À Eugène Grangé

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À Eugène Grangé
OdelettesAlphonse Lemerre (p. 169-170).

 
      La fille du gai Thespis
           Est tout endormie
      Et penche son front de lys
           Sur sa main blêmie.
      Ses Bacchantes aux doux yeux
      Ne versent plus le vin vieux ;
      Assez de pleurs ! j’aime mieux
           L’amour de ma mie.

      On dit que nous triomphons !
           O gaîté facile,
      Où sont tes joyeux bouffons
           Venus de Sicile ?
      Les grands mots ont effrayé
      Ce peuple au manteau rayé
      Dont Molière a défrayé
           La verve docile !


      Mais ta Muse lace encor
           A son pied d’albâtre
      Le léger brodequin d’or
           Qui sied au théâtre.
      L’Amour est votre échanson,
      Il rit à votre moisson :
      Qu’il nous rende la chanson
           Rieuse et folâtre !

      Que la Comédie au moins
           Ait son chant du cygne !
      Ah ! sans prendre tant de soins
           Pour paraître digne,
      Son beau rire était si prompt !
      Ami, sans lui faire affront,
      Rien ne sied mieux à son front
           Qu’un rameau de vigne.



Mai 1855.