisteront uniquement :

a. En une note de détermination indiquant d’où la lettre est tirée, et, s’il y a lieu, rectifiant ou rétablissant la date ;

b. En notes aussi courtes que possible sur les personnages de second ordre ou sur les circonstances qui pourraient n’être pas suffisamment connues ;

6° Le dernier volume se terminera par un Index des nom, qui indiquera tout d’abord la page où le nom, apparaissant pour la première fois, est accompagné de sa notice. On devra donc, chaque fois qu’on rencontrera un nom sans notice, aller chercher à l’Index le renvoi nécessaire.


IX


Il nous reste à faire connaître un certain nombre des dispositions typographiques que nous avons adoptées pour l’intelligence du texte :

1° En tête de chaque lettre, nous avons placé entre crochets[], toutes les indications, — date, destinataire, lieu de destination, lieu d’origine, — qui ne nous étaient pas fournies par le texte original (manuscrit ou imprimé) et que l’induction nous a permis de rétablir ;

2° Lorsque nous avons cru qu’il y avait erreur sur une de ces données, nous avons mis en italiques et entre parenthèses () celles que nous proposions de substituer ;

3° Pour les lettres semi-inédites, nous avons mis entre crochets [] les parties déjà imprimées ;

4° Les lettres simplement réimprimées seront, ainsi qu’il a été dit plus haut, en caractères plus petits. Nous n’avons pas cru devoir étendre cette disposition aux lettres semi-inédites, car l’ancien texte et le nouveau s’y tiennent parfois si près, qu’il en serait résulté un aspect trop disparate ;

5° Il arrive très souvent à Madame Roland d’abréger les noms propres, Lths. pour Lanthenas, Chp. pour Champagneux, Tlz. pour Tolozan, etc. Nous avons rétabli entre crochets [] les noms tout entiers ;

6° Dans les lettres tirées des Papiers Roland, nous avons supprimé à l’impression les soulignements dont il a été question à la page XVI, toutes les fois qu’ils nous ont paru être d’une date postérieure ;

7° Un certain nombre de lettres de Roland, de Lanthenas, etc, sont, pour ainsi dire, adhérentes au texte de Madame Roland, car souvent l’un continue la lettre commencée par l’autre. Nous n’avons donc pu nous dispenser de les reproduire, mais en si­gnalant les moments où la plume change de main, et en em­ployant des caractères typographiques différents.

Enfin, nous prévenons le lecteur que, d’après la règle admise pour les documents relatifs à une période aussi rapprochée de nous, nous donnons le texte avec l’orthographe actuelle, au lieu de suivre celle du temps. De même, par les quelques lettres ou passages écrits en italien, nous nous sommes appliqué (sans croire utile ni de les traduire ni d’en corriger les solécismes) à en rétablir au moins l’orthographe.


X


C’est à la haute bienveillance de M. Alfred Rambaud, ministre de l’Instruction publique, que nous devons l’honneur de publier ce Recueil dans une Collection justement célèbre. Que l’ancien ministre et l’éminent historien reçoive l’hommage de notre profonde gratitude !

Il nous est bien doux aussi de témoigner notre reconnaissance à M. Liard, directeur de l’Enseignement supérieur, dont le ferme appui nous a si puissamment soutenu.

L’obligeance de M. Léopold Delisle, l’illustre administrateur de la Bibliothèque nationale, et de ses collaborateurs, parmi lesquels nous devons des remerciements particuliers à M. H. Omont, nous a permis de consulter, avec tout le loisir nécessaire, les précieux manuscrits dont ils ont la garde.

D’autre part, nous ne saurions assez redire que, sans la libéra­lité de M. Alfred Morrison, notre Recueil eût été singulièrement incomplet. Des 80 lettres de Madame Roland, acquises par lui à la vente Desnoyers, une seule avait été publiée par lui dans son magnifique Catalogue ; les 79 autres restaient dans sa collection, en Angleterre, et risquaient d’être perdues pour la critique française. Sur la demande de M. Etienne Charavay, et par l’entremise de M. E. Deprez, M. Alfred Morrison a bien voulu renvoyer ses dossiers à Paris, chez M. Charavay, où nous en avons pris copie. Non seulement ces lettres comblent des lacunes et éclairent les lettres voisines, mais encore elles nous révèlent bien des particularités, d’un grand prix pour qui s’intéresse à la vie intime de Madame Roland et de ses amis.

Aussi est-ce avec un vif sentiment de regrets que nous avons appris la mort, à Londres, le 22 décembre 1897, de M. Alfred Morrison. Que notre hommage aille du moins à sa mémoire[13].

La mort de M. Étienne Charavay, survenue au moment où nous écrivons ces pages (octobre 1899), et qui est un véritable deuil pour la science française, nous a privé d’un précieux concours. Il avait mis à notre disposition ses riches collections, sa bibliothèque, sa rare compétence, avec une bonne grâce inépuisable à laquelle son frère Noël voulait bien s’associer.

