Mariamne

La bibliothèque libre.
 
Aller à : Navigation, rechercher


Mariamne

MARIAMNE

TRAGEDIE EN CINQ ACTES

REPRÉSENTÉE, POUR LA PREMIÈRE FOIS, LE 6 MARS 1724, PUIS, AVEC- CHANGEMENTS, LE 10 AVRIL 1725 ; REVUE ET CORRIGÉE PAR l’aUTEUR EN 176 2, ET REMISE AU THEATRE LE 7 SEPTEMBRE 1763.

jEstuat ingens

Imo in corde pudor, mixtoque insania luctu, Et furiis agitatus amor, etc.

VlKG. .£n., X, 571-73. AVERTISSEMENT

SUR LES TRAGÉDIES DE M A RI A MX E.

Il n’est rien de plus connu dans l’histoire que la mort de Mariamne. Les rauses, les circonstances et les suites de ce tragique événement sont décrites fort au long pai- Josèphe dans le quinzième livre de ses Anliquilés. Bien avant Voltaire, ce sujet avait tenté les poètes dramatiques. Le fécond Alexandre Hardy, au commencement du xvii" siècle, fit une tragédie de Mariamne imprimée en 1610.

Après avoir fait égorger la famille royale des Asmonéens, Hérode. autant par politique cpie par amour, épouse Mariamne, seul rejeton de cette famille illustre : mais cette princesse le traite toujours avec autant de fierté que de mépris. Jusqu’ici l’amour qu’il a conçu pour Mariamne lui a fait par- donner tous ses dédains ; mais Phérore, frère d’Hérode, et surtout Salome, .sœur de ce t\Tan, ont juré la perte de la reine. Ils assiègent l’àme inquiète et cruelle d’Hérode, et la trouvent disposée a recevoir les impressions qu’ils veulent lui donner : enfin, c’est ici comme dans l’histoire. Au deuxième acte, un page, envoyé par Hérode. vient de sa part prier la reine de passer dans son cabinet : « Sais-tu pourquoi ? » lui dit Mariamne. Voici sa ré- jionse :

L’indice ne me donne autre suasion

Fors que de sa Junon de son âme demie

L’absence le travaille.

MARIAMNE.

faveur ennemie ! Sévère mandement I las ! que tu m’es amer !

Mais allons lui donner une œillade forcée.

Elle sort. et. pendant son absence, Salome fait ses efforts auprès de l’échanson pour le décider à servir sa vengeance, en accusant Mariamne d’avoir voulu le séduire pour empoisonner le roi. Furieux contre son épouse. Hérode ouvre le troisième acte. Entendez-le vous-même : il va vous expli- quer la cause de sa juste colère :

Serpent enflé d’orgueil, fere ingrate…. Ne m’espère jamais de regards captieux Amolir courroucé ; non, désormais n’espère Que ce refus ne soit ta ruine dernière. 158 AVERTISSEMENT.

Dédaigner mes faveurs ! mes flammes mespriser ! Le devoir d’une femme au mary refuser ! Voir que d’iiumilito je te prie et reprie D’appaiser de mes feux l’amoureuse furie !…

Voilà lo crime de Mariamne, et ce qui détermine llérode à la faire mou- rir ; mais aussitôt qu’il apprend que ses ordres ont été exécutés, bourrelé de remords, il s’abandonne au plus alîreux désespoir.

Après la tragédie de Hardy, il faut citer celle de Tristan l’Hermite, re- présentée en 1636, qui balança, dans la nouveauté, la fortune du Cid.

Tristan a suivi Alexandre Hardy pas à pas, et tous deux ont suivi l’his- toire, qui leur a fourni non-seulement les personnages, leurs intérêts et leurs caractères, mais encore l’économie du poëme et la distribution de toutes ses parties. Le progrès est surtout dans le style et dans la versification : la rime est d’une richesse extraordinaire.

Le caractère d’Hérode est vivement peint et très-bien soutenu. On le voit, dès la première scène, agité de ces terreurs funèbres qui accompagnent le tyran. Tourmenté par un songe effroyable, il se réveille en sursaut et s’irrite contre le fantôme importun qui trouble son sommeil. Son frère et sa sœur accourent à ses cris ; il leur raconte le sujet de sa frayeur. Son récit serait beau, s’il était moins ampoulé ; il a dû être goûté dans un temps où les songes n’étaient pas encore une machine usée et banale. La mort de Ma- riamne a lieu dans l’intervalle qui sépare le quatrième acte du cinquième. Tout le cinquième acte est consacré aux remords, aux fureurs d’Hérode ; il faisait un prodigieux effet, grâce surtout à l’énergie de l’acteur Mondory, qui jouait lo personnage d’Hérode. C’est dans une représentation de cette pièce que cet acteur célèbre fut frappé d’apoplexie. Il survécut à cette attaque, mais dut renoncer au théâtre.

Le père Rapin, dans ses Réflexions sur la poétique^ dit que le peuple ne sortait de la représentation de cette pièce que rêveur et pensif, faisant réflexion à ce qu’il venait de voir, et pénétré en même temps d’un grand plaisir. « En quoi, ajoute-t-il, on a vu un petit croquis des fortes impres- sions que faisait la tragédie grecque. »

Lorsque Voltaire eut traité le même sujet, J.-R. Rousseau, alors brouillé avec l’auteur de la nouvelle Mariamne, entreprit de ressusciter celle de Tristan : « Je vous dirai, écrivait-il à l’abbé d’Olivet (8 déc. 1724), (jue, depuis votre dépari, à l’aide do soixante ou (piatre-vingts vers corrigés (il y en eut cent soixante-cinq en fin de compte), d’un pareil nonil)re retranchés, et de vingt ou trente au plus suppléés, je viens de rendre cette tragédie le plus beau morceau de poésie dramatique qui soit peut-être dans notre langue… Je vous en demande le secret, mais je veux la faire imprimer et ensuite repré- senter ici (il Bruxelles) l’année prochaine, j)Our faire voir que, quand on a en main des ouvrages traités comme celui-là, et qu’il ne s’agit que d’en j.af’commoder ce que lo temps a fait vieillir ou qu’une délicatesse un peu scrupuleuse a i)u rendre choquant, c’est une témérité de vouloir prétendre à en abolir la mémoire en leur substituant d’autres ouvrages sur le même sujet quand on n’a pas la force de faire mieux. » A\ KUTISSEMENÏ. Ij9

La Mariamne de Ti’istan. forrii ; (’(> [uir.l.-IL Koussciiii. ne fui imblii’i- ([u’cii 1733 sous la date de \1’.V* : Pièces dramatiques choisies el resliluees, par M***. Amsterdam. F. Changuion, 1734, in-12. Elle n’eut aucune influence sur la destinée de l’œuvre de Voltaire.

\In peu moins d’un an après la représentation unique de la Mariamne de \oltaire, le I •"> février 172.}, l’abbé Xadal. auteur de ([uelques tragédies oubliées, lit rei)résenter une nouvelle Mariamne qui eut quatre représentations.

« Ouoique l’abbé ne fût pas un rude jouteur, dit M. G. Desnoirestcrres, cet antagonisme ne laissait pas d’être désagréable pour Voltaire, qui était en train de remanier sa Mariamne et songeait à la faire reprendre sous peu de mois. Une pièce.simplement plate peut se traîner sans sifflets et avoir, en fin de compte, toutes les apparences d’un succès d’estime ; et un succès d’estime obtenu par Xadal, quand l’accueil du public l’avait forcé, lui, -à retirer sa pièce, c’eût été le comble de l’humiliation. La représentation de la Mariamne de l’abbé n’était donc pas un fait inditférent, et Voltaire n’y assista point sans une secrète émotion, car on y remarqua sa présence. Ses amis s’y trouvèrent aussi : et. s’il faut en croire son rival, ils firent tout ce qu’il fut en eux pour faire tomber sa tragédie. Le fait est que la Mariamne de Nadal tomba, quoiqu’il affirme qu’elle triompha de la cabale. Et comment n’eût-elle pas triomphé, « quand l’action avait toutes ses parties, que les « mœurs et les caractères y étaient vrais, que tous les incidents y naissaient du sujet 1 ». On avoue bien quelques petites imperfections, mais on se sent fort à l’aise en présence des innombrables faiblesses de la Mariamne adverse. « On a de la peine à comprendre la prétention de M. de V*** dans la négli- « gence qu’il affecte pour la rime. Le grand Corneille et l’illustre Racine « l’ont respectée. 11 n’est pas de beaux vers sans la richesse de la rime ; et « la difficulté qu’il y a à la trouver ne permet aucune excuse sur une sin- « gularité aussi bizai-re… Quel est le poëte, à l’exception de M. de V***, « qui jusqu’ici ait fait rimer enfin avec asmonéen :

« Souviens-toi qu’il fut prêt d’exterminer enfin « Les restes odieux du sang asmoncen ? »

« Le reproche était fondé, bien que le distique que cite Nadal ait com- plètement disparu de la pièce de A’oltaire. Mariamne n’était pas encore imprimée, mais on en avait usé envers elle comme envers /nés (de Lamotte) ; on l’avait saisie au vol et l’on était parvenu, lamljeau par lambeau, à la mettre tant bien que mal sur ses pieds, non sans quelque altération de texte. Avant l’édition donnée par l’auteur, trois éditions se succédaient, ce qu’il conteste avec un dépit oià perce toutefois une certaine satisfaction d’amour-propre. « Vous voyez, écrit-il à Thiériot, que l’honneur qu’on a fait à Lamotte d’écrire « son Inès dans les représentations n’est pas un honneur si singulier qu’il « le prétend. »

« Quoi qu’il en soit, la Mariamne de l’abbé fut si peu triomphante que le parterre demanda, séance tenante, celle de Voltaire. Mais ce parterre, aux

1. Préface Aq Mariamne, théâtre de M. l’abbé Xadd. 1738, p. 2’25. 160 AVERTISSEMENT.

^ eux de Nadal, n’est autre qu’une cabale groupée et conduite par Tliiériot, ce facteur de bel esprit, comme il l’appelle dans la préface de sa tragédie qui fut supprimée par ordre. « C’était, nous dit Marais de cette préface, le « style injurieux et avantageux de Prado n vantant sa Phèdre et accusant « Racine d’avoir ameuté contre lui tout un public d’amis. » Voltaire n’eûtpasété Voltaire s’il se fût dispensé de toutes représailles. On peut voir dans la corres- pondance générale sa lettre à l’abbé Nadal sous le nom de Tliiériot. à la date du 28 mars 1723. Voltaire avait intérêt à ce que la Mariamne de l’abbé n’en revînt pas ; la fit-il sifiler par ses amis ? Rien ne le prouve. Mais il s’em- pressa de profiter de la maladresse de Nadal pour les noyer tous les deux, lui et sa pièce. Moins de quinze jours après, le mardi 10 avril, on reprenait la sienne qui, parles retouches, un remaniement presque complet, offrait tout l’imprévu, tout le piquant d’une œuvre nouvelle. Dans la première Maricmme, la mort de l’héroïne avait lieu sur le théâtre. La façon dont avait été accueilli le dénoùment le décida à faire passer tout en récit. Ce n’était certes point un progrès, mais cela réussit pleinement. La tragédie alla aux nues : « C’est « le plus grand poêle que nous ayons ! » s’écrie le môme Marais.

11 est à regretter que ce premier dénoùment ne se soit pas retrouvé. « Nous nous proposions, dit Palissot ’, de rétablir dans notre édition l’ancien dénoùment, qui eût donné à l’ouvrage même un attrait piquant de nou- veauté ; mais M. d’Argental et moi nous le cherchâmes vainement, soit dans les dépôts de la police, soit dans les archives de la comédie. »

1. Le Génie de Voltaire apprécié dans tous ses ouvrages, 180G, p. 83. PREFACE

(DE L’AUTEURij

Il serait utile ({ifoii al)olit la (■()iitiiiiio ([iie plusieurs personnes ont prise, depuis quehpies années, de transcrire pendant les repré- sentations les pièces de théâtre, bonnes ou mauvaises, qui ont quelque apparence de succès. Cette précipitation répand dans le public des copies di’fectueuses des pièces nouvelles, et expose les auteurs à voir leurs ouvrages imprimés sans leur consente- ment, et avant qu’ils y aient mis la dernière main : voilà le cas où je me trouve. Il vient de paraître coup sur coup trois mauvaises éditions de ma tragédie de Maria mne, Tune à Amsterdam, chez Changuion, et les deux autres sans nom d’imprimeur. Toutes trois sont pleines de tant de fautes que mon ouvrage y est entière- ment méconnaissable. Ainsi je me vois forcé de donner moi-même mie édition de Mariamnc, où du moins il n’y ait de fautes que les miennes ; et cette nécessité où je suis d’imprimer ma tragédie avant le temps que je m’étais prescrit pour la corriger servirait d’excuse aux fautes qui sont dans cet ouvrage, si des défauts pou- vaient jamais être excusés.

— La destinée de cette pièce a été extraordinaire. Elle fut jouée pour la première fois en 172/j, au mois de mars^ et fut si mal reçue qua peine put-elle être achevée. Elle fut rejouée avec quel-

1. Cette Préface est de IT^o. Elle se trouve aussi dans rédition de 1730, où l’au- teur en supprima la fin. Au reste, pour l’édition de 1730 on employa une partie des feuilles de 17’25 ; on fit un nouveau frontispice ; on supprima la fin de la préface ; comme je l’ai dit, et, pour cela, on fit un carton. 11 n’y eut réimpression qu’à partir de la page 49 (fin de la scène iv du troisième acte). En 1738, l’auteur supprima le début de cette préface. (B.)

2. Dans l’édition de Kehl et dans ses réimpressions faites jusqu’à ce jour, on donnait comme Fragment de la préface de l’édition de 1730 tous les alinéas qui suivent, jusques et compris celui qui commence par les mots : « Cette docilité, etc. i> Tout ce passage est de i72.j. (B.) EUe.était accompagnée du Deuil, petite comédie de Hauteroche.

3. Mariamne fut représentée pour la première fois le lundi 6 mars 17’2i. Elle tomba à cause du dénoùment, un plaisant s’étant écrié : La reine boit ! (Voyez ci- après, page 101, la note des éditeurs de Kehl.) Ce fut le 10 avril 1725, pour la rentrée, qu’on redonna Mariamne, avec un nouveau dénoùment.

Théâtre. I. 11 162 PRÉFACE DE MAUIAMNE.

ques cliang(Mii(Mits on 1725, au mois do mai, ot lut roruo alors avoc une oxtrônio indulgonco.

J’avoue avoc sincérité qu’elle jnéritait le mauvais accueil que lui fit d’abord le public ; et je supplie (ju’on me permette d’entrer sur cela dans un détail qui peut-être no sera pas inutile à ceux ([ni voudront courir la carrière épineuse du tbéàtre, où j’ai lo malbeur de m’étre engagé. Ils verront les écueils où j’ai (’cboué : ce n’est que par là que je puis leur être utile.

Une dos premières règles est de peindre les héros connus tels qu’ils ont été, ou plutôt tels que le public les imagine ; car il est bien plus aisé de mener les hommes par les idées qu’ils ont qu’en voulant leur en donner de nouvelles.

Sit iModca fero\ invictiuiuo, llchilis Ino, l’crfidus Ixion, lo vai^ii. Iristis Orestes, etc.

HoR., Art. poél., 1-23-4.

Fondé sur ces principes, ot entraîné par la complaisance res- pectueuse que j’ai toujours eue pour des personnes qui m’hono- rent de leur amitié ot de leurs conseils, je résolus do m’assujettir entièrement à l’idée que les hommes ont depuis longtemps dQ Mariamne et d’Hérode, etje ne songeai qu’à les peindre fidèlement d’après le portrait que chacun s’en est fait dans son imagination.

Ainsi Hérodo parut, dans cette pièce, cruel et politicpio : tyran de ses sujets, de sa famille, de sa femme : plein d’amour pour Mariamne, mais plein d’un amour barbare (pii ne lui inspirait pas le moindre repentir de ses fureurs. Je ne donnai à Mariamne d’autres sontimonts qu’un orgueil imprudent, ot (ju’uno haine inlloxible pour son mari. Et enihi, dans la vue do me conformer aux opinions reçues, je ménageai une entrevue outre Hérode ot Varus*, dans laquelle je fis i)arlor ce préteur avec la hautoui’ qu’on s’inuigino que les honuiins alfoctaiont a\oc les rois.

Qu’arriva-t-il de tout cet arrangement ? Mariamrx’ iniraifablo n’intéressa point ; Tléi’odo, n’étant (|uo criminel, ré\olla. ot son entretien avoc Varus le rendit méprisable. J’étais à la première représentation : je m’aperçus, dès le moment où Hérode parut, qu’il était impossible que la pièce eût du succès : ot je iiiiHais égaré on marcliant trop timidcmont dans la route ordinaire.

Je sentis (pi’il est des occasions où la première l’ègh^ est de

1. M. (Je Voltaire a, dans la suite, subslitiic le personnage de Sohùme à celui de Varus. On trouvera, dans les variantes, les scènes qu’il a cru devoir sacritier ; mais il a été inipossiljlc de retrouver lo premier dénoùment. (K.) l’KKI-ACK 1)1- ; MAinAMNK. 163

s’éraiicr (les rr^lcs prescrites, et (|iie Vomiiie le dit M. P ; iscal sur (in sujet plus s(’rieu\) les Aé ri tés se succèdeut du poui" <iii (-(uiti-e à mesure qu’on a plus de lumières.

11 est vrai qu’il laid peindre les héros tels (ju’ils ont été ; mais il est encore plus \rai ([u’il faut adoucir les caractères désagréables : (ju’il Tant songer au public pour (jui l’on écrit, encore plus (pi’aux héros que l’on fait paraître, et qu’on doit imiter les peintres habiles, (|ui emhellissent en conservant la ressemblance.

Pour qu’Hérodc ressemblât, il (Hait nécessaire qu’il excitât liu- (lignatiou ; mais, pour plaire, il devait émouvoir la pitié. Il lallait (jue Ton détestât ses crimes, que Ton plaignit sa prison, (pi’oii aimât ses remords, et que ces mouvements si violents, si subits, si contraires, qui font le caractère d’Hérode, passassent rapide- ment tour à tour dans l’àme du spectateur.

Si Ton veut suivre l’histoire, Mariamne doit haïr Hérod cet l’ac- cabler de reproches ; mais, si l’on veut que Alariamne intéresse, ses reproches doivent faire espérer une réconciliation ; sa haine ne doit pas paraître toujours inflexible. Par là, le spectateur est attendri, et l’histoire n’est point entièrement démentie.

Enfin je crois que \arus ne doit point du tout voir Hérode ; et eu voici les raisons. S’il j)arle à ce prince avec hauteur et avec colère, il l’iiumilie ; et il ne faut point avilir un personnage qui doit intéresser. S’il lui parle avec politesse, ce n’est qu’une scène de compliments, qui serait d’autant plus froide qu’elle serait inu- tile. Que si Hérode répond en justifiant ses cruautés, il dément la douleur et les remords dont il est pénétré en arrivant ; s’il avoue à Varus cette douleur et ce repentir, qu’il ne peut en elfet cacher à personne, alors il n’est plus permis au vertueux Varus de con- tribuer à la fuite de Mariamne, pour laquelle il ne doit plus craindre. De plus, Hérode ne peut faire qu’un très-méchant per- sonnage avec l’amant de sa femme, et il ne faut jamais faire ren- contrer ensemble sur la scène des acteurs principaux qui n’ont rien d’intéressant à se dire.

La mort de Mariamne, (jui, à la première représentation, était empoisonnée et expirait sur le théâtre, acheva de révolter les spec- tateurs ; soit que le public ne pardonne rien lorsqu’une fois il est nu’content, soit qu’en effet il eût raison de condamner cette inven- tion, qui était une faute contre l’histoire, faute qui, peut-être, n’était rachetée par aucune beauté *.

1. A la première représentation, dans lo moment où Mariamne tenait la coupe et prenait le poison, le parterre cria : La reine boit ! C’était justement la veille de 164 PRÉFACE I)K MARIANNE.

J’aurais pu ne pas me rendre sur ce dernier article, et j’avoue (lue c’est contre mon goût que j’ai mis la mort de Mariamne en récit au lieu de la mettre en action ; mais je n’ai voulu combattre en rien le goût du public : c’est pour lui et non pour moi que j’écris ; ce sont ses sentiments et non les miens que je dois suivre.

Cette docilité raisonnable, ces elForts que j’ai faits pour rendre intéressant un sujet qui avait paru si ingrat, m’ont tenu lieu du mérite qui m’a manqué, et ont eniin trouvé grâce devant des juges prévenus contre la pièce. Je ne pense pas que ma tragédie mérite son succès, comme elle avait mérité sa cbute. Je ne donne même cette édition qu’en tremblant ^ Tant d’ouvrages (juc j’ai vus applaudis au tliéàtre, et méprisés à la lecture, me font craindre pour le mien le même sort, l ne ou deux situations, l’art des acteurs, la docilité que j’ai fait paraître, ont pu m’attirer des suf- frages aux représentations ; mais il faut un autre mérite pour sou- tenir le grand jour de l’impression. C’est peu d’une conduite régu-

la fèto dos fiois’. La pièce fut interrompue ; l’on n’entendit point une scène très- pathéliquo entre Hérode et Marianine mourante ; du moins c’est le jugement que nous en avons entendu porter par ceux qui avaient entendu cette scène avant la représentation.

