Révolutions de la quinzaine - 31 décembre 1831

La bibliothèque libre.
 
Aller à : Navigation, rechercher
Revue des Deux Mondes,
1831-1832 – Tome 5

***

Révolutions de la quinzaine - 31 décembre 1831


[modifier] 31 décembre 1831

Après la pacification de Lyon, nous avons eu, comme on devait s’y attendre, les explications de tribune. Les communications du ministère, au lieu d’être simples, franches et paisibles, ont été maladroitement mêlées d’amères récriminations contre l’opposition, qui pouvait se défendre et n’y a pas manqué ; puis contre le préfet qui malheureusement ne siège pas à la chambre, et n’a pu demander la parole à M. Girod de l’Ain, pour réfuter, séance tenante, l’accusation haineuse portée coutre lui par M. Périer.

Mais M. Dumolard avait tout entendu dans la tribune du conseil d’état ; il est descendu précipitamment dans la salle des conférences, pour remettre à M. Odilon-Barrot des notes justificatives. A cet instant, M. Périer est passé et M. Dumolard lui a donné un démenti public. C’est un grand scandale, et qui ne s’accorde guère avec la dignité de la chambre. Mais aussi un homme de cœur, dont toute la France, il y a quelques jours à peine, admirait à l’envi le courage et le patriotique dévoûment, pouvait-il de sang-froid s’entendre accuser, devant l’élite de la nation, de faiblesse et de trahison ? On dit que M. le président du conseil a porté plainte en diffamation contre M. Dumolard. C’est tout simplement une folie ajoutée à un scandale.

En attendant, nous avons eu les cinq lettres de M. Dumolard, où il explique à sa manière ; et en ne ménageant pas les démentis sa conduite personnelle et administrative depuis les premiers troubles jusqu’à l’entrée du prince royal. Le ministre se doit à lui-même de relever le gant qui lui est jeté, et de se justifier à la face du pays. Jusqu’ici il ne l’a pas fait, et à coup sûr cependant le temps ne lui a pas manqué.

M. Mauguin s’est chargé de répondre à M. Périer ; le début de son discours promettait mieux et plus qu’il n’a tenu. A notre avis c’est un grand tort, et souvent irréparable, de généraliser à tout hasard et à tout propos une discussion spéciale. La défense et l’attaque perdent en précision et en vigueur ce qu’elles gagnent en largeur et en étendue. Pourquoi ne s’en tenir aux évènemens de Lyon ? N’est-ce donc pas, je vous le demande, une assez belle et riche manière d’improvisation que la guerre civile organisée au sein de la seconde ville de France ? A quoi bon quitter le terrain de la question pour évoquer de vieilles et inutiles haines, avec lesquelles on n’aura jamais le dernier mot ? Que sert de raviver et de ramener au grand jour toutes ces hontes acquises dès aujourd’hui à l’histoire ? car, malgré le beau résumé de M. Barrot, qui est venu donner à la tribune un extrait de sa plaidoirie, vraiment Souchet et M. Carlier n’avaient rien à faire avec M. Dumolard et le général Roguet. Si M. Barrot eût pris en main la discussion tout entière, sans nul doute il eût substitué à l’âpreté quelque peu déclamatoire de M. Maugin sa logique lumineuse et savante, et il n’eût pas permis au président du conseil de venir se justifier personnellement, se disculper d’un crime qu’on ne lui imputer pas, quand il fallait défendre et démontrer son système politique ; il n’eût pas laissé sans réponse cette question si pressante et si vraie : « Si vous blâmez, si vous n’avez pas voulu, pourquoi ne pas punir les coupables que la justice a désignés ? » Mais M. Barrot se tient à l’écart, sans qu’on sache pourquoi ; si l’ambition lui ferme la bouche, il pourrait bien se tromper.

Le rapport de M. Périer présentait plusieurs et d’étranges contradictions que l’opposition a signalées, et qui jusqu’ici sont demeurées inexplicables. Comment concevoir, en effet, que les mêmes motifs qui ont porté le ministre à laisser subsister le tarif, l’aient ensuite décidé à conseiller au préfet de le laisser tomber en désuétude ? La logique qui a pu conduire M. Périer à cette monstrueuse inconséquence est assurément mauvaise, et, faute d’une prémisse dans le syllogisme, le sang a coulé ! Quand on gouverne un pays, et surtout un pays comme la France, dans le temps où nous vivons, quand les passions et les partis sont aux prises, il faut y regarder à deux fois avant d’employer le télégraphe.

Il n’a pas dit non plus comment la mission de clémence donnée au duc d’Orléans se conciliait avec les pleins pouvoirs du maréchal Soult. Il fallait punir ou pardonner, et le pardon que la raison et la justice réclament s’arrangeait mal d’une entrée triomphale, mèche allumée. Entrer dans Lyon qui ouvre ses portes, comme dans une ville prise d’assaut ! belle victoire vraiment ! Avez-vous donc si grande envie de lutter de ridicule et de bravoure avec la restauration, et voulez-vous que l’on compare la prise de Lyon avec la prise de Pampelune et du Trocadéro ?

Et que signifie le silence du maréchal Soult ? N’avait-il donc rien à dire sur son expédition ?

