Sérénade (Verlaine)

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Œuvres complètes - Tome I, Vanier, 1902 (3e éd.) (pp. 49-50).
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SÉRÉNADE


Comme la voix d’un mort qui chanterait

Du fond de sa fosse,

Maîtresse, entends monter vers ton retrait

Ma voix aigre et fausse.


Ouvre ton âme et ton oreille au son

De ma mandoline :

Pour toi j’ai fait, pour toi, cette chanson

Cruelle et câline.


Je chanterai tes yeux d’or et d’onyx

Purs de toutes ombres,

Puis le Léthé de ton sein, puis le Styx

De tes cheveux sombres.


Comme la voix d’un mort qui chanterait

Du fond de sa fosse,

Maîtresse, entends monter vers ton retrait

Ma voix aigre et fausse.


Puis je louerai beaucoup, comme il convient,

Cette chair bénie

Dont le parfum opulent me revient

Les nuits d’insomnie.


Et pour finir, je dirai le baiser

De ta lèvre rouge,

Et ta douceur à me martyriser,

— Mon Ange ! — ma Gouge !


Ouvre ton âme et ton oreille au son

De ma mandoline :

Pour toi j’ai fait, pour toi, cette chanson

Cruelle et câline.
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