M. de Voltaire a changé, en 1702, le personnage de Varus, parce que sa défaite et sa mort on Germanie sont trop connus pour que l’on puisse supposer, môme dans la tragédie, qu’il ait été tué en Judée ; parce qu’un préteur romain n’aurait pas excité une sédition dans Jérusalem ; il eût défendu à Hérode, au nom de (lésar, d’attenter à la vie de sa femme, et Hérode eût obéi ; parce qu’un liomain amoureux d’une reine ne peut intéresser, à moins que le sacrifice de sa passion ne soit, comme dans Bérénice, le sujet de la pièce ; enfin parce qu’il fallait ou avilir Hérode devant Varus, ou s’écarter des mœurs connues de ce siècle. Personne n’ignore combien les rois alliés, ou plutôt sujets de Home, étaient petits auprès des généraux romains envoyés dans les provinces.

M. de Voltaire avait projeté une édition corrigée de ses ouvrages dramatiques, et il voulait distinguer les pièces qu’il regardait comme propres au théâtre de celles qu’il ne croyait faites que pour être lues ; mais il n’appartenait qu’à lui de faire ce choix.

Voici la note qu’il avait placée en tête de Marianine :

« Les gens de lettres qui ont présidé à cette édition ont cru devoir rejuter cette tragédie parmi les pièces de l’auteur qui ne sont pas représentées sur le théâtre de Paris, et qui ne sont pour la plupart que des pièces de société. Mariamne fut composée dans le temps de la nouveauté û’OEdipe : il ne l’a Jamais regardée que comme une déclamation. » (K.)

  • Ce ne fut pas la veille des Rois, mais le 6 mars 1~2-1 que Mtmamne fut représentée. Cette

ilate du 6 mars est on tête niùme de plusieurs éditions de la pièce, et notamment dans l’édi- tion de Kelil. I. ’anecdote qui occasionna sa cluile n’en est pas moins vraie. (U.)

i. Dans l’édition de 1738, le début de cette préface avait été supprimé, et ell commençait ainsi : « Je ne donne cette édition qu’en tremblant, etc. m (B.) l’IlKI ACh : 1)1- : .MAKI A. M m : . Ki’i

lirro, ce sornit peu iiir-iiic (riiiliTcsscr. Tout oii\r ; ii,’o en \(’rs, (fiiclque beau (|iril sdil (raillcni’s, sora iK’cossairemciit ciiiiiinciiv, si tons les vers no sont pas |)leins de l’oiro et (riiarnioiiic, si Idii n’y trouve pas une élégance continue, si la pièce n’a point ce charme inexprinial)le de la poésie que le p : énie seul peut donner, où l’esprit ne saurait jamais atteindre, et sur lerfue ! on raisonne si mal et si inutilement depuis la mort de M. Despréaux.

C’est une erreur bien grossièredesimaginer que les vers soient la dernière partie d’une pièce de théâtre, et celle qui doit le moins coûter, M. Racine, c’est-à-dire l’homme de la terre qui, après Mrgile, a le mieux connu l’art des vers, ne pensait pas ainsi. Deux années entières lui suflirent à peine pour écrire sa Phhirr. Pradon se vante d’avoir composé la sienne en moins de trois mois. Comme le succès passager des représentations d’une tra- gédie ne dépend point du style, mais des acteurs et des situations, il arriva que les deux Pliblrcs semblèrent d’abord avoir une égale destinée ; mais l’impression régla bientôt le rang de l’une et de l’autre. Pradon, selon la coutume des mauvais auteurs, eut beau faire une préface insolente, dans laquelle il traitait ses critiques •le malhonnêtes gens, sa pièce, tant vantée par sa cabale et par lui, tomba dans le mépris qu’elle mérite, et sans la Phèdre de M. Racine, on ignorerait aujourd’hui que Pradon en a composé une.

Mais d’où vient enfin cette distance si prodigieuse entre ces deux ouvrages ? La conduite en est à peu près la môme : Phèdre est mourante dans l’une et dans l’autre. Thésée est absent dans les premiers actes : il passe pour avoir été aux enfers avec Piri- thoiis. Hippolyte, son fils, veut quitter Trézène ; il veut fuir Aricie, qu’il aime. Il déclare sa passion à Aricie, et reçoit avec horreur celle de Phèdre : il meurt du même genre de mort, et son gou- verneur fait le récit de sa mort. Il y a plus : les personnages des deux pièces, se trouvant dans les mêmes situations, disent presque les mêmes choses ; ; mais c’est là qu’on distingue le grand homme et le mauvais poète. C’est lorsque Racine et Pradon pensent de même qu’ils sont le plus différents. En voici un exemple bien sensible. Dans la déclaration d’Hippolyte à Aricie, M. Racine fait ainsi parler Hippolyte (acte II, scène ii) :

Moi qui, contre l’amour fièrement révolté. Aux fers de ses captifs ai longtemps insulté ; Qui, des faibles mortels déplorant les naufrages, Pensais toujours du liord contempler les orages ; Asservi maintenant sous la commune loi, Par quel trouble me vois-je emporté loin de moi ? 166 l’RKFACE DE MARIAMNE.

Un inoinont a \aiiicu mon audace inipriKlcnlc : Cctto âme si superbe est enfin dépendante. Depuis près de six mois, lionteux, désespéré. Portant partout le trait dont je suis déchiré, Contre vous, contre moi, vainement je m’éprouve. Présente, je vous fuis ; absente, je vous trouve ; Dans le fond des forêts votre image me suit ; La lumière du jour, les ombres de la nuit. Tout retrace à mes \ (mi\ les charmes que j’évite, Tout vous livre [\ l’envi le rebelle Hippolyte. Moi-même, pour tout fruit de mes soins superflus, Maintenant je me cherche, et ne me trouve jthis. Mon arc, mes javelots, mon char, tout m’importune. Je ne me souviens plus des leçons de Xeptune ; Mes seuls gémissements font retentir les bois, Et mes coursiers oisifs ont oublié ma voix.

Voici coinment Hippolyte s’exprime dans IM-adoii :

Assez et troj) longtemps, d’une l)ouclie profane,

Je méprisai l’amour et j’adorai Diane.

Solitaire, farouche, on me voyait toujours

Chasser dans nos forêts les lions et les ours.

Mais un soin plus pressant m’occupe et m’embarrasse :

Depuis que je vous vois, j’abandonne la ciiasse ;

Elle fit autrefois mes plaisirs les plus doux,

Et quand j’y vais, ce n’est que pour penser à vous.

On ne saurait lire ces (iciiv i)i(’cesdecoiiipai’aisoi) sansadiiiirci’ rime et sans rire de l’antre. C’est pourtant dans toutes les deux le nirine fonds de sentiment et de pensées : car, qnand il s"a< ; it de faire parler les passions, tons les hommes ont |)res([ue les mêmes idées ; mais la façon de les exprimer distingue l’homme d’esprit d’avec celui qui n’en a point, l’homme de gV’nie d’avec celui (|iii n’a que de l’esprit, et le porte d’avec celui (jiii veut l’être.

Pour [)arvenir à écrire comme M. Racine, il faudrait avoir son génie, et polir autant que hii ses ouvrages. Quelle défiance ne dois-je donc point avoir, moi qui, né avec des talents si faibles, et accablé par des maladies confinnellcs. n’ai ni le don t\o hicii imaginer, td la liberté de corriger, par un li-a\ail assidu, les ([« ■’l'auts (le mes oii\ra,t ; (’s ? .le sens a\(’C déplaisii’ tontes les l’ ; uiles (jni sont dans la conlexliire de celle |)ièce, aussi bien (|ih’ dans la diction. J’en aurais corrigé (|iiel(pies-nnes, si j’avais |)n relarder celte (’dition ; mais j’en aurais encore laissé l)eaiicoiip. Dans t<uis les arts, il \ a un ieruu’ par delà le(|uel ou ne peut [)his a\aucei\ (tii est rossorn- djins les Ixomios do son liilciit : on \oil hi pcrror- lioii ; iii delà de soi, ot ( »ii l ; nt des cllorls iiiipiiiss.ints pour \ allciiidrc.

Je ne ferai point une criticiue détaillée de cette pièce : les lecteurs la feront assez sans moi. Mais je crois qu’il est nécessaire ({ue je parle ici d"uiie critique générale qu’on a faite sur le choix du sujet de Mariamne. Comme le génie des Français est de saisir vivement le côté ridicule des choses les ])lus sérieuses, on disait que le sujet de Mariamne n’était autre chose qu’((H vieux mari amoureux et brutal, à ([ui sa femme refuse avec aigreur te devoir conjugal : et on ajoutait qu’une querelle de ménage ne pouvait jamais faire une tragédie. Je supplie qu’on fasse avec moi quelques réflexions sur ce préjugé.

Les pièces tragiques sont fondées, ou sur les intérêts de toute une nation, ou sur les intérêts particuliers de quelques princes. De ce premier genre sont VIphigénie en Aulide, où la Grèce assem- hlée demande le sang de la fille d’Agamemnon ; les Horaces, où trois comhattants ont entre les mains le sort de Rome ; VŒdipe, où le salut des Théhains dépend delà découverte du meurtrier de Laïus. Du second genre sont Britannicus, Phèdre, Mithridate, etc.

Dans ces trois dernières, tout l’intérêt est renfermé dans la famille du héros de la pièce ; tout roule sur des passions que des bourgeois ressentent comme les princes ; et l’intrigue de ces ouvrages est aussi propre à la comédie qu’à la tragédie. Otez les noms, « Mithridate n’est qu’un vieillard amoureux d’une jeune fille : ses deux fils en sont amoureux aussi ; et il se sert d’une ruse assez basse pour découvrir celui des deux qui est aimé. Phèdre est une belle-mère qui, enhardie par une intrigante, fait des propositions à son beau-fils, lequel est occupé ailleurs. Néron est un jeune homme impétueux qui devient amoureux tout d’un coup, qui dans le moment veut se séparer d’avec sa femme, et qui se cache derrière une tapisserie pour écouter les discours de sa maîtresse. » Voilà des sujets que Molière a pu traiter comme Racine : aussi l’intrigue de l’ Avare est-elle précisément la même que celle de Mithridate. Harpagon et le roi de Pont sont deux vieillards amoureux : l’un et l’autre ont leur fds pour rival : l’un et l’autre se servent du même artifice pour découvrir l’intelligence qui est entre leur fils et leur maîtresse ; et les deux pièces finissent par le mariage du jeune homme.

Molière et Racine ont également réussi en traitant ces deux intrigues : l’un a amusé, a réjoui, a fait rire les honnêtes gens ; l’autre a attendri, a effrayé, a fait verser des larmes. Molière a 168 PREFACE DE MARIA.MNE.

joué l’amour ridicule d’un vieil avare ; Racine a représenté loslai- biesses d’un grand roi, et les a rendues respectables.

Que l’on donne une noce à peindre à Watteau et à Le Rrim : l’un représentera, sous une treille, des paysans pleins d’une joie naïve, grossière et effrénée, autour d’une table rustique, où l’ivresse, l’emportement, la débauche, le rire immodéré, régne- ront ; l’autre peindra les noces de Tbétis et de Pelée, les festins des dieux, leur joie majestueuse : et tous deux seront arrivés à la perfection de leur art par des chemins différents.

On peut appli(|uer tous ces exemples à Mariamnc. La mauvaise- humeur d’une femme, l’amour d’un vieux mari, les tracasseries d’une belle-sœur, sont de petits objets, comiques par eux-mêmes ; mais un roi à qui la terre a donné le nom de (/rcnuf, éperduinent amoureux de la phis belle femme de l’univers ; la passion furieuse de ce roi si fameux par ses vertus et par ses crimes ; ses cruautés passées, ses remords présents, ce |)assage si continuel et si rapide de l’amour à la haine et de la liaiiie à l’amour : rand)ition de sa sœur, les intrigues de ses ministres ; la situation cruelle d’une princesse dont la vertu et la bonté sont célèbres encore dans le monde, qui avait vu son père et son frère livrés à la mort par son mari, et qui, pour comble de douleur, se voyait aimée du meur- trier de sa famille : quel champ ! (juelle carrière pour un autre génie que le mien ! Peut-on dire qu’un tel sujet soit indigne de la tragédie ’ ? C’est là surtout (pie.

Selon ce (lu’on pont Ofrc. Les clioses cliant’eiit de nom.

l. C’était ici que finissait la préface on 1730. La citation du prologue d’Am- phitryon, qui la termine aujourd’hui, est de 1740. Mais en 1725, après ces mots : « indigne de la tragédie ; <, on lisait de pins :

« Je souhaite sincèrement que le môme auteur qui va donner une nouvelle trag(5die d’OEdiije retouche aussi le sujet de Mariamrie. il fera voir au public quelles ressources un génie fécond peut trouver dans ces deux grands sujets, (^e qu’il fera m’apprendra ce que j’aurais du faire. Il commencera oîi je finis. Ses succès me seront cliers, parce qu’ils seront pour moi des leçons, et parce que je préfère la perfection de mon art à ma réputation.

« Je profite ; de l’occasion de cette préface pour avertir que le poëme de la Linue, que j’ai promis, n’est point celui dont on a plusieurs éditions, et qu’on débite sons mon nom. Surtout je désavoue celui qui est imprimé à Amsterdam, chez Jean-Fré- déric Bernard, en I7’2i. On y a ajouté beaucoup de pièces fugitives dont la plupart ne sont point de moi ; et le |)etit nombre de celles qui m’ai)p ; irtiennent y est entière- ment défiguré.

« Je suis dans la rc’solution de satisfaire le plus pr^mptement ([u’il nie sei’a pos- sible aux engagements que j’ai pris avec le public pour l’édition de ce poème. J’ai fait graver, avec beaucoup de soin, des estampes très-belles sur les dessins de MJI. de l »Rf : FA( ; E DK M A H [A. M m ; . KH)

Truji’, Lo Moine ctVcuglo ; in ; iis la poifoclinn d’un poiimo demande i)liis di- temps que celle d’un tal)leau. Toutes les fois que je considère ce fardeau ])énibl(" que je me suis imposé nuii-même, je suis ctTi-ayc de sa pesanteur, et je me repens d’avoir osé promettre un jjoeme épique. 11 y a environ quatre-vingts personnes à Paris qui ont souscrit pour Téilition de cet ouvrage ; quelques-uns de ces messieurs ont cric do ce qu’on les faisait attendre. Les libraires n’ont eu autre clioso à leur répondre que de leur rendre leur argent, et c’est ce qu’on a fait à bureau ouvert chez Noél Pissot, libraire, à la Croix-d’Or, quai des Augustins. A l’égard des gens raison- nables, qui aiment mieux avoir tard un bon ouvrage que d’en avoir de bonne heure un mauvais, ce que j’ai à leur dire, c’est que lorsque je ferai imprimer le poëmc de Henri IV, quelque tard que je le donne, je leur demanderai toujours pardon de l’avoir donné trop tôt. »

L’auteur dont Voltaire parle au commencement de ce passage, et qui après un OEdipe devait aussi donner une Mariamne, était Lamotte, qui toutefois ne s’est pas exercé sur ce dernier sujet.

\oici les titres des ouvrages qui parurent à l’occasion de Mariamne :

I. Les Quatre Mariamnes, opéra-comique en un acte, par Fuzelier, joué sur le théâtre de la Foire le 7 mars 17’.'5.

IL Les Huit Mariamnes, parodie, par Piron, jouée le 20 avril 17"2r>.

III. Le Mauvais Ménage (par Legrand et Dominique), parodie jouée sur le Théâtre-Italien le 19 août 1725, imprimée.

IV. Obsercatiotis critiques sur la tragédie d’Hérode et de Mariamne, de M. de V. par l’abbé ^adal). 172.-i, in-8".

V. Examen de la tragédie d’Hérode et Mariamne dans les Mémoires de Des- molets, I, 206-24Ô,.

VI. Lettres contenant ’luelqnes observations sur la tragédie de Mariamne par M. de Voltaire (dans les Mémoires de Desmolels, III, i’i-’th]. On les croit de Bel. (B.)

VIL Vérités sur Hérode et Mariamne, 1725, in-l2.

Dans le même temps, J.-B. lïousseau retoucha la Mariamne de Tristan pour l’opposer à celle de Voltaire. (B.) PEUSONNAGESi

m : KO DE. roi de Palestine.

MARIA3INE, femme d’Hérode.

SALOME, sœur d’Hérode.

SOHÈME, prince de la race des Asmonéens.

MAZAEL, I. . .,„.,

• ministres d Herode. IDA.MAS, )

NARBAS, ancien officier des rois asmonéens.

AMMON, confident de Sohème.

ÉLISE, confidente de Mariamne.

UN GARDE d’héuode, parlant.

SUITE d’hÉRODE. SUITE DE SOIIKME.

UNE suivAiNTE DE jiARiAMXE, personnage muet.

La scène est à Jérusalem, dans le palais d’Hérode.

1. Noms des acteurs qui jouèrent le premier soir dans Mariamm et dans lo Deuil* : Legrand, Dakgeville, Lavov, Fontenay, Quinault aîné (Varus), Dufresm. (Hérode), Duchemin, Legrani) fils, La TaoRiLuÈnE fils, Poisson fils, Aumaxd ; .M""" DuCLOs (Saiome), Jouve\ot (Élise), Lecoi vreur (Mariamno), Dubreuii,, Duche- Mi\, L\ Bath, Du Boccage. — Recette : 3,5 : 50 liv. — Dans sa nouveauté, elle eut dix-sei)t représentations. (G. A.)

Sur les registres tic la CoiiK-dio-Fraiiçaise, les acleurs des deux pièces sont toujours confondus. Nous nous contenterons do nientioiuier aussi bien que possiblj la distribution des principaux rôles. (G. A.) MARIAMNE

TH V(iKI)ll- :

ACTE PREMIER.

SCENE I.

SALOMK. MAZAEL.

MAZAEL.

Oui, cetto autoritt ! ’ qu’Hérode vous confie,

Jusques à son retour est du moins affermie.

J’ai volé vers Azor, et repassé soudain

Des champs de Samarie aux sources du.Idiinlain :

Madame, il était temps que du moins ma présence

Des Hébreux inquiets confondit l"espérance.

Hérode votre frère, à Rome retenu,

Déjà dans ses États n’était plus reconnu.

Le peuple, pour ses rois toujours plein d’injustices,

Hardi dans ses discours, aveugle en ses caprices.

Publiait hautement qu’à Rome condamné

Hérode à l’esclavage était abandonné ;

Et que la reine, assise au rang de ses ancêtres.

Ferait régner sur nous le sang de nos grands-prêtres.

Je l’avoue à regret, j’ai vu dans tous les lieux

Mariamne adorée, et son nom précieux ;

La Judée aime encore avec idolâtrie

Le sang de ces héros dont elle tient la vie :

Sa beauté, sa naissance, et surtout ses malheurs.

D’un peuple qui nous hait ont séduit tous les cœurs :

Et leurs vœux indiscrets, la nommant souveraine.

Semblaient vous annoncer une chute certaine.

J’ai vu par ces faux bruits tout un peuple ébranlé ;

Mais j’ai parlé, madame, et ce peuple a tremblé :

Je leur ai peint Hérode avec plus de puissance. 172 MAHIAMNE.

Rentrant dans ses Ktats suivi de la \oiigoaïico ; Son nom seul a partout r(|)aii(lii la torroiir. Et les Juifs en silence ont pleuré leur erreur.

SALOME.

Alazaël, il est vrai qn’Hérode va paraître ; Et ces peuples et moi nous aurons tous nn maître. Ce pouvoir, dont à peine on me voyait jouir, N’est qu’une ombre qui passe et va s’évanouir. Mon frère m’était cher, et son bonheur m’oppiime ; Uariamne triomphe, et je suis sa victime.

MAZAEL.

Ne craignez [)()int un frère.

s A LOME.

Eh ! que de\iendrons-nous Ouand la reine à ses pieds reverra son époux ? De mon autorité cette lière rivale Auprès d’un roi séduit nous fut toujours fatale ; Son esprit orgueilleux, (jui n"a jamais plié. Conserve encor pour nous la même inimitié. Elle nous outragea, je l’ai trop oflensée ; A notre abaissement elle est intéressée. Eh ! ne craignez-vous plus ces charmes tout-puissants. Du malheureux Hérode impérieux tyrans ? Depuis près de cinq ans qu’un fatal hyménée D’ Hérode et de la reine unit la destinée, li’amour prodigieux dont ce prince est épris Se nourrit par la haine et croît par le méi)ris. Nous avez vu cent fois ce monanjue inflexible Déposer à ses pieds sa majesté terrible. Et chercher dans ses \eux iri’it(’s ou distraits Quel(]ues regards i)lus doux (|u"il ne ti’oinait jamais. Vous l’avez vu frémir, soupirer et se plaiudre ; J-.a flatter, l’irriter, la menacer, la craindre ; Cruel dans son amour, soumis dans ses fureurs ; Esclave en son palais, héros |)artoul ailleurs. Que dis-je ? en punissant une ingrate famille, Eumant du sang du père, il adorait la lille : Le fer encor sanglant, et ([ue \()us excitiez, jetait levé sur elle, et lond)ait à ses pieds.

Mais songez que dans |{ome, éloigné de sa vue. Sa chaîne de si loin semble s’être ronq)ue. ACTI- : I, SCI- NE 1. IT.t

SALOMK.

Croyoz-nioi, son rotniir en rcssoiTo los nœuds ; Et SCS tronipeiirs jippas sont toujours daugcrcux.

MAZAKL.