M. de Schonen a fait.on rapport sur la liste civile. La minorité de la commission s’était prononcée pour le chiffre de 12 millions 5oo,ooo francs, et la majorité 14 millions. M. de Schonen a déclaré se réunir l’avis de la majorité. Quel que soit d’ailleurs l’avis des logiciens intrépides et intraitables tels que M. Cormenin, nous pouvons toujours nous consoler en nous disant c’est 4 millions de gagnés ; car M. Thiers, dans l’ingénieuse harangue où il demandait grâce pour ces beaux jardins où, selon son dire au moins, Bossuet s promenait avec Racine, M. Thiers avait demandé 18 millions. Consolons-nous donc, c’est 4 millions de gagnés !

M. Decazes a fait son rapport à la chambre des pairs sur la révision de l’article 23. Malgré tout l’esprit qu’on lui attribue, et qu’il possède réellement, malgré les conseils officieux et empressés de M. Guizot, de M. de Broglie, qui, Dieu merci, ne lui ont pas manqué, il n’a pu réussir à donner une forme raisonnable, une expression sensée au double vœu qui partageait la commission. Avant ce rapport si long-temps attendu, et qui a si mal répondu à l’attente générale des amis et des ennemis du pouvoir, il y a eu au sein de la commission d’incroyables intrigues, et qui n’allaient à rien moins qu’à renverser M. Périer. Les défections ne se comptaient plus, c’était à en perdre la tête, à regretter la fournée ! Qui savait si on éviterait, même au prix d’un coup d’état, le mal qu’on voulait prévenir ? M. Molé, celui même qui a débuté par une brochure en faveur du pouvoir absolu, qui a fait dire à Napoléon ce mot si bien placé dans sa bouche : « Laissez-nous du moins la république des lettres » ; M. Molé, qui, après avoir servi et trahi l’empereur, est entré dans le ministère Richelieu, dans un ministère formé sous le patronage de la Russie ; M. Mole, mêlé à tant d’intrigues de salons, et qui par sa versatilité, s’est fait des ennemis et des censeurs jusque dans le faubourg Saint-Germain ; M. Mole, qui le lendemain de la dernière révolution, a été choisi par M. Guizot, voulait déposséder M. Périer ; c’est une grande ingratitude, un déplorable aveuglement, car enfin M. Périer continue M. Guizot, qui se faisait aider par M. Molé ; pourquoi cette subite répugnance à continuer pour M. Perier cette souple obéissance qu’il comprenait si bien il y a dix-sept mois ? Dans les tragédies du dix-septième et du dix-huitième siècles, dans les tragédies de l’empire, le troisième acte est toujours expliqué par le premier ; l’exposition, le récit, le confident, suffisent, et au-delà, toutes les exigences de la curiosité Mais où prendre, je vous le demande, l’explication de M. Molé. C’est le personnage le moins logique et le moins dramatique que je connaisse.

M. Molé n’est pas redevenu ministre, il a voté contre le projet : voilà tout. M. Decazes, il faut l’avouer, n’était guère moins embarrassé que M. Périer a la chambre des députés ; l’un et l’autre ont dit : « L’hérédité est le complément de la monarchie représentative. Je suis voué de cœur à l’hérédité ; mais la France est folle, et il faut céder pour un temps à sa folie. » Ce qui était ridicule au Palais-Bourbon ne l’est pas moins au Luxembourg. Il n’y avait qu’une chose à remarquer dans le rapport de M ; Decazes, et à peine s’en est-on occupé, tant l’attention publique est ditraite, étourdie, insouciante quelquefois : c’était un amendement en faveur de la propriété, et contre les catégories ; c’était tout simplement la ruine du projet, et si l’amendement eût été adopté et renvoyé à la chambre des députés, c’était à n’en plus finir.

M. de Fitz-James a prononcé un discours d’éclat, très adroit, semé de quelques trivialités, bardé de loin en loin de quelques raisonnemens usés et communs ; mais il a le sentiment et l’intelligence de sa position, et si son discours n’est pas utile au pays, au moins faut-il convenir qu’il ne pouvait se retirer d’une façon plus chevaleresque. Nous ne voulons pas contester la sincérité du noble duc, ni éprouver sa dialectique : mais nous reconnaissons volontiers qu’il n’a pas manqué d’habileté. La pairie, a-t-il dit, est impossible et absurde sans l’hérédité ; mais dans l’état des esprits, en présence de l’opinion publique, l’hérédité n’est pas possible. Il faut donc l’abolir ; mais, sans la pairie, que devient la monarchie, que devient l’hérédité du trône, que devient la France ? La république est imminente : elle est à vos portes, et combien de temps la république durera-t-elle ? Par bonheur toutes ces questions oratoires ne sont pas des questions réelles et politiques ; mais elles devaient produire et ont produit sur la chambre une puissante impression. M. de Fitz-James n’a d’ailleurs négligé aucune des ressources que son caractère personnel, ses amitiés et ses souvenirs pouvaient lui offrir. Il a pris à témoin la gloire du maréchal Lannes, qu’il voudrait voir se perpétuer dans son fils. Il a eu des mouvemens que Châteaubriand ne désavouerait pas, et qu’il a inspirés. Quand il a demandé si le boulet qui avait emporté son aïeul n’était pas de fer et ne pesait pas le même poids que celui qui emporta tant de têtes glorieuses que nous révérons, on s’est rappelé involontairement l’éloquence de l’auteur de René. En résumé, c’est un discours mal écrit et diffus, plein de longueurs et de redites, et qui a remué l’assemblée mieux et plus profondément que les plus belles pages, comme tant d’autres discours mal écrits. Lisez les discours du général Foy : ils ne sont pas si purs que ceux de Benjamin Constant, et quelle différence à la tribune ! M. De Fitz-James renonce à la pairie et se porte candidat pour la chambre des députés. Nous ne pouvons qu’applaudir au parti qu’il prend.

