Venise

La bibliothèque libre.
 
Aller à : Navigation, rechercher
Charpentier, 1887 (pp. 3-6).
◄  à Madame b*** venise stances  ►

Dans Venise la rouge,
Pas un bateau qui bouge;
Pas un pêcheur dans l'eau,
          Pas un falot.

Seul, assis à la grève,
Le grand lion soulève,
Sur l'horizon serein,
          Son pied d'airain.

Autour de lui, par groupes,
Navires et chaloupes,
Pareils à des hérons
          Couchés en ronds,

Dorment sur l'eau qui fume,
Et croisent dans la brume,
En légers tourbillons,
          Leurs pavillons.


La lune qui s'efface
Couvre son front qui passe
D'un nuage étoilé
          Demi-voilé.

Ainsi, la dame abbesse
De Sainte-Croix rabaisse
Sa cape aux larges plis
          Sur son surplis.

Et les palais antiques,
Et les graves portiques,
Et les blancs escaliers.
          Des chevaliers,

Et les ponts, et les rues,
Et les mornes statues,
Et le golfe mouvant
          Qui tremble au vent,

Tout se tait, fors les gardes
Aux longues hallebardes,
Qui veillent aux créneaux
          Des arsenaux.

- Ah! maintenant plus d'une
Attend, au clair de lune,
Quelque jeune muguet,
          L'oreille au guet.


Pour le bal qu'on prépare,
Plus d'une qui se pare,
Met devant son miroir
          Le masque noir.

Sur sa couche embaumée,
La Vanina pâmée
Presse encor son amant,
          En s'endormant;

Et Narcisa, la folle,
Au fond de sa gondole,
S'oublie en un festin
          Jusqu'au matin.

Et qui, dans l'Italie,
N'a son grain de folie?
Qui ne garde aux amours
          Ses plus beaux jours?

Laissons la vieille horloge,
Au palais du vieux doge,
Lui compter de ses nuits
          Les longs ennuis.

Comptons plutôt, ma belle,
Sur ta bouche rebelle
Tant de baisers donnés...
          Ou pardonnés.


Comptons plutôt tes charmes,
Comptons les douces larmes,
Qu'à nos yeux a coûté
          La volupté!


Outils personnels
Espaces de noms

Variantes
Actions
Lire
Contribuer
Imprimer / exporter
Boîte à outils