Oui ; mais cette Ame altit’re, à soi-mr’me inhumaine. Toujours de son époux a recherclié la haine : Elle l’irritera par de nouveaux dédains, Et vous rendra les traits qui tomhent de vos mains. La paix n’habite i)oint entre deux caractères Que le ciel a formés Tun à l’autre contraires. Hérode, en tous les temps sombre, chagrin, jaloux. Contre son amour même aura besoin de vous.

SALOME,

Alariamiie remporte, et je suis confondue.

MAZAEL.

Au trône d’Ascalon vous êtes attendue ; Lue retraite illustre, une nouvelle cour. Un hymen préparé par les mains de l’amour. Vous mettront aisément à l’abri des tempêtes Qui pourraient dans Solime éclater sur nos têtes. Sohême est d’Ascalon paisible souverain. Reconnu, protégé par le peuple romain, Indépendant d’Hérode, et cher à sa province ; 11 sait penser en sage et gouverner en prince : Je n’aperçois pour vous que des destins meilleurs ; \ ous gouvernez Hérode, ou vous régnez ailleurs.

SALOME.

Ail ! connais mon malheur et mon ignominie : Mariamne en tout temps empoisonne ma vie ; Elle m’enlève tout ; rang, dignités, crédit ; Et pour elle, en un mot, Sohême me trahit.

MAZAEL.

Lui, qui pour cet hymen attendait votre frère ! Lui, dont l’esprit rigide et la sagesse austère Parut tant mépriser ces folles passions. De nos vains courtisans vaines illusions ! Au roi son allié ferait-il cette offense ?

SALOME.

Croyez qu’avec la reine il est d’intelligence.

MAZAEL,

Le sang et l’amitié les unissent tous deux ; Mais je n’ai jamais vu… 174 MAIUAMXE.

SALOME.

Vous \Vi\\o/. pas mes yeux ! Sui" mou uiallieur uou\(’au je suis trop éclairée : Oc ce trouipeur lijuieu la pouipe didérée, Les froideurs de Soliéiue et ses discours f »iac(s, Alout expliqué ma houte et m’out iustruite assez.

M AZAEL.

A OLis pe.’isez en efl’et qu’une femme sévère

Qui pleure encore ici son aïeul et son frère,

Et dont l’esprit hautain, qu’aigrissent ses malheurs,

Se nourrit d’amertume et vit dans les douleurs,

Recherche imprudemment le funeste avantage

D’enlever un amant qui sous vos lois s’engage !

L’amour est-il connu de son superhe cœur ?

SALOME.

LUe l’inspire au moins, et c’est là mon malheur.

M AZAEL.

Ne vous trompez-vous ])oint ? cette âme impérieuse, Par excès de fierté semhle être vertueuse : A vivre sans reproche elle a mis son orgueil.

SALOME.

Cet orgueil si vanté trouve enfin son écueil. Que m’importe, après tout, que son àme hardie De mon parjure amant flatte la periidie ; Ou qu’exerçant sur Ini son dédaigneux pouvoir. Elle ait fait mes tourments sans même le vouloir ? Qu’elle chérisse ou non le hien qu’elle m’eidève, Je le perds, il suffit ; sa fierté s’en élève ; Ma honte fait sa gloire ; elle a dans mes doiileui’s Le i)laisir insultant de jouir de mes pleurs. Enfin, c’est trop languir dans cette indigne gêne : Je veux voir à quel point on mérite ma haine. Sohême vient : allez, mon sort va s’éclaircir.

SCÈNE II.

SAL03IE, SOHÈME’, AMMON.

s \i.( »M i : . Approchez ; Notre conii’ n’est |)oiut n( pour trahir,

1. A propos de ce Soliônic : « Nous verrez, éerit. VoUaire à d’Argental on l’&l, iiiio espèce de janséniste, esséiiien do son m ’ticr, que j’ai suijstitiié à Vanis. O’ Varus m’avait paru prodigicuscniciit fade. » Et \q mion n’est pas l’ait i)onr soiiUVir <}n"on lahiisf. Le roi rovioiit on fin ; vous n’avez plus il’excuse : Ne consultez iii que vos seuls intérêts, Kt ne nie cariiez plus ^os sentiments secrets. Parlez : je ne crains point l’aveu d’une inconstance Dont je UK’prisei’ais la Naine et laihlc ofï’ense : Je ne sais point descendre à des transports jaloux, M rougir d’un atlront dont la honte est [)Our aous.

BOHÊME.

Il faut donc m’expliquer, il faut donc vous apprendn Ce que votre fierté ne craindra point d’entendre. J’ai beaucoup, je l’avoue, à me plaindre du roi ; Il a voulu, madame, étendre jusqu’à moi Le pouvoir que César lui laisse en Palestine ; En m’accordant sa sœur, il cherchait ma ruine : Au rang de ses vassaux il osait me compter. J’ai soutenu mes droits, il n’a pu l’emporter : J’ai trouvé, comme lui. des amis près d’Auguste ; Je ne crains point Hérode, et l’empereur est juste ; Mais je ne puis souffrir (je le dis hautement) L’alliance d’un roi dont je suis mécontent. D’ailleurs vous connaissez cette cour orageuse ; Sa famille avec lui fut toujours malheureuse ; De tout ce qui l’approche il craint des trahisons : Son cœur de toutes parts est ouvert aux soupçons ; Au frère de la reine il en coûta la ^ie ; De plus d’un attentat cette mort fut suivie. Mariamne a vécu, dans ce triste séjour. Entre la barbarie et les transports d’amour. Tantôt sous le couteau, tantôt idolâtrée. Toujours baignant de pleurs une couche abhorrée : Craignant et son époux et de vils délateurs. De leur malheureux roi lâches adulateurs.

SALOME,

Vous parlez beaucoup d’elle !

SOHÈME.

Ignorez-vous, princesse, Que son sang est le mien, que son sort m’intéresse ?

SALOME.

Je ne l’ignore pas.

SOHÈME.

Apprenez encor plus : ITfi MARIAMXE.

J’ai rraint longtemps pour elle, et jo no troinhlo plus.

Il(’r()(l(’ chérira Je sang ([ui la lit naître :

Il Ta promis du moins à l’empereur son maître :

l>( »iir moi, loin d’une cour objet de mon courroux,

J’al)andonne Solime, et votre frère, et vous ;

Je pars. Ne pensez pas qu’une nouvelle chaîne

Me dérobe à la vôtre et loin de vous m’entraîne.

Je renonce à la fois à ce prince, à sa cour,

A tout engagement, et surtout à l’amonr.

Épargnez le reproche à mon esprit sincère :

Quand je ne m’en fais point, nul n’a droit de m’en faire

s A LOME.

Non, n’attendez de moi ni courroux ni dépit ; J’en savais beaucoup plus que vous n’en avez dit. Cette conr, il est vrai, seigneur, a vu des crimes : 11 en est quelquefois où des cœurs magnanimes Par le malheur des temps se laissent emporter, Que la vertu répare, et qu’il faut respecter ; Il en est de ])lus bas, et de qui la faiblesse Se pare arrogamment du nom de la sagesse. Vous m’entendez peut-être ? En vain vous déguisez Pour qui je suis trahie, et qui vous séduisez : Votre fausse vertu ne m’a jamais trompée ; De votre changement mon âme est peu frappée ; Mais si de ce palais, qui vous semble odieux. Les orages passés ont indigné vos yeux. Craignez d’en exciter qui vous sui^raient |)eut-être Jusqu’aux faibles États dont vous êtes le maître.

( EUu sort.)

SCENE III.

SOIIÉMK, AMMON.

SOIIÊMK.

OÙ tendait ce discours ? que veut-elle ? et pourquoi Pensc-t-clle en mon cœur pénétrer mieux (pie moi ? Qui ? moi, que je sou|)ire ! et que pour Mariamne iMon austère amitié ne soit qu’un feu i)rofane ! \ii\ faiblesses d’amour, moi, j’irais me livrer, L<)rs(jue de tant daltiails je cours me séparer ! AMMON.

Salome ost outragée ; il faut tout craindre d'elle.
La jalousie éclaire, et l’amour se décèle.

SOUKMK.

Non. (Vnw coupable amour je n’ai point les erreurs :
La secte dont je suis forme en nous d’antres nioMirs :
Os durs Esséniens, stoïques de Judée.
Onl eu de la morale une plus noble idée.
\os maîtres, les Homains, Aainqueurs des nations,
Commandent à la terre, et nous aux passions.
Je n’ai point, grâce au ciel, à rougir de moi-même.
Le sang unit de près Mariamne et Sohénie :
Je la voyais gémir sous un affreux pouvoir,
J’ai voulu la servir ; j’ai rempli mon devoir.

AMMON.

Je connais votre cœur et juste et magnanime ; FI se plaît à venger la vertu qu’on opprime : Puissiez-Aous écouter, dans cette affreuse cour, \otre noble pitié plutôt que ^otre amour !

SOHÊME.

Ah ! faut-il donc l’aimer pour prendre sa défense ?

Qui n’aurait, comme moi, chéri son innocence ?

Quel cœur indifférent n’irait à son secours ?

Et qui, pour la sauver, n’eût prodigué ses jours ?

Ami, mon cœur est pur, et tu connais mon zèle ;

Je n’habitais ces lieux que pour veiller sur elle.

Quand Hérode partit incertain de son sort.

Quand il chercha dans Rome ou le sceptre ou la mort,

Plein de sa passion forcenée et jalouse,

Il ti’emhlait qu’après lui sa malheureuse épouse,

Du trône descendue, esclave des Romains,

\e fût abandonnée à de moins dignes mains.

Il voulut (ju’une tombe, à tous deux préparée,

Enfermât avec lui cette épouse adorée.

Phérore fut chargé du ministère affreux

D’immoler cet objet de ses horribles feux.

Phérore m’instruisit de ces ordres coupables :

J’ai veillé sur des jours si chers, si déplorables ;

Toujours armé, toujours prompt à la protéger,

Et surtout à ses yeux dérobant son danger.

J’ai voulu la servir sans lui causer d’alarmes ;

Ses malheurs me touchaient encor plus que ses charmes.

T m : AT RE. I. 12 178.MAIIIAMXK.

L’amour ne règne point sur mon eœnr agité ; 11 ne m’a point vaincu ; c’est moi qui l’ai dompté : Et, plein du noble feu ([ue sa \ertu m’inspii-e. J’ai voulu la venger, et non pas la séduii-c. Eniin l’heureux Hérode a fléchi les Romains : Le sceptre de Judée est remis en ses mains : Il revient triomphant sur ce sanglant théâtre ; 11 revole à l’objet dont il est idolâtre, Qu’il opprima souvent, (jii’il adora toujours ; Leurs désastres communs ont terminé leur cours. In nouveau jour va luire à cette cour affreuse : Je n’ai plus qu’à partir… Mariamne est heureuse. Je ne la verrai plus… mais à d’autres attraits Mon cœur, mon triste cœur, est fermé pour jamais Tout hymen à mes yeux est horrible et funeste : Qui connaît Mariamne abhorre tout le reste. ^^’Lr retraite a pour moi des charmes assez grands : —^’y vivrai vertueux, loin des yeux des tyrans, — — Préférant mon partage au plus beau diadème, — — HMaître de ma fortune, et maître de moi-même.

SCENE IV.

SOHÈME. ÉLISE. A^LMOX.

ÉLfSE.

La mère de la reine, en j)roie à ses douleurs. Vous conjure, Bohême, au nom de tant de pleurs. De vous rendre près d’elle, et d’y calmer la crainte Dont poiii- sa lille encore elle a reçu l’atlcinte.

S0HÈ : \IE.

Quelle horreur jetez-vous dans mon coMir étonné 1

i’ : i.isi : . Klle a su l’ordre allVeux (prilerode a\ail donne : l »ai" les soins de Salome elle en est iiilornice.

soiii-Mi : . \insi cette ennemie, au trouble accoutuuK’e, l’ar ces ti’oiihles nr)ii\eau\ pense eiicor nininteuir liC |)ou\oir (Mnprunté (pi’elle \(’ut retenir. ()uelle odieuse cour, et comliien d’aiMilices ! On ne niarclie en ces lieux que sur des pr(cipic(>s. ACTK I. SCKXi’ IV. 179

Ilôlas ! Aloxaiidra, par des coups inouïs, \it péril- niitrclois sou (’|)Oii\ ot sou fils ; Mariaiuuo lui rosto, elle tremble pour elle -. La craiute est hieu permise à l’amour maternelle. Élise, je vous suis, je marche sur vos pas… (Irand Dieu, qui prenez soin de ces tristes climats, De Mariauine encore écartez cet orage I Conservez, protégez votre plus digne ouvrage !

FIN DL PUEMIER ACTE. ACTE DEUXIEME.

SCENE I.

SALOME, MAZAEL.

MAZAEL.

O nouveau coup porté, ce torril)lo mystèro

Dont vous faites instruire et la fille et la mère,

Ce secret révélé, cet ordre si cruel

Est (lésonnais le sceau d’un divorce éternel.

Le roi ne croira point que, pour votre ennenii(>,

Sa confiance en vous soit en eilet trahie ;

Il n’aura plus que vous dans ses perplexités

Pour adoucir les traits [)ar vous-même portés.

Vous seule aurez fait naître et le calme et forage :

Divisez pour régner, c’est là votre partage.

SALOME.

Oue sert la politique où manque le pouvoir ? Tous mes soins niont trahi : tout fait mon désespoir Le roi m’écrit : il veut, par sa lettre fatale, Que sa sœur se rahaissc aiL\ pieds de sa rivale. J’espérais de Sohême un nohle et sûr appui : Ilérode était le mien ; tout me manque aujourd’hui.

r.le vois crouler sur moi le fatal édifice

Que mes mains élevaient avec tant d’arlilice :

Je \()is ([ii’ij est des temps où tout l’effort liiiniaiii

Tombe sous la fortune et se débat en vain.

Où la priulence échoue, où fart nuit à soi-même :

Et je sens ce pouvoir invincible et suprême,

Qui se joue à son gré, dans les climats voisins,

j^De leurs sables mouvants comme de nos deslins.

M Az ai : l. Obéissez au roi, <’é(lez à la temj)ête : Sous ses coups passagers il faut courber la lêie. Le temps peut tout changer. ACTE II. SCÈNE II. 181

S.\LOME.

Trop vaiiLs soulagcment.sl —Malheuroiix qui irattciid sou l)()nlieur que du temps ! Sur Tavenir tr()nq)Our tu \(’u\ ([uo jo lu’appuio, Et tu vois ccpoiidant les aiïronts (]ue j’essuie 1

MAZAEL.

Solième part au moins : votre juste courroux .\e craint plus Mariainue, et u’en est jjIus jaloux.

SALOME,

Sa conduite, il est vrai, paraît inconcevable ;

Mais m’en trahit-il moins ? en est-il moins coui)able ?

Suis-je moins outragée ? ai-je moins d’ennemis,

Et d’envieux secrets, et de lâches amis ?

11 faut que je combatte et ma chute prochaine.

Et cet affront secret, et la publique haine.

Déjà, de Mariamne adorant la faveur.

Le peuple à ma disgrâce insulte avec fureur :

Je verrai tout ])lier sous sa grandeur nouvelle.

Et mes faibles honneurs éclipsés devant elle.

Mais c’est peu que sa gloire irrite mon dépit,

Ma mort va signaler ma chute et son crédit.

Je ne me llatte point ; je sais comme en sa i)lace

De tous mes ennemis je confondrais l’audace :

Ce n’est qu’en me perdant qu’elle pourra régner,

Et son juste courroux ne doit point m’épargner.

Cependant, ô contrainte ! ù comble d’infamie !

Il faut donc qu’à ses yeux ma fierté s’humilie !

Je viens avec respect essuyer ses hauteurs,

Et la féliciter sur mes propres malheurs.

MAZAEL.

Elle vient en ces lieux.

SALOME.

Faut-il que je la voie ?

SCENE II.

MARIAMXE. ÉLISE. SALOME. MAZAEL. NARBAS.

SALOME.

Je viens auprès de vous partager votre joie : Rome me rend un frère, et vous rend un époux 182 : \1ARIAMNE.

CouroniK. tout-puissant, ol digno enfin do \ous, Ses trioniphos passés, ceux (pril |)r(’pare cncoro, Ce titre heureux de Grand dont l’univers riionore. Les droits du sénat même à ses soins confiés. Sont autant de présents ({u’il a a mettre à vos pieds. Possédez désormais son àme et son empire, C’est ce qu’à vos vertus mon amitié désire ; Et je vais par mes soins serrer l’heureux lien Qui doit joindre à jamais votre cœur et le sien.

MAHIAMNE.

Je ne prétends de vous ni n’attends ce service : Je vous connais, madame, et je vous rends justice : Je sais par quels complots, je sais par quels détours Votre haine impuissante a poursuivi mes jours. Jugeant de moi par vous, \ ous me craignez peut-être ; Mais vous deviez du moins apprendre à me connaître. Ne me redoutez point ; je sais également Dédaigner votre crime et votre châtiment : J’ai vu tous vos desseins, et je vous les pardonne : C’est à vos seuls remords que je vous al)andonne. Si toutefois, après de si lâches efforts, Un cœur comme le vôtre écoute des renu^rds.

SALOME.

C’est porter un peu loin votre injuste colère : Ma conduite, mes soins, et l’aveu de mon frère. Peut-être suffiront pour me justifier.

M Afil AM\E.

Je vous l’ai déjà dit, je veux tout oublier :

Dans l’état où je suis, c’est assez pour ma gloire :

Je puis vous pardonner, mais je ne puis vous croire’.

MAZ Ai : i.. J’ose ici, grande reine, allesler rKleniel Que mes soins à regret…

\i \ i ; i \ \i \ i ; .

\i lélez, MazaT’l : \os excuses poui’ moi soni un nomel oulrage : Obéissez au roi, \oilà \(){vr paiMage : A mes tyrans \(M1(Iu, scincz hien leur <)uir()u\ : Je ne m’abaisse pas à me plaindre de vous.

1. C’est ce que dit Louis XIII à Anne dWutriclie, qui voulait se justifier d’avoir trempé dans la conspiration do (iiiaiais. ACTi- II. s( : i : m- : m. js.j

(A Salomc.)

Jo ne vous retions point, et \ous pouvez, ni ; i(l ; inie, Aller apprendre au roi les secrets de mon Ainc ; Dans son cœur aisément vous pouvez ranimer l n courroux que mes yeux dédaignent de calmer. De tous ^os délateurs armez la calomnie : .rai laissé jusqu’ici leur audace impunie, Kt je n’oppose encore à mes vils ennemis <Ju"une vertu sans tache et qu’un juste mépris.

s A LOME.

Ml ! c’en est trop enfin : vous auriez dû ])oi]t-étro Ménager un peu plus la sœur de votre maître. L’orgueil de vos attraits pense tout asservir : \ous me voyez tout perdre, et croyez tout ra^ir ; \otre Aictoii’e un jour |)eut aous être fatale. Nous triomphez… Trend)lez. imprudente rivale’

SCENE IIJ.

MARIAMNE. ÉLISE. NARRAS.

ÉLISE.

Vh : madame, à ce point pouvez-vous irriter

Des ennemis ardents à vous persécuter ?

La vengeance d’Hérode, un moment suspendue.

Sur votre tète encore est peut-être étendue ;

Kt. loin d’en détourner les redoutahles coups,

Vous a])pelez la mort (jui s’éloignait de vous.

\ous n’avez plus ici de hras qui vous appuie ;

Ce défenseur heureux de votre illustre vie,

Sohême, dont le nom si craint, si respecté.

Longtemps de vos tyrans contint la cruauté,

Sohéme va partir ; nul espoir ne vous reste.

Auguste à votre époux laisse un pouvoir funeste :

Oui sait dans quels desseins il revient aujourd’hui ?

Tout, jusqu’à son amour, est à craindre de lui :

N ous le voyez trop hien ; sa somhre jalousie

Au delà du tombeau portait sa frénésie ;

Cet ordre qu’il donna me fait encor trembler.

Avec vos ennemis daignez dissimuler :

La vertu sans prudence, hélas ! est dangereuse. 184 MARIAMNE.

MAlîIAMNK.

Oui, 111011 âiiic, il ost A rai, lïit trop inipôrioiiso ; Je liai i)oiiit connu ]"art, et j’en avais besoin. De mon sort à Soliême abandonnons Je soin ; Qu’il vienne, je l’attends ; qu’il règle ma conduite. Mon projet est hardi ; je frémis de la suite. Faites venir Solièmc.

(Élise sort.)

SCENE lY.

M A R I A M N E. N A R B A S.

MARIAMNE.

Et VOUS, mon cher Narbas, De mes vœux incertains apaisez les combats : Vos vertus, votre zèle, et votre expérience, Ont acquis dès longtemps toute ma confiance. Mon cœur ^ous est connu, vous savez mes desseins. Et les maux que j"éprou\e, et les maux que je crains. Vous avez vu ma mère, au désespoir réduite. Me presser en pleurant d’accompagner sa fuite ; Son esprit, accablé d’une juste terreur. Croit à tous les moments voir Hérode en fureui’, Encor tout dégouttant du sang de sa famille. Venir à ses yeux même assassiner sa fille. Elle veut à mes fils, menacés du tombeau, Donner César pour père, et Home pour berceau. On dit que l’infortune à Home est protégée ; "Home est le ti’ibunal où la tei’re est jugée. Je vais me présenter au roi des souverains. Je sais qu’il est pciiuis de fuir ses assassins, Que c’est le seul |)arti (|ue le destin me laisse : Toutefois en secret, soit vertu, soit faiblesse, PiV’le à fuir un (’poiix, mon C(rur freiuil d’elVroi, Kt mes pas (Miancelants s’nrrèlenl maigre moi.

