Harmonies poétiques et religieuses/éd. 1860/Hymne du soir dans les Temples/Commentaire

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Œuvres complètes de LamartineChez l’auteur (pp. 311-312).
COMMENTAIRE

DE LA HUITIÈME HARMONIE



J’ai dédié celle-ci à la princesse Borghèse, née la Rochefoucauld, parce que cette charmante femme, qui habitait alors Florence, fut la première personne à qui je lus cette Harmonie. Elle avait l’imagination grandiose de l’Italienne, et la tendresse religieuse d’une jeune mère qui prie pour ses enfants. Elle comprit ces vers, et elle les adopta. Elle possède maintenant à Rome ces jardins, ces villas, ces palais, ces galeries admirables qui font de cette famille la famille hospitalière de tous les arts et de tous les étrangers.

Les grands temples de l’Italie et les grandes cathédrales de la France, de l’Angleterre, de l’Allemagne, les grandes mosquées même de l’Orient, m’ont toujours attiré sous leurs voûtes, sous leurs dômes, sous leurs coupoles. Je ne m’étonne pas qu’un seul de ces édifices bien senti, bien analysé, bien étudié et bien vivifié (Notre-Dame de Paris), ait inspiré à Victor Hugo une véritable épopée monumentale. Élevé sous un autre ciel que lui, les cathédrales gothiques ont moins d’attrait pour moi ; j’aime mieux les églises d’Italie, peuplées de tombes, de statues, de tableaux ; véritables musées religieux, où l’on sent à la fois la hauteur, la grandeur et la sérénité lumineuse d’un culte plus moderne. La cathédrale n’est qu’un vaste sépulcre, tout y est sombre, tout y gémit, rien n’y chante ; les voûtes sonores des églises d’Italie chantent d’elles-mêmes, ce sont les temples de la résurrection.

J’allais souvent, aux heures brûlantes du milieu du jour, à Florence, errer dans ces belles nefs de San-Spirito, de Santa-Maria Novella ou du Duomo ; ce furent ces églises qui m’inspirèrent cet hymne. Après les mers, après les Alpes, après les forêts et leurs murmures, ce qui contient le plus de poésie, c’est un temple ; car l’âme de l’homme les moule, pour ainsi dire, sur elle-même : ses mystères, ses ténèbres, ses demi-clartés, ses illuminations soudaines, ses regrets sur des tombes, ses transfigurations des êtres aimés et divinisés par elle, ses larmes, ses soupirs, ses gémissements, ses extases et ses joies, tout est là. Un temple bien compris, c’est l’abrégé de l’humanité.