La Non-Résistance par rapport au gouvernement

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7. La Non-Résistance par rapport au gouvernement


La Non-résistance est-elle pour ou contre les gouvernements humains ?[modifier]

Dans le chapitre qui suit je vais traiter de la relation entre la non-résistance et les gouvernements humains. La non-résistance, telle que définie et exposée dans cet ouvrage, est-elle pour ou contre les gouvernements humains en soi ?

Cela dépend du sens qui est donné à l’adjectif « humain » quand on le joint au nom « gouvernement ». Si gouvernement « humain » est entendu comme impliquant ou présupposant un pouvoir absolu, inhérent et orignal de l’homme pour faire des lois et exercer un contrôle discrétionnaire sur l’homme, la non-résistance est contre. Elle n’admet pas pour l’homme un tel pouvoir absolu, inhérent et original, et ne l’attribue qu’à Dieu. En ce sens, tout gouvernement légitime est essentiellement divin, l’homme étant un sujet – et non celui qui est investi de l’autorité suprême. Quand l’homme prétend demander une chose qui est contraire à la loi divine, c’est un rebelle contre Dieu, et un usurpateur de ses semblables égaux. Il ne peut pas légiférer conformément à la justice ou gouverner de manière insubordonnée par rapport à son Créateur. Il peut seulement gouverner avec et en vertu de la sanction divine.

Si cette position a besoin d’une défense, les non-résistants sont prêts à la soutenir contre le monde. Il n’y a cependant que les athées et les prétendus déicides – les non-gouvernementalistes authentiques – qui peuvent être assez inconsidérés pour la réfuter.

Si gouvernement humain est entendu comme impliquant seulement un gouvernement divin revêtu d’une forme humaine, et administré par des organisations humaines, avec uniquement des imperfections humaines fortuites, la non-résistance est pour en soi. Elle n’a pas d’opposition inévitable quelle qu’elle soit envers lui. Elle reconnaît que l’être humain est par nature un être social. Elle voit les liens qui unissent hommes et femmes, parents et enfants, amis et voisins, communautés plus petites et plus grandes ; et elle est essentiellement favorable à toute les organisations sociales basées sur l’amour de Dieu et de l’homme.

Un gouvernement humain en ce sens serait une organisation de la société constitutionnellement respectueuse de la loi supérieure connue de Dieu. Il rejetterait et dénoncerait toute supposition du pouvoir d’établir et d’appliquer quelque loi, régulation et usage qui violerait l’égalité naturelle et la fraternité des êtres humains. Il inscrirait sur ses principaux piliers, aucune résistance à un tort par un tort – ne pas rendre le mal pour le mal – le mal peut seulement être vaincu par le bien ! Il engagerait l’ensemble de ses ressources religieuses, intellectuelles, morales, matérielles, industrielles et pécuniaires pour soutenir une éducation conforme à la vérité, une bonne conduite, des moyens de subsistances honnêtes, et le bien-être général de toute sa population. Il déclarerait et traiterait tous ses agents comme des serviteurs de leurs frères, n’ayant droit à aucune autre rémunération qu’un dividende des profits généraux et une subsistance égale à celle de la masse des non-officiels. Il ne connaîtrait pas une chose telle que l’artifice gouvernementale, et n’aurait pas d’intérêts séparés pour que ses fonctionnaires s’enrichissent au dépend de leurs constituants. Il déclarerait ne pas avoir d’autorité de lui-même, et baserait toute sa législation, ses décrets judiciaires et ses procédés exécutifs sur leur droiture intrinsèque et leur capacité à promouvoir le bien public. Il se débarrasserait de tout étalage extérieur, faste, parade et distinctions puériles, et serait un sujet d’occupation claire et simple, pourvue de toutes choses décentes et commodes pour une utilisation nécessaire, et rien de plus. Il ne contracterait aucune dépense pour l’amour de la distinction – pour le spectacle et éblouir. L’homme ne ferait aucune tentative stupide et méchante de paraître comme un dieu pour ses semblables-vers.[1] Sous un gouvernement sage et juste le plus grand serviteur n’aurait pas besoin d’habiter une meilleure maison, ni de manger de la meilleure nourriture, ni de boire des boissons plus dispendieuses, ni de porter des vêtements plus chers, ni d’aller dans une meilleure voiture qu’il ne serait convenable pour tous les citoyens ordinaires. Il aurait honte de vouloir quelque chose de plus.

Celui qui gouverne parmi vous sera comme celui qui sert. C’est le modèle pour le leader d’une république chrétienne. Un tel gouvernement accomplirait la prédiction prophétique : l’autorité et le pouvoir que j’instaurerai chez toi, c’est la paix et la justice. On n’entendra plus parler de violence dans ton pays, ni de ruine et de destruction à l’intérieur de tes frontières.[2]

Il y aura un tel gouvernement sur la terre. Il vient dans un avenir éloigné et indistinct. La non-résistance chrétienne, son signe précurseur, saluera son arrivée au milieu des acclamations de bienvenues d’un monde éclairé. Les hommes considéreront alors nos gouvernements semi-barbares actuels à peu près comme un philosophe d’aujourd’hui voit le portrait d’un indien Sachem, enduit de peinture, orné de plumes et wampum, [3] et appuyé sur sa massue, ou tomahawk. La non-résistance est donc décidément pour un gouvernement humain, en ne le comprenant que comme un gouvernement divin humanisé dans ses formes, applications et détails.

Gouvernement humain de facto[modifier]

La non-résistance est-elle pour le gouvernement humain comme il est de fait ? Voilà maintenant la question pratique. Non. Pourquoi non ? Parce qu’elle ne peut pas être pour et contre elle-même. La non-résistance ne peut pas être pour la guerre, la peine capitale, l’esclavage et toutes sortes de préjudices pénaux. Elle ne peut pas être pour tout gouvernement qui est fondamentalement pour ces choses ; elles sont irréconciliables avec la non-résistance. Ses adhérents ne peuvent donc pas participer volontairement aux gouvernements actuels. Non pas parce qu’ils sont opposés au gouvernement en soi ; mais parce qu’ils sont complètement opposés à ces maux fondamentaux, avec lesquels tout ce qui est bien dans le gouvernement est indissociablement imbriqué. Ils demandent le retrait de ces articles anti-chrétiens de nos constitutions nationale et d’état avant de pouvoir participer volontairement dans le gouvernement. Ont-ils raison de prendre cette position ?

