À André Chénier (Prudhomme)

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ÉpavesAlphonse Lemerre, éditeur (p. 166-167).

À ANDRÉ CHÉNIER


Dun rameau que je cueille au vieux laurier d’Homère
Je viens, dans les échos glorieux de ta voix,
Chénier, baiser ton front que sacrèrent deux fois
L’aube de la Justice et le ciel de ta mère !

À cette Grèce, où rien n’a germé d’éphémère,
À son lait héroïque et suave tu dois
Ton verbe fier et pur, fait d’audace et de choix,
Flot d’une source exquise, aux bourreaux seuls amère.

Ton âme n’a connu qu’un matin sa prison,
Ses amours ont trouvé leur nid et leur saison :
C’est la Jeune Captive à son foyer rendue ;

Et, quand rougit la faux qui t’a décapité,
Soudain celle du Temps rayonna, suspendue
Sur la fleur de tes vers pour une éternité.