MM. de Coigny, de Noailles, de Dreux-Brézé, n’ont rien fait et ne pouvaient rien faire pour une cause défaillante et perdue. Le duel de l’aristocratie et du ministère n’était qu’une misérable parodie. Les combattans n’étaient pas de bonne foi et regrettaient d’avance les coups qu’ils se portaient. Ce faux-semblant de guerre ne pouvait durer long-temps, et s’est terminé bien vite, comme nous l’espérions, par l’agonie et la résignation du vaincu. : l’hérédité de la pairie est abolie.

Et cependant, en présence de ces débats, qui remettent en question la vie ou la mort de la nouvelle monarchie, l’archevêque de Paris adresse aux cures de son diocèse une circulaire larmoyante, pour leur conseiller, bien qu’à regret, de supprimer cette année la messe de minuit, un des scandales les plus hideux de la restauration ; il regrette la prostitution des églises ; il regrette les outrages au-devant desquels allaient en foule des femmes sans pudeur et foi ; il regrette les débauches qu’on célébrait comme une fête, à un jour désigné par la religion aux prières et à la méditation.

Après les démentis échangés entre le Courrier anglais et les journaux ministériels de Paris, il n’est plus permis de douter que la Russie refuse d’adhérer aux articles proposés par la conférence de Londres. Les sophismes les plus ingénieux ne réussiront pas à désabuser l’opinion publique sur les vraies intentions de Nicolas. L’obstination du roi de Hollande serait inconcevable sans les questions officieuses adressées au cabinet de La Haye par celui de Saint-Pétersbourg. Combien de temps, mon cher ami, pouvez-vous rester encore sur le pied de guerre ? — Un an. — A la bonne heure ; nous pouvons donc attendre et voir venir » En vérité, la diplomatie est descendue bien bas : depuis quinze mois que la conférence s’assemble, qu’a-t-elle résolu, et à quoi sert-elle ? Dans quelques mois, si cela continue, on ne pourra plus prononcer sans rire le mot de protocole. Les diplomates seront le type du ridicule comme les Dandin sous Molière.

Nicolas se moque de l’Europe, intervient partout, et rejette avec un mépris insultant les conseils et les remontrances. Le jour anniversaire de la révolution polonaise, le 29 novembre, il a fait exécuter à Varsovie les principaux acteurs de l’insurrection. C’était bien la peine, vraiment, de nommer un ambassadeur ordinaire et un ambassadeur extraordinaire en Russie, pour en venir à ce point d’humiliation, de retenir à Paris le maréchal Mortier, parce qu’il ne convient pas à la cour de l’autocrate, et d’envoyer le duc de Mortemart, honoré de l’amitié du dernier roi. On dit que le duc de Mortemart renonce à son ambassade, et il a raison. De quels yeux oserait-il regarder ceux qui insultent si délibérément la nation qu’il représente ? Quelles paroles oserait-il adresser à celui qui raille si cruellement les conseils de la France. Chaque tête qui tombe à Varsovie est un soufflet sur la joue du ministère. Ne savez-vous pas que deux ingénieurs envoyés en Russie pour fonder une école sur le modèle des nôtres, et récemment décorés de la Légion d’Honneur, reviennent à Paris parce qu’ils n’ont put obtenir de porter leur décoration ? Voila donc où en est venue la honte de la France ? Et ne deviez-vous pas le prévoir en lisant la lettre insolente de Nicolas à Louis-Philippe ? C’est vous qui l’avez voulu. Le jour où cette lettre est venue, vous deviez demander des explications à M. Pozzo di Borgo, ou lui donner ses passeports.

Et pourtant le ministère répète tous les matins dans ses journaux qu’il est assuré du désarmement européen ! Mensonge ou folie, qu’importe ? Mais si c’est folie, que signifient les charges de cavalerie exécutées sur le boulevard contre les étudians qui vont rendre visite à Langermann et Ramorino ? Serait-ce par hasard pour désarmer la colère de Nicolas contre la France ? Ou bien veut-on punir deux braves généraux d’avoir pris au sérieux cette mémorable séance de grammaire où la législature d’assemblée a préféré l’assurance à la certitude.

Pour complaire à cette fable du désarmement, n’a-t-on pas promis à lord Grey que don Pedro ne donnerait pas de constitution au Portugal, et qu’on se portait garant de maintenir l’Espagne dans sa dévote servitude : aussi voyez comme Ferdinand fait cas de nos paroles. Il fait fusiller sans jugement Torrijos et ses compagnons ; Louis-Philippe, la reine de France, écrivent au roi d’Espagne pour demander leur grâce, et le courrier arrive pour voir l’exécuteur des hautes œuvres promu au grade de lieutenant-général.

