À la Santé

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Paris : Éditions de la Nouvelle Revue française, troisième édition (pp. 150-155).
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À LA SANTÉ


I


Avant d’entrer dans ma cellule
Il a fallu me mettre nu
Et quelle voix sinistre ulule
Guillaume qu’es-tu devenu


Le Lazare entrant dans la tombe
Au lieu d’en sortir comme il fit
Adieu adieu chantante ronde
Ô mes années ô jeunes filles


II


Non je ne me sens plus là
Moi-même
Je suis le quinze de la
Onzième


Le soleil filtre à travers
Les vitres
Ses rayons font sur mes vers
Les pitres


Et dansent sur le papier
J’écoute
Quelqu’un qui frappe du pied
La voûte


III


Dans une fosse comme un ours
Chaque matin je me promène
Tournons tournons tournons toujours
Le ciel est bleu comme une chaîne
Dans une fosse comme un ours
Chaque matin je me promène


Dans la cellule d’à côté
On y fait couler la fontaine
Avec les clefs qu’il fait tinter
Que le geôlier aille et revienne
Dans la cellule d’à côté
On y fait couler la fontaine


IV


Que je m’ennuie entre ces murs tout nus
Et peints de couleurs pâles
Une mouche sur le papier à pas menus
Parcourt mes lignes inégales


Que deviendrai-je ô Dieu qui connais ma douleur
Toi qui me l’as donnée
Prends en pitié mes yeux sans larmes ma pâleur
Le bruit de ma chaise enchaînée


Et tous ces pauvres cœurs battant dans la prison
L’Amour qui m’accompagne
Prends en pitié surtout ma débile raison
Et ce désespoir qui la gagne


V


Que lentement passent les heures
Comme passe un enterrement


Tu pleureras l’heure où tu pleures
Qui passera trop vitement
Comme passent toutes les heures


VI


J’écoute les bruits de la ville
Et prisonnier sans horizon
Je ne vois rien qu’un ciel hostile
Et les murs nus de ma prison


Le jour s’en va voici que brûle
Une lampe dans la prison
Nous sommes seuls dans ma cellule
Belle clarté Chère raison


Septembre 1911