Page:Savinien Cyrano de Bergerac - La mort d'Agrippine - 1654.djvu/41

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Ou des-accouſtumé du viſage d’un traiſtre,
L’as-tu veû ſans le voir & ſans le reconnoiſtre ?
Je t’excuſe pourtant, non, tu ne l’as point veû,
Il eſtoit trop maſqué pour eſtre reconnû ;
Un homme franc, ouvert, ſans haine, ſans colere,
Incapable de peur, ce n’est point là Tibere,
Dans tout ce qu’il paroiſt, Tibere n’eſt point là :
Mais Tibere eſt caché derrière tout cela ;
De monter à ſon Thrône il ne m’a pourſuivie,
Qu’à deſſein d’eſpier s’il me faiſoit envie ;
Et pour peu qu’à ſon offre il m’eût veû balancer,
Conclurre aveuglément que ie l’en veus chaſſer :
Mais quand il agiroit d’une amitié ſincere,
Quand le reſſentiment des bien-faits de mon Pere,
Ou quand ſon repentir euſt mon chois appellé
À la poſſeßion du bien qu’il m’a vollé,
Sçache que ie prefere à l’or d’une Couronne
Le plaiſir furieux que la vengeance donne ;
Point de Sceptre au deſpens d’un ſi noble courroux,
Et du vœu qui me lie à venger mon Eſpoux.
Mais bien loin qu’acceptant la ſupréme Puiſſance,
Ie perde le motif d’une iuſte vengeance :
Ie veux qu’il la retienne, afin de maintenir
Agrippine & ſa race au droict de le punir ;
Si ie l’euſſe accepté, ma vengeance aſſouvie
N’auroit peû ſans reproche attenter ſur ſa vie,