Page:Savinien Cyrano de Bergerac - La mort d'Agrippine - 1654.djvu/5

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EPISTRE.

legitime patrimoine : Ceſar ne l’avoit honorée de l’alliance de Tibere, que pour l’attacher de plus pres à ſon Tyran, & ne luy avoir donné pour mary, le plus grand Heros de ſon ſiecle, que pour en faire la plus affligée & la plus inconſolable de toutes le veuſves : de ſorte qu’ayant touſiours veſcu dans la douleur & la perſecution, il eſt certain qu’elle prefereroit le repos du tombeau à cette ſeconde vie que ie luy donne, ſi voulant l’expoſer au iour, ie luy cherchois un moindre Protecteur, que celuy qui dans la conſervation de Malthe, l’a eſté de toute l’Europe. Quelque maligne que ſoit la Planete qui domine au fort de mon Heroyne, ie ne croy pas qu’elle puiſſe luy ſuſciter des ennemis qu’impuiſſans, quand elle aura le ſecours de voſtre grandeur : vous, MONSEIGNEUR, que l’Univers regarde comme le chef d’un corps qui n’eſt compoſé que de parties nobles, qui avez fait trembler iuſques dans Conſtantinople, le Tyran d’une moitié de la terre, & qui avez empeſché que ſon Croiſſant, dont il ſe vantoit d’enfermer le reſte du Globe, ne partageaſt la ſouveraineté de la mer, avec celuy de la Lune : mais tant de glorieux ſuccez ne ſont point des miracles pour une perſonne, dont la profonde ſageſſe éblouyt les plus grands Genies, & en faveur de qui Dieu ſem-