Nous avons déjà dit que les descendantes de Roland, Mme Taillet au château de Rosières près Bourgoin, Mme Marillier au Clos et à Paris, nous ont permis de faire appel à leurs souvenirs de famille et communiqué des pièces importantes.

Grâce à la confiance de M. Alexandre Beljame, qui nous a ouvert tout le dossier de documents inédits rassemblé par lui sur Bosc, son aïeul, nous avons pu pénétrer dans l’intimité d’un des hommes qui ont le plus honoré la science et la Révolution.

Mlle Clarisse Bader, qui avait travaillé avant nous sur les papiers de Barrière, et qui se proposait d’y revenir, nous a envoyé les extraits qu’elle n’avait pas utilisés dans ses articles du Correspondant, et nous a témoigné en toutes circonstances une rare obligeance.

Dans toutes les villes où nous avons eu à conduire notre enquête, nous avons trouvé un accueil dont nous ne saurions trop nous louer :

À Villefranche. M. le Dr Missol et M. Déresse, bibliothécaire municipal, ont fouillé pour nous les archives de l’Hôtel-Dieu et de la Ville ;

À Thizy, M. Jacquemin, instituteur communal, a dépouillé les registres des paroisses ;

À Lyon, M. Georges Guigue, archiviste du département, et M. Emile Viret, professeur au lycée, — tous deux nos anciens élèves, — ont fait pour nous de laborieuses recherches ;

À Rouen, le vénérable M. Bouquet, professeur honoraire au lycée Corneille, nous a envoyé sans se lasser, et sur les années que Roland a passées dans cette ville (1752-1764), et sur les amis qu’il y avait conservés, et sur l’asile qu’il y trouva en 1793, de nombreuses indications ;

À Amiens, M. Dubois, professeur au lycée, et M. Durand, archiviste du département, nous ont procuré des éclaircissements sans lesquels la lecture des lettres de 1780 à 1784 eût été plus d’une fois bien obscure ;

À Mulhouse, M. Auguste Thierry-Mieg ; à Haguenau, M. l’abbé Hanauer ; à Chartres, M. l’archiviste Lucien Merlet ; à Longpont (Seine-et-Oise), M. l’instituteur Nénot ; à Radepont (Eure), M. l’instituteur Langlet ; à Senlis, M. l’instituteur Lestocart ; à Viane (Tarn), M. l’instituteur Séguier, ont bien voulu faire pour nous des recherches ou des vérifications d’un véritable prix.

Que tous ces collaborateurs bienveillants reçoivent ici l’aveu de ce que nous leur devons.



  1. Lettres aux demoiselles Cannet, éd. Breuil, 1841. éd. Dauban, 1867. — Le mariage de Madame Roland, trois années de correspondance amoureuse (1777-1780), éd. Join-Lambert, 1896.
  2. Lettres à Bosc, dans la 4e partie de L’Appel à l’impartiale postérité, 1795.

    Réimprimées par M. Dauban en 1867 a la suite des Lettres aux demoiselles Cannet. — Lettres à Bancal des Issarts, 1835.

  3. 4° partie, p. 139 : « La citoyenne Ro­land m’adressait, presque tous les courriers depuis le commencement de la Révolution, des lettres aussi chaudes en patriotisme que celles qu’on vient de lire ; mais je n’ai gardé que celles qu’il n’était pas intéressant de faire circuler. Soit qu’elles fussent adressées à moi ou à Lanthenas, je les faisais passer à ce dernier qui les communiquait à Brissot et autres, et elles ne me revenaient point. Beaucoup ont servi à faire dans différents journaux, et principalement dans le Patriote français, des articles remarquables par leur énergie et la justesse des réflexions qu’ils contenaient, Cf. Mémoires, éd. Faugère, I, 53. — Voir surtout le cahierinédit des Mémoires, intitulé Brissot (Bibl. nat., Ms. N. A. fr. 4697) et dont nous avons donné un extrait dans la Révolution française de mai 1898 : « Mes lettres, faites avec feu, plaisaient assez à Brissot, qui souvent en composait quelques morceaux de son journal, où je les retrouvais avec plaisir. »
  4. Nous avons rendu compte de cette investigation dans la Révolution française de mai 1898, sous le titre de : « Brissot et les Roland ».
  5. Lettres aux demoiselles Cannet, suivies de Lettres à Bosc, éd. Dauban, 1867, t. II, p. 530.
  6. Dauban, La Démagogie en 1793, à Paris, 1868, p. 150.
  7. « Madame Roland d’après des lettres et des manuscrits inédits », Correspondant des 25 juin et 10 juillet 1892.
  8. Lavalers Bezichungen zu Paris den Revolutionsjahren 1789-1795.Zurich, 1898.
  9. Nous tenons ces faits d’une des petites-filles de Mme Eudora Champagneux.

