Page:Huysmans - L'Oblat.djvu/20

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vous convienne ; vous avez franchi l’âge des leurres ; vous avez trop acquis l’habitude d’observer pour que le côte à côte continu des religieux vous soit bon ; vous discerneriez trop vite les déchets qu’ils décèlent ; vivez près d’eux et non chez eux. L’opinion du public sur les moines va d’un extrême à l’autre et ces deux extrêmes sont aussi fous. Les uns se les imaginent, selon une gravure en couleur que vous connaissez, joufflus et rebondis, tenant, d’une main, un pâté et serrant, de l’autre, contre leur cœur, une bouteille clissée d’osier, et rien n’est plus inexact, rien n’est plus bête ; les autres se les figurent angéliques, planant au-dessus du monde, et c’est non moins inexact et non moins bête. La vérité est qu’ils sont des hommes, valant mieux que la plupart des laïques, mais enfin des hommes, soumis par conséquent à toutes les faiblesses, lorsqu’ils ne sont pas absolument des saints ; et dame…

Non, je reviens à mes moutons, la prudence consiste à adopter un moyen terme, à vous faire oblat, hors et dans les alentours du cloître, à Solesmes.

— À Solesmes, non. Il n’y a pas une maison habitable à louer ; l’abbé Plomb, qui y est allé, le sait ; du reste Solesmes est un trou ; l’existence sans la vie claustrale y serait horrible, car il n’y a même pas de promenades où l’on puisse vaguer, l’été, à l’ombre. Ajoutez que la ville la plus proche, Sablé, est un bourg de dernier acabit ; et la lenteur des trains pour gagner de là Le Mans et Paris ! Non, à Solesmes, il n’y a pas de milieu, l’abbaye ou rien.

— Fixez-vous auprès d’un autre monastère, dans une contrée plus avenante et d’accès plus facile, en Bourgogne,