Œuvres complètes de Theophile (Jannet)/À elle-mesme

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Œuvres complètes de Théophile, Texte établi par Charles Alleaume de CugnonJannetTome 1 (p. 197-198).

À ELLE-MESME.


Puis qu’en cet accident le sort nous desoblige,
Je croy que tout le monde avecque vous s’afflige,
Et ce commun mal-heur qui trouble l’univers
Reprocheroit un crime aux loix de la nature,
Si non que ceste mort a faict naistre vos vers[1],

Dont l’aimable douceur efface son injure.

À voir vos sentimens escrits si doucement,
À voir vostre douleur peinte si vivement,
Je croy qu’en vain la mort de ce butin se vante :
Car, comme la raison m’apprend à discourir,
Celle que vous plaignez est encore vivante,
Puis qu’elle est dans vos vers, qui ne sçauroient mourir.

Vous meslez dans ce deuil tant d’agreables charmes
Que c’est estre insensé que luy donner des larmes ;
Je la crois bien heureuse en si rare tombeau,
Et regarde sa gloire avecques tant d’envie
Que, si l’on m’eust deu faire un monument si beau,
Je mourrois de regret de ne l’avoir suyvie.

J’ay creu que la tristesse estoit pleine de maux,
Et perdois en l’erreur d’un jugement si faux
La douce resverie où l’ennuy nous amuse ;
Mais vous faictes le deuil avecques tant d’appas
Que j’ayme sa rigueur, combien que je l’accuse,
Et trouve du plaisir à craindre le trespas.


  1. Outre les Vers sur la mort de madame la duchesse de Nevers, il y a des Stances de demoiselle Anne de Rohan, sur la mort du roy (Henry IV), Rouen, Theod. Reinsart, 1610, in-8, pièce. — Elles ont été réimprimées in-4.