Objection. Non, disent les objecteurs, vous avez clairement tort, selon ma compréhension, d’accuser nos constitutions nationale et d’état d’être nécessairement pour la guerre, la peine capitale, l’esclavage et le préjudice pénal. Et si vous avez raison à propos de cela, vous avez assurément tort de refuser de participer au gouvernement jusqu’à ces choses soient disparues. Comment espérez vous que ces maux soient éradiqués si vous n’occupez pas de postes, ne votez pas, et n’intentez pas de procès sous le gouvernement ! Vous devez prendre part au gouvernement, ne serait-ce que pour effectuer les amendements nécessaires à nos constitutions. Qui écartera ces maux, si vous, qui les voyez et les ressentez, refusez de lever le petit doigt pour les déloger ? Restez dans le gouvernement et réformez-le. Vous faites échec à vos propres buts par votre non-participation.

Réponse. La guerre, la peine capitale, l’esclavage et divers dommages pénaux ont prévalu et prévalent encore aux États-Unis. Sont-ils contraires à la loi fondamentale ? Ne prospèrent-ils pas avec ses sanctions constantes. Je ne m’éloignerai pas de ma voie pour expliquer des faits évidents pour tout le monde. Sans toucher à des arguments subtils conçus pour montrer que la constitution fédérale est un instrument anti-esclavage, et sans anticiper un plaidoyer inventif qu’on pourrait présenter pour démontrer la conformité du christianisme avec la peine capitale, je me contenterai de présenter un extrait de la constitution du Massachusetts (un état à l’avant-garde du développement humain), et deux ou trois autres de celle des États-Unis. Ceux-ci démontreront si la non-résistance peut même endosser une constitution républicaine – sans parler de celles du vieux monde, écrites et non-écrites.

EXTRAIT DE LA CONSTITUTION DU MASSACHUSETTS

Le Gouverneur de ce Commonwealth est, dans un premier temps, le commandant en chef de l’armée et de la marine, et de toutes les forces militaires de l’État sur terre et sur mer ; il a le plein pouvoir, par lui-même, ou par un commandant, ou par un ou plusieurs officiers, à tout moment, d’entraîner, d’instruire, d’exercer et de gouverner la milice et la marine ; et pour la défense et la sécurité particulière du Commonwealth, d’en réunir en ordre martial et d’en mettre en position de guerre les habitants ; et de les diriger et mener, et avec eux de résister, de repousser, d’expulser et de poursuivre, par la force des armes, autant par mer que par terre, à l’intérieur et à l’extérieur des limites du Commonwealth, et aussi de tuer, de massacrer et de détruire, si nécessaire, et de conquérir, par tous les moyens, les manières et les entreprises opportuns, quels qu’ils soient, toutes et chacune des personnes qui, d’une manière hostile, tentent ou entreprennent de détruire, d’envahir, d’ennuyer ou de porter atteinte à ce Commonwealth, à tout moment ; et d’utiliser et d’exercer, sur l’armée et la marine, et sur la milice en service, la loi martiale, en temps de guerre et d’invasion, et aussi en temps de rébellion déclarée existante par la Législature, comme l’occasion le commandera nécessairement ; et de prendre et de surprendre, par tous les moyens et les manières quels qu’ils soient, toutes et chacune des personnes, avec leur navires, armes et autres biens qui, d’une manière hostile, envahissent ou tentent d’envahir, de conquérir ou d’ennuyer ce Commonwealth ; et que tous ces pouvoirs et les autres, qui se rattachent au postes de capitaine général et de commandant en chef et amiral, sont confiés au gouverneur, et exercé conformément aux règles et aux règlements du Commonwealth, et les lois du pays, et pas autrement.

EXTRAIT DE LA CONSTITUTION DES ÉTATS-UNIS

Le Congrès a le pouvoir de définir et de punir les pirateries et les crimes commis en haute mer, et les infractions aux lois des états ; de déclarer la guerre ; d’accorder des lettres de marque et de représailles ; d’établir des règles concernant les captures sur terre et sur mer ; de constituer et de soutenir des armées ; de pourvoir et de maintenir une marine de guerre ; de prévoir l’appel de la milice pour exécuter les lois de l’union, pour supprimer les insurrections et les invasions ; de prévoir l’organisation, l’armement et la discipline de la milice.

Le Président est le commandant en chef de l’armée et de la marine des États-Unis, et de la milice des divers États lorsqu’elle est appelée en service. [Son serment est] « Je jure (ou déclare) solennellement que j’exécuterai fidèlement la fonction de Président des États-Unis ; et que je soutiendrai, protégerai et défendrai au meilleur des mes capacités la Constitution des États-Unis.

Cette Constitution et les lois des États-Unis qui seront adoptées en conséquence, et les traités conclus ou qui seront conclus, sous l’autorité des États-Unis, constituent la loi suprême du pays.

Ces extraits doivent faire comprendre clairement à toute personne que nos constitutions nationale et d’état autorisent, sanctionnent et pourvoient à la guerre, aux préparatifs de guerre, et à toutes les abominations qui sont la conséquence du système militaire meurtrier ou s’y rattachent. Ici l’objecteur ne tient sur rien.

Pourquoi ne pas participer pour réformer ?[modifier]

Pour en venir à la deuxième partie de l’objection. L’objecteur déclare que, si les non-résistants ont raison quant à la nature fondamentalement militaire et pénal du gouvernement, ils ont assurément tort de refuser de participer au gouvernement jusqu’à ce que ces choses soient disparues. Il souhaite savoir comment, ou par qui, nous comptons éradiquer ces maux sans occuper de poste, sans voter, et sans intenter de poursuite devant les tribunaux. Il nous demande de rester dans le gouvernement pour le réformer ; et nous dit que nous compromettons nos propres buts avec la non-participation.

