Page:Huysmans - L'Oblat.djvu/67

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page n’a pas encore été corrigée


Aymé se corrigera avec le temps ; le milieu agira, attendons.

La fin de la récréation sonna. Les novices se turent et regagnèrent, sous la conduite du zélateur, l’abbaye. Dom Felletin resta avec M. Lampre et Durtal et les conduisit dans le pré.

— Jamais ces deux êtres ne parviendront à s’entendre, s’exclama M. Lampre !

— Que voulez-vous, répondit le père, Dom Emonot n’admet pas qu’on badine — et il faut pourtant bien qu’il y ait pour ces esprits, tendus par la prière, une détente ; — que ce postulant ait une mauvaise tenue, c’est incontestable, mais enfin cela se réforme ; le plus ennuyeux c’est cette manière qu’il a de jouer de l’ophicléide avec ses joues et de parler à tort et à travers et de rire.

Ses facéties sont, je le veux bien, innocentes, mais n’empêche que, l’autre jour, en en entendant une, le père zélateur s’est fâché tout rouge et a adressé une plainte au père Abbé qui s’est borné heureusement à sourire.

— Quelle bouffonnerie a-t-il encore commise ?

— Voilà, je venais de commenter, dans ma conférence, le chapitre 33 de la règle où il est déclaré que personne ne doit avoir la hardiesse de faire sien aucun objet, pas même en paroles ; c’était l’explication de la façon de parler des moines qui ne doivent pas dire : mon livre, mon scapulaire, ma fourchette, mais notre livre, Notre Scapulaire, notre fourchette. Il va de soi que ce mode impersonnel de désigner les choses ne s’applique qu’aux ustensiles destinés à notre usage.