Page:Savinien Cyrano de Bergerac - La mort d'Agrippine - 1654.djvu/14

La bibliothèque libre.
Aller à : Navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Put reconcilier, l’Europe avec l’Affrique,
Enfin tout l’univers il ſe ſeroit ſouſmis,
Mais il eut le mal-heur de manquer d’ennemis.
Mon cher Germanicus eſtoit donc ſur la terre,
Le ſouverain arbitre & de paix & de guerre,
Et ſe trouvoit ſi haut par deſſus les humains,
Que ſon pied le poſoit sur le front des Romains,
Alors qu’en Orient terminant ſa carrière,
Dans la ſource du iour il perdit la lumiere,
Et pour un lict ſuperbe à ſon dernier ſommeil ;
Il s’allat repoſer au berceau du Soleil.
Voilà comme il veſcut & ie te veus encore,
Peindre dans ſon couchant cet aſtre que i’adore,
Affin que le mal-heur de mon illuſtre eſpoux,
Par ces triſtes tableaux réveille mon couroux,
Et que par les horreurs de la fin de ſa vie,
Ie m’excite à hair ceux qui l’on pourſuivi.

Cornelie
C’eſt accroistre vos maux.

Agrippine
C’eſt accroistre vos maux.Ne me refuſe pas
D’écouter le recit d’un ſi ſanglant treſpas,
Où mon cœur deſchiré de bourreaux inviſibles
En iroit émouvoir les rochers inſenſibles.