À Jules de Prémaray

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Théodore de Banville Odelettes

À Jules de Prémaray


 
      Lecteur, prompt à nous consoler,
      Toi qui sais encore voler,
      Comme l’abeille, au miel attique,
      Ton enthousiaste rumeur
      Encourage le doux rimeur,
      O voix émue et sympathique !

      O mon ami, c’est déjà vieux !
      Depuis dix ans, les envieux,
      Acharnés sur la même lime,
      Ensanglantent leurs yeux ardents,
      Et viennent se briser les dents
      Contre l’acier pur de ma rime.

      O Poésie ! ange fatal !
      Des fous marchent d’un pied brutal
      A travers tes Édens splendides,
      Comme, aux approches de la nuit,
      Par les déserts de fleurs s’enfuit
      Le troupeau des buffles stupides.


      Mais croissez, pervenches et thym !
      Comme ces lueurs du matin
      Qu’enveloppent en vain des voiles,
      O symboles de mes amours !
      C’est vous seuls qui vivrez toujours,
      Printemps, lauriers, chansons, étoiles !



Mai 1855.