Cela passera pour admis comme le bon sens commun par la multitude ; mais je vais démontrer que c’est plus une apparence de justice et de vérité que réel. Si nos scrupules était uniquement liés à des détails fortuits dans les gouvernements actuels le raisonnement de l’objecteur serait décisif. Parce que nous ne demandons pas comme condition pour que nous prenions part au gouvernement la perfection absolue dans les constitutions, ni en théorie ni en pratique. Nous pouvons promptement concevoir un gouvernement radicalement chrétien, avec des erreurs mineurs et des défauts dans les détails, et bien entendu des abus de l’administration provenant de l’imperfection humaine. À de tels gouvernements nous pourrions participer consciencieusement, et nous sentir tenus de le faire pour le purifier complètement, si possible, des erreurs et des abus.

Mais les gouvernements que nous avons actuellement sous les yeux sont fondamentalement et radicalement anti-chrétiens. « Toute la tête est malade et le cœur est sans force ». Le pouvoir pénal préjudiciable et militaire Ieur est essentiel comme le sang à la vie même – c’est la base de leur existence. Ils sont aussi opposés à la non-résistance que l’orgueil l’est à l’humilité, la colère à la bienveillance, la vengeance au pardon, la mort à la vie, et la destruction au salut.

Les constitutions ont un double caractère de déclarations et de conventions. Ils expriment ce qui doit être considéré comme vérité et devoir, et constituent un accord solennel mutuel des gens les uns avec les autres quant à ce qui peut et doit être fait en leur nom. Ils sont rédigées avec beaucoup de clarté et de précision afin que nul ne puissent les comprendre. Quand un homme leur donne son assentiment, ou jure de les supporter, ou se reconnaît lui-même comme un membre du pacte qu’ils établissent, ils deviennent à tous égards des déclarations de ce qu’il considère comme vérité et devoir, et un engagement de sa part qu’il coopérera loyalement à leur mise en œuvre effective. Si les constitutions n’expriment pas ses sentiments il fait de lui-même un menteur en les endossant, en y souscrivant, ou en y consentant. Et il se parjure en s’engagent solennellement à supporter la convention s’il ne veut pas coopérer honnêtement pour leur donner leur efficacité pratique.

Ne pas pouvoir mentir et se parjurer[modifier]

Me conseille-t-on de mentir et de commettre un parjure afin de réformer un gouvernement anti-chrétien ? Si j’accepte un poste élevé je dois jurer ou déclarer que je supporte la constitution : non pas en parties, mais au complet. En fait, je ne peux pas voter sans prêter effectivement un tel serment ou faire une telle déclaration, ou me reconnaître de fait sous les plus grandes obligations d’allégeance.

Le gouvernement dans ce pays est dévolu aux électeurs. Ils sont ligués ensemble par leur déclaration commune de sentiments et leur accord mutuel – la constitution – pour mener le gouvernement dans une certaine direction, et maintenir son autorité par la force militaire. Il semble avoir été pris universellement pour acquis que la force militaire est indispensable. Pour tout homme qui n’entend pas appuyer et défendre la constitution de bonne foi avant qu’elle soit amendée, qui est perfide à la constitution, c’est donc une fraude grossière et une imposture de se présenter au scrutin comme électeur. Voilà ce qu’un non-résistant ne peut pas faire sans trahir le gouvernement divin ; sans fouler aux pieds les préceptes de Jésus-Christ.

Pouvoir déléguée de déclarer la guerre. Est-ce que l’objecteur voudrait que je joigne une association de personnes qui conviennent que leur gouverneur est le commandant en chef de leur armée et de leur marine de guerre, de toutes leurs forces militaires terrestres et maritimes ? Les forces militaires et la marine, l’armée de qui ? La mienne ? Moi, un non-résistant, en compagnie d’une coalition de personnes qui a des armées, une marine de guerre et des forces militaires ? Suis-je d’accord que notre principal serviteur les commandera ? Qu’il peut les mener pour « tuer, massacrer et détruire » nos ennemis ! Vais-je voter pour un tel officier, et être d’accord qu’il soit assermenté pour faire de telles choses ! Un non-résistant des plus exemplaires vraiment ! Ne devrais-je pas diligemment convaincre l’opinion publique que j’étais d’une manière surprenante opposé à la guerre et à toutes les actions de même nature.

Est-ce que l’objecteur insistera pour que j’annonce au monde entier mon consentement et mon accord, en tant que citoyen co-gouvernant des États-Unis, que « le Congrès a le pouvoir de déclarer la guerre » ? Mes représentants ont le pouvoir de faire cette chose mauvaise, en mon nom et à leur discrétion ! Le pouvoir de changer toute la nation en des voleurs impies, des meurtriers et des dévastateurs de la terre ! Le pouvoir de déclarer que tout cela est légal, juste et bien ! Le pouvoir d’autoriser la perpétration de tous les crimes et les cruautés de la guerre ! Jamais. Je ne vais convenir ou consentir à rien de cela. C’est une abomination. Je n’occuperai pas de poste dans ces conditions, je ne serai pas un électeur dans ces conditions, je ne joindrai aucune église ou état qui possède un tel credo ou prescrit une telle convention pour que ses membres y souscrivent.

Lettres de marque et de représailles corsaires. L’objecteur me persuadera encore moins d’autoriser un Congrès qui serait le mien d’accorder jamais ces commissions de pirates appelées « lettres de marque et de représailles. » La guerre défensive sur le sol domestique, pour repousser des envahisseurs meurtriers, bien que la plus excusable des guerres, est interdite par le christianisme. Combien moins ces septuples abominations appelées « lettres de marque et de représailles » ! Que sont-elles ? Rien que des commissions à des corsaires sans principe pour voler, piller et assassiner des gens sans défense en haute mer. Leurs victimes peuvent être les gens les plus paisibles et les plus honnêtes du monde ; mais s’ils appartiennent à une certaine nation, contre laquelle pour quelque raison insensée et méchante le Congrès a déclaré la guerre, leurs biens deviennent un butin légal, et eux-mêmes la proie d’une voracité de requin. Est-ce qu’un voleur de grands chemins ordinaire sera tenu en détestation universelle et pendu par le cou à un gibet, et est-ce que les chrétiens doivent autoriser leur Congrès à accorder des lettres de marques et de représailles ? Est-ce qu’un homme après avoir convenu que de telles choses seront perpétrées en son nom, présume aller prêcher la paix et la non-résistance ? Est-ce que l’objecteur veut que je me rende suprêmement ridicule, en plus de méchant ?