N \HI ! \s.

Cet effroi généreux n’a rien que je n’admii’e ;

Tout injuste qu’il est, la vertu vous rins|)ire.

Ce cfpur, indépendant des outrages du sort.

Craint l’ombre d’une faute, et ne craint point la mort. ACTK IL sci : M- : IV. 18 : -.

« 

Bannissez toutofois ces alarmes serrètes : Ouvrez les >eiix, madame, et voyez où vous (’tes : C’est là que, répandu par les mains d’iin cpoiix. Le sang de votre père a rejailli sur vous : Votre frère en ces lieux a vu tranclier sa vie ; En vain de son trépas le roi se justifie. En vain César trompé Ten absout aujourdluii ; L’Orient révolté n’en accuse que lui. lîej^ai’dez ; consultez les pleurs de votre mère, L’allront fait à vos fils, le sang de votre père, La cruaut(’ du roi, la haine de sa sœur. Et (ce que je ne puis prononcer sans horreur, Mais dont votre vertu n’est point épouvantée) La mort plus d’une fois à vos yeux présentée.

Enfin, si tant de maux ne vous étonnent pas. Si d’un front assuré vous marchez au trépas, Du moins de vos enfants embrassez la défense. Le roi leur a du trône arraché l’espérance ; Et vous connaissez trop ces oracles affreux Qui depuis si longtemps vous font trembler pour eux. Le ciel vous a prédit qu’une main étrangère Devait un jour unir vos fils à votre père. Un Arabe implacable a déjà, sans pitié, De cet oracle obscur accompli la moitié : Madame, après l’horreur d’un essai si funeste, Sa cruauté, sans doute, accomplirait le reste : Dans ses emportements rien n’est sacré pour lui. Eh 1 (jiii vous répondra que lui-même aujourd’hui Ae vienne exécuter sa sanglante menace, Et des Asmonéens anéantir la race ? II est temps désormais de prévenir ses coups ; Il est temps d’épargner un meurtre à votre époux. Et d’éloigner du moins de ces tendres victimes Le fer de vos tyrans, et l’exemple des crimes.

Xourri dans ce palais, près des rois vos aïeux, Je suis prêt à vous suivre en tous temps, en tous lieux. Partez, rompez vos fers ; allez, dans Rome même, Implorer du sénat la justice suprême. Remettez de vos fils la fortune en sa main. Et les faire adopter par le peuple romain ; Qu’une vertu si pure aille étonner Auguste. Si l’on vante à bon droit son règne heureux et juste. 1SG MAIUA.M.NK.

Si la IciTo ; v\oc joie ombrasse ses t^onoiix, S"il iiK’i'ito sa li’loirc. il fci-a tout |)oiir vous.

M \ l’.I \.\1\K.

.le vois (jiril n’est ])liis temps que mon cœur délibère ; Je cède à vos conseils, aux larmes de ma mère, Au danger de mes fils, au sort, dont les rigueurs Vont m’entraîner peut-être en de plus grands malheurs. Hetournez chez ma mère, allez ; quand la nuit sombre Dans ces lieux criminels aura port( son ombi’e, Ou’au fond de ce palais on me vienne avertir : On le YQut, il le faut, je suis prête à i)artir.

SCENE V.

MARIAMNE, SOIIÈME. KLISE.

SOHÊME.

Je viens m’offrir, madame, à votre ordre suprême ; Vos volontés pour moi sont les lois du ciel même : Faut-il armer mon hras contre vos ennemis ? Commandez, j’entreprends ; parlez, et j’obéis.

MARIAMNE.

Je vous dois tout, seigneur ; et, dans nu)n infortune. Ma douleur ne craint point de vous être inqiortune, Ni de solliciter par d’inutiles vœux Les secours d’un héros, l’appui des malbeui’eux.

Lorsque Hérode attendait \o trône on l’esclavage. Moi-même des Romains j’ai hrigiié le suffrage ; Malgr( ses crnaiités, malgré mon (i(’s(’s|)oir, Malgr( mes intérêts, j’ai suivi mon dcxoir. J’ai servi mon (’poiix ; je le ferais encore. Il faut (]iie pour moi-même enfin je \ons implore ; Il faut (jiie je dérolx^ à (rinliiimaiiics lois Les restes malheureux du pur saug de nos rois. J’aurais di’i dès longtemps, loin d’un lieu si coupable Demander au sénat un asile lionorable : Mais, seigneur, je n’ai pu, dans les ti"oubles divers Dont la giu’rre civile a rempli l’univers, (Ihercher parmi rellVoi. I.’i i^iienc et les ravages. l’n pnrt aux nir’uies lieux d’où p ; irlaienl les orages. ACTI- IF. SCKNE V. IS7

Aii^iisto au monde onti<’r (loiino aujourd’hiii la paix ;

Sur loiito la nature il répand ses bienfaits.

Après les longs travaux d’une guerre odieuse,

Ayant vaincu la terre, il veut la rendre heureuse.

Du haut du Capitole il juge tous les rois.

Et de ceux qu’on o[)prinie il prend en main les droits.

Qui peut à ses bontés plus justement ])r(’t(’iidre

Que mes faibles enfants, que rien ne jxMit (Icrcndic,

Kt ([u’nne mère en pleurs amène auprès de lui

Du bout de l’univers implorer son api)ui ?

Pour conserver les fils, pour consoler la mère.

Pour finir tous mes maux, c’est en aous que j’espère :

Je m’adresse à vous seul, à vous, à ce grand cœur,

De la simi)le ^ertu généreux protecteur ;

A \ous à qui je dois ce jour que je respire :

Seigneur, éloignez-moi de ce fatal empire.

Ma mère, mes enfants, je mets tout en vos mains :

Enlevez l’innocence au fer des assassins.

Vous ne répondez rien ! Que faut-il que je pense

De ces sombres regards et de ce long silence ?

Je Aois que mes malheurs excitent vos refus.

BOHÊME.

.\on… je respecte trop vos ordres absolus. Mes gardes vous suivront jusque dans l’Italie ; Disposez d’eux, de moi, de mon cœur, de ma vie : Fuyez le roi, rompez vos nœuds infortunés ; Il est assez puni si vous l’abandonnez. Il ne vous verra plus, grâce à son injustice ; Et je sens qu’il n’est point de si cruel supplice… Pardonnez-moi ce mot, il m’échappe à regret ; La douleur de vous perdre a trahi mon secret. J’ai parlé, c’en est fait ; mais malgré ma faiblesse. Songez que mon respect égale ma tendresse. Sohême en vous aimant ne veut que vous servir, Adorer vos vertus, vous venger, et mourir.

MARIAMNE.

Je me flattais, seigneur, et j’avais lieu de croire Qu’avec mes intérêts vous chérissiez ma gloire. Quand Sohême en ces lieux a veillé sur mes jours. J’ai cru qu’à sa pitié je devais son secours. Je ne m’attendais pas qu’une flamme coupable Dût ajouter ce comble à l’horreur qui m’accable, 188.MAIUA^IXE.

Ni que dans mes périls il ne l’aJlût jamais Rougir de vos jjontés et craindre vos l)ienfaits. Ne pensez pas pourtant qu’un discours qui m’ofTensc Vous ait rien dérobé de ma reconnaissance : Tout espoir m’est ravi, je ne vous verrai plus ; J’oublierai votre flamme el non pas vos vertus. Je ne veux voir en vous qu’un liéros magnanime Qui jusqu’à ce moment mérita mon estime : Un plus long entretien pourrait vous en priver, Seigneur, et je vous fnis pour vous la conserver,

SOHÊME.

Arrêtez, et sachez que je l’ai méritée.

Quand votre gloire parle, elle est seule écoutée :

A cette gloire, à vous, soigneux de m’immoler.

Épris de vos vertus, je les sais égaler.

Je ne fuyais que vous, je veux vous fuir encore.

Je quittais pour jamais une cour que j’abhorre ;

J’y reste, s’il le faut, pour vous désabuser,

Pour vous respecter plus, pour ne plus m’exposer

Au reproche accablant que m’a fait votre bou<’be.

Votre intérêt, madame, est le seul qui me touche ;

J’y sacrifierai tout. Mes amis, mes soldats.

Vous conduiront aux bords où s’adressent vos pas.

J’ai dans ces murs encore un reste de puissance :

D’un tyran soupçonneux je crains peu la vengeance ;

Et s’il me faut périr des mains de votre époux.

Je périrai du moins en combattant pour vous.

Dans mes derniers moments je vous aurai servie.

Et j’aurai ])référé votre honneur à ma vie.

MAHIAMNE.

Il suffit, je vous crois : d’indignes passions

iNc doivent point souiller les nobles actions.

Oui, je vous devrai tont : mais moi, je vons expose ;

\ons courez à la moi"t, et j’en serai la cause.

(lonunent puis-je vous suÎAre, et comment demeurer ?

Je n’ai de sentiment (|ue poiii" \o\\s admirer.

SOIIKM i : .

\enez pi’eiidre conseil de votre mèi’e en lai’ines,

De votre fermeté plus (pie de ses alarmes,

Du p(’ril (jiii vous presse, et non de mon danger.

A\ec \oii(’ t\i-an rien n’est à ménager :

Il est roi, je le sais ; mais (’.« -sar est son juge. ACTI- II. SCKXK V. 189

Tout vous iiKMiacc ici, Uoiiio est \f)ii(’ icruf^c ; Mais sonf,^cz que Soliêmo, on vous odrant ses vœii.v. S’il ose être sensible, en est plus ^(’^tU(Ml\ : Que le sang de nos rois nous unit l’un el lautre, Et que le ciel m’a fait un cœur digne du viMre.

M \ l ! I WIN i : .

Je n’en veux point douter ; et, dans iiioii dcscsixiir. Je vais consulter Dieu, l’honneur, et le de\()ir’.

SOFIKMK.

C’est eux que j’en atteste : ils sont tous trois mes guides ; Ils vous arracheront aux mains des parricides.

1. « Vous nie disiez, écrit Voltaire à d’Argental en 17G2, que le second acte nV’tait pas fini. Cependant Mariamnc sort pour aller consulter Dieu, l’honneur et le devoir. X’est-ce pas une raison de sortir quand on a de telles consultations à faire ? Et ne voilà-t-il pas l’acte fini ? »

FL\ DU DEUXIEME ACTE. ACTE TROISIEME.

SCENE I.

SOHÊ.ME, NAKBAS, AMMOX, suite.

NARBAS.

Le temps est précieux, seigneur, Hérode arrive :

Du fleuve de Judée il a revu la rive.

Salome, qui ménage un reste de crédit,

Déjà par ses conseils assiège son esprit.

Ses courtisans en foule auprès de lui se rendent ;

Les palmes dans les mains, nos pontifes l’attendent

Idamas le devance, et vous le connaissez.

BOHÊME.

Je sais qu’on paya mal ses services passés. C’est ce même Idamas, cet Hébreu plein de zèle. Oui toujours à la reine est demeuré fidèle. Qui, sage courtisan d’un roi plein de fureur, A quelquefois d’Hérode adouci la rigueur.

NARBAS.

Uientôt vous Tentendrez. Cependant Mariamne

Au moment de partir s’arrête, se condamne ;

Ce grand projet l’étonné, et, prête à le tenter.

Son austère vertu craint de l’exécuter.

Sa mère est à ses pieds, et, le comii- plein d’alarmes.

Lui présente ses fils, la baigne de ses hiiMues,

La conjure en tremi)lant de pi-esser son d(’[)art.

La reine flotte, liésite, et partira ti-op tard.

C’est vous dont la bonté peut bâter sa sortie ;

Aous avez dans vos mains la fortune et la vie

De l’objet le plus rare et le plus précieux

Que jamais à la tei-r(^ aient accoi’dé les cieu.x.

Protégez, conservez une auguste lamille ;

Sau\(’z de tant de rois la déplorable (ille. ACTK m. s< ; i : .\K iii. loi

Nos i^anlos sont-ils pivts ? piiis-jc piiliri Taxcrtii- ?

SOHÈM K.

Oui. j"ai tout oi’doiirK : la reine peut partir.

\ARBAS.

Soiifl’rcz donc (|ua Tinstant un ser\iteni- /idclc Se pn’parc, sciiiiiciii", à uiareiier aprrs elle.

SOHKM i : .

MIcz : loin de ces licnx je condiiii’ai \os pas :

Ce si’jonr odieux ne la méritait pas.

Qu’un d([)ôt si sacré soit resjjecté des ondes !

(juc le cieK attendri pai" ses douleurs profondes.

Fasse le\er sur elle un soleil plus serein !

Et vous, Aieillard heureux, qui suivez son destin.

Des serviteurs des rois sage et parfait modèle,

Antre sort est trop beau, vous livrez auprès d’elle.

SCENE II.

SOHÈ.ME. AMMOX. suite de sûhèjie.

SOHÊ.ME.

Mais déjà ïo l’oi vient -. déjà dans ce séjour Le son de la trompette annonce son retoui*. Quel retour, justes dieux ! que je crains sa présence ! Le cruel peut d’un coup assurer sa vengeance. Plût au ciel que la reine eût déjà pour jamais Abandonné ces lieux consacrés aux forfaits ! Oserai-je moi-même accompagner sa fuite ? Peut-être en la servant il faut que je l’évite… Est-ce un crime, après tout, de sauver tant d’appas ; De venger sa vertu ?… Mais je vois Idamas.

SCENE III.

SOHÊME. IDA.MAS, A.MMON. suite,

SOHÊME.

Vmi, j’épargne au roi de frivoles hommages, De l’amitié des grands importuns témoignages. 1^)2 MAHIA.MNK.

— ^D’iiii |)(’ti|)]e ciiriouv trompeur amiiscmont.

Qu’on étale avec pompe, et (pie le cœur dément. Mais parlez ; Rome enfin Aient de vous rendre un maître Hérode est souverain ; est-il digne de l’être ? Meut-il dans un esprit de fureur ou de paix ? Craint-on des cruautés ? attend-on des hienfaits ?

I DAM A s.

Veuille le juste ciel, formidable au parjure.

Écarter loin de lui Terreur et l’imposture !

Salome et Mazaël s’empressent d’écarter

Quicon([ue a le cœur juste et ne sait point flatter.

ils révèlent, dit-on, des secrets redoutables :

Hérode en a pâli ; des cris épouvantables

Sont sortis de sa bouche, et ses yeux en fureur

A tout ce qui l’entoure inspirent la terreur.

Vous le savez assez, leur cabale attentive

Tint toujours près de lui la vérité captive.

Ainsi ce conijuérant ({ui lit trembler les rois,

Ce roi dont Rome même admira les exploits,

De qui la renommée alarme encor l’Asie,

Dans sa propre maison voit sa gloire avilie :

Haï de son épouse, al)usé par sa sœur.

Déchiré de soupçons, accablé de douleur,

J’ignore en ce moment le dessein qui l’entraîne.

On le plaint, on murmure, on craiut tout pour la reine ;

On ne peut pénétrer ses secrets sentiments.

Et de son cœur troublé les soudains mouvements ;

Il observe avec nous un silence farouche :

Le nom de Mariamne échappe de sa bouche ;

il menace, il soupire, il donne en frémissant

Ouehjues ordres secrets qu’il ré\0([ue à l’instant.

D’un sang (pi’il détestait Mariamne est formée ;

Il voidut la punir de l’avoir trop aiuK’e :

.le lr(’nd)le encoi* |)Our elle.

s OUI- M i : .

Il suffit, Idamas. La reine est en danger : Ammon, suivez mes pas ; Venez, c’est à moi seul de sauver l’innocence.

II) \ M AS.

Seigneur, ainsi du roi nous luire/ la pri’sencc ? Vous de qui la \ertu, le rang, laulorile, Imposeraient silence à la perversité ? Acrr- [ir. sck.ne iv. I93

SI) H KM K.

I 11 iiit(’ivt plus ^n- ; iii(l, im autre soin lu’iuiime ; Kt mon |)reniipr devoir est d’empêcher Je crime.

ai sort.) I DAM AS.

Ouels orales nouveaux ! (luel ti’ouhle je prévoi : Puissant Dieu des Hébreux, clianj ; ez le cœur du roi :

SCENE IV.

m-RODF. MAZAEL. IDA.MAS, suite d’iiérodi ; .

HÉ RODE,

Eli ({uoi ! Sohême aussi seml)le éviter ma vue : Quelle horreur devant moi s’est partout répandue ! Ciel ! ne puis-je inspirer que la haine ou l’effroi ? Tous les cœurs des humains sont-ils fermés pour moi ? En horreur à la reine, à mon peuple, à moi-même, A regret sur mon front je vois le diadème : Hérode en arrivant recueille avec terreur Les chagrins dévorants qu’a semés sa fureur. Ah Dieu !

MAZAEL.

Daignez calmer ces injustes alarmes.

HÉRODE.

Malheureux ! qu"ai-je fait ?

MAZAEL.

Quoi ! vous versez des larmes ! Vous, ce roi fortuiK’, si sage en ses desseins ! Vous, la terreur du Parthe et lami des Romains ! Songez, seigneur, songez à ces noms pleins de gloire Que vous donnaient jadis Antoine et la victoire : Songez que près d’Auguste, appelé par son choix,. Vous marchiez distingué de la foule des rois ; Revoyez à vos lois Jérusalem rendue. Jadis par vous conquise et par vous défendue, Reprenant aujourd’hui sa première splendeur. En contemplant son prince au faîte du honheur. Jamais roi plus heureux dans la paix, dans la guerre…

HÉRODE.

Non, il n’est plus pour moi de bonheur sur la terre.

Théâtre. I. 13 194 MARIAMNE.

Le destin m’a frappr de ses plus rudes coups. Et, pour comble d’horreur, je les mérite tous.

IDAMAS.

Seigneur, m’est-il permis de parler sans contrainte ? Ce trône auguste et saint, qu’environne la crainte. Serait mieux afïermi s’il l’était par l’amour :

—- En faisant des heureux, un roi l’est à son tour.

^ A d’éternels chagrins votre àme abandonnée Pourrait tarir d’un mot leur source empoisonnée. Seigneur, ne soutirez phis que d’indignes discours Osent troulder la paix et l’honneur de vos jours, Ni que de vils flatteurs écartent de leur maître Des CŒ’urs infortunés, qui vous cherchaient peut-être, lîientot de vos vertus tout Israël charmé…

HÉRODE.

Kh ! croyez-vous encor que je puisse être aimé ? Qu’Hérode est aujourd’hui différent de lui-même !

MAZAEL.

Tout adore à l’envi votre grandeur suprême.

IDAMAS.

In seul cœur vous résiste, et l’on peut le gagner.

HÉRODE.

Non ; je suis un l)ai-bare, indigne de régner.

IDAMAS.

Votre douleur est juste : et si pour Mariamne…

HÉRODE.

Et c’est ce nom fatal, hélas ! qui me condamne ; C’est ce nom qui reproche à mon cœur agite L’excès de ma faiblesse et de ma ciMiauté.

MAZAEL.

Elle sera toujours inflexible en sa haine : Elle fuit votre vue.

HÉliODi : .

Ah ! j’ai cherché la sienne.

MAZAEL.

Qui ? voiis, seigneur ?

HÉRODE.

Kli (jiioi ! mes traiispoils furieux, (’es pleurs rpio mes remords ai’raclieiil de mes yeux, Ce cliangeuient soudain, celte douleur morlelle. Tout ne le dit-il pas ([lie je \iens d’auprès d’elle ? Toujours lroid »l(’, loujoiirs plein de li.iiiie et d’amour. ACTI- III. SCf^M- IV. rj5

.l’jii tr(mi()(, pdiii’ l ; i \i)ii-. une iiiipoitimc cour.

(Miellé oiitreviic, ù eiciixl ({iicis (’(niihîitsl (inol supplice !

Dans ses yeux indignés j’ai lu mon injustice ;

Ses regards inquiets n’osaient tomber sur moi ;

Kl t( »ul. jusqu’à nies ph’urs, augmentait son ciïroi.

MAZAKI..

Seigneur, \()us le voyez, sa iuiine erivenimée Jamais par vos bontés ne sera d(sarmée ; Vos res|)ects dangereux nourrissent sa fierté.

HÉRODE.

Klle me hait ! ah Dieu ! je l’ai trop mérité !

.le lui pardonne, liéjas ! dans le sort qui l’accable,

1)0 haïr à ce point un (’poux si coupable.

MAZAEL.

Nous coupable ? Eh ! seigneur, pou\ez-vous oublier

(le que la reine a fait pour vous justifier ?

Ses mépris outrageants, sa superbe colère,

Ses desseins contre vous, les complots de son père ?

Le sang qui la forma fut un sang ennemi ;

Le dangereux Hircan vous eût toujours trahi :

Kt des Asmonéens la brigue était si forte

Oue, sans un coup d’État, vous n’auriez pu…

HÉRODE.

N’importe ; Hircan était son père, il fallait l’épargner ; Mais je n’écoutai rien que la soif de régner ; Ma politique affreuse a perdu sa famille ; J’ai fait périr le père, et j’ai proscrit la fille : J’ai voulu la haïr ; j’ai trop su l’opprimer : Le ciel, pour m’en punir, me condamne à l’aimer.

IDA M AS.

