Page:Villiers de L'Isle-Adam - Contes cruels.djvu/19

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page a été validée par deux contributeurs.

de tout, de la famille, des principes, de la Société même ! — « Ce sont des mots ! » criait-elle. Un jour, elle avait rencontré Olympe vêtue d’une petite robe noire, en cheveux, et une petite jatte de fer-blanc à la main. Henriette, en passant, sans faire semblant de la reconnaître, lui avait dit très bas : « Ma sœur, votre conduite est inqualifiable ! Respectez, au moins, les apparences ! »

Peut-être, par ces paroles, espérait-elle un retour vers le bien.

Tout fut inutile. Henriette sentit qu’Olympe était perdue ; elle rougit et passa.

Le fait est qu’on avait jasé dans la salle honorable. Le soir, lorsque Henriette arrivait seule, ce n’était plus le même accueil. Il y a des solidarités. Elle s’apercevait de certaines nuances, humiliantes. On lui marquait plus de froideur depuis la nouvelle de la malversation d’Olympe. Fière, elle souriait comme le jeune Spartiate dont un renard déchirait la poitrine, mais, en ce cœur sensible et droit, tous ces coups portaient. Pour la vraie délicatesse, un rien fait plus de mal souvent que l’outrage grossier, et, sur ce point, Henriette était d’une sensibilité de sensitive. Comme elle dut souffrir !

Et le soir donc, au souper de la famille ! Le père et la mère, baissant la tête, mangeaient en silence. On ne parlait point de l’absente. Au dessert, au moment de la liqueur, Henriette et sa mère, après s’être jeté un regard, à la dérobée, et avoir essuyé une larme respective, avaient un muet serrement de main