    Benoît-Anselme mourut célibataire. Il a laissé un nom parmi les botanistes lyonnais. Une note des Papiers Roland, ms. 6244. fol. 308, nous montre qu’il ouvrait quelquefois son trésor : « Les deux pages du présent feuillet sont la copie figurée de celui dont l’original a été donné à Mme Jahir (lire Jayr), femme du préfet du Rhône (août 1843). » Mais notons qu’il s’agit ici d’un Essai sur le Beaujolais, et non d’une lettre.

  10. Lettre autographe provenant des papiers de Barrière, que nous a donnée Mme Bader (qui en avait publié la plus grande partie dans le Correspondant du 10 juillet 1892).
  11. Nous ne parlons pas, bien entendu, du manuscrit autographe des Mémoires, que Bosc lui avait rendu à elle-même (Mém., éd. Faug., Introduct., IV), tel qu’il l’avait constitué en 1795. Elle le confia, en 1846, pour quelques mois à M. Faugère, et, par un testament de la même année, le légua à la Bibliothèque nationale, pour y être dé­posé après sa mort.

    M. Faugère avait un double titre à la confiance de Mme Champagneux ; il était lié avec elle depuis 1838 (Mém., I, 18, note) par une communauté de croyances reli­gieuses (Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, VIII, 249), et il était, par alliance, petit-neveu de Bosc. Mais elle ne pouvait lui com­muniquer que ce qu’elle connaissait. Nous voyons, par les papiers de M. Faugère qui viennent d’entrer à la Bibliothèque nationale, qu’en 1846 elle lui envoyait quatre lettres (de 1779) ; en 1852, de petits vers d’an­niversaire ; en 1856, six lettres (de 1779 à 1782), plus deux écrits de Roland ; et qu’enfin elle laissa dans ses papiers, pour lui être remis après sa mort, une enveloppe renfermant quatre autres lettres (de 1782), soit au total 14 lettres que M. Faugère a reçues d’elle.

    En avait-elle davantage ? Assurément, car elle écrit à M. Faugère, le 17 mai 1856, en lui envoyant trois lettres : « Comme, à mon âge [75 ans], il faut toujours considérer sa fin comme prochaine, et que je ne veux laisser aucun aliment à la curiosité, je fais de temps en temps des autodafé de mes lettres… » ; puis, le 14 juillet suivant, en lui envoyant encore trois autres lettres : « je vous remets de quoi augmenter votre collection de souvenirs et je vous en con­serve encore… » (probablement les quatre lettres remises après sa mort). Mais on sent bien, en considérant ces dons minces et espacés, et tout en tenant compte des autodafé, qu’elle ne disposait pas du gros dépôt et même ne le soupçonnait pas. Cela nous explique que M. Faugère, en juillet 1864, six ans après la mort de sa respectable amie (19 juillet 1858), quelques mois avant la mort de Pierre-Léon Champagneux (23 octobre 1864), ait pu écrire, à propos de la correspondance de Marie Phlipon et de Roland avant leur mariage : « Cette cor­respondance fut très active ; quelques lettres seulement en ont été conservées… » Or cette correspondance de 1777 à 1780 existe aux Papiers Roland, et elle se compose là de 112 lettres, qu’a publiées récemment M. Join-Lambert ! Les quelques lettres dont parle M. Faugère sont de celles que Mme Champagneux lui avait données en 1846 et 1856 (il y en a cinq se rapportant a l’année 1779) et qui se trouvent, par suite, dans ses pa­piers à lui (Bibl. nat.).

    Il nous paraît superflu de démontrer davantage que le petit trésor dont disposait Mme Cbampagneux était absolument distinct du grand dépôt conservé successivement par son beau-père, son beau-frère et son mari, et qu’elle est morte à soixante-dix-sept ans ne connaissant qu’un très petit nombre des centaines de lettres qui subsistaient de son père et de sa mère.

  12. Sur les 28 lettres ou fragments de lettres à Lanthenas que nous donnons dans ce recueil, 14 viennent des papiers de M. Faugère, 3 des Papiers Roland, 2 de ce que noua avons appelé le fonds Bosc, 1 des papiers de Brissot ; 1 se trouve au milieu des Lettres à Bancal, et 9 avaient été publiées par M. Faugère ; les 5 autres nous ont été fournies par divers catalogues de vente d’autographes. Nous présumons qu’il y a eu un moment, surtout entre 1844 et 1846, où un lot assez considérable de papiers de Lanthenas, ne provenant pas de Bosc, aurait circulé.
  13. Voir la notice que lui a consacrée M. Étienne Charavay dans l’Amateur d’autographe du 9 mars 1898.