Mahmoud donne à nos ministres des leçons de sagesse et de prudence. Tandit que les journaux du ministère demandent et provoque des lois d’exception contre la presse, le sultan fonde à Constantinople le Moniteur Ottoman. Il appelle sur les actes de son gouvernement la publicité que nos hommes d’état repoussent, la publicité qui les importune et les gêne, et dont ils voudraient se délivrer à tout prix.

Et cependant, tandis que se jouent toutes ces tragédies sanglantes et réelles, tandis que Bourquin et Cugnier empruntent 75,000 francs à Genève pour insurger le canton de Neufchâtel, sont repoussés et mis en fuite, traqués comme des bêtes fauves, nous avons à Paris même des comédies de paroles et de vanité ; nous avons la lettre de M. Châteaubriand à qui le silence donne la fièvre, et qui supplie M. D’Argout de lui reprendre ses 900 francs de l’académie, comme si ce nouvel et vaniteux holocauste devait le placer au rang des héros ou des dieux. Achevez, M. Le vicomte, achevez, je vous en prie, votre histoire de France que vous avez si bien commentée, dont nous avons déjà de si magnifiques fragmens, reposez-vous dans la contemplation du passé, des rêves et des déceptions de votre vie. N’est-ce donc pas assez pour vous d’être proclamé d’emblée et partout le plus grand nom littéraire de la France moderne ? Travaillez à de nouveaux René, à de nouvelles études ; mais n’occupez plus les journaux de votre personne.

Autre parodie ! Un membre d’Institut, envoyé à Sunderland pour observer le choléra, écrit à l’Académie des sciences, qu’il a fait de bon dîners à Londres, et porté la santé de ses confrères ; que le brouillard est insupportable, et qu’il sera de retour sous peu de jours. Que ne restait-il au coin du feu ! Il eût fait son rapport comme Vertot a fait son siège de Rhodes.

A l’exemple de cet ingénieux et délicat docteur, nous terminerons l’histoire de la quinzaine par les nouvelles du théâtre, et les fantaisies de M. Fontaine. Les débuts de madame Raimbaux dans les rôles d’Isabelle et de osina ont été heureux ; après les tours de force de mademoiselle Sontag et les coquetteries effrénées de madame Malibran, le public devait accueillir avec plaisir et presque avec reconnaissance le chant pur, gracieux et toujours de bon goût de madame Raimbaux. Dans d’autres temps, son succès aurait été plus éclatant. Quand on improvisait au foyer de Favert des discussions en règle sur les premiers débuts de Rubini, quand le rhume de madame Fodor et son procès avec le chargé était un évènement, on aurait parlé de madame Raimbaux pendant quinze jours.

Henri Mounier a eu le bonheur d’échouer dans Joseph Trubert ; il faut le féliciter d’avoir déchirer un habit qui n’allait pas à sa taille. Ce n’est pas avec Armal qu’il doit lutter. Il n’atteindra jamais à sa gaité expansive. Il sait copier la nature avec une étonnante fidélité ; qu’il l’étudie donc et qu’il nous donne encore quelques-unes de ces silhouettes admirables, comme M. Prudhomme et l’Amant de la Duthé. Mais qu’il ne se confie pas aux coupletiers, ou il est perdu, perdu sans retour.

On ne sait pas encore si M. Fontaine profitera du conseil du Journal de Paris, et s’il comblera les bassins des Tuileries. En attendant il continue de gâter ce beau jardin, sans se soucier du blâme public ; le voici maintenant qui veut nous consoler, en plaçant le Spartacus de M. Foyatier en regard du Remouleur. Ce morceau, qui n’a réussi que par l’exagération, comme un mélodrame sur une foule ignorante, fait aux Tuileries un piteux effet. Il paraît tel qu’il est, lourd, ramassé et mesquin. C’est une nature triviale et commune, l’exécution est ronde. On aurait pu mieux choisir pour nous dédommager du gaspillage d’un beau jardin. Je ne devine pas ce qu’on va mettre sur les piédestaux qui attendent.

Pourquoi les promeneurs de Paris n’adresseraient-ils pas une pétition à la chambre pour attaquer M. Fontaine, ou pour savoir au moins à qui l’on doit s’en prendre ? Convertir les Tuileries en potager, en une melonnière ! Le ridicule ne suffit pas à de pareils délits. Pourquoi ne ferait-on pas une caserne de Notre-Dame ?

Nous devons nous attendre à tout, aujourd’hui que les travaux de Montmartre et de Vincennes sont ordonnés de manière à bombarder Paris au besoin.

Serait-il vrai, comme on le dit, que Nicolas vient d’envoyer à M. Périer le grand cordon d’un ordre russe avec une lettre de complimens sur la direction et la fermeté de sa politique ? Nous attendons que cette nouvelle se confirme, pour y ajouter foi.




M. Emile Deschamps va publier incessamment chez Urbain Canel, un poème, intitulé : Retour à Paris. Le succès des Études françaises et étrangères promet d’avance aux amis de l’art et de la poésie une lecture intéressante. Ce poème, qui devait entrer dans le 3e vol des Cent-Un, en est le complément.