Néanmoins, malgré tout cela, je dois être un des membres de l’organisation nationale, qui sont liés par ce credo politique et cette convention. Je dois être un électeur. Je dois voter pour que le Président des États-Unis soit le « commandant en chef de notre armée et marine de guerre ». Je dois vouloir qu’il soit assermenté et accomplisse loyalement cette fonction. Je dois moi-même être prêt d’accepter en ceci, cela, et l’autre fonction, préfacée par une obligation de supporter la constitution au complet, la guerre, l’esclavage et tout, en tant que la loi suprême du pays ? Et si l’idolâtrie était une prescription fondamentale du pacte, je dois également la supporter ! Tout cela dans le but d’exercer l’influence nécessaire pour réformer le gouvernement ! À moins que je mente, que je me parjure, et sacrifie toute parcelle de mon principe non-résistant pour le moment, afin de participer au gouvernement tel qu’il est, je ne peux pas espérer voir l’établissement d’un gouvernement chrétien ! Mais il se trouve que je connais une « voie plus excellente » — la fidélité au principe.

L’Action légale et politique[modifier]

Beaucoup de gens prennent pour acquis que l’action légale et politique fournit aux hommes de bien les moyens indispensables pour promouvoir des réformes sociales, ou du moins pour maintenir un ordre salutaire dans la société. Par conséquent, on entend dire beaucoup de choses sur le devoir de renforcer certaines lois pénales, voter pour des dirigeants justes, et faire du gouvernement une « terreur pour les malfaiteurs ». Je n’ai pas d’objection contre toute action légale ou politique qui est vraiment une action chrétienne. Je ne nie pas non plus que, sous le système de gouvernement humain qui prévaut, du bien local et temporaire a été fait par des poursuites devant les tribunaux, des votes dans les élections populaires, et l’exercice des fonctions de la magistrature. Mais j’affirme qu’il y a très peu d’action légale et politique dans ce système qui est une action purement chrétienne. Et je nie que, par l’action légale et politique, les prétendues hommes de bien fassent au moins la moitié de ce qu’ils font pour promouvoir l’ordre salutaire et la réforme morale de la société qu’ils ne le font pour les saboter. Les notions communes en ce qui concerne ces questions sont extrêmement superficielles, illusoires et funestes. Voyons les faits :

1. N’est-il pas vrai que les hommes zélés pour la coercition légale, qui se consacrent à la poursuite des criminels comme à une important devoir, deviennent généralement incapables d’action morale volontaire, patiente et persuasive ? Ne deviennent-ils pas uniquement des adeptes de la contrainte ? Ne deviennent-ils pas désagréables pour les esprits humbles, et objets de méfiance pour les sans-lois ? N’est-ce pas généralement le cas ? J’en suis certain. Compter sur la force pénale préjudiciable comme moyen pour promouvoir la réforme sociale coûte plus qu’il donne de résultats ; elle agit en morale seulement un peu moins funestement qu’en religion.

2. N’est-il pas vrai que des hommes pareillement bons sont divisés parmi tous les partis politiques rivaux, et que, sous prétexte de faire leur devoir envers Dieu et l’humanité, ils votent positivement pour et contre les mêmes hommes et les mêmes mesures, en contrecarrant mutuellement, autant que possible, les préférences les uns des autres ? Tout le monde sait cela. Est-ce que Dieu leur fait un devoir de pratiquer une telle hostilité d’effort et cette pure contradiction au scrutin ! Est-ce que l’humanité éclairé l’inspire ! Non ; il doit y avoir de la tricherie quelque part dans le jeu. Le Saint-Esprit ne blasphème pas le Saint-Esprit ; et Satan ne repousse pas Satan. Soit que les hommes ne sont pas bons, ou bien leurs notions du devoir sont fausses.

3. N’est-il pas vrai que les hommes les plus scrupuleusement moraux et circonspects dans tous les partis politiques rivaux se trouvent uniformément, à de rares exceptions, dans les rangs et les files de leur parti, ou dans les postes inférieurs ? Est-ce que les hommes les plus sages et les meilleurs de tous les partis sont mis de l’avant comme leaders ? Les managers – ceux qui tirent réellement les ficelles — ne sont-ils pas généralement des hommes égoïstes et sans scrupule ? Quelques que soient les exceptions, n’est-ce pas la règle générale ? Nous savons tous que c’est le cas. Alors, comment expliquer cela en supposant que l’action politique est si bien adapté à la réforme morale et à l’ordre salutaire dans la société ? Les faits contredisent la théorie. Les hommes de bien dans les partis politiques ne sont pas les meneurs mais les menés. Ils n’utilisent pas l’action politique a une noble fin, mais sont eux-mêmes les dupes et les jouets de managers immoraux – proposés, disposés, premiers, derniers, au centre ou sur le côté, seulement de la manière qu’ils seront vus et considérés à leur avantage. Tout ce qu’ils veulent est de se faire voir et être considérés contre la même classe dans l’autre parti. Leur emploi est de donner de la respectabilité, de la réputation, et du capital moral à leur parti. Ils sont les « appeaux » les « canards privés », de leurs managers. La manière qu’ils sont utilisés et le jeu des iniquité qui est joué en sont les preuves. Cependant, c’est ce que beaucoup d’âmes naïves appellent « avoir de l’influence. »

4. N’est-il pas vrai que parmi les très rares hommes de haute qualité morale qui sont dans les quartiers généraux de la distinction politique il n’y en a pas un sur dix qui évite la contamination, ou le dégoût complet ?

Qu’est-ce que tous ces faits prouvent ? Que sous le système actuel de gouvernement l’action politique et légale est généralement anti-chrétienne. Que les hommes politiques de bien ont surtout de l’influence en tant qu’instruments pour le mal. Et que les hommes de bien non-politiques sont les plus susceptibles de rendre les légistes et les politiciens décents dans les affaires du gouvernement.

