Page:Villiers de L'Isle-Adam - Contes cruels.djvu/23

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d’avoir fidèlement gardé de l’amour à un jeune homme sans position et qui, suivant l’expression exacte et vengeresse de sa sœur, ne lui donnait pas un radis ! Henriette, qui n’avait jamais failli, lui apparaissait comme dans une gloire. Elle se sentait condamnée et redoutait les foudres du souverain juge, vis-à-vis duquel elle pouvait se trouver face à face, d’un moment à l’autre.

L’ecclésiastique, habitué à toutes les misères humaines, attribuait au délire certains points qui lui paraissaient inexplicables, — diffus même, — dans la confession d’Olympe. Il y eut là, peut-être, un quiproquo, certaines expressions de la pauvre enfant ayant rendu l’abbé rêveur, deux ou trois fois. Mais le repentir, le remords, étant le point unique dont il devait se préoccuper, peu importait le détail de la faute ; la bonne volonté de la pénitente, sa douleur sincère suffisaient. Au moment donc où il allait élever la main pour absoudre, la porte s’ouvrit bruyamment : c’était Maxime, splendide, l’air heureux et rayonnant, la main pleine de quelques écus et de trois ou quatre napoléons qu’il faisait danser et sonner triomphalement. Sa famille s’était exécutée à l’occasion de ses examens : c’était pour ses inscriptions.

Olympe, sans remarquer d’abord cette significative circonstance atténuante, étendit, avec horreur, ses bras vers lui.

Maxime s’était arrêté, stupéfait de ce tableau.

— Courage, mon enfant !… murmura le prêtre, qui crut voir, dans le mouvement d’Olympe, un adieu