Madeleine, L’Amour au nid dans Le long du chemin, 1912
L’AMOUR AU NID
Un amour de chardonneret avait épousé un amour de grive. Était-ce mésalliance ? Je le crois bien, car le soir de la noce, on jacassa fort dans les grands arbres, et l’on semblait y conter des choses très vilaines. J’entendais surtout la voix stridente d’une mère-oiseau ; bien sûr celle-là était la belle-mère de la jolie petite mariée qui était partie sitôt la cérémonie finie, serrée contre le bien aimé, en route à tire-d’ailes pour les pays d’orangers. Ils n’avaient sans doute pas remarqué la mauvaise humeur qui régnait aux nids voisins. Ils n’avaient pas souffert de ne pas trouver autour d’eux toute une noce brillante, plus heureux d’être seuls, libres plus tôt de s’enfuir vers le bonheur.
Et ils s’en étaient allés vivre leur nuit de noces, qui sait, peut-être dans une étoile !
Ils avaient bâti un nid délicieux qui fleurait l’herbe fraîche, et devinant combien je les trouvais gentils, ils avaient posé leur coquette demeure au-dessus de ma fenêtre. Je fus de longues heures à les attendre, tremblant de ne pas les revoir heureux et jolis, mais au matin du troisième jour je les vis revenir, et j’entendis très bien le cri content de la petite grive :
« Oh ! que l’on est bien chez-nous ! »
Ils coulèrent une lune de miel délicieuse ; l’oiselle ne quittait pas son nid, et l’oiseau allait juste aux provisions, mais il revenait bien vite, car j’aidais au chardonneret à trouver la dînette. Et l’on bécotait là-haut, en riant aux éclats.