Comment réformer le gouvernement[modifier]

Les gouvernements existants ont leurs mérites. Ils pourraient être pires qu’ils le sont. Ils sont aussi bons que la grande masse des gens le demande, ou sont capables de l’apprécier. Si on leur offrait des constitutions chrétiennes qui ont atteint leur développement complet, ils voteraient contre avec mépris. Si nous pouvions les abuser a en accueillir une, ils ne sauraient pas comment vivre sous son égide. Les gouvernements sont les représentants convenables de la lumière religieuse collective, du sentiment moral, et du développement intellectuel des gens. Les personnes avec une religion fausse et basse, une moralité fausse et basse, et un intellect sous-développé, ont une organisation correspondante de la société qui est fausse et basse, et un gouvernement faux et bas. Un esquimau, un hottentot ou un nouvel-hollandais imaginerait un gouvernement esquimau, hottentot, ou nouvel-hollandais. La raison pour laquelle nous n’avons pas un gouvernement chrétien est que notre peuple n’est pas une collectivité de chrétiens. La religion collective est très en dessous du standard chrétien. La conscience collective et le sentiment moral des gens est semi-barbare. Et leur intellect n’est pas encore suffisamment amélioré par la connaissance et la discipline pour qu’il voient comment leur religion et leur moralité est vulgaire. Ils ne sont, en conséquence, même pas honteux de la guerre et de l’esclavage. Ils ne réalisent pas que ces abominations grossières sont leur disgrâce et leur calamité. Nous devons les éclairer, accroître leur intellect, purifier leur sentiment moral, ranimer leur conscience, et réformer leurs idées religieuses.

Cela ne se fera pas en votant aux scrutins, en cherchant des postes d’influence dans le gouvernement, et en nous liant à des conventions anti-chrétiennes. Cela doit se faire par des pures préceptes chrétiens inculqués fidèlement, et des pures exemples chrétiens, de la part de ceux qui ont eu la faveur de recevoir et d’embrasser les vérités supérieures. Ils doivent proposer le vrai standard, faire briller leur lumière, et persévérer patiemment dans la grand travail de créer un esprit et un cœur nouveau dans la population. Ils ne doivent rien faire pour déprécier ou empêcher tout ce soit qui est bon dans l’ordre actuel de la société et le gouvernement. Cependant, ils doivent encore moins empêcher leur propre témoignage, par l’opposition séditieuse au gouvernement, ou la participation volontaire à ses péchés. Ils ne doivent pas falsifier leurs principes en marchant de pair avec le gouvernement pour faire le mal, en allant à l’encontre de ses torts par des moyens anti-chrétiens, ou en condamnant ce qui est juste et bon en soi. C’est la voie étroite et juste du Christ.

Quand une grande partie de la population aura été éclairée et convertie à la non-résistance chrétienne, l’opinion public commencera à s’opposer avec tant de force aux guerres et à tout le système d’infliction de préjudices que la partie la moins éclairée et la moins consciente cédera au courant sans s’en rendre compte, et l’une après l’autre les reliques du barbarisme seront « jeter aux rats et aux chauves-souris ». Le gouvernement sera ainsi ultimement christianisé, et les disciples les plus scrupuleux du Sauveur non-résistant se sentiront libres d’y effectuer tout service que le bien public pourrait requérir. Que de travail à accomplir ! Il est commencé et progressera beaucoup plus vite que les non-croyants railleurs et les amis timides pourraient l’anticiper ; même s’il ne fait pas doute que son achèvement est encore éloigné.

De ce point de vue du sujet, il serait bête au plus haut point pour une poignée de non-résistants de se lancer en politique, et de s’atteler au char aux roues meurtrières du jaggernaut, dans l’espoir d’influencer la multitude abrutie à renoncer à son idolâtrie ! Ce serait pour eux une trahison pour leur cause, et un entichement farfelu, de jouer à de telles singeries. Leur mission est plutôt de « n’avoir aucun rapport avec les œuvres stériles des ténèbres, et de les réprouver » ; d’enseigner, et non de numéroter les gens ; de montrer un modèle de ce qui devrait être, non de se conformer à ce qui est ; de témoigner contre la méchanceté spirituelle en hauts lieux, de faire comprendre à leur juste valeur et avoir en horreur les abominations répandues dans le pays ; de diffuser la lumière et d’appeler les gens à la repentance ; de réformer nos trente milles prédicateurs religieux de sorte qu’au lieu de prononcer des bénédictions sur le pouvoir militaire et ses déploiements, d’en présenter l’apologie, de le patronner, et de l’inculquer, ils puissent le considérer et en parler avec la même aversion qu’ils le font maintenant du culte des idoles ; de convertir nos centaines de milliers de membres d’églises à ce christianisme originelle qui donnait aux premiers disciples la force de dire, face à la menace de mort, « Je suis un chrétien, et je ne peux pas me battre ».

Quand nous aurons fait tout cela nous commencerons à penser à voter et à accepter des postes dans le gouvernement. Nous croyons que nous ne serons plus obligé de souscrire à des constitutions qui font de nos gouverneurs et présidents des « commandants en chef des armées, » ou qui investissent le Congrès avec le pouvoir discrétionnaire de « déclarer la guerre, et d’accorder des lettres de marque de de représailles » — des crimes flagrant contre Dieu et contre l’humanité. Si c’est ce que nous devrions faire, alors pourquoi attaquer à coup de hache la racine de l’arbre, et non-participer jusqu’à ce que ce qu’un meilleur jour se soit levé sur le monde. Telle est la méthode par laquelle le véritable christianisme apprends à ses disciples de réformer un gouvernement. Il est vrai que ce n’est pas suivant la « sagesse du monde, qui est folie pour Dieu, » mais selon la justice qui vient d’en haut, qui est premièrement pure, ensuite pacifique, douce, conciliante, pleine de miséricorde et de bons fruits, sans partialité et sans hypocrisie.

La Force préjudiciable non-essentielle au gouvernement[modifier]

L’opposant me dira maintenant que je suis un utopiste et un rêveur, que je poursuis une chimère d’imaginer un gouvernement sans pouvoir guerrier en dernier recours – sans pouvoir meurtrier de contrainte pour supprimer le crime individuel et la violence voyoucratique. Qu’un tel gouvernement serait un corps sans âme – une maison sans fondation – une abstraction non-résistante impuissante ; quelque chose qui ne peut pas exister sur la terre, au moins aussi longtemps qu’il y aura des imperfections humaines. Je sais que c’est l’opinion courante concernant les gouvernements. Mais elle est erronée, le fruit mauvais de l’ignorance – une pure illusion. Un peu de réflexion démontrera qu’elle n’a absolument aucun fondement. Elle tire toute sa plausibilité des représentations passées et restantes du barbarisme. Puisque les hommes ont été barbares, et que leurs lois et leurs châtiments ont été barbares, on prend pour acquis qu’il ne peut pas en être autrement ; exactement comme l’africain au centre de la zone torride supposait qu’il ne pouvait pas y avoir une chose telle que la glace parce qu’ils n’en avait jamais vu aucune ; et exactement comme notre population ignorante suppose qu’il ne peut pas exister rien de différent que ce qu’elle a observé.

