Page:Huysmans - L'Oblat.djvu/53

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plâtre peint, au-dessus de laquelle se dressait un crucifix dont la couleur était celle de ces papiers d’étain qui enveloppent les tablettes de chocolat.

L’ameublement consistait en des chaises de paille et en une vaste table de bois blanc recouverte d’une toile cirée, à raies.

Autour de cette table étaient réunis le père Abbé, Dom de Fonneuve, le prieur, Dom Felletin, le maître des novices, Dom Badole, l’hôtelier, l’ecclésiastique de passage, M. Lampre et Durtal, conviés en l’honneur de la saint Placide.

Dom Badole tournait sur lui-même à la recherche d’un sucrier qu’il avait devant lui, sous la main. Il était petit, de taille ramassée, et sa face d’ivoire froncée de mille plis, eût été, si on l’avait coiffée d’un bonnet à ruches, la figure d’une vieille dévote dont il avait d’ailleurs l’arrière-sourire jaune et doux. Sa façon de croiser ses bras en X sur sa poitrine, en saluant, sa politesse affectée et ses manières obséquieuses, gênaient ; et ce qui était curieux c’est que cet homme, si aimable pour les autres, était, pour lui-même, rigide. Quand sa journée de causeries et de révérences était finie, il se sanglait de coups de discipline, se reprochant de ne pas savoir garder sa vie intérieure dans cette existence forcément dissipée par le va-et-vient des hôtes ; il n’arrivait pas à concilier les devoirs de sa charge avec son propre recueillement et l’on se demandait parfois, en regardant ses yeux colorés de ce bleu clair et froid, presque méchant, des prunelles au repos des chats de Siam, s’il n’aurait pas volontiers fustigé aussi ces passants qui lui causaient, sans le vouloir, tant de remords.