Page:Huysmans - L'Oblat.djvu/74

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page n’a pas encore été corrigée


gueilleuse science ? — Et les novices, quels êtres charmants ! Lorsque je vois ce gosse de dix-sept ans, ce petit frère Blanche, avec sa bonne grosse figure, si franche, ses yeux si limpides, son rire si frais, je m’imagine quelle est l’innocence de cette âme, imprégnée jusque dans ses plus secrètes fibres de la joie de Dieu et il n’est pas le seul de son espèce ; combien, dans ce noviciat, d’aussi délicieusement ingénus, d’aussi délicatement pieux !

Et Durtal poursuivait, seul, sur la route : il y a une observation qui ne trompe guère. Un novice arrive ; regardez-le, il est quelconque ; il a une figure brouillée, des yeux comme le premier venu ; attendez quelques semaines ; laissez passer la phase d’ennui lourd, la crise de taedium vitae qui dure pour les uns quinze jours, pour les autres moins ou plus, — car presque tous ont à franchir cette étape et on les prévient, car il n’existe aucun moyen de la leur éviter ; — eh bien, une fois cet accès de spleen terminé, le visage est méconnaissable. Il s’est éclairci, nettoyé en quelque sorte ou plutôt ce qui le rend si différent, ce sont les yeux ; l’on pourrait presque reconnaître à ce seul changement, s’il y a chance de vocation ; c’est à la clarté spéciale de la prunelle que cela se discerne. Il semblerait vraiment que le cloître a filtré l’eau du regard qui était trouble auparavant, qu’il l’a débarrassée des graviers qu’y déposèrent les images du monde ; c’est très curieux.

Et ce qu’ils sont alors joyeux, ces enfants ! Ils ne savent rien de l’existence, pour la plupart ; ils fleuriront, tout doucement, abrités dans une admirable serre, sur un terreau préparé, loin des gelées et à l’abri du vent ; ça n’empêchera, parbleu pas, le démon de les attaquer,