Supposons que quelqu’un affirmerait avec assurance qu’il ne peut pas y avoir aujourd’hui un homme faisant des affaires au sein de l’humanité sans un chapeau militaire sur la tête, une épée pendillante à son côté, ou un mousquet sur l’épaule, ou au moins un pistolet et un couteau-poignard auprès de lui ; que personne ne pourrait vivre sur la terre sans menacer de se battre ou se battre effectivement, ou au moins être armé pour se battre. Qui ne verrait pas l’absurdité de son affirmation ! L’homme et les moyens de l’homme pour préserver sa vie ne vont pas nécessairement de pair. Le chrétien non-résistant est tout autant un homme que votre personnage d’épée et de poignard, et moins une brute ; et le premier a bien plus de chance que le dernier d’être heureux, d’avoir un traitement civil dans le monde, et de vivre longtemps. Supposons que quelqu’un affirmerait qu’il ne peut pas y avoir une chose comme une famille ou un bon gouvernement familiale sans arme et sans chien pour se défendre contre les maraudeurs, ou beaucoup de bâtons-badines pour taper sur le dos des enfants. Est-ce que cela démontrerait autre chose que l’ignorance et la petitesse du développement moral de celui qui le soutien ? Supposons qu’un autre dirait qu’il ne peut pas exister une église du Christ sans inquisition et sans autodafés. Les hommes intelligents, qui réfléchissent, et dont les sentiments moraux sont christianisés savent le contraire.

Dans quelles circonstances le pays pourrait avoir un gouvernement non-résistant[modifier]

Que nous ayons un jour les deux-tiers de la population des États-Unis (incluant ceux qui sont, ou qu’on penserait chrétiens, philanthropes, gens d’intelligence et citoyens ordonnés) fermement résolu à la non-résistance, telle qu’expliquée et illustrée dans ce livre, et, même avec une grande part d’imperfection se prolongeant encore en eux, le gouvernement pourrait se passer triomphalement de son armée, sa marine, sa milice, la peine capitale, et toutes les formes d’infliction de préjudices. À la lumière qui est nécessaire pour effectuer un changement si général de l’opinion publique, une partie considérable des gens auraient reconstruit la société du voisinage par l’association volontaire, de manière à faire presque disparaître l’intempérance, la paresse, la débauche, la mauvaise éducation, la pauvreté et la brutalité, et assurer les opportunités, les incitations et les moyens requis pour une grande amélioration de soi-même et l’utilité sociale. La conséquence serait que très peu de pauvres gens resteraient sans une forte garde morale de vrais amis sages pour prendre soin de leur bien-être. Une cure salutaire serait appliquée avec un grand succès aux ignorants et vicieux, en même temps que des préventifs puissants seraient appliqués à la nouvelle génération.

Dans de telles circonstances, supposons qu’un gouvernement vraiment chrétien administre les affaires générales des divers états et de la nation. Comme il aurait peu à faire, comme il pourrait bien l’accomplir, et comme les fardeaux de ses fonctionnaires et sa population seraient légers ? Il aurait à peine besoin de trente millions de dollars pour maintenir un tel gouvernement chaque année. Il ne dépenserait pas quatre-vingt pour cent de toute leur recettes sur des navires de guerre, des forts, des arsenaux, des troupes, etc. S’il dépensait la moitié de cette somme à réformer les quelques vicieux restants, la bonne éducation de la jeunesse et l’encouragement de la vertu parmi toute la population, leur travail serait réduit dans le domaine de la justice. Si un individu déréglé enfreignait les limites de la décence ici et là, toute la force du sentiment public renouvelé l’entourerait et se presserait lui comme les eaux de l’océan, et une légère force non-préjudiciable préviendrait un outrage personnel dans les cas les plus extrêmes. Et tous les jours les causes de ces cas extrêmes subiraient un processus d’annihilation. Pendant ce temps, l’Angleterre et les autres grandes nations, avec lesquels nous avons un rapport de familiarité fréquent et croissant, rivaliseraient avec nous non pas pour savoir qui aurait l’armée et la marine la plus puissante et serait capable de faire le plus de mal, mais à qui mènerait l’œuvre glorieuse de reformer, d’améliorer et de bénir la race humaine. Le patriotisme ne marcherait plus d’un air important en uniforme, ne raconterait pas des exploits de bandits, et ne provoquerait pas des querelles entre semblables pour le crime d’être né à l’étranger, ou de l’autre côté d’une montagne ou d’une rivière. Il mettrait sa gloire dans une justice supérieure, l’humilité, la patience et la clémence.

O ère glorieuse, que je vois approcher en souriant sur mon pays et le monde. Tu avances en silence majestueux à la limite lointaine de l’horizon. Des nuages de poussières s’interposent entre toi et le présent sauvage. Ils te cachent du regard de la multitude affairée et turbulente. Les prophètes même ne peuvent que faiblement discerner ta belle silhouette. Mais tu te rapproches. Des anges sont des avants-coureurs. Les étoiles du matin chantent ensemble à ta suite, et ceux qui croient en Dieu crient de joie. En temps opportuns les cieux embrasseront la terre de ta présence, et la terre sera renouvelé à la bénédiction du ciel.

L’État actuel des choses[modifier]

Mais nous devons revenir de notre vision, et écouter encore les sarcasme du scepticisme, les murmures de la bigoterie, et le jargon de Babylone la grande. Nous devons écouter ceux qui font de l’épée, du gibet et des dongeons leurs dieux, qui dénoncent la doctrine de miséricorde, et prônent l’efficacité de la cruauté. « Le monde regorge de criminels, disent-ils, des criminels se jetant comme des loups sur leurs proies, et c’est présomption de penser faire confiance à l’amour, la miséricorde, la patience, et aux contraintes non-préjudiciables. Les méchants doivent être massacrés. Les sans-principes doivent être menacés de destruction. Les sans-lois doivent être tenus à distance par les terreurs de la potence et de la prison. Les êtres humains sont trop dépravés pour être considérés et traités comme des frères ».

