Maudit Printemps
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H. Fournier, 1839 (2, pp. 242-243).
MAUDIT PRINTEMPS
Air : C’est à mon maître en l’art de plaire
-
- Je la voyais de ma fenêtre
- À la sienne tout cet hiver :
- Nous nous aimions sans nous connaître ;
- Nos baisers se croisaient dans l’air.
- Entre ces tilleuls sans feuillage,
- Nous regarder comblait nos jours.
- Aux arbres tu rends leur ombrage ;
- Je la voyais de ma fenêtre
Maudit printemps ! reviendras-tu toujours ?
-
- Il se perd dans leur voûte obscure
- Cet ange éclatant qui là bas
- M’apparut, jetant la pâture
- Aux oiseaux un jour de frimas :
- Ils l’appelaient, et leur manége
- Devint le signal des amours.
- Non, rien d’aussi beau que la neige !
- Il se perd dans leur voûte obscure
Maudit printemps ! reviendras-tu toujours ?
-
- Sans toi je la verrais encore,
- Lorsqu’elle s’arrache au repos,
- Fraîche comme on nous peint l’Aurore
- Du Jour entr’ouvrant les rideaux.
- Sans toi je la verrais encore,
-
- Le soir encor je pourrais dire :
- Mon étoile achève son cours ;
- Elle s’endort, sa lampe expire.
- Le soir encor je pourrais dire :
Maudit printemps ! reviendras-tu toujours ?
-
- C’est l’hiver que mon cœur implore :
- Ah ! je voudrais qu’on entendît
- Tinter sur la vitre sonore
- Le grésil léger qui bondit.
- Que me fait tout ton vieil empire,
- Tes fleurs, tes zéphyrs, tes longs jours ?
- Je ne la verrai plus sourire.
- C’est l’hiver que mon cœur implore :
Maudit printemps ! reviendras-tu toujours ?