M. Lenormand doit publier prochainement en deux vol. in-12, l’Homme sans nom, de M. Ballanche, magnifique récit, qui se place à côté du beau poème d’Antigone, et qui doit aider puissamment à populariser la Palingénésie.


M. Charles Lemesle a publié, il y a quelques jours, un volume de M. Paul Foucher sous le titre de Saynètes.

Le libraire Moutardier vient de faire paraître l’Ecuyer d’Auberon de madame Waldor.

Aug. Aufray, passage du Caire, n° 54, a publié en même temps un volume in-18, de Contes américains, avec des vignettes de Henri Monnier, dans lequel se trouve un joli conte de miss Sedgwick, intitulé la Manie d’écrire[1].

Le lorgnon

Un vol. in8°, chez Levasseur et Gosselin


Voici un livre qui n’est pas signé ; mais le secret n’a pas été gardé, et ne devait pas l’être. II ne faut vraiment pas beaucoup de finesse et de pénétration, pour deviner que l’auteur a compté sur l’indiscrétion. C’est une tactique assez habile, et qui place la critique dans une fausse position. En ne se nommant pas on se donne pleine liberté, on multiplie au gré de ses caprices, les portraits, les railleries et les souvenirs. On demeure anonyme tant qu’on tient la plume, pour ne pas se gêner, on se dépouille de son sexe, on renonce aux réserves que le monde impose, on abdique au besoin, et pour quelques semaines seulement, la célébrité qu’on doit à ses charmes et à sa jeunesse ; puis quand arrive le grand jour, au moment de lancer son ouvrage, on aide soi-même et de son mieux à la révélation du secret, et l’on espère ainsi embarrasser les gens les plus difficiles et les réduire au silence ; on les défie de vous attaquer, on semble presque leur reprocher d’avance leur injustice et leur aigreur, on se fait un bouclier de sa franchise et de sa générosité.

Essayons pourtant de parler du Lorgnon comme si nous l’avions reçu et feuilleté au fond de l’Auvergne ou de la Bretagne, sans avoir parcouru les journaux, qui depuis quinze jours épuisent toutes les coquetteries de la réticence, toutes les flatteries ingénieuses de l’allusion ; jugeons le nouveau roman, comme si nous n’avions lu ni le Bonheur d’être belle, ni le Malheur d’être laide, ni la Vision de Jeanne d’Arc, ni les Stances au général Foy, ni le Dernier jour de Pompéi, ni même Corinne aimée ; oublions pour n’ébranler pas notre impartiale intégrité, les lectures et les improvisations de salon, qui, sous la restauration, avaient toute l’importance d’un évènement.

La donnée du Lorgnon, la fable repose sur une invention qui prétend à la fantaisie d’Hoffmann, et qui, à notre avis, est bien loin d’y atteindre. Le talisman qu’Edgar doit à l’amitié d’un savant Bohémien, n’est qu’un ressouvenir infiniment pâle de maître Floch, et quelle prodigieuse différence ! Mais de bonne foi, nous aurions mauvaise grâce à insister sur la machine épique de l’auteur. Sauf le mystère qu’il a voulu mettre dans le titre, il est plus que probable qu’il n’y attache pas lui-même une grande importance. A proprement parler, le roman nouveau est ainsi fait, qu’on s’aperçoit, en lisant les dernières lignes de la dernière page, qu’il n’y a pas de roman. L’auteur se sert d’Edgar, le véritable héros de son livre, comme un tisserand d’une navette ; et les conversations ; les épreuves, les illusions, les déceptions an travers desquelles il le fait passer avec une paresseuse complaisance, sont autant de mailles inoffensives, dont il sort comme il y est entré. Encore si ces aventures prétendues étaient vraies, ressemblaient au monde, nous rappelaient notre vie de tous les jours, ou nous tiraient de la réalité pour nous distraire par la rêverie on l’imagination, nous n’aurions pas le droit de nous plaindre ; plus d’un exemple imposant, GilBlas, Roderich Random, Gulliver, nous fermeraient la bouche, et revendiqueraient hautement les franchises de l’art et de la pensée.

A défaut d’aventures, si le livre était plein de ces riens si simples, si ingénus, si intimes et si attachans, qui font d’Eugène de Rothelin, d’Adèle de Sénanges des chefs-d’œuvre inimitables ; si la situation choisie par l’auteur était approfondie et développée comme dans Edouard ou mademoiselle de Clermont, vraiment nous ne serions pas assez mal avisés pour regretter les souterrains, les châteaux, les trappes et les clairs de lune d’Anne Radcliffe.

Mais, par malheur, il n’y a rien de tout cela dans le Lorgnon. C’est un recueil de conversations prétentieuses et maniérées, de mots ambitieux et obscurs comme il s’en trouve tant dans le Legs et les Fausses Confidences, mais qui ne rachètent pas leur obscurité par quelque trait bien fin, bien délié, et qui fasse honneur à l’observation de l’auteur. Les caractères sont impossibles et introuvables comme les noms sous lesquels ils se cachent ; depuis madame de Clairange jusqu’à madame de Montbert, depuis M. de Fontvenel jusqu’à M. Narvaux, je n’en sais pas un que vous puissiez rencontrer n’importe où.