C’est le langage de nos hommes réputés sages et intègres, en qui l’on suppose faussement que se trouvent les premiers rangs de la société. C’est le langage d’hommes qui ont besoin de renaître avant de pouvoir entrer dans le Royaume de Dieu – des Pharisiens et des Sadducéens, des bigots et des moralistes hautains, qui ne savent pas ce qu’il y a dans leur propre cœur, ni « de quels esprits ils sont faits ». Ils ne cherchent pas les causes des crimes. Ils n’ont pas d’intérêt ni de sentiment pour leurs semblables qui sont nés et ont vécus dans les pires conditions possibles. Ils ne voient pas que neuf-dixième des crimes de ceux qu’ils se vantent d’amener au châtiment pourrait avoir été prévenu, si ces prétendues bonnes gens avaient été assez bonnes pour se soucier des autres au-delà de leurs propres liens du sang. Ils sont eux-mêmes de grands pêcheurs, et ont besoin d’une grande miséricorde ; cependant ils ont peu de compassion pour les pêcheurs de leur propre sorte d’un rang inférieur. Ils vivent dans une espèce de décence conventionnelle, et imagine que c’est la vraie moralité. Il sont revêtus des vêtements à la mode d’un égoïsme superfin, et s’imaginent vainement être acceptable pour Dieu. Ils sont avides au plus haut degré des biens de ce monde, et se complaisent au milieu des extravagances, mais ne pensent qu’à la culpabilité et aux peines méritées par les voleurs et les brigands. Qu’ils fassent grâce de leurs malédictions contre la classe punissable de leurs semblables. Que chacun d’entre eux se pose la question suivante :

Dans quelle mesure suis-je par nature une meilleure personne que les meurtriers, les voleurs, les brigands et les misérables accusés que je déteste tant ? Si j’étais né de leur parents, et que j’avais été élevé comme eux, négligé par les classes privilégiées comme eux, tenté comme eux, et traité comme eux, serais-je aujourd’hui ce que je suis ? N’aurais-je pas été l’un d’entre eux, haï et poursuivi comme un réprouvé sans espoir ? Combien d’attention ai-je portée, durant toute ma vie, à considérer les causes qui rendent une personne différente d’une autre ? Combien de temps ai-je passé à des efforts sérieux pour empêcher mes semblables de tomber dans ces crimes, en les éduquant en tant qu’enfants, en leur assurant une bonne maison de travail et de confort en tant que jeunes personnes, et à les persuader à l’âge mature de mener des vies ordonnées ? Combien de pensées, combien d’affections, combien de temps, combien d’argent ai-je consacrés à ces fins ? Ai-je réfléchi à ces choses ; ai-je élevé ma famille à les considérer ? Les ai-je exprimées à mes voisins ? Les ai-je proposées à mes coreligionnaires et à mes collègues ? Me suis-je efforcé par le précepte, la persuasion et l’exemple d’unir mes amis pour prévenir le paupérisme, le vice et le crime ? Ou ai-je surtout penser à réprimer et punir le crime ? Ai-je passé presque toute mon attention et tous mes efforts sur moi-même et ma propre famille, pour obtenir des biens, de la distinction de rang, de la gloire, me mettre en avant et satisfaire mes appétits ? N’ai-je pas vécu tout ce temps pour moi-même, pour mon propre petit cercle de relations et d’amis ? Qu’est-ce que ma religion a fait pour faire de moi un chrétien à l’exemple du Jésus ? Quelle a été ma moralité si ce n’est une décence mondaine ? Et n’ai-je pas fait des choses en secret, en dépit de toute ma religion et ma moralité, qui me jetteraient dans les abysses de la disgrâce s’ils étaient connues ? De quoi puis-je me vanter ? Pourquoi ai-je tellement l’intention de punir, au lieu de pardonner à mes semblables pêcheurs moins chanceux et de les réformer ? Est-ce qu’un auto-examen comme celui-là ne rabattrait pas l’orgueil de plusieurs âmes pharisaïques droites à leurs propres yeux, et ne contribuerait pas essentiellement à les purifier ?

En vérité, si le centième de ce que les classes privilégiées de la société acquièrent actuellement en agissant contre la loi de l’amour, et qu’ils dépensent sur eux-mêmes à leur détriment certain, était fidèlement consacré à la prévention du crime et à la réforme, il ne resterait à peu près pas un offenseur dans la société ; et si l’on appliquait judicieusement à ce travail de prévention et de réforme ce qui est dépensé maintenant pour découvrir, juger et punir les criminels, sans plus, cela permettrait d’accomplir dix fois plus pour la société. Mais, hélas, les entrepreneurs vivent et prospèrent en enterrant les morts, de même qu’il n’y a pas peu de gens dans l’organisation actuelle de la société qui vivent en pourchassant et en punissant les criminels. Cependant plusieurs des pires offenseurs se grisent en toute impunité, rendues plus forts par les remparts imprenables des lois pénales. En même temps, l’acquisition courante de la propriété, par ce qu’on appelle les meilleures classes de la société, qui demandent à grands cris « châtiments, châtiments, »  n’est qu’une espèce à la mode de gambling et d’extorsion, dans laquelle les malins, les riches, les sans scrupules emportent la mise au milieu du mécontentement perpétuel de ceux qui ont la malchance de perdre. En outre, l’intempérance et la licence sont admises pour attirer tout le monde par le biais de leur portail autorisé dans les chambres de l’enfer ; et l’esclavage secoue ses fouets et ses chaînes sur six millions de personnes supposément libres, sous la protection de notre bannière étoilée ! Est-il surprenant qu’un tel état de choses, une telle religion, une telle moralité, une tel amour débridé de posséder, un tel égoïsme, et une telle oppression de la part des gouvernants engendre, entretienne et perpétue toute sortes de vices et de crimes dans les sous-classes de la société ? Pas du tout.