Seigneur, daignez m’en croire ; une juste tendresse Devient une vertu, loin d’être une faiblesse : Digne de tant de biens que le ciel vous a faits. Mettez votre amour même au rang de ses bienfaits.

HÉr.ODE.

Hircan, mânes sacrés ! fureurs que je déteste !

IDAMAS.

Perdez-en pour jamais le souvenir funeste.

MAZAEL.

Puisse la reine aussi l’oublier comme vous ! 19(1 3IAR1AMNE.

HKIiODE.

père inrortuiié ! plus malheureux époux !

Tant d’horreur, tant de sang, le meurtre de son père,

Les maux que je lui fais, me la rendent plus chère.

Si son cœur… si sa foi… mais c’est trop différer.

Idamas, en un mot, je veux tout réparer.

\a la trouver ; dis-lui ([ue mon àme asservie

Met à ses pieds mon trône, et ma gloire, et ma vie.

.le veux dans ses enfants choisir un successeur.

Des maux qu’elle a soufferts elle accuse ma sœur :

C’en est assez ; ma sœur, aujourd’hui renvoyée,

A ce cher intérêt sera sacrifiée.

Je laisse à Mariamnc un pouvoir al)solu.

MAZAEL.

Quoi ! seigneur, vous voulez…

HKUODE.

Oui, je l’ai résolu ; Oui, mon cœur désormais la voit, la considère Comme un présent des cieux qu’il faut que je révère. Que ne peut point sur moi l’amour qui m’a vaincu ! A Mariamne enfin je devrai ma vertu. Il le faut avouer, on m’a vu dans l’Asie Hégner avec éclat, mais avec harharie. Craint, respecté du peuple, admiré, mais haï. J’ai des adorateurs, et n’ai pas un ami. Ma sœur, que trop longtemps mon cœur a daigné croire, Ma sœur n’aima jamais ma véritahie gloire ; Plus cruelle que moi dans ses sanglants projets, Sa main faisait couler le sang de mes sujets. Les accahlait du poids de mon sceptre terrihle ; Tandis qu’à leurs douleurs Mariamne sensible, S’occupant de leur peine, et s’ouhliant pour eux, Portait à son époux les pleurs des malheureux. C’en est fait : je prétends, plus juste et moins sévère, Par le honheur public essayer de lui |)laire. L’Ktat va respirer sous un règne plus doux ; Mariamne a changé le cœur de son époux. Mes mains, loin de mon trône (’cartaiit les alarmes. Des [)cu[)l(’s opprimés vont essuyer les larmes. Je veux sur mes sujets régner en citoyen. Kl gagner tous les comii’s, pour mériter le sien. \a la trouver, te dis-je, et surtout à sa vue ACTi : III. SCI’M- V. 197

IN’iiis l)ioii le ro{)(’iilir de iiioii àiiio (’ijordiio :

Dis-lui que mes romords t’j^aloiit ma luroiir.

\a, cours, vole, et rcvieDs. Que vois-je ? c’est ma sœur.

(A Mazaël.)

Sortez… A quels clia^n’iiis ma \le est condamnée !

SCENE y.

llÉtlUDE, SAiJJ.MK. SALOME.

Je les partage tous ; mais je suis étonnée Que la reine et Soliême, évitant votre aspect, Montrent si peu de zèle et si peu de respect.

HÉRODE.

L’un mofTense, il est vrai… mais Tautre est excusal)le. i\’en parlons plus.

SALOME.

Sohêmo, à vos yeux coiid ; nmial)lo, A toujours de la reine allumé le courroux.

H En ODE.

Ah ! trop d’horreurs enfin se répandent sur nous :

.le cherche à les finir. Ala rigueur implacable,

Kn me rendant plus craint, m’a fait plus misérable.

Assez et trop longtemps sur ma triste maison

La vengeance et la haine ont ver.sé leur poison ;

De la reine et de vous les discordes cruelles

Seraient de mes tourments les sources éternelles.

Ma sœur, pour mon repos, pour vous, pour toutes deux.

Séparons-nous, quittez ce palais malheureux ;

11 le faut.

SALOME.

Ciel ! qu’entends-je ? Ah ! fatale ennemie !

HÉRODE.

Un roi vous le commande, un frère vous en prie. Que puisse désormais ce frère malheureux N’avoir point à donner d’ordre plus rigoureux, .N’avoir plus sur les siens de vengeances à prendre, De soupçons à former, ni de sang à répandre ! Ne persécutez plus mes jours trop agités. Murmurez, plaignez-vous, plaignez-moi ; mais partez. 198 MA RI AM NE.

SALOME.

Moi, seigneur, je n’ai point de plaintes à vous faire.

Vous croyez mon exil et juste et nécessaire ;

A vos moindres désirs instruite à consentir.

Lorsque vous commandez je ne sais qu"o])éir.

Vous ne me verrez point, sensible à mon injure,

Attester devant vous le sang et la nature ;

Sa voix trop rarement se fait entendre aux rois,

Et, près des passions, le sang n"a point de droits.

Je ne vous vante plus cette amitié sincère,

Dont le zèle aujourd’hui commence à vous déplaire,

Je rappelle encor moins mes services passés ;

Je A’ois trop qu’un regard les a tous effacés :

Mais avez-vous pensé que Mariamne oublie

Cet ordre d’un époux donné contre sa vie ?

Vous, qu’elle craint toujours, ne la craignez-^ous plus ?

Ses vœux, ses sentiments, vous sont-ils inconnus ?

Qui préviendra jamais, par des avis utiles,

De son cœur outragé les vengeances faciles ?

Quels yeux intéressés à veiller sur \os jours

Pourront de ses complots démêler les détours ?

Son courroux aura-t-il quehjue frein (jui l’arrête ?

El pensez-vous eniin que, lorsque votre tête

Sera par vos soins même exposée à ses coups,

L’amour qui vous séduit lui parlera pour vous ?

Quoi donc ! tant de mépris, cette horreur inhumaine…

HÉ ROUE.

Ah ! laissez-moi douter un moment de sa haine ! Laissez-moi me flatter de regagner son cœur ; Ne me détrompez point, respectez mon erreur. Je veux croire et je crois que votre haine altière Entre la reine et moi mettait une barrière ; Que par vos cruautés son cœur s’est endurci ; Et que sans vous eniin j’eusse été moins haï.

s \ LOME.

Si vous |)()uviez sa\()ir, si ^oiis pomicz conq)rendre A quel point…

lit ; U ODE.

Non, ma sœur, je ne veux rien entendre. Mariamne à son gré peut menacer mes jours. Ils me sont odieux ; qu’elle en tranche le cours, Je périrai du moins d’une main ([iii m’est chère. ACTK m. SCKM- V. ^99

s AI. ME.

Mil c’est li’op rcparj^iH’i', \ous tromper, et me taire. Je inexpose à me perdre et cherche à vous ser\ir : Et je \ais ^’o^ls parler, diissioz-^ous m’en punir. i* ; |)()ii\ iiiInrliiiK’ (in’iiii \il aiiioiir surmonte ! < ; () ! niaissez Mariaiiine, et \()\e/ ^()tre honte : < ; ’est peu (h’s fiers dédains dont son cœur est armé, C’est peu de vous liaïr : un autre en est aimé.

llKIiODE.

In autre en est aimé ! Pou\ez-vous hien, iiariiare, Soupçonner devant moi la vertu la plus rare ? Ma sœur, c’est donc ainsi que vous m’assassinez ! Laissez-^ous pour adieux ces traits empoisonnés, Ces flamheaux de discorde, et la honte et la rage, Oui de mon cœur jaloux sont l’horrible partage ? Mariamne… Mais non, je ne veux rien savoir : Vos conseils sur mon ame ont eu trop de pouvoir. Je vous ai longtemps crue, et les cieux m’en punissent. Mon sort était d’aimer des cœurs qui me haïssent. Oui. c’est moi seul ici que aous persécutez.

SALOME.

Kh hien donc ! loin de vous…

HÉRODE.

Non, madame, arrêtez. Un autre en est aimé ! montrez-moi donc, cruelle, Le sang que doit verser ma vengeance nouvelle ; Poursuivez votre ouvrage, achevez mon malheur.

s A LOME.

Puisque vous le voulez…

HÉnODE.

Frappe, voilà mon coMir. Dis-moi qui nra trahi ; mais, quoi qu’il en puisse être. Songe que cette main’ t’en punira peut-être. Oui, je te punirai de m’ôter mon erreur. Parle à ce prix.

SALOME.

N’importe,

HÉRODE.

Eh l)ien !

SALOME.

C’est… 200 MARIAMNE.

SCÈNE VJ.

HÉRODE, SALOME, MAZAEL.

MAZAEL.

Ah ! seigneur \ enez, ne souffrez pas que ce crime s’achève : Votre épouse vous fuit ; Sohême vous l’enlève,

HÉRODE.

Marlamne ! Sohême ! où suis-je ? justes cieux !

MAZAEL.

Sa mère, ses enfants, quittaient déjà ces lieux. Sohême a préparé cette indigne retraite ; Il a près de ces murs une escorte secrète : Mariamne l’attend pour sortir du palais ; Et vous allez, seigneur, la perdre |)our jamais.

HÉRODE.

Ah ! le charme est rompu ; le jour enfin m’éclaire. Venez ; à son courroux connaissez votre frère : Surprenons l’infidèle ; et vous allez juger S’il est encore Hérode, et s’il sait se venger.

FIN DU TROISIK-ME ACTE. ACTE QUATRIEME.

SCENE I.

SALO.MK. MAZAEL.

MAZAEL.

Quoi : lorsque sans retour Mariamne est perdue,

Quand la faveur d’Hérode à vos vœux est rendue,

Dans ces sombres chagrins qui peut donc vous plonger’

Madame, en se vengeant, le roi va vous venger :

Sa fureur est au comble, et moi-même je n’ose

Regarder sans effroi les malheurs que je cause.

Vous avez vu tantôt ce spectacle inhumain ;

Ces esclaves tremblants égorgés de sa main ;

Près de leurs corps sanglants la reine évanouie ;

Le roi, le bras levé, prêt à trancher sa vie :

Ses fils baignés de pleurs, embrassant ses genoux.

Et présentant leur tête au-devant de ses coups.

Que vouliez-vous de plus ? que craignez-vous encore ?

SALOME.

Je crains le roi : je crains ces charmes quil adore, Ce bras prompt à punir, prompt à se désarmer. Cette colère enfin facile à s’enflammer. Mais qui, toujours douteuse et toujours aveuglée. En ses transports soudains s’est peut-être exhalée. Quel fruit me revient-il de ses emportements ? Sohéme a-t-il pour moi de plus doux sentiments ? Il me hait encor plus ; et mon malheureux frère. Forcé de se venger d’une épouse adultère. Semble me reprocher sa honte et son malheur. Il voudrait pardonner ; dans le fond de son cœur Il gémit en secret de perdre ce qu’il aime ; 11 voudrait, s’il se peut, ne punir que moi-même : Mon funeste triomphe est encore incertain. J’ai deux fois en un jour vu changer mon destin ; Deux fois j’ai vu l’amour succéder à la haine ; Et nous sommes perdus s’il voit encor la reine. iOl MA RI AM NE.

SCÈNE 11.

ilÉRODE, SALOME. MAZAEL, gardes.

MAZAEL.

Il vient : de quelle liorreiir il paraît agité !

SALOME.

Seigneur, votre vengeance est-elle en sùrelc ?

MAZAEL.

Me préserve le ciel (jue ma voix téméraire,

D’un roi clément et sage irritant la colère.

Ose se faire entendre entre la reine et lui !

Mais, seigneur, contre vous Sohême est son ai)|)ui.

Non, ne vous vengez point, mais veillez sur vous-même

Hedoutez ses complots et la main de Soliênu’.

HÉRODE.

Ali ! je ne le crains point.

MAZAEL.

Seigneur, n"en doutez pas, De l’adultère au meurtre il n"est sou\ent (jiruu pas.

HÉRODE,

■Que dites-vous ?

MAZAEL,

Sohême, incapable de feindre. Fut de vos ennemis toujours le plus à craindre : Ceux dont il s’assura le coupable secours Ont parlé liautemeid d’attenter à vos jours.

HÉ KO DE.

Mariamne me hait, c’est là son i)lus grand crime. Ma sœur, vous approuvez la fureur (]ui m’anime : Nous ^o\ez mes cbagi’ins, vous en a\ez pitié : Mon cœur n’attend pins rien (fue de xotre amili(. Mêlas ! plein d’une erreiii- hop lalale et trop chère. Je vous sacrifiais au seul soin de lui plaire : Je vous comptais (b’jà parud uh’s euuemis : Je punissais sur aous sa liaine et ses m(’pris. AI) ! j’atteste à \()s \eu\ ma leiuli’esse outragée Ou’a\ard la lin du joui" \()us en serez \eng(e : Je AeiiN surtout, je \eu\, dans ma juste fureur, l.a punir du poinoir (pi’ejlc a\ail sur mon co’iir. ACTK IV. SCi-Ni : II. 203

Ih’lasl jamais ce co’iii- n<’ l)nila (juc [xHir elle ;

Jaimai, je détestai, jadorai l’infidèle.

Kt toi, Soliêine, et toi, ne crois pas m’échapperl

Avant Je coup mortel dont je dois te frapper,

\a, je te punirai dans un autre toi-même :

Tu verras cet objet qui m’abhorre et cjui t’aime,

Ot objet à mon cœur jadis si précieux.

Dans l’horreur des tourments expirant à tes yeux :

Oue sur toi, sous mes coups, tout son sang rejaillisse !

Tu l’aimes, il suffit, sa mort est ton supplice.

MAZ AEL.

Ménagez, croyez-moi, des moments i)réi’ieiix ; Et, tandis que Sohême est absent de ces lieux, (Jue par lui. loin des murs, sa garde est dispersée, Saisissez, achetez une \ engeance aisée.

SALOME.

Mais au peuple surtout cachez votre douleur. D’un spectacle funeste épargnez-vous l’horreur ; Loin de ces tristes lieux, témoins de votre outrage, Fuyez de tant d’afTronts la douloureuse image.

HÉRODE.

Je vois quel est son crime et quel fut son projet. Je vois pour qui Soliéme ainsi vous outrageait.

SALOME.

Laissez mes intérêts ; songez à votre offense.

HÉRODE.

Klle avait jusqu’ici vécu dans l’innocence ; Je ne lui reprocliais que ses emportements, dette audace opposée à tous mes sentiments. Ses mépris pour ma race, et ses altiers murmures. Du sang asmonéen j’essuyai trop d’injures. Mais a-t-elle en effet voulu mon déshonneur ?

SALOME.

Écartez cette id(’e : oui)liez-la, seigneur ; ( ".aimez-vous,

HÉRODE.

Aon ; je veux la voir et la confondre : Je veux l’entendre ici, la forcer à répondre : Ou’elle tremlde en voyant l’appareil du trépas ; (Ju’elle demande grâce, et ne ro])tienne pas.

SALOME.

<)uoi ! seigneur, vous voulez vous montrer à sa

HERODE.

Ah ! ne redoutez rien, sa perte est résolue :

Vainement l’infidèle espère en mon amour,

Mon cœur à la clémence est fermé sans retour ;

Loin de craindre ces yeux qui m’avaient trop su plaire.

Je sens que sa présence aigrira nui colère.

Gardes, que dans ces lieux on la fasse venir.

Je ne veux que la voir, l’entendre, et la punir.

Ma sœur, pour un moment souffrez que je respire.

Ou’on appelle la reine ; et vous, qu’on se retire.

SCÈNE III.

HÉRODE.

Tu veux la voir, Hérode ; à quoi te résous-tu ? Conçois-tu les desseins de ton cœur éperdu ? Quoi ! son crime à tes yeux n’est-il pas manifeste ? N’es-tu pas outragé ? que t’importe le reste ? Quel fruit espères-tu de ce triste entretien ? Ton cœur peut-il douter des sentiments du sien ? Hélas ! tu sais assez combien elle t’ablioi’i-c. Tu prétends te venger ! pourquoi ^it-elle encore ? Tu veux la voir ! ah ! lâche, indigne de régner, Va soupirer ])i"ès d’elle, et cours lui pardonner. Va voir cette beauté si longtemps adorée. Non, elle périra ; non, sa mort est jurée. Vous serez répandu, sang de mes ennemis. Sang des Asmonéens dans ses veines Iransnùs, Sang qui me haïssez, et que mon cœur déteste. Mais la voici : grand Dieu ! quel s])ecfacle funeste !

SCÈNE IV.

MAKIAMM- : . lIKKODi : . KLISK. uabues.

M.ISK.

licpi’cncz \os esprits, iiiadanic, c’csl le roi.

M \ii I \\i \ ! ■ : . Où suis-jc ? où \ais-j(’ ? ô Dieu ! je nie niciirs ! je le \oi.

IIKUODK.

D’où \ienl (pi’à son aspect mes enli’aillcs iVf’niissent ? ACTK IV. se KM- : IV. 20 : i

M AHI AMNK.

Elise, soiilioii.s-inoi, mes forces s’airaibli.sscut.

ÉLISE.

\vanrons.

M VCIAMNE.

OlK’l touniK’iit !

lIÉnODE.

Que lui (lirai-je ? ù cicux !

MARIAMNE.

Pourquoi nvordonnez-vous de paraître à vos yeux ? \()ulez-Aous de vos mains m’ùter ce faible reste D’une vie à tous deux également funeste ? Vous le pouvez : frappez, le coup m’en sera doux ; Et c’est l’unique bien que je tiendrai de vous.

HÉRODE.

Oui, je me vengerai, \ous serez satisfaite : Mais parlez, défendez votre indigne retraite. Pour({uoi, lorsque mon cœur si longtemps offensé. Indulgent jiour vous seule, oubliait le passi-. Lorsque vous partagiez mon empire et ma gloire Pourquoi prépariez-vous cette fuite si noire ? Quel dessein, quelle haine a pu vous posséder ?

MARIAM.NE.

Ah ! seigneur, est-ce vous à me le demander ?

Je ne veux point vous faire un reproche inutile :

Mais si, loin de ces lieux, j"ai cherché quelque asile.

Si Mariamne enfin, pour la première fois.

Du pouvoir d’un époux méconnaissant les droits,

A voulu se soustraire à son obéissance,

Songez à tous ces rois dont je tiens la nais.sance,

A mes périls présents, à mes malheurs passés,

Et condamnez ma fuite après, si vous l’osez.

HÉRODE.

Quoi ! lorsqu’avec un traître un fol amour vous lie : Quand Soliême…

MARIAMNE.

Arrêtez : il suffit de ma vie. D’un si cruel alTront cessez de me couvrir : Laissez-moi chez les morts descendre sans rougir. N’oubliez pas du moins qu’attachés l’un à l’autre. L’hymen qui nous unit joint mon honneur au vôtre. \oi\k mon cœur, frappez : mais eu portant vos coups. 20(i : mai{i\mne.

|{(’s|)(’rt(’/ )lai’i ; iiiiii(’, et inriiic son (ponx.

JIK nODK.

Poriulol il vous sied l)ion de [)roiioncer encore Ce nom qui vous condamne et qui me désliotiore ! Vos (•ou])al)les dédains vous accusent assez. Et je crois tout de vous, si vous me haïssez.

MARIAMNE.

Quand vous me condamnez, quand ma inoit csl certaine Que vous importe, hélas ! ma tendresse ou ma luùne ? Et quel tlroit désormais avez-vous sur uu)ii cœur, Vous qui l’avez rempli d’amertume et d’horreur ; Vous qui, depuis cinq ans, insultez à mes lai’mes. Qui marquez sans pitié mes jours par mes alarmes ; Nous, de tous mes parents destructeur odieux ; Vous, teint du sang d’un père expirant à mes yeux ? Cruel ! ah ! si du moins votre fureur jalouse N’eût jamais attenté qu’aux jours de votre épouse, Les cieux me sont témoins que mon cœur tout h vous Vous chérirait encore en nu)urant par vos coups. Mais qu’au moins mon trépas calme votre furie ; N’étendez point mes maux au delà de ma vie : Prenez soin de mes fds, respectez votre sang ; Ne les punissez pas d’être nés dans mon flanc ; Hérode, ayez pour eux des entrailles de père : Peut-être un jour, hélas ! vous connaîtrez leur mère ; Nous plaindrez, mais tro[) tard, ce cœur infoitiiné Que seul dans l’univers vous avez sou|)< ; onné : Ce cœur (fui n’a point su, trop superhe peut-être, Di’guiseï’ ses douleurs et ménager un maître, Mais (|ui justju’au tond)eau conserva sa \ertu, Kt (]iii \ous eut aimé si vous l’aviez voulu.

IIK nODK.

(Mi’ai-je entendu ? (|uel cliarme et (|iiel poinoir suprême Commande à ma colère el m’arrache à moi-uiênie ? AIai-iamiu\..

\l Mil WIN ! ■ ; .

Cruel !…

llKliODi ; .

faiblesse ! ù fureur !

