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Dans la rue (Bruant)/À Saint-Lazare

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Aristide Bruant (Volume Ip. np-63).


À SAINT-LAZARE


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C’est de d’la prison que j’t’écris,
            Mon pauv’ Polyte,
Hier je n’sais pas c’qui m’a pris,
            À la visite ;
C’est des maladi’s qui s’voient pas
            Quand ça s’déclare,
N’empêch’ qu’aujourd’hui j’suis dans l’tas,
            À Saint-Lazare !

Mais pendant c’temps-là, toi, vieux chien,
            Quéqu’tu vas faire ?
Je n’peux t’envoyer rien de rien,
            C’est la misère.
Ici, tout l’monde est décavé,
            La braise est rare ;
Faut trois mois pour faire un linvé,
            À Saint-Lazare.

Vrai, d’te savoir comm’ça, sans l’sou,
            Je m’fais eun’bile !…
T’es capab’ de faire un sal’coup,
            J’suis pas tranquille.
T’as trop d’fierté pour ramasser
            Des bouts d’cigare,
Pendant tout l’temps que j’vas passer,
            À Saint-Lazare.


Va-t’en trouver la grand’ Nana,
            Dis que j’la prie
D’casquer pour moi, j’y rendrai ça
            À ma sortie.
Surtout n’y fais pas d’boniments,
            Pendant qu’je m’marre
Et que j’bois des médicaments,
            À Saint-Lazare.

Et pis, mon p’tit loup, bois pas trop,
            Tu sais qu’t’es teigne,
Et qu’quand t’as un p’tit coup d’sirop
            Tu fous la beigne ;
Si tu t’faisais coffrer, un soir,
            Dan’ eun’bagarre,
Ya pus personn’ qui viendrait m’voir
            À Saint-Lazare.

J’finis ma lette en t’embrassant,
            Adieu, mon homme,
Malgré qu’tu soy’ pas caressant,
            Ah ! j’t’ador’comme
J’adorais l’bon Dieu comm’papa,
            Quand j’étais p’tite,
Et qu’j’allais communier, à
            Saint’-Marguerite.