Par conséquent, la non-résistance chrétienne proteste contre l’impiété des classes punissantes, ainsi que punies. Elle propose et insiste pour une réforme radicale. Quand cette réforme aura été menée jusqu’à un certain point, un gouvernement qui n’est pas corrompu par le pouvoir militaire et le préjudice pénal sera faisable et immanquable. Pour montrer qu’un tel gouvernement est possible, je vais maintenant présenter un extrait clair, plein de discernement, et irréfutable de M. Guizot, premier ministre de France.[4]

EXTRAIT D’UN COURS DE M. GUIZOT

N’est ce pas se faire du gouvernement en général une bien petite et grossière idée que de croire qu’il réside uniquement, qu’il réside même surtout dans la force qu’il déploie pour se faire obéir, dans son élément coercitif.

Je sors du point de vue religieux ; je prends le gouvernement civil. Suivez, je vous prie, avec moi, le simple cours des faits. La société existe : il y a quelque chose à faire, n’importe quoi, dans son intérêt, en son nom ; il y a une loi à rendre, une mesure à prendre, un jugement à prononcer. À coup sûr, il y a aussi une bonne manière de suffire à ces besoins sociaux ; il y a une bonne loi à faire, un bon parti à prendre, un bon jugement à prononcer. De quelque chose qu’il s’agisse, quel que soit l’intérêt mis en question, il y a en toute occasion une vérité qu’il faut connaître, et qui doit décider de la conduite.

La première affaire du gouvernement, c’est de chercher cette vérité, de découvrir ce qui est juste, raisonnable, ce qui convient à la société. Quand il l’a trouvé, il le proclame. Il faut alors qu’il tâche de le faire entrer dans les esprits, qu’il se fasse approuver des hommes sur lesquels il agit, qu’il leur persuade qu’il a raison. Y a-t-il dans tout cela quelque chose de coercitif ? Nullement. Maintenant, supposez que la vérité qui doit décider de l’affaire, n’importe laquelle, supposez, dis-je, que cette vérité une fois trouvée et proclamée, tout à coup toutes les intelligences soient convaincues, toutes les volontés déterminées, que tous reconnaissent que le gouvernement a raison, et lui obéissent spontanément ; il n’y a point encore de contrainte, il n’y a pas lieu à employer la force. Est-ce que par hasard le gouvernement ne subsisterait pas ? Est-ce que, dans tout cela, il n’y aurait point eu de gouvernement ? Évidemment, il y aurait eu gouvernement, et il aurait accompli sa tâche. La contrainte ne vient que lorsque la résistance des volontés individuelles se présente, lorsque l’idée, le parti que le pouvoir a adopté n’obtient pas l’approbation ou la soumission volontaire de tous. Le gouvernement emploie alors la force pour se faire obéir ; c’est le résultat nécessaire de l’imperfection humaine ; imperfection qui réside à la fois et dans le pouvoir et dans la société. Il n’y aura jamais aucun moyen de l’éviter absolument ; les gouvernements civils seront toujours obligés de recourir, dans une certaine mesure, à la contrainte. Mais évidemment la contrainte ne les constitue pas ; toutes les fois qu’ils peuvent s’en passer, ils s’en passent, et au grand bien de tous ; et leur plus beau perfectionnement, c’est de s’en passer, de se renfermer dans les moyens purement moraux, dans l’action exercée sur les intelligences ; en sorte que, plus le gouvernement se dispense de la contrainte et de la force, plus il est fidèle à sa vraie nature, et s’acquitte bien de sa mission. Il ne se réduit point, il ne se retire point alors, comme on le répète vulgairement ; il agit d’une autre manière, et d’une manière infiniment plus générale et plus puissante. Les gouvernements qui emploient le plus la contrainte font bien moins de choses que ceux qui ne l’emploient guère. En s’adressant aux intelligences, en déterminant les volontés libres, en agissant par des moyens purement intellectuels, le gouvernement, au lieu de se réduire, s’étend, s’élève ; c’est alors qu’il accomplit le plus de choses, et de grandes choses. C’est, au contraire, lorsqu’il est obligé d’employer sans cesse la contrainte et son bras physique qu’il se resserre, se rapetisse, et fait très peu, et fait mal ce qu’il fait.

L’essence du gouvernement ne réside donc nullement dans la contrainte, dans l’emploi de la force [brute] ; ce qui le constitue avant tout, c’est un système de moyens et de pouvoirs, conçu dans le dessein d’arriver à la découverte de ce qu’il convient de faire dans chaque occasion, à la découverte de la vérité qui a droit de gouverner la société, pour la faire entrer ensuite dans les esprits, et la faire adopter volontairement, librement. La nécessité et la présence d’un gouvernement sont donc très concevables, quand même il n’y aurait lieu à aucune contrainte, quand même elle y serait absolument interdite.

Conclusion[modifier]

Est-ce satisfaisant ? Est-ce concluant ? Ce doit l’être. Ce n’est pas la langage d’un non-résistant enthousiaste — un rêveur utopiste – mais de M. Guizot, le premier ministre accompli et intelligent de Louis-Philipppe. Que les arrogants contempteurs de l’idée d’un gouvernement purement chrétien retourne le sujet, et réfléchissent à savoir si leur scepticisme est issu de la connaissance ou de l’ignorance. Le cas est peu douteux pour un esprit en bon état. Le grand prérequis de l’établissement d’un tel gouvernement a déjà été indiqué. C’est une réforme religieuse, morale et intellectuelle parmi les gens, qui leur donne une foi plus chrétienne, une conscience plus chrétienne, un intellect plus éclairé, et une moralité plus pure.

La non-résistance épouse cette noble tâche et la poursuivra sans hésiter jusqu’à son heureux achèvement. Pour la faire avancer les fidèles mettront de côté toute ambition militaire, politique, mondaine et pécuniaire – tous les fardeaux qui encombrent — et hâtera le pas vers le but, en vue du prix de leur appel d’en haut en Jésus Christ ; endurant la croix et méprisant la honte, jusqu’à ce qu’ils entrent dans sa gloire et participent à la majesté de son royaume. Il est le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs ; et les royaumes de ce monde deviendront les siens dans la justice et la paix.
  1. « Fellow-worms » écrit Ballou. NDT.
  2. Voir Bible; Ésaîe 60, 18.
  3. Un wampum est un collier de coquillages. NDT.
  4. François Guizot (1787-1874), professeur d’histoire à l’Université de Paris, ministre de l’instruction publique (1832-1837), ambassadeur en Angleterre (1840), ministre des affaires étrangères (1840-1847) et Premier ministