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Œuvres complètes de Theophile (Jannet)/À Philis

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À PHILIS.

STANCES.


Ha ! Philis que le ciel me faict mauvais visage !
Tout me fasche et me nuit,
Et reservé l’amour et le courage,
Rien de bon ne me suit.

Les astres les plus doux ont conjuré ma perte,
Je n’ay plus nul soustien ;
La cour me semble une maison deserte,
Où je ne trouve rien.

Les hommes et les Dieux menassent ma fortune ;
Mais, en leur cruauté,
Pour mon soulas tout ce que j’importune
Ce n’est que ta beauté.

Les traits de tes beautez sont d’assez fortes armes
Pour vaincre mon mal-heur,
Et dans la gesne, assisté de tes charmes,
Je mourray sans douleur.

Dedans l’extremité de la peine où nous sommes,
Souspirant nuict et jour,
Je feins que c’est la disgrace des hommes,
Mais c’est celle d’amour.

Parmy tant de dangers, c’est avec peu de crainte
Que je prends garde à moy,
En tous mes maux, le subject de ma plainte
C’est d’estre absent de toy.

Pour m’oster aux plus forts qui me voudroient poursuivre
Je trouve assez de lieux.
Mais quel climat m’asseurera de vivre,
Si je quitte tes yeux.

Le soleil meurt pour moy, une nuict m’environne,
Je pense que tout dort,

Je ne voy rien, je ne parle à personne,
N’est-ce pas estre mort ?