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Œuvres poétiques de Chénier/Moland, 1889/Les Saisons

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Œuvres poétiques, Texte établi par Louis MolandGarnierVolume 1 (p. 140-142).


LXXXI[1]

LES SAISONS[2]


L’hiver sous ses frimas tient la terre enchaînée.
Le printemps les dissipe, et lui-même il s’enfuit.
L’été vient ; il s’écoule, et Pomone le suit ;
Et bientôt aux frimas ils ramènent l’année.

L’hiver vole et s’étend sur la contrée, et, à son passage, ses ailes humides, froides, glacées, sèchent et flétrissent l’herbe, les fleurs, etc…


Déjà l’hiver expire et Phœbus dans son cours
Partage également et les nuits et les jours.
Nos champs verront bientôt revenir l’hirondelle.
Que j’aime à contempler........
Ces arbres, nus encor, de nouveaux feux dorés,
Et des toits alentour les faîtes colorés !
Et là, cet humble toit, que des chaumes composent !

Deux pigeons, au soleil, ensemble s’y reposent ;
Leurs yeux et leurs baisers s’unissent mollement.
Leur plumage s’agite et frémit doucement.
Hélas ! je sens couler dans mon âme inquiète
Une mélancolie et profonde et muette ;
Quelque chose me manque, et je ne sais quels vœux…
Ah ! faut-il être seul et témoin de leur jeux !

On dit que l’on a vu, de roses couronné,
Le jeune et beau printemps sur nos bords ramené.
C’est aux autres amants dont l’amante est fidèle
De chanter les douceurs de la saison nouvelle.
Thestilis m’abandonne ; elle a trahi sa foi ;
Il n’est plus de printemps ni de roses pour moi.

Primavera per me piu non è mai.
Petrarq., sonnet 9.


Tout aime pendant l’été… sur la terre… dans l’air… dans la mer… les poissons… c’est alors que les jeunes Néréides soupirent et que la fraîcheur des eaux n’empêche pas leurs joues d’être enflammées… c’est alors que les Tritons et les dieux marins les poursuivent dans les vallons maritimes à travers les rocs, les bancs de perles, les grottes de stalactites, les arrêtent par leurs beaux cheveux, les couvrent de baisers, et de leurs bras nerveux les renversent sur les bancs de corail…

Viens, Galathée, fille de Nérée, sors de la mer… viens sur le rivage… viens poser tes mains fraîches et humides sur mon visage brûlant, tandis que mes mains feront découler l’eau de tes beaux cheveux.

Je veux peindre un groupe maritime comme celui de Virgile… des grottes de roc… des bancs de perles… et cœsariem effusœ nitidam per candida colla.


Les grottes sous-marines.

Son épaule pliait sous une outre vineuse[3].


La Vendange paraît, déesse aux yeux humides, à la marche vive et un peu chancelante, et, les flancs ceints de sarments et de pampres verts, et le front couronné de grappes odorantes, le thyrse à la main, danse et chante.

  1. Éd. G. de Chénier.
  2. C’est un titre que nous ajoutons pour relier ces fragments.
  3. L’Automne.