Pour la frivolité de ces personnages, vraiment elle est sans exemple, et n’a pas même le mérite de l’élégance. Leurs plaisirs ne sont pas de bon goût, ou tout au moins sont bien mêlés. M. Cagnard, le Philtre et l’orgie sont fort étonnés, j’en suis sûr, de se trouver en compagnie de la maréchale d’Ancre. Le jeune officier qui dîne au Café de Paris avec M. de Lorville suit une petite couturière comme pourrait le faire un lycéen de seize ans. Quant aux cannezous de mademoiselle de Latour et aux gilets de Blain, je les estime et les révère, mais je ne conçois guère la nécessité d’indiquer dans un livre leur origine. Ma curiosité n’est pas si exigeante, et leur beauté me suffit.

Le secret de madame de Champlery, son innocence opposée à son veuvage, le bouquet et le mot qui l’accompagne, ne me semblent pas non plus très délicatement imaginés ; c’était déjà une grande hardiesse que de se proposer une telle difficulté, mais il fallait pour la tourner une habileté non moins grande.

C’est avec un regret sincère que nous voyons l’auteur de Madeleine profiter si mal des leçons qu’elle a reçues de l’auteur d’Anatole, de Léonie de Monbreuse. Le Lorgnon ne vaut pas même le Moqueur amoureux. Puisse le poème de Napoline nous obliger bientôt à rétracter notre blâme, et à le remplacer par la louange, qui ne coûte jamais lorsqu’elle est sincère !

De l’Education Publique considérée dans ses rapports avec le développement des facultés, la marche progressive de la civilisation et les besoins actuels de la France, par F.M.L. Naville, M.D.S.E., in-12.[2]

Ce noble plaidoyer en faveur de l’éducation publique a remporté le prix proposé par la société des méthodes d’enseignement sur une question analogue, et certes jamais thèse si grave ne fut soutenue avec plus de conviction, plus de conscience. Le titre de l’ouvrage indique la marche de l’auteur. Établissant d’abord cette vérité si simple, que l’homme n’a pas des facultés pour les enfouir, M. Naville montre comment l’exercice, le développement de ces facultés natives sont nécessaires, non-seulement à l’individu, mais au pays, mais à la société tout entière. L’homme n’est pas un être isolé, un enfant trouvé de la création, jeté dans le monde sans but, sans liens, sans destinée ; la nature lui trace elle-même mes devoirs et sa destination ; or, la nature se venge toujours des outrages faits à ses lois. Et que d’outrages n’ont-elles pas reçus, ne reçoivent-elles pas chaque jour dans ce qu’elles ont de plus sacré, de plus noble, l’éducation. Presque partout l’intelligence publique, comme une terre en friches que l’incurie du maître frappe de stérilité, presque partout l’intelligence publique est livrée en pâture aux superstitions et aux préjugés de l’ignorance.

Et, pour ne parler que de la France, à qui cet ouvrage est spécialement destiné, et où sur trente mille communes la moitié à peine a des écoles, n’est-il pas honteux de voir l’éducation se débattre encore dans ses langes, garrottée qu’elle est dans les entraves du monopole et de la routine. L’éducation primaire surtout, cette base de toute stabilité sociale, cette garantie de toute moralité publique, n’est-elle pas dans un état déplorable P Elle manque de la liberté qui féconde et vivifie tout.

C’est contre de si criants abus que M. Naville proteste de toute la force de ses convictions, avec toute l’autorité de ses lumières. La nécessité de l’éducation nationale une fois établie, et les sophismes de l’ignorance sapés dans leurs bases, ans l’intérêt de l’industrie, du commerce, du gouvernement, l’auteur attaque les méthodes actuelles et en propose de rationnelles, fondées sur la nature même des choses qui, développant les facultés dans leur ordre de naissance et de succession, les mette en état de marcher ensuite de front à la conquête du bonheur et de la vérité. Ce n’est pas qu’il veuille remplir le monde de pédans en us, loin de là ; il distingue les connaissances en théoriques et pratiques, et admet différons degrés suivant la vocation de chacun : ainsi le maçon ne saura pas les mathématiques comme l’astronome, mais il en saura ce qui lui en faut pour exercer sa, profession avec intelligence. Des exemples nombreux donnent à ses paroles une nouvelle autorité. L’état moral et politique des deux Amériques lui fournit des points de comparaison d’un intérêt actuel. Voyez celle du Nord où l’éducation est populaire, tout y est force, puissance, prospérité ; celle du Sud au contraire, où l’ignorance espagnole est traditionnelle, n’offre que misère, faiblesse et anarchie.

Abandonnant la sphère des principes et des considérations générales, l’auteur descend sur le champ épineux des applications, et là on sent l’homme spécial. En effet, M. Naville est un pasteur génevois qui a consacré et consacre encore à l’éducation la plus grande partie de sa vie ; il connaît donc pratiquement son sujet, et ses doctrines sont appuyées sur l’expérience. Nous ne le suivrons pas dans les détails minutieux où il a dû entrer, mais nous rendrons pleine justice à la justesse de ses vues, à la simplicité de ses moyens. Il passe en revue les différens états pour les deux sexes, et il en fait la base de l’éducation élémentaire ; il s’élève contre ces pratiques surannées et funestes qui, sous le nom d’émulation, vont allumer des passions honteuses dans les jeunes âmes ; il veut que le progrès soit la récompense du progrès, et que l’homme élevé, ennobli par l’étude, trouve en soi des motifs suffisans d’émulation. Il établit, sur une base juste et philanthropique les relations d’élèves à maîtres, de maîtres à parens, et demande que ceux-ci concourent de moitié avec l’état au salaire des instituteurs primaires.

