Émile Zola, Trois guerres dans Madame Sourdis (recueil de nouvelles), 1929
Nous sommes devenus tendres, nous nous lamentons à chaque existence qui s’en va : savons-nous,
cependant, combien il faut d’existences en plus
ou en moins pour équilibrer la vie de la terre ?
Nous cédons à cette idée qu’une existence est
sacrée. Peut-être le fatalisme antique qui assistait
aux massacres des premiers âges, sans se perdre
dans l’utopie d’une fraternité universelle, avait-il
une grandeur plus vraie. Rester viril, accepter
cette sombre besogne que fait la mort dans la nuit
où personne n’a pu lire, se dire qu’on meurt quand
même et qu’il y a simplement des heures où l’on
meurt davantage, c’est en somme l’attitude du
sage.
