Sur les vaines occupations des gens du siècle

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Cantique. Sur les vaines occupations des gens du siècle

QUEL charme vainqueur du monde  
Vers Dieu m’élève aujourd’hui?  
Malheureux l’homme qui fonde    
Sur les hommes son appui!       
Leur gloire fuit et s’efface            5
En moins de temps que la trace  
Du vaisseau qui fend les mers,  
Ou de la flèche rapide  
Qui, loin de l’œil qui la guide,        
Cherche l’oiseau dans les airs.         10
 
De la Sagesse immortelle        
La voix tonne et nous instruit: 
‘Enfants des hommes, dit-elle,  
De vos soins quel est le fruit? 
Par quelle erreur, âmes vaines,         15
Du plus pur sang de vos veines, 
Achetez-vous si souvent,        
Non un pain qui vous repaisse,  
Mais une ombre qui vous laisse  
Plus affamés que d’avant?               20
 
‘Le pain que je vous propose    
Sert aux anges d’aliment;       
Dieu lui-même le compose        
De la fleur de son froment.     
C’est ce pain si délectable             25
Que ne sert point à sa table    
Le monde que vous suivez.       
Je l’offre à qui veut me suivre:        
Approchez. Voulez-vous vivre?   
Prenez, mangez, et vivez.’              30
 
O Sagesse! ta parole    
Fit éclore l’univers,   
Posa sur un double pôle 
La terre au milieu des airs.    
Tu dis; et les cieux parurent,          35
Et tous les astres coururent,   
Dans leur ordre se placer.      
Avant les siècles tu règnes;    
Et qui suis-je, que tu daignes  
Jusqu’à moi te rabaisser?               40
 
Le Verbe, image du Père,        
Laissa son trône éternel,       
Et d’une mortelle mère  
Voulut naître homme et mortel.  
Comme l’orgueil fut le crime            45
Dont il naissait la victime,    
Il dépouilla sa splendeur,      
Et vint pauvre et misérable,    
Apprendre à l’homme coupable    
Sa véritable grandeur.          50
 
L’âme heureusement captive      
Sous ton joug trouve la paix,   
Et s’abreuve d’une eau vive     
Qui ne s’épuise jamais. 
Chacun peut boire en cette onde,                55
Elle invite tout le monde;      
Mais nous courons follement     
Chercher des sources bourbeuses,        
Ou des citernes trompeuses      
D’où l’eau fuit à tout moment.          60
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