Là encore de nombreux exemples ; et à cette occasion, M, Naville paie un large tribut de respect et de reconnaissance à l’abbé Girard, qui, long-temps avant la méthode lancastrienne, avait fondé à Fribourg en Suisse un système d’éducation publique si simple et si salutaire à-la-fois, qu’il avait régénéré la jeunesse de toutes les classes, et promettait à la patrie d’excellens citoyens. Le clergé prit l’alarme, l’ouvrage fut abandonné, mais en dépit de toutes les intrigues, le nom de l’abbé Girard est resté en vénération. Espérons que les nouveaux évènemens de la Suisse auront animé le gouvernement d’un nouvel esprit, et qu’il prendra à tâche de poursuivre l’œuvre de régénération.

Nous voudrions espérer aussi que le gouvernement de France ne sera pas encore long-temps sourd au vœu public, rebelle à l’évidence. La réforme de l’éducation, surtout de l’éducation primaire, est urgente. Nous avons déjà dit que quinze mille communes manquent encore d’écoles, que celles qui existent sont insuffisantes et peu suivies, parce que l’impulsion n’est pas donnée. II faudrait à la tête de l’éducation nationale un ministre à vues larges, qui portât une main hardie sur les abus et ouvrît des voies nouvelles ; jamais époque ne fut plus propice, jamais on ne sentit plus vivement, plus généralement le besoin d’une réforme dans les mœurs publiques ; et quelle est la base de toute réforme, sinon l’éducation primaire ? Il y aurait long à dire sur tout ceci, et nous aurions bientôt dépassé nos limites ; nous y devons rentrer, et nous le ferons pour remercier l’auteur de son excellent mémoire. Un Suisse, M. le professeur Vinet, remporta, il y a peu d’années, le prix offert par la société de la morale chrétienne sur la liberté des cultes. Un Suisse encore, M. Nasille, a remporté aujourd’hui celui de l’éducation. Cette circonstance, que nous relevons avec plaisir, fait honneur à nos voisins de la république.

Le feu du ciel par M. Louis Boulanger.

Le public n’a pas oublié la Ronde du Sabbat et la Saint-Barthélemy, de M. Louis Boulanger. Tous les reproches adressés à l’auteur de Mazeppa n’ont pu fermer les yeux des artistes et des critiques sur le mérite éminent et réel de ces ardentes créations. Le Feu du Ciel, inspiré, comme la Ronde, par un poème de Victor Hugo, réunit à la verve de cette dernière planche une supériorité incontestable d’exécution. Le sujet est emprunté à la première des Orientales, et le peintre n’est pas demeuré au-dessous du poète.

Plusieurs fois déjà M. Boulanger a puisé à la même source que Victor Hugo, et il a raison selon nous ; car, entre les imaginations poétiques de notre temps, il en est peu, sans doute, qui soient plus directement et plus immédiatement pittoresques. Les Orientales surtout parlent aux yeux bien plus encore qu’à la pensée. C’est, de tous les livres de l’auteur, celui où il a donné le plus d’importance à la partie visible de la poésie : ses précéderas recueils, et surtout le dernier, s’adressent plus volontiers au cœur et à l’intelligence.

M. Louis Boulanger, qui sans doute a complété sa première inspiration par une lecture attentive de la Bible, nous paraît avoir compris parfaitement tout ce qu’il y avait de majestueux et de magnifique dans le désastre et l’incendie des deux villes coupables. Sa composition est immense et gigantesque, et ne sort pas des limites imposées à son art, comme les poèmes de Martin et de Danby.

Le poème de M. Boulanger est de la belle et grande peinture, qui rappelle plus volontiers les Enfers de Rubens que le Jugement de Michel-Ange. Mais cette fois-ci, il s’est tellement approprié la manière du maître, que son Feu du ciel est vraiment une production originale.

Il nous a semblé que les premiers plans auraient été d’un effet plus saisissant et plus sûr, si les dieux de granit, au lieu d’être charnus, modelés et vivans, malgré leurs proportions colossales, avaient été sculptés dans les formes raides et immobiles des idoles égyptiennes. L’opposition aurait été plus marquée, et l’action plus précise.

Mais cette critique, que nous croyons juste, et qui ne s’attaque qu’à un détail, ne diminue en rien le mérite et l’effet du Feu du ciel. C’est nue belle et glorieuse réaction contre les hauberts, les corselets et les cuissards, dont la peinture se compose exclusivement depuis quelques années. C’est une création poétique, de recueillement et de solitude, destinée dès aujourd’hui à un grand succès, une belle estampe pour nos salons, et en même temps une œuvre de conscience et d’énergie qui portera ses fruits, un pas éclatant dans la carrière de l’auteur.

Le Feu du ciel doit consoler M. Boulanger de n’avoir pas paru au salon de cette année, et en même temps l’encourager et le soutenir jusqu’au salon de 1832.

Nouveau procédé d’impression de la musique

La romance qui paraît dans le numéro de ce jour n’a pas été imprimée par le moyen ordinaire. Son exécution est due à un nouveau procédé entièrement typographique. Il est dans l’esprit de notre Revue, qui n’est indifférente à aucun des perfectionnemens introduits dans les arts, d’arrêter l’attention de nos lecteurs sur une découverte à laquelle on doit déjà d’heureux résultats, et qui doit être d’une grande utilité dans l’avenir.

La gravure est depuis long-temps presque seule en possession de reproduire la notation musicale, et les divers essais tentés pour détruire ce monopole n’ont fait que mieux l’établir. Cependant le tirage des planches gravées est fort dispendieux, surtout lorsqu’il s’applique à des publications à grand nombre. Il était à désirer qu’on trouvât le secret d’une concurrence qui vint favoriser la consommation.

La lithographie exécute à moins de frais ; mais l’imperfection de ses résultats en limite beaucoup l’emploi. Elle ne présente en général ni netteté dans le dessin, ni correction dans le texte.

Ajoutons que ni la lithographie, ni la gravure ne permettent d’imprimer avec élégance et à des prix modérés les ouvrages mêlés de texte et de musique.

Dès la fin du quinzième siècle, peu de temps après la découverte de l’imprimerie, on appliqua l’art de Guttemberg et de Schoeffer à la reproduction de la notation musicale. Les énormes livres de plain-chant qui pèsent sur les pupitres de nos églises sont exécutés avec des caractères mobiles. Chaque type représente une ou plusieurs notes avec des fragmens de portée. Ces fragmens de portée sont rapprochés, et de cette juxtaposition doivent résulter des lignes continues. Nous disons doivent résulter, parce qu’effectivement il n’en est rien. On voit toujours une lacune sensible entre deux caractères. De plus, dans cette exécution grossière, les caractères ne sont pas alignés, en sorte que les portées présentent sur leur longueur des étages infiniment peu gracieux pour l’œil.

Quand la notation musicale devint plus compliquée, les procédés furent perfectionnés, et les essais faits en Allemagne, en Angleterre et en France sont assurément fort estimables. Toutefois, on ne sortait pas de l’ornière c’étaient toujours des notes ou des fractions de notes assises sur une fraction de portée, qu’on rapprochait pour obtenir une portée et des notes entières ; l’on réussissait si peu à rendre inaperçu le passage d’un caractère à l’autre, que l’on peut compter quelquefois, pour former une seule double croche, jusqu’à cinq ou six pièces distinctes.

L’art en était à ce point, et nous pouvons ajouter qu’à Paris même les moyens manquaient totalement pour citer dans le corps d’un ouvrage et imprimer d’une manière suffisamment nette un passage de musique, même le plus simple ; delà l’absence en ce genre de livres élémentaires, de publications à la portée de tous.

M. E. Duverger s’inquiéta de la difficulté. Après de longues méditations, il reconnut qu’on était arrivé à toute la perfection, qu’on pouvait atteindre en suivant une fausse route. Le vice fondamental, dans l’impression de la musique, était cet assemblage de lignes d’une courte dimension qu’on ne pouvait réunir d’une manière imperceptible, sorte de portée en mosaïque, dont on comptait sans peine les élémens. C’est sur cet objet qu’il concentra ses réflexions, et l’on peut voir, par le spécimen que nous donnons, quelle importante réforme a été introduite à cet égard. Les notes ont toute l’élégance, et les portées toute la continuité de la gravure.

Cette ingénieuse découverte est surtout précieuse pour l’impression des ouvrages didactiques, car elle offre une notable économie. Déjà plusieurs publications (1) de ce genre sont sorties des presses de -I. E. Duverger, et nous pensons que cette exécution, en permettant de publier beaucoup de livres sur la musique, contribuera à la populariser en France.


Dans un savant ouvrage sur les Colonies romaines qu’on regrette de ne pas voir publier, M. Dureau-Delamalle, traitant la question de l’esclavage sous le rapport de la production, évalue la perte annuelle en esclaves à Saint-Domingue, avant la révolution, à dix pour cent, et à douze dans-les colonies à sucre anglaises et hollandaises des Antilles. Il est de fait que la culture du sucre, plus que toute autre, est meurtrière pour l’esclave. Or, nos colonies de la Martinique et de la Guadeloupe étant sucrières, il en résulterait que la proportion de douze pour cent peut leur être supposée, et qu’ainsi la vie moyenne de l’esclave aux Antilles serait d’environ huit ans. Cette induction ne suffit-elle pas pour faire prévoir la dépopulation prochaine, et la ruine inévitable de ces colonies déjà si languissantes ?


La Revue donnera, dans sa livraison du 15 janvier, la seconde partie des scènes historiques de M..Alex. Dumas, qui n’ont pu entrer dans celle du premier.


  1. Nous avons remarqué dans ce même volume de Contes américains, celui de la Méprise conjugale qu’on attribue à Irving, et dont une Revue vient de s’emparer sans façon sous le titre des Deux Méprises.
  2. Parmi ces ouvrages, nous citerons les Lettres à Clémence sur la musique.
Outils personnels
Espaces de noms

Variantes
Actions
Lire
Contribuer
Imprimer / exporter
Boîte à outils