Mes petites amoureuses

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Arthur Rimbaud Poésies

Mes petites amoureuses



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MES PETITES AMOUREUSES


Un hydrolat lacrymal lave
  Les cieux vert-chou :
Sous l’arbre tendronnier qui bave,
  Vos caoutchoucs.

Blancs de lunes particulières
  Aux pialats ronds,
Entrechoquez vos genouillères,
  Mes laiderons !

Nous nous aimions à cette époque,
  Bleu laideron :
On mangeait des œufs à la coque
  Et du mouron !

[ 97 ]


Un soir, tu me sacras poète,
  Blond laideron.
Descends ici que je te fouette
  En mon giron ;

J’ai dégueulé ta bandoline
  Noir laideron ;
Tu couperais ma mandoline
  Au fil du front.

Pouah ! mes salives desséchées
  Roux laideron,
Infectent encor les tranchées
  De ton sein rond !

O mes petites amoureuses,
  Que je vous haïs !
Plaquez de fouffes douloureuses,
  Vos tétons laids !

Piétinez mes vieilles terrines
  De sentiment ;
Hop donc soyez-moi ballerines
  Pour un moment !…

[ 98 ]


Vos omoplates se déboîtent,
  O mes amours !
Une étoile à vos reins qui boitent
  Tournez vos tours.

Et c’est pourtant pour ces éclanches
  Que j’ai rimé !
Je voudrais vous casser les hanches
  D’avoir aimé !

Fade amas d’étoiles ratées,
  Comblez les coins
− Vous creverez en Dieu, bâtées
  D’ignobles soins !

Sous les lunes particulières
  Aux pialats ronds
Entrechoquez vos genouillères,
  Mes laiderons !