\i \ lii \M\ i : . I>e lï’lat où je suis \ou’z du moins Thorreui’, otez-nioi par |)ilié cette odieuse vie. ACTI- IV. SCJiXK IV. 207

iii’ : i ! (H)i : . Vil ! I : i iiiiciiiic il l ; i vôtre est pour jamais imic. C’en est lait, je me rends : bannissez \()tre elVroi. Puisque vous in’a\ez vu, vous triomphez de moi. A eus n’avez plus besoin d’excuse et de défense ; ^la tendresse pour \ous vous tieid lieu dinnocence. En est-ee assez, ù ciel ! en est-ce assez, amour ? (’/est moi qui \o\\s implore et ([ui treud)le à mon toui’. Serez-voiis aujouidliiii la seule inexorable ? Quand j’ai tout [)ardonné, serai-je encor coupable ? Mariamne, cessons de nous persécuter : Nos cœurs ne sont-ils faits que pour se détester ? Nous faudra-t-il toujours redouter l’un et l’autre ? Finissons à la fois ma douleur et la vôtre. Commençons sur nous-mêmc à régner en ce jour : Rendez-moi votre main, rendez-moi votre amour.

M AIII \MNE.

\ ous demandez ma main ! .Juste ciel que j’implore. Vous savez de quel sang la sienne fume encore !

HÉRODE.

Eh bien ! j’ai fait périr et ton père et mon roi :

,1’ai répandu son sang pour régner avec toi ;

Ta haine en est le prix, ta haine est légitime :

Je n’en murmure point, je connais tout mon crime.

Que dis-je ? son tr(’pas, l’atTront fait à tes fds.

Sont les moindres forfaits que mon cœur ait commis.

Hérode a jusqu’à toi porté sa barbarie :

Durant quelques moments je t’ai même haïe :

J’ai fait plus, ma fureur a pu te soupçonner :

Et l’etTort des vertus est de me pardonner.

D’un trait si généreux ton cœur seul est capable ; .

Plus Hérode à tes yeux doit paraître coupable.

Plus ta grandeur éclate à respecter en moi

Ces nœuds infortunés qui m’unissent à toi.

Tu vois où je m’emporte, et quelle est ma faiblesse ;

(iarde-toi d’abuser du trouble qui me presse.

Cher et cruel objet d’amour et de fureur,

Si du moins la pitié peut entrer dans ton cœur,

Calme l’afl’reux désordre où mon âme s’égare.

Tu détournes les yeux… Mariamne…

MAr.IAMXE.

Ah ! barbare ! 2^8 M AH 1 A. M NE.

Ln juste repentir produit-il vos transports,

Et pourrai-je, en effet, conipter sur vos remords ?

llKItODE.

Oui, tu peux tout sur moi, si j’amollis ta haine.

Flélas ! ma cruauté, ma fureur inliumaine,

(l’est toi qui dans mon cœur as su la rallumer :

Tu m’as rendu ijarbare en cessant de m’aimer ;

Oue ton crime et le mien soient noyés dans m(\s larmes !

Je te jure…

SCÈNE V.

HI^RODE, MARIAMNE, KLISE, un garde.

LE GARDE.

Seigneur, tout le peuple est en armes : Dans le sang des bourreaux il vient de renverseï" L’échafaud que Salome a déjà fait dresser. Au peuple, à vos soldats, Sohême parle en maître : Il marche vers ces lieux, il vient, il va paraître.

HÉRODE.

Quoi ! dans le moment même où je suis à vos pieds. Vous auriez pu, perfide !…

MARIAMNE.

Ah ! seigneur, vous croiriez…

HÉRODE.

Tn veux ma mort ! eh bien ! je vais remplir ta haine : Mais au moins dans ma tombe il faut que je t’entraîne, Et qu’unis malgré toi… Qu’on la garde, soldats.

SCENE VI.

IlKUODli. MA1{1A.MNE, SALOME. .MAZAEL. É E I S E, G A u D i : s.

s M.OM E.

Ail ! mon frère, an\ [{(’brcnx ne vous présente/, ])as.

liC penpie s()iile\( demande \olre \ie ;

Le nom de Mariamne excite lenr liirie :

De vos mains, de ces lieux, ils \ienneiil l’ai^racliei’. ACTK IV, SCENE VI. 209

II K II ODE.

Allons ; ils me vcrroiil, et jo cours les cheirlicr. De riiorreur où je suis tu répondras, cruelle : Ne rahaudoiinoz pas, ma sœur, veillez sur elle.

M AI ! I \\I NK.

Je ne crains point la mort : mais j’ ; itteste les cieiix…

MAZAEL.

Seigneur, a os ennemis sont déjà sous vos yeux.

lIKKODf : .

Courons… Mais quoil laisser la coupable impunie : Ah ! je veux dans son sang laver sa perfidie ; Je veux, j’ordonne… Hélas ! Dans mon funeste sort. Je ne puis rien résoudre, et vais chercher la mort.

FIN DU nUATRIKME ACTE.

Théâtre. I. 14 ACTE CINQUIÈME.

SCENE I.

MARIAM^E, ÉLISE, gardes.

MAIUAMXE.

Éloignoz-vous, soldats ; daignez laisser du moins Votre reine un moment respirer sans témoins,

(Les gardes se retirent au coin du théâtre.)

Voilà donc, juste Dieu, quelle est ma destinée ! La splendeur de mon sang, la pourpre où je suis née, Enfin ce qui semblait promettre à mes beaux jours D’un bonbeur assuré l’inaltérable cours ; Tout cela n’a donc fait que verser sur ma vie Le funeste poison dont elle fut remplie ! naissance ! ô jeunesse ! et toi, triste beauté, Dont l’éclat dangereux enfla ma vanité, Flatteuse illusion dont je fus occupée, Vaine ombre de bonbeur, que vous m’a\e/ tromjiée ! Sur ce trône coupable un éternel ennui M’a creusé le tombeau que l’on ui’ouvre aiij ;) : ir,l"bui. Dans les eaux du.Jourdain j’ai vu périr mon frère ; Mon épouv à mes yeux a massacrémon père ; Par ce cruel époux condamnée à périr, Ma vertu me restait, on ose la flétrir. (Irand Dieu ! dont les rigueurs éprouvent l’innocence, .le ne demande point ton aide ou ta vengeance ; .l"a|)pris de mes aïeux, ([ue je sais imiter, \ voir la mort sans crainte et sans la nu’riler ; .le t’oiïre tout mon sang : défends au moins ma gloire ; Commande à mes tyrans d’épargner ma mémoire ; One le mensonge impur n’ose plus m’outrager. Honorer la verhi, c’est assez la venger. M.iis (\\ir\ luniiillc affreux ! quels cris ! (|iielles alarmes ! Ce palais rctentil du hniil conrus des armes. ACTE \, SCÈM- : II. %\n

Hélas ! j’en suis la caiisf, et l"uii pci’it poiii’ moi. On cwïowro la ])()rtf’. Ali ! ([ifcst-cc <[iio je voi ?

SCÈNE II.

.MAKIAMXK. SOIIK.ME. ÉLISE. A.M.MOX. solo.vts d’héuode,

SOLDATS DE SOIlÈ.ME. BOHÊME.

Fnyoz, vils oiinomis qui gardez votre reine ! Làrlies, disparaissez ! Soldats, ({u’on les eiicliaine.

I Les gardes et les soldats d’Hérode s’ea vont.)

Venez, reine, venez, secondez nos efforts : Suivez mes pas, marchons dans la foule des morts. A vos persécuteurs vous n’êtes plus livrée : Ils n’ont pu de ces lieux me défendre l’entrée. Dans son perfide sang- Mazaël est plongé, Et du moins à demi mon liras vous a vengé. D’un instant précieux saisissez l’avantage ; Mettez ce front auguste à l’abri de l’orage : Avançons.

MAP.IAMXE.

Non, Soliême, il ne m’est plus permis D’accepter vos bontés contre mes ennemis, Après l’affront cruel et la tache trop noire Dont les soupçons d’Hérode ont offensé ma gloire : Je les mériterais, si je pouvais souffrir Cet appui dangereux que vous venez in’offrir. Je crains votre secours, et non sa barbarie. n est honteux pour moi de vous devoir la vie : L’honneur m’en fait un crime, il le faut expier ; Et j’attends le trépas pour me justifier,

SOHÈME.

Que faites-vous, hélas ! malheureuse princesse ?

Un moment peut vous perdre. On combat ; le temps presse :

Craignez encore Hérode armé du désespoir.

MARIAMNE.

Je ne crains ([iie la honte, et je sais mon devoir.

SOHÈME.

Faut-il qu’en vous servant toujours je vous offense ? Je vais donc, malgré vous, servir votre vengeance : ■)\i MARIAMNE.

Je cours h ce tyran f[u"eii Aaiii vous respectez ; Je revole au combat ; et mon bras…

MARIAMNE.

Arrêtez : Je déteste un triomphe à mes yeux si coupable : Seigneur, le sang- d’Ilérode est pour moi respectable. C’est lui de qui les droits…

SOHÈME.

L’ingrat les a perdus.

MARIAMNE.

Par les nœuds les plus saints…

SOHÊME.

Tous vos nœuds sont~romi)us.

MARIAMNE.

Le devoir nous unit.

SOHÈME.

Le crime vous sépare. N’arrêtez plus mes pas ; vengez-^ous d’un barl)are : Sauvez tant de vertus…

MAHIAMNE.

Vous les déshonorez.

SOHÈME.

11 va trancher vos jours.

MARIAMNE.

Les siens me sont sacrés,

SOHÈME.

Il a souillé sa main du sang de votre père.

MARIAMNE.

Je sais ce qu’il a lait, et ce que je dois l’aire ; De sa fureur ici j’attends les derniers traits, El ne prends point de lui l’exemple des lorlaits.

soiiÈMi : . courage ! ù constance ! ô coMir iiK’braidable ! Dieu ! que tant de vertu rend Ilérode coupai)le ! Plus vous me commandez de ne pdint \<his servir. Et ])liis je vous promets de vous désobéir. Notre lionncur s’en olTense, et le mien me rordoiine ; il n’est rien qui m’arrête, il n’est rien (|iii m’étonne ; Et je cours réparer, en chercbant votre époux, (le tem|)s que j’ai perdu sans combattre pour vous.

M Mil WINE.

Seigneur… ACTK V, SCiiNE IV.’ i\ : i

SCÈNE m.

MARlA.MMî, ÉLISE, gabdes.

MARIAMXE.

Mais il lut’chappo, il no veut point m’entcMidrc. Ciel ! ô ciel ! épargnez le sang qu’on va répandre ! Epargnez mes sujets ; épuisez tout sur moi 1 Sauvez le roi lui-même 1

SCÈNE IV.

MARIA.^IXE. ÉLISE. NARBAS, gardes.

MAIUAMNE.

Ah ! Nar])as, est-ce toi ? Qu’as-tu lait de mes lils, et que devient ma mère ?

XARBAS.

Le roi n"a point sur eux étendu sa colère : Inique et triste objet de ses transports jaloux, Dans ces extrémités ne craignez que pour vous. Le seul nom de Solième augmente sa furie ; Si Soliême est vaincu, c’est l’ait de votre vie : Déjà même, déjà le barbare Zarès A marché vers ces lieux, chargé d’ordres secrets. Osez paraître, osez vous secourir vous-même : Jetez-vous dans les bras d’un peuple qui vous aime : Faites voir Mariamne à ce peuple a])attu ; Vos regards lui rendront son antique vertu. Appelons à grands cris nos Hébreux et nos prêtres, Tout Juda défendra le pur sang de ses maîtres ; Madame, avec courage il faut vaincre ou périr. Daignez…

MAUIAMXE.

Le vrai courage est de savoir souffrir, Non d’aller exciter une foule rebelle A lever sur son prince une main criminelle. Je rougirais de moi si, craignant mon malheur. Quelques vœux pour sa mort avaient surpris mon cœur ; Si j’avais un moment souhaité ma vengeance. Et fondé sur sa perte un reste d’espérance. 214 mariamm : .

Narbas, on ce moment le ciel met dans mon sein

Un désespoir plus noble, nn plus digne dessein.

Le roi, qui me soupçonne, enfin va me connaître.

Au milieu du combat on me verra paraître :

De Sohême et du roi j’arrêterai les coups ;

Je remettrai ma tête aux mains de mon époux.

Je fuyais ce matin sa vengeance cruelle ;

Ses crimes m’exilaient, son danger me rappelle.

Ma gloire me l’ordonne, et, prompte à l’écouter,

Je vais sauver au roi le jour qu’il veut m’ôter.

NARRAS,

Ilélas ! où courez-vous ? dans quel désordre extrême ? .

MARIAMNE.

Je suis perdue, hélas ! c’est Hérode lui-même.

SCENE Y.

HÉRODE, MARIAMNE, ÉLISE, NARBAS.

IDAMAS, GARDES. HÉRODE.

Ils se sont vus : ah Dieu !… Perfide, tu mourras.

MARIAMNE.

Pour la dernière fois, seigneur, ne soutirez pas…

HÉRODE.

Sortez… Vous, qu’on la suive.

NARRAS.

justice éternelle !

SCENE M.

HÉRODE. IDAMAS. (jardes.

HÉRODE.

Que je n’entende plus le nom de l’inlidèle.

Eli bien ! braves soldats, n’ai-je plus d’eniicniisv

IDAMAS.

Seigneur, ils soiil (h’-faits ; les ll(’[)reii\ sdiii soumis Soliênie tout sanglant \()iis laisse la vicloire : (le jour \()iis a coiiihh’ (Tune iioii\elle gloii’e. ACTE V, SCENE VU. 2I3

IlÉnODE.

Quelle gloire !

IDAMAS.

Elle est triste ; et tant de sang versé, Seigneur, doit satisiaire à votre lionncur blessé, Sohême a de la reine attesté l’innocence.

HKF50DE.

De la coupaljle enfin je vais prendre vengeance. Je perds l’indigne ol)jet que je n’ai pu gagner. Et de ce seul moment je commence à régner. J’étais trop aveuglé ; ma fatale tendresse Était ma seule tache et ma seule faiblesse. Laissons mourir l’ingrate ; oublions ses attraits ; Que son nom dans ces lieux s’efface pour jamais : Que dans mon cœur surtout sa mémoire périsse. Enfin tout est-il prêt pour ce juste supplice ?

IDAMAS.

Oui, seigneur.

HÉRODE.

Quoi ! sitôt on a pu m’obéir ? Infortuné monanpie ! elle va donc périr ! Tout est prêt, Idamas ?

IDAMAS.

Vos gardes l’ont saisie ; Votre vengeance, hélas ! sera trop bien servie.

HÉRODE.

Elle a voulu sa perte ; elle a su m’y forcer. Que l’on me venge. Allons, il n’y faut plus penser. Hélas ! j’aurais voulu livre et mourir pour elle. A quoi m’as-tu réduit, épouse criminelle ?

SCENE YII.

HÉRODE, IDAMAS, NARBAS.

HÉRODE.

Narbas, où courez-vous ? juste ciel ! vous pleurez ! De crainte, en le voyant, mes sens sont pénétrés.

XARBAS,

Seigneur… 216 MARIAMNE.

HÉHODE.

Ml ! malheureux ! que venez-vous me dire ?

NARBAS.

Ma voix eu vous parlant sur mes lèvres expire.

UKUGDE.

Mariamne…

NARBAS.

douleur ! ô regrets superflus !

HÉRODE.

Quoi ! c’en est lait ?

NARBAS.

Seigneur, Mariamne n’est plus.

HÉRODE.

Elle n’est plus ? grand Dieu !

NARBAS.

Je dois à sa mémoire, A sa vertu trahie, à vous, à votre gloire, De vous montrer le hien que vous avez perdu, Et le prix de ce sang par vos mains répandu. Non, seigneur, non, son cœur n’était point infidèle. Hélas ! lorsque Soliôme a comhattu pour elle. Votre épouse, à mes yeux détestant son secours. Volait pour vous défendre au péril de ses jours,

HÉRODE.

Qu’entends-je ? ah ! malheureux ! ah ! désespoir extrême ! Narhas, que m’as-tu dit ?

NARBAS.

C’est dans ce moment même Où son cœur se faisait ce généreux effort. Que vos ordres cruels l’ont conduite à la mort. Salome avait pressé l’instant de son supplice.

HÉItODK.

monstre, (|u"à l’egret épai’gna ma justice ! Monstre, quels châtiments sont pour toi réservés ? Que ton sang, que le mien… Ah ! Narhas, achevez. Achevez mon trépas par ce récit funeste.

\ MM ! \S.

Comment |)ourrai-jc, hélas ! \ous apprendre le reste ? Vos gardes de ces lieux ont osé l’arracher. Elle a siii\i leurs pas sans vous rien reprocher. Sans adecter d’orgueil, et sans montrer de crainte ; La douce majesté sur son front ét ; iil peinte ; ACTE V, SCENI- VU. ilT

La niodosto innocence et l" ; unial)le pudeur

Régnaient dans ses beaux yeux ainsi (jue dans sou ca’ur :

Son niallieiir ajoutait à l’éclat de ses charmes.

Nos prêtres, nos llf’hreux. dans les cris, dans les larmes.

Conjuraient vos soldats, le\aient les mains vers eux,

El demandaient la mort avec des cris ailVeux.

Hélas ! de tous c(Més, dans ce désordre extrême.

En pleurant Mariamne, on vous i)laignait vous-même :

On disait hautement qu’un arrêt si cruel

Accablerait vos jours d’un remords (’ternel.

H K RODE.

(Ii’and Dieu ! ([ue clia([ue mot me ijoi’tc un coup terrible !

\ VI’.B AS.

Aux larmes des Hébreux Mariamne sensible Consolait tout ce peuple en marchant au trépas : Enfin vers l’échafaud on a conduit ses pas ; C’est là qu’en soulevant ses mains appesanties, Du poids aflreux des fers indignement llétries : « Cruel, a-t-elle dit, et malheureux époux ! —Mariamne en mourant ne pleure que sur vous ; Puissiez-vous par ma mort finir vos injustices ! Vivez, régnez heureux sous de meilleurs auspices ; Voyez d’un œil plus doux mes peuples et mes fils ; Aimez-les : je mourrai trop contente à ce prix. » En achevant ces mots, votre épouse innocente Tend au fer des bourreaux cette tête charmante Dont la terre admirait les modestes appas. Seigneur, j’ai vu lever le parricide bras ; J’ai vu tomber…

HÉRODE.

Tu meurs, et je respire encore ! Mânes sacrés, chère ombre, épouse que j’adore, Reste pâle et sanglant de l’objet le plus beau, Je te suivrai du moins dans la nuit du tombeau. Quoi ! vous me retenez ? quoi ! citoyens perfides. Vous arrachez ce fer à mes mains parricides ? Ma chère Mariamne, arme-toi, punis-moi ; Viens déchirer ce cœur qui brûle encor pour toi. Je me meurs.

(Il tombe dansuQ fauteuil.) XARBAS.

De ses sens il a perdu l’usage ;

  • 2 ! S MARIAMNE.

Il siiccoml)o à ses maux.

IIÉKODE.

Quel funeste nuage S’est répandu soudain sur mes esprits troublés ! D’un sombre et noir cliagrin mes sens sont accablés. D’où vient qu’on m’al)andonne au trouble qui me gêne ? Je ne vois point ma sœur, je ne vois point la reine : Vous pleurez ! vous n’osez vous approcher de moi ! Triste Jérusalem, tu fuis devant ton roi ! Qu’ai-je donc fait ? pourquoi suis-je en liorreur au monde ? Qui me délivrera de ma douleur profonde ? Par qui ce long tourment sera-t-il adouci ? Qu’on cherche Mariamne, et qu’on l’amène ici.

NARBAS.

Mariamne, seigneur !

HÉUODE.

Oui, je sens que sa vue Va rendre un calme lieureux à mon âme éperdue ; Toujours devant ses yeux, que j’aime et que je crains. Mon cœur est moins troublé, mes jours sont plus sereins : Déjà même à son nom mes douleurs s’affaiblissent ; Déjà de mon chagrin les ombres s’éclaircissent ; Qu’elle vienne.

.X An BAS.

Seigneur…

HÉRODE.

Je veux la voir.

NARBAS.

Hélas ! Avez-vous pu, seigneur, oublier son trépas ?

HÉRODE.

Cruel ! que dites-vous ?

NARBAS.

La douleur le transporte ; il ne se connaîl ])lus.

IlKltODE.

Quoi ! Mariamne est morte ? Ah ! funeste raison, |)onr(|uoi m’éclaircs-lu ? Jour triste, jour allVciix, |)oiir(|iioi ures- ! u i-cndii ? Lieiiv teints « le ce beau sang (pie l’on Aient « le iv’pandre. Murs que j’ai rele\(’s, palais, tombe/ en (•cndre : Cachez sous les (h’hris de nos superbes tours AcTi- V. s( : i : m- : vu. 219

La |)laco où Ahiriaiiiiic a \u Iraiiclici" ses jours. Quoi ! Mariaimio est iiioi’te, ot j’en suis llioiiiiciflo ! Punissez, (lécliirez un monstre parricide. Armez-vous contre moi, sujets (]ui la perdez ; Tonnez, écrasez-moi, cieux qui la possf’dezl

FIN DE MAPiIAMNE. VARIANTES^

DE LA TRAGÉDIE DE MARIAMNE.

Page 170, ligne 8. — Dans les éditions de 1725 à 1737, ce personnage est appelé Narbal. Dans la version oiî Varus remi)]ace Sohème. c’est Albin qui remplace Animon.

Page 190, vers P^ :

Oui, seigneur, en ces lieux l’heureux Hérode arrive ; Les Hébreux pour le voir ont vole sur la rive. Salome, qui craignait de perdre son crédit, Par ses conseils flatteurs assiège son esprit.

{Éditions de 172j-17ô7.)

l>age 191 :

SCÈNES m ET IV DU IIP ACTE

TELLES qu’elles ONT ÉTÉ JOUÉES A LA PRKMIKRK R B P R K S E N T AT l O N (1724).

SCÈNE III.

VARUS, IIKRODE, MAZAEL, suite.

HF, IIODK.

Avant que sur mon front je motte la couronne. Que m’ota la fortune et que César me donne. Je viens en rendre liommage au héros dont la voix De Uome en ma faveur a fait pencher le clioix. De vos lettres, seigneur, les heureux témoignages D’Auguste et du sénat m’ont gagné les suffrages ; Kt pour premier tribut, j’apporte à vos genoux Un sceptre que ma main n’eût point [)orté sans vous. Je vous dois encor plus : vos soins, votre présence, De mon peuple indocile ont dompté l’insolence ; Vos succès m’ont appris l’art de le gouverner ; l’ ; t m’instruire était plus rpie de me couronner.

1. On trouvera ci-après, page 227, les chariKOiiiciits occasionnés par la substitution ilu rMe Je Sohêmo à celui de Varus. (B.) VAinA.NTKS 1)1- : .M A lu A. M XK. til

Sur vos deniiors bienfaits excusiez mon siloiice ; Je sais ce qu’on cos lieux a fait votre prudence ; Kt, trop plein de mon trouble et do mon repentir, Je ne puis à vos yeux que me taire et soutTrir.

VARLS.

Puisqu’aux yeux du sénat vous avez trouvé grâce, Sur le trône aujourd’hui reprenez votre place. Régnez : César le veut. Je remets en vos mains L’autorité qu’aux rois permettent les Ilomains. J’ose espérer de vous qu’un règne lieureux et juste Justifiera mes soins et les bontés d’Auguste ; Je ne me flatte pas de savoir enseigner A des rois tels que vous le grand art de régner. On vous a vu longtemps, dans la paix, dans la guerre, En donner des leçons au reste de la terre : Votre gloire en un mot ne peut aller plus loin ; Mais il est des vertus dont vous avez besoin. Voici le temps surtout que sur ce qui vous touche Ldustère vérité doit passer par ma bouche ; D’autant plus qu’entouré de flatteurs assidus. Puisque vous êtes roi, vous ne l’entendrez plus. On vous a vu longtemps, respecté dans l’Asie, Régner avec éclat, mais avec barbarie : Craint do tous vos sujets ; admiré, mais haï ; Et par vos flatteurs mémo à regret obéi. Jaloux d’une grandeur avec peine achetée, Du sang de vos parents vous l’avez cimentée. Je ne dis rien de plus : mais vous devez songer Qu’il est des attentats que César peut venger ; Qu’il n’a point en vos mains mis son pouvoir suprême Pour régner en tyran sur un peuple qu’il aime ; Et que, du haut du trône, un prince en ses États Est comptable aux Romains du moindre de ses pas. Croyez-moi : la Judée est lasse de supplices ; Vous en fûtes l’effroi ; soyez-en les délices. Vous connaissez le peuple : on le change on un jour ; 11 prodigue aisément sa haine et son amour : Si la rigueur laigrit, la clémence l’attire. Enfin souvenez-vous, en reprenant l’empire. Que Home à l’esclavage a pu vous destiner. Et du moins apprenez de Rome à pardonner.

H ÉRODE.

Oui, seigneur, il est vrai que les destins sévères M’ont souvent arraché des rigueurs nécessaires. Souvent, vous le savez, l’intérêt des États Dédaigne la justice et veut des attentats. Rome, que l’univers avec frayeur contemple, Rome, dont vous voulez que je suive l’exemple, Aux rois qu’elle gouverne a pris soin d’enseigner Comme il faut qu’on la craigne, et comme il faut régner. De ses proscriptions nous gardons la mémoire : César même. César au comble de la gloire, N’eût point vu l’univers à ses pieds prosterné, Si sa bonté facile eût toujours pardonné. nt VARIANTES DH MARIAMNE.

Ce peuple de rivaux, d’ennomis, et de traîtres, No pouvait.,.

V A n L s. Arrùtez, et respectez vos maîtres : Ne leur reprochez point ce qu’ils ont réparé : Et, du sceptre aujourd’hui par leurs mains honore. Sans rechercher en eux cet exemple funeste, Imitez leurs vertus, oubliez tout le reste. Sur votre trône assis, ne vous souvenez plus Que des biens que sur vous leurs mains ont répandus. Gouvernez en bon roi, si vous voulez leur plaire. Commencez par chasser ce flatteur mercenaire Qui, du masque imposant d’une feinte bonté. Cache un cœur ténébreux par le crime infecté. C’est lui qui, le premier, écarta de son maître Des cœurs infortunés, qui vous cherchaient peut-être. Le pouvoir odieux dont il est revêtu A fait fuir devant vous la timide vertu. Il marche, accompagné do délateurs perfides, Qui, des tristes Hébreux inquisiteurs avides. Par cent rapports honteux, par cent détours abjects, Trafiquent avec lui du sang de vos sujets. (Cessez ; n’honorez plus leurs bouches criminelles D’un prix que vous devez à dos sujets fidèles. De tous ces délateurs le secours tant vanté Fait la honte du trône, et non la sûreté. Pour Salome, seigneur, vous devez la connaître : Et si vous aimez tant à gouverner on maître, Confiez à des cœurs plus fidèles pour vous Ce pouvoir souverain dont vous êtes jaloux. Après cela, seigneur, je n’ai rien à vous dire ; Reprenez désormais les rênes de l’empire ; De Tyr à Samarie allez donner la loi : Je vous parle en Romain, songez à vivre en roi.

SCÈNE IV.

HÉ RODE, MAZAEL.

M « V Z A E I..

Vous avez entendu ce superbe langage.

Seigneur ; soufTrirez-vous qu’un préteur vous outrage,

Et que dans votre cour il ose impunément..

HÉRODE, à s.l suito.

Sortez, et qu’en ces lieux on nous laisse ; un moment.

(A Mazaël.) Tu vois ce qu’il m’en coûte, et sans doute on peut croire Que le joug des Romains offense assez ma gloire ; Mais je règne à ce prix. Leur orgueil fastueux Se plaît à voir les rois s’abaisser devant eux. Leurs dédaigneuses mains jamais ne nous couronnent Que pour mieux avilir les sceptres qu’ils nous donnent, VAIUANTKS l)i ; MA H I A. M m : . 223

Pour avoir dos sujets qu’ils nnuimnnt souverains, Et sur des fronts saci’és signaler leurs dédains. Il m’a fallu dans Rome, avec ignominie, Oublier cet éclat tant vanté dans l’Asie : —Tel qu’un vil courtisan, dans la foule jeté, J’allais des affranchis caresser la fierté ; J’attendais leurs moments, je briguais leurs suffrages ; Tandis qu’accoutumés à de paroils hommages. Au milieu de vingt rois à leur cour assidus, A peine ils remarquaient un monarque de plus.

Je vis César enfin : je sus que sou courage Méprisait tous ces rois qui briguaient l’esclavage. Je changeai ma conduite : une noble fierté De mon rang avec lui soutint la dignité. Je fus grand sans audace, et soumis sans bassesse ; César m’en estima ; j’en acquis sa tendresse ; Et bientôt, dans sa cour appelé par son choix. Je marchai distingué dans la foule di’s rois. Ainsi, selon les temps, il faut qu’avec souplesse Mon courage docile ou s’élève ou s’abaisse. Je sais dissimuler, me venger et souffrir ; Tantôt parler eu maître, et tantôt obéir. Ainsi j’ai subjugué Solime et l’Idumée, Ainsi j’ai fléchi Rome à ma perte animée ; Et toujours enchaînant la fortune à mon char, J’étais ami d’Antoine, et le suis de César. Heureux, après avoir avec tant d’artifice Des destins ennemis corrigé l’injustice, Quand je reviens en maître à l’Hébreu consterné Montrer encor le front que Rome a couronné ! Heureux, si de mon cœur la faiblesse immortelle Ne mêlait à ma gloire une honte éternelle ! Si mon fatal penchant n’aveuglait pas mes yeux ! Si Mariamne enfin n’était point en ces lieux !

MAZAEL.

Quoi ! seigneur, se peut-il que votre âme abusée De ce feu malheureux soit enc^^e embrasée’ ?

HÉRODE.

Que me demandes-tu ? ma main, ma faible main A signé son arrêt, et l’a changé soudain. Je cherche à la punir ; je m’empresse à l’absoudre ; Je lance en même temps et je retiens la foudre ; Je mêle malgré moi son nom dans mes discours. Et tu peux demander si je l’aime toujours !

51 AZAEL.

Seigneur, a-t-elle au moins cherché votre présence’ ?

HÉ B ODE.

Non… j’ai cherché la sienne…

M A ZAEL.

Eh quoi ! son arrogance !… A-t-elle en son palais dédaigné de vous voir ?

HÉKODE.

Mazaël, je l’ai vue ; et c’est mon désespoir, Honteux, plein de regret de ma rigueur cruelle, VARIANTES DK MARIAMNE.

Interdit ot tremblant, j’ai paru devant elle.

Ses regards, il est vrai, n’étaient point enflammes

Du courroux dont souvent je les ai vus armés.

Ces cris déscs])érés, ces mouvements d’horreur

Dont il fallut longtemps essuyer la fureur,

Quand par un coup d’État peut-être trop sévère,

J’eus fait assassiner et son père et son frère.

De ses propres périls son cœur moins agité

M’a surpris aujoui’d'liui par sa tranquillité.

Ses beaux yeux, dont l’éclat n’eut jamais tant de charmes

S’efforçaient devant moi de me cacher leurs larmes.

J’admirais en secret sa modeste douleur :

Qu’on cet état, ô ciel ! elle a touché mon cœur I

Combien je détestais ma fureur homicide !

Je ne le cèle point : plein d’un zèle timide.

Sans rougir, à ses pieds je me suis prosterné :

J’adorais cet objet que j’avais condamné.

Hélas ! mon désespoir la fatiguait encore ;

Elle se détournait d’un époux qu’elle abhorre ;

Ses regards inquiets n’osaient tomber sur moi ;

lit tout, jusqu’à mes pleurs, augmentait son effroi.

MAZAEL.

Sans doute elle vous hait ; sa haine envenimée Jamais par vos bontés ne sera désarmée : Vos respects dangereux nourrissent sa fierté.

H K 11 l) E.

Elle me hait ! Ah dieux ! je l’ai trop mérité ;

Je n’en murmure point : ma jalouse furie

A de malheurs sans nombre empoisonné sa vie.

J’ai dans le sein d’un père enfoncé le couteau.

Je suis son ennemi, son tyran, son bourreau.

Je lui pardonne, hélas ! dans le sort qui l’accable,

De haïr à ce point un époux si coupable.

M AZAE I,.

Étouffez les remords dont vous êtes pressé ; Le sang de ses parents fut justement versé. Les rois sont affranchis de ces règles austères Que le devoir inspire aux àmcs oi’dinaires.

n En ODE. Mariamne me hait ! Cependant autrefois. Quand ce fatal hymen te rangea sous mes lois, O reine ! s’il se peut, que ton cœur s’en souvienne. Ta tendresse en ce temps fut égale à la mienne. .\u milieu des périls, son généreux amour Aux murs de Massada me conserva le jour Mazaél, se peut-il que d’une ardeur si sainte La flamme sans retour soit pour jamais éteinte ? Le cœur de Mariamne est-il fermé pour moi ?

M AZAKI..

Seigneur, m"est-il pi-rniis de parler à mou roi ?

II É K O I) E.

Ne me déguise rien, parle ; que faut-il faire ? \ AlilA\Ti ; S 1)1- ; M A lu A M m : . 22o

0)iiiinent pnis-Je adoucir sa trop juste colère ?

l’ar quel charme, à quel prix puis-je enfin Tapaiscr ?

M A Z A E L.

Pour la flécliir, seigneur, il la faut mépriser :

Des superbes beautés tel est le caractère.

Sa rigueur se nourrit de l’orgueil de vous plaire ;

Sa main, qui vous enchaîne, et que vous caressez,

Appesantit le joug sous qui vous gémissez.

Osez humilier son imprudente audace.

Forcez cette âme altière à vous demander grâce ;

Par un juste dédain songez à l’accabler.

Et que devant son maître elle apprenne à trembler.

Quoi donc ! ignorez-vous tout ce que l’on publie ?

Cet Hérode, dit-on, si vanté dans l’Asie,

Si grand dans ses exploits, si grand dans ses desseins,

Qui sut dompter l’Arabe et fli’cliir les Piomains,

Aux pieds de son épouse, esclave sur son trône,

Reçoit d’elle en tremblant les ordres qu’il nous donne !

HÉRODE.

Malheureux, à mon cœur cesse de retracer

Ce que de tout mon sang je voudrais effacer :

Ne me parle jamais de ces temps déplorables.

Mes rigueurs n’ont été que trop impitoyables.

Je n’ai que trop bien mis mes soins à l’opprimer ;

Le ciel, pour m’en punir, me condamne à l’aimer.

Ses chagrins, sa prison, la perte de son pèr^^.

Les maux que je lui fais, me la rendent plus chère.

Enfin, c’est trop vous craindre et trop vous déchirei’,

Mariamne, en un mot, je veux tout réparer.

Va la trouver : dis-lui que mon âme asservie

Met à ses pieds mon sceptre, et ma gloire, et ma vie.

Des maux qu’elle a soufferts elle accuse ma sœur ;

Je sais qu’elle a pour elle une invincible horreur ;

C’en est assez : ma sœur, aujourd’hui renvojée,

A ses chers intérêts sera sacrifiée.

Je laisse à Mariamne un pouvoir absolu…

MAZAEL.

Quoi ! seigneur, vous voulez…

HÉRODE.

Oui, je l’ai résolu. Va la trouver, te dis-je ; et surtout à sa vue Peins bien le repentir de mon âme éperdue ; Dis-lui que mes remords égalent ma fureur : Va, cours, vole, et reviens…. Juste ciel ! c’est ma sœur.

Paizo 2 lu. vers 9 :

Mes yeux n’ont jamais vu le jour qu’avec douleur : L’instant où je naquis commença mon malheur ; Mon berceau fut couvert du sang de ma patrie ; J"ai vu du peuple saint la gloire anéantie.

Sur ce trône coupable

[Éditions de 17-25-1730.)

Théâtre. L 15 rm VARIANTES DE MAUIA.MNE.

Piigc 218, vers t\ :

H En ODE.

Quoi ! Mariamne est morte ?

Inlidèles Hébreux vous ne la vengez pas !

Cicux qui la possédez, tonnez sur ces ingrats !

Lieux teints de ce beau sang que Ton vient de répandre.

Murs que j’ai relevés, palais, tombez en cendre !

Cachez sous les débris de vos superbes tours

La place où Mariamne a vu trancher ses jours !

Temple, que pour jamais tes voûtes se renversent ;

Que d’Israël détruit les enfants se dispersent ;

Que sans temples, sans rois, errants, pei’sécutés,

Fugitifs en tous lieux, et partout détestés,

Sur leurs fronts égarés portant, dans leur misère,

Des vengeances de Dieu l’effrayant caractère.

Ce peuple aux nations transmette avec terreur,

Et l’horrourde mon nom, et la honte du leur !

{Éditions de 17’2.j-173G.) VARIA^fTES

CONTENANT

LKS CHANGi : M i : XTS OCCASIONMJS l’AU LA S L’ B S T 1 T L T 1 O X DU ROLE DE SOHÈME A C E F. U I DE VA KL s’.

ACTE PREMIER.

SCEXE I.

SA LOME, MAZAKL.

ont pleuré leur erreur.

s A L o M E.

Vous ne vous trompiez point ; Hérode va paraître :

L’indocile Sion va trembler sous son maître.

Il enchaîne à jamais la fortune à son char ;

Le favori d’Antoine est l’ami de César.

Sa politique habile, égale à son courage.

De sa chute imprévue a réparé l’outrage.

Le sénat le couronne.

MAZAEL.

Eh ! que deviendrez-vous I

et tombait à ses pieds.

Il est vrai que dans Rome, éloigné de sa vue,

Sa chaîne de si loin semblait être rompue.

Mais c’en est fait, madame, il rentre en ses États.

Il l’aimait, il verra ses dangereux appas.

Ces yeux toujours puissants, toujours sûrs de lui plaire,

Reprendront malgré vous leur empire ordinaire ;

Et tous ses ennemis, bientôt humiliés,

A ses moindres regards seront sacrifiés.

1. Cet intitulé a été mis par les éditeurs de Kehl. A quelques réclames près qu’il m’a paru nécessaire de rétablir, tout ce qu’on va lire était réimprimé dans l’édition de 1768 in-40, pré- cédé delà phrase que voici : « On a beaucoup regretté de très-beaux vers que M. de Voltaire a supprimés dans les changements qu’il a faits en dernier lieu à sa tragédie de Mariamnc : on a cru devoir les restituer ici, en y joignant les principales variantes. » Cette phrase a été conservée dans l’édition de 1~"5. C’est en 1~62 que Voltaire avait substitué Sohême à Varus. iB.) 228 YAIUAXTRS DK.MARIA. M NE.

Otons- ! ui, croyez-moi, l’intt’-rr’t do nous nuire ; Songeons à la gagner, n’ayant pu la détruire ; Et par de vains respects, par des soins assidus…

s A L O JI E.

Il ( ! st d’autres moyens de ne la craindre plus.

M.VZAEI,.

Quel est donc ce dessein ? Que prétendez-vous dire ?

s A LOME.

Peut-être en ce moment notre ennemie expire,

M AZAEL.

D’un coup si dangereux osez-vous vous charger, Sans que le roi…

s A LOME.

Le roi consent à me venger. Zarès est arrive, Zarès est dans Solime ; Ministre de ma haine, il attend sa victime ; Le lieu, le temps, le bras, tout est choisi par lui : Il vint hier de Rome, et nous venge aujourd’hui.

M A Z A E L.

Quoi ! vous avez enfin gagne cette victoire ?

Quoi’, malgré son amour, Hérodo a pu vous croire ?

Il vous la sacrifie ! Il prend de vous des lois !

s A LOME.

Je puis cncor sur lui bien moins que tu ne crois. Pour an-acher de lui cette lente vengeance, Il m’a fallu choisir le temps de son absence. Tant qu’Hérode en ces lieux demeurait exposé Aux charmes dangereux qui l’ont tyrannise, Mazaël, tu m’as vue, avec inquiétude. Traîner de mon destin la triste incertitude. Quand par mille détours assurant mes succès. De son cœur soupçonneux j’avais trouvé l’accès, Quand je croyais son âme à moi seule rendue, Il voyait Mariamne, et j’étais confondue : Un coup d’œil renversait ma brigue et mes desseins. La reine a vu cent fois mon sort entre ses mains : Et si sa politique avait avec adresse D’un époux amoureux ménagé la tendresse, (^et ordre, cet arrêt prononcé par son roi, Ce coup que je lui porte aurait toml)é sur moi. Mais sju farouche orgueil a servi ma vengeance : J’ai su mettre à profit sa fatale imprudence : Elle a voulu se perdre, et je n’ai fait enfin Que lui lancer les traits qu’a préparés sa main.

Tu te souviens assez de ce temps plein d’alarmes, Lorsqu’un bruit si funeste à l’espoir de nos armes Apprit à l’Orient étonné de son sort Qu’Auguste était vainqueur, et qu’Antoine était mort. Tu suis comme à ce bruit nos peuples se troublèrent ; De l’Orient vaincu les monarques tremblèrent : Mon frère, enveloppé dans ce comnmn malheur. Crut ])erdre sa couronne avec son protecteur. . Il fallut, sans s’armer d’une inutile audace. Au vaimiueur de la terre aller demander grâce. VARIANTES DH MAIUAM.NK. i>2’. »

Happollc en ton esprit ce jour infortuné ;

Songea quel désespoir Hcrodo abandonne

Vit son épouse aitière, abhorrant ses approches,

Détestant ses adieux, l’accablant de reproches.

Redemander encore, en ce moment cruel.

Et le sang de son frère, et le sang paternel.

Hérode auprès de moi vint déplorer sa peine ;

Je saisis cet instant précieux à ma haine ;

Dans son cœur déchiré je repris mon pouvoir ;

J’enflammai son courroux, j’aigris son désespoir ;

J’empoisonnai le trait dont il sentait l’atteinte.

Tu le vis plein de trouble, et d’horreur, et de crainte.

Jurer d’exterminer les restes dangereux

D’un sang toujours trop cher aux perfides Hébreux :

Et, dès ce même instant, sa facile colère

Déshérita les fils et condamna la mère.

Mais sa fureur encor flattait peu mes souhaits ; L’amour qui la causait en repoussait les traits : De ce fatal objet telle était la puissance, Un regard de l’ingrate arrêtait sa vengeance. Je pressai son départ ; il partit, et depuis, Mes lettres chaque jour ont nourri ses ennuis. Ne voyant plus la reine, il vit mieux son outrage : Il eut honte en secret de son peu de courage ; De moment en moment ses yeux se sont ouverts ; J’ai levé le bandeau qui les avait couverts. Zarès. étudiant le moment favorable, A peint à son esprit cette reine implacable, Son crédit, ses amis, ces Juifs séditieux. Du sang asmonéen partisans factieux. J’ai fait plus ; j’ai moi-même armé sa jalousie : Il a craint pour sa gloire, il a craint pour sa vie. Tu sais que dès longtemps, en butte aux trahisons, Son cœur de toutes parts est ouvert aux soupçons : Il croit ce qu’il redoute ; et, dans sa défiance, Il confond quelquefois le crime et l’innocence. Enfin j’ai su fixer son courroux incertain : Il a signé l’arrêt, et j’ai conduit sa main.

M A Z A E L.

Il n’en faut point douter, ce coup est nécessaire :

Mais avez-vous prévu si ce préteur austère

Qui sous les lois dAuguste a remis cet État

Verrait d’un œil tranquille un pareil attentat ?

Varus, vous le savez, est ici votre maître.

En vain le peuple hébreu, prompt à vous reconnaître.

Tremble encor sous le poids de ce trône ébranlé :

Votre pouvoir n’est rien, si Rome n’a parlé.

Avant qu’en ce palais, des mains de Varus même.

Votre frère ait repris l’autorité suprême,

Il ne peut, sans blesser l’orgueil du nom romain.

Dans ses États encore agir en souverain.

Varus souffrira-t-il que l’on ose à sa vue

Immoler une reine en sa garde reçue ?

Je connais les Romains : leur esprit irrité r,iO YAKIANTKS DK M ARIA. M NE.

\engcra lo mépris de leur autorité.

Vous allez sur Hérodo attirer la tenip(te :

Dans leurs superbes mains la foudre est toujours prête ;

Ces vainqueurs soupçonneux sont jaloux de leurs droits,

El surtout leur orgueil aime à punir les rois.

s A I. M E.

Non, non, l’heureux Hérode à César a su plaire ;

Varus en est instruit, Varus le considère.

Croyez-moi, ce Romain voudra le ménager ;

Mais, quoi qu"il fasse enfin, songeons à nous venger.

Je touche à ma grandeur, et je crains ma disgrâce ;

Demain, dès aujourd’hui, tout peut changer de face.

Qui sait même, qui sait, si, passé ce moment.

Je pourrai satisfaire à mon ressentiment ?

Qui nous a répondu qu’Hérode en sa colère

D’un esprit si constant jusqu’au bout persévère ?

Je connais sa tendresse, il la faut prévenir.

Et ne lui point laisser le temps du repentir.

Qu’après Rome menace, et que Varus foudroie ;

Leur courroux passager troublera peu ma joie :

Mes plus grands ennemis ne sont pas les Romains :

Mariamne en ces lieux est tout ce que je crains :

11 faut que je périsse, ou que je la prévienne ;

Et si je n’ai sa tête, elle obtiendra la mienne.

Mais Varus vient à nous : il le faut éviter.

Zarès à mes regards devait se présenter ;

Je vais l’attendre : allez, et qu’aux moindres alarmes

Mes soldats en secret puissent prendre les armes.

SCENE II. VARUS, ALBIN, MAZAEL, suive de varus.

V A R U s.

Salome et Mazaël semblent fuir devant moi ;

Dans leurs yeux étonnés je lis leur juste effroi :

Le crime à mes regards doit craindre de paraître.

Mazaël, demeurez. Mandez k votre maître

Que ses cruels desseins sont déjà découverts ;

Que son ministre infâme est ici dans les fers ;

Et que Varus peut-être, au milieu des supplices.

Eût dû faire expirer ce monstre…. et ses complices.

Mais je respecte Hérode assez pour me flatter

Qu’il connaîtra le piège où l’on veut l’arrêter ;

Qu’un jour il punira les traîtres qui l’abusent.

Et vengera sur eux la vertu qu’ils accusent.

Vous, si vous m’en croyez, pour lui, pour sou honneur,

Calmez de ses chagrins la honteus( ; fureur :

Ne remjioisonnez plus de vos lâches maximes.

Songez que les Romains sont les vengeurs des crimes ;

Que Varus vous connaît ; qu’il commande en ces lieux.

Et que sur vos complots il ouvrira les yeux. VAHTAXTKS ItK MAHIAMNK. 2 : i1

Allez : que Mariamne on reine snit servie, Et respectez ses lois si vous aimez la vie.

M AZAEI..

Seigneur…

VAKLS.

Vous entendez mes ordres absolus ; Obéissez, vous disje, et ne répliquez plus.

SCÈNE ni.

VARUS, ALDIN.

V A R C S.

Ainsi donc, sans tes soins, sans ton avis fidèle, Mariamne expirait sous cette main cruelle ?

ALBIN.

Le retour de Zarès n’était que trop suspect :

Le soin mystérieux d’éviter votre aspect.

Son trouble, son effroi fut mon premier indice.

VA RU s.

Que ne te dois-je point pour un si grand service ! C’est par toi qu’elle vit : c’est par toi que mon cœur A goûté, cher Albin, ce solide bonheur, Ce bien si précieux pour un cœur magnanime, D’avoir pu secourir la vertu qu’on opprime.

ALBIN.

Je reconnais Varus à ces soins généreux : Votre bras fut toujours l’appui des malheureux. Quand de Rome en vos mains vous portiez le tonnerre. Vous étiez occupé du bonheur de la terre. Puissiez-vous seulement écouter en ce jour, etc.

ALBIN.

Ainsi l’amour trompeur dont vous sentez la flamme. Se déguise en vertu pour mieux vaincre votre âme •. Et ce feu malheureux…

VARCS.

Je ne m’en défends pas : L’infortuné Varus adore ses appas : Je l’aime, il est trop vrai ; mon âme toute nue Ne craint point, cher Albin, de paraître à ta vue ; Juge si son péril a dû troubler mon cœur ; Moi, qui borne à jamais mes vœux à son bonheur ; Moi, qui rechercherais la mort la plus affreuse. Si ma mort un moment pouvait la rendre heureuse !

ALBIN.

Seigneur, que dans ces lieux ce grand cœur est changé

Qu’il venge bien l’amour qu’il avait outragé !

Je ne reconnais plus ce Romain si sévère

Qui, parmi tant d’objets empressés à lui plaire,

N’a jamais abaissé ses superbes regards

Sur ces beautés que Rome enferme en ses remparts. 232 VARIANTES DE MAHIA.MXE.

V.V R V S.

No t’en étoniip point ; tu sais que mon courage

A la seule vertu réserva son hommage.

Dans nos murs corrompus, ces coupables beautés

Offraient de vains attraits à mes yeux révoltes ;

Je fuyais leurs complots, leurs brigues éternelles.

Leurs amours passagers, leurs vengeances cruelles.

Je voyais leur orgueil, accru du déshonneur.

Se montrer triomphant sur leur front sans pudeur ;

L’altièrc ambition, l’intérêt, l’artifice,

La folle vanité, le frivole caprice,

(]hez les Romains séduits prenant le nom d’amour.

Gouverner Rome entière, et régner tour à tour.

J’abhorrais, il est vrai, leur indigne conquête ;

A leur joug odieux je dérobais ma tète :

L’amour dans l’Orient fut enfin mon vainqueur.

De la triste Syrie établi gouverneur,

J’arrivai dans ces lieux, quand le droit de la gueri’C

Eut au pouvoir d’Auguste abandonné la terre,

Et qu’Hérode à ses pieds, au milieu de cent rois,

De son sort incertain vint attendre des lois.

Lieu funeste à mon cœur ! malheureuse contrée !

C’est là que Mariamnc à mes yeux s’est montrée.

L’univers était plein du bruit de ses malheurs ;

Son parricide époux faisait couler ses pleurs.

Ce roi, si redoutable au reste de l’Asie,

Fameux par ses exploits et par sa jalousie,

Pi’udent, mais soupçonneux, vaillant, mais inhumain.

Au sein de son beau-père avait trempé sa main.

Sur ce trône sanglant, il laissait en partage

A la fille des rois la honte et l’esclavage.

Du sort qui la poursuit tu connais la rigueur ;

Sa vertu, cher Albin, surpasse son malheur.

Loin de la cour des rois, la vérité proscrite,

L’aimable vérité sur ses lèvres habite :

Son unique artifice est le soin généreux

D’assurer des secours aux jours des niallu>ureux ;

Son devoir est sa loi ; sa tranquille innocence

Pardonne à son tyran, méprise sa vengeance,

Et près d’Auguste encore implore mon appui

Pour ce barbare époux qui l’immole aujourd’hui.

Tant de vertus enfin, de malheurs et de charmes, Contre ma liberté sont de trop fortes armes. Je l’aime, cher Albin, mais non d’un fol ainonr Que le caprice enfante et détruise en un jour ; ! Von d’une passion que mon âme troublée Reçoive avidement, par les sens aveuglée. O ((inir f[u’elle a vaincu, sans l’avoir amolli, i’ar MU amour honteux ne s’est point avili ; Et plein du noble feu ((ue sa vertu m’inspire, Je prétends la vcMiger, c’t non ])as la séduire.

A 1,111 \. Mais si le roi, seigneur, a lléchi les Romains ? S’il rentre on ses Étals ?… \ AK[A.\Ti : s i)i’ mauiamm : . r.y.i

V A R L s.

Et c’est co que jo crains. Hclas ! prî’s du sénat je l’ai servi moi-même ! Sans doute il a déjà reçu son diadème ; Kt cet indigne arrôt que sa liouclie a dicte Kst le i)remier essai de son autorité. Ah ! son retour ici iui peut être funeste : Mon pouvoir va finir, mais mon amour me reste. Reine, pour vous défendre on me verra périr. L’univers doit vous plaindre, et je dois vous servir.

ACTE DEUXIEME.

SCENE I.

SALO.ME, MAZALIL.

s A LOME.

Enfin vous le voj’ez, ma haine est confondue ;

Mariamne triomphe, et Salome est perdue.

Zarès fut sur les eaux trop longtemps arrêté ;

La mer alors tranquille.à regret l’a porté.

Mais Hérode, en partant pour son nouvel empire,

Revoie avec les vents vers l’ohjet qui l’attire ;

Et les mers, et l’amour, et Varus, et le roi.

Le ciel, les éléments, sont armés contre moi.

Fatale anilàtion, que j’ai trop écoutée.

Dans quel abîme affreux m’as-tu précipitée !

Je vous l’avais bien dit, que, dans le fond du cœur.

Le roi se repentait de sa juste rigueur.

De son fatal penchant l’ascendant ordinaire

A révoqué l’arrêt dicté dans sa colère.

J’en ai déjà reçu les funestes avis ;

Et Zarès à son roi, renvojé par mépris,

I^c me laisse en ces lieux qu’une douleur stérile,

Et le danger qui suit un éclat inutile.

M A Z V E ! ..

Contre elle cncor, madame, il vous reste des armes. J’ai toujours redouté le pouvoir de ses charmes, J"ai toujours craint du roi les sentiments secrets ; Mais, si je m’en rapporte aux avis de Zarès, La colère d’Hérode, autrefois peu durable. Est enfin devenue une haine implacable : tu VARIANTES DE.MAKIAMXK.

Il déteste la reine, il a juré sa mort ;

Et s’il suspend le coup qui terminait son soçt,

C’est qu’il veut ménager sa nouvelle puissance,

Et lui-même en ces lieux assurer sa vengeance.

Mais soit qu’enfin son cœur, en ce funeste jour,

Soit aigri par la haine ou fléchi par Famour.

(l’est assez qu’une fois il ait proscrit sa tête :

Alariamne aisément grossira la tempête ;

La foudre gronde encore ; un arrêt si cruel

Va mettre entre eux, madame, un divorce éternel.

Vous verrez Mariamne, à soi-même inhumaine,

Forcer le cœur d’Hérodc à ranimer sa haine ;

Irriter son époux par de nouveaux dédains,

Et vous rendre les traits qui tombent de vos mains.

De sa perte, en un mot, reposez-vous sur elle.

SALOME.

Non, cette incertitude est pour moi trop cruelle ; Non, c’est par d’autres coups que je veux la frapper Dans un piège plus sûr il faut l’envelopper. Contre mes ennemis mon intérêt m’éclaire. Si j’ai bien de Varus observé la colère. Ce transport violent de son cœur agité N’est point un simple effet de générosité : La tranquille pitié n’a point ce caractère. La reine a des appas ; Varus a pu lui plaire. Ce n’est pas que mon cœur, injuste en son dépit, Dispute à sa beauté cet éclat qui la suit ; Que j’envie à ses yeux le pouvoir de leurs armes. Ni ce flatteur encens qu’on prodigue à ses charmes ; Elle peut payer cher ce bonheur dangereux : Et soit que do Varus elle écoute les vœux, Soit que sa vanité de ce pompeux hommage Tire indiscrètement un frivole avantage. Il suffit ; c’est par là que je peux maintenir Ce pouvoir qui m’échappe, et qu’il faut retenir. Faites veiller surtout les regards mercenaires De tous ces délateurs aujourd’hui nécessaires, Qui vendent les secrets de leurs concitoyens, Et dont cent fois les yeux ont éclairé les miens. Mais la voici. Pourquoi faut-il que je la voi’^ ?

SdKN K I I. MARIAMNE, ÉLISE, SALOME, MAZAEL. NABAL.

Son amour nn’iirisé, son trop de déliaiice, Avaient contre vos jours allumé sa vengeance ; Mais ce feu violent s’est bientôt consunn’ : L’amour arma son Iiim<, l’amour l’a désarmé. V.\KlANTi : s |)K MAIilA.MXi : . 2 : V.\

M A /. A K ! ..

Quel orgueil !

s A L O M E.

Il aura sa juste rccomponsc : Viens, c’est h rartilice à juinir rimiiriuleiire.

SCEXE ni.

MARIAMXE, ÉLISE, NABAL.

K LISE.

Ah ! madame, à ce i)oiiU pouvez-vous irriter Dos ennemis ardents à vous persécuter ? La vengeance d’Hcrode, un moment suspendue. Sur votre tète encore est peut-être étendue :

Varus aux nations qui bornent cet État Ira porter bientôt les ordres du sénat. Hélas ! grâce à ses soins, grâce à vos bontés même l’iome à votre tyi-an donne un pouvoir suprême ; Il revient plus terrible et plus fier que jamais. Vous le verrez armé de vos propres bienfaits ; Vous dépendrez ici de ce superbe maître, D’autant plus dangereux qu"il vous aime peut-être, Et que cet amour môme, aigri par vos refus…

MARI A M N E.

Chère Élise, en ces lieux faites venir Varus ; Je conçois vos raisons, j’en demeure frappée ; Mais d’un autre intérêt mon âme est occupée ; Par de plus grands objets mes vœux sont attirés ; Que Varus vienne ici. Vous, Xabal, demeurez.

SCEAE IV. MARIAMXE, NABAL.

MARIAM.NE.

Elle veut que mes fils, portés entre nos bras, S’éloignent avec nous de ces affreux climats. Les vaisseaux des Romains, des bords de la S3Tie, Nous ouvrent sur les eaux les chemins d’Italie. J’attends tout de Varus, d’Auguste et des Romains. Je sais qu’il m’est permis. . . … 236 VARIANTES DE MAUIA.M.XE.

SCÈNE Y. mariamjNE, varus, élise.

M ARI AMNE.

Loin do ces lieux sanglants que le cinnie environno, Je mettrai leur enfance à l’ombre de son trône ; Ses généreuses mains pourront sécher nos pleurs. Je ne demande point qu’il venge mes malheurs. Que sur mes ennemis son bras s’appesantisse ; C’est assez que mes fils, témoins de sa justice, Formés par son exemple, et devenus Romains, Apprennent à régner des maîtres des humains.

Donnez-moi dans la nuit des guides assurés, Jusque sur vos vaisseaux dans Sidon préparcs.

Je ne m’attendais pas que vous dussiez vous-même Mettre aujourd’hui le comble à ma douleur extrême.

Ma constante amitié respecte encor Varus.

J’oublierai votre flamme

Seigneur, et je vous fuis pour vous la conserver.

SCENE VI.

VARUS, ALBIN.

ALBIN.

Nous vous troublez, seigneur, et changez de visage.

VAUUS.

J’ai senti, je l’avoue, ébranler mon courage.

Ami, pardonne au fou dont je suis consumé

Ces faiblesses d’un cœur qui n’avait point aimé.

.Te ne connaissais pas tout le poids de ma cliaînc,

Je le sens à regret, je la romps avec peine.

Avec quelle douceur, avec quelle bonté,

Elle imposait silence à ma témérité !

Sans trouble et sans courroux, sa tranquille sagesse

M’apprenait mon devoir, et plaignait ma faiblesse ;

J’adorais, cher Albin, jusques à ses refus :

J’ai perdu l’espérance, et je l’aime cncor plus.

A quelle épreuve, ô dieux ! ma constance est réduitel

AI. niN. Ltcs-vous résolu de préjiarer sa fuite ? VAUIA.NTKS l)K.M A K I A.M M-. 237

V A n L s. (Juol emploi I

A I. IJ I N.

PoiiiTOz-vous respecter ses rigueurs .îusrjucs à vous charger du soin de vos malheurs ? Quel est votre dessein ?

V A n V s.

Moi 1 que je rabandonne ! Que je desobéisse aux lois qu’elle me donne ! .\on, non ; mon cœur encore est trop digne du sien ; Mariamnc a parlé, je n’examine rien. Que loin de ses tyrans elle aille auprès d’Auguste ; Sa fuite est raisonnable, et ma douleur injuste ; L’amour me parle en vain, je vole à mon devoir : Je servirai la reine, et même sans la voir. Elle me laisse, au moins, la douceur éternelle. D’avoir tout entrepris, d"avoir tout fait pour elle. Je brise ses liens, je lui sauve le jour : Je fais plus ; je lui veux immoler mon amour, Et fuyant sa beauté, qui me séduit encore, Égaler, s"il se peut, sa vertu que j’adore.

ACTE TROISIÈME.

SCÈAE III.

VAHUS, IDAMAS. ALBIN. <uite de vap.is.

r DAMAS.

Avant que dans ces lieux mon roi vienne lui-même Re-evoir de vos mains le sacré diadème, Et vous soumettre un rang qu’il doit à vos bontés, Seigneur, souflfrh-ez-vous ?…

VA ni s. Idamas, arrêtez. Le roi peut s’épargner ces frivoles hommages.

La reine en ce moment est-elle en sûreté ? Et le sang innocent sera-t-il respecté ?

IDAMAS.

Le perfide Zarès par votre ordre arrêté, Et par votre ordre enfin remis en liberté. •238 VARIANTES DH AIARIAMNE.

Artisan de la fraudi^ et tin la calomnie, De Salome avec soin servira la furie. Mazaël en secret leur prête son secours ; Le soupçonneux Hérode écoute leurs discours ;

V A F. u s. Je sais qu’en ce palais je dois le recevoir ; Le sénat me l’oi-donne, et tel est mon devoir.

SCENE IV.

HÉRODE, MAZAKL, IDAMAS, suite d’hérodk,

M AZAKL.

Seigneur, à vos desseins Zarès toujours Hdèle, Renvoyé près de vous, et plein d’un même zèle, De la part de Salome attend pour vous parler.

HÉnODE.

Quoi ? tous deux sans relâche ils veulent m’accahler ? Que jamais devant moi ce monstre ne paraisse. Je l’ai trop écouté. Sortez tous, qu’on nie laisse. Ciel ! qui pourra calmer un trouble si cruel ?… Demeurez, Idamas ; demeurez, Mazai’l.

SCENE V. HÉRODE, MAZAEL, IDAMaS.

H É r, I) E.

Eh bien ! voilà ce roi si fier et si terrible ! Ce roi dont on craignait le courage inflexible, Qui sut vaincre et régner, qui sut briser ses fers, Et dont la politique étonna l’univers.

(A Mazaul. 1 Sortez. Termine, ô ciel ! les chagrins

SCENE VF. HÉRODE, SALO.ME.

s A 1. M E.

Eh bien ! vous avez vu votre chère (Minemie Avcz-vous essuyé des outrages nouveaux ? VAIllANTF-S 1)1- : MAI{1A.MM ; . 239

IIKRODE.

Madame, il n’est plus temps d’appesantir mes maux

ACTE QUATRIEME.

SCEXE I.

SALO-ME, MAZAEL.

M AZAEL.

Jamais, je Tavouerai, plus heureuse appai’ence \’a d’un mensonge adroit soutenu la prudence. Ma bouche, auprès d’Hérode, avec dextérité, Confondait l’artifice avec la vérité.

SCEAE II.

HÉRODE, SALOME, MAZAEL, gaudes.

M A Z A E L.

Xon, ne nous vengez point ; mais sauvez votre vie, Prévenez de Varus l’indiscrète furie : Ce superbe préteur, ardent à tout tenter, Se fait une vertu de vous persécuter.

HÉRODE.

Ah ! ma sœur, à quel point ma flamme était trahie ! Venez contre une ingrate animer ma furie.

Et toi, Varus, et toi, faudra-t-il que ma main Respecte ici ton crime, et le sang d’un Romain ?

Mais… Croyez-vous qu’Auguste approuve ma rigueur ?

SALOME.

Il la conseillerait ; n’en doutez point, seigneur.

Auguste a des autels où le Romain l’adore,

Mais de ses ennemis le sang y fume encore.

Auguste à tous les rois a pris soin d’enseigner

Comme il faut qu’on le craigne, et comme il faut régner, 2iO VARIANTES DK 31AHIAMNK

Imitez son oxcniple, assurez votre vie.

Tout condamne la reine, et tout vous justifie.

Xo montrez qu’il des yeux éclairés et discrets Un cœur encor percé de ces indignes traits.

ACTE CINQUIÈME.

SCÈ\E VJ.

HKRODE, IDAMAS, gvrdes.

I DAMAS.

Mais le sang de V’arus, répandu par vos mains, Peut attirer sur vous le courroux des Homains. Songez-y bien, seigneur, et qu’une telle offense.

FI.N DES VAIilAXTES DE MAIUAMNE.