Page:Savinien Cyrano de Bergerac - La mort d'Agrippine - 1654.djvu/11

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AGRIPPINE.

Pour devoir chaque inſtant un triomphe à la femme,
Mais ne te fais-je point de diſcours ſuperflus,
Ie t’en parle ſans ceſſe.


Cornelie

Je t’en parle ſans ceſſe. Il ne m’en ſouvient plus.
Et i’atens…


Agrippine

Et i’atens… Apprens donc comme ce ieune Alcide,
Fut des geans du Rhin le ſuperbe homicide,
Et comme à ſes coſtez faiſant marcher la mort,
Il eſchauffa de ſang les rivieres du Nort,
Mais pour voir les dangers où dans cette conqueſte,
La grandeur de ſon ame abandonna ſa teſte,
Pour voir ce que ſon nom en emprunta d’eſclat,
Eſcoute le récit de ſon dernier combat.
Deſ-ja noſtre Aygle en l’air balançoit le tonnerre,
Dont il devoit bruſler la moitié de la terre,
Quand on vint rapporter au grand Germanicus,
Qu’on voyoit l’Allemand ſous de vaſtes eſcus,
Marcher par un chemin couvert de nuicts ſans nombre,
L’eſclat de notre acier en diſsipera l’ombre,
(Dit-il) & pour la charge, il leve le ſignal
Sa voix donne la vie à des corps de metal;
Le Romain par torrens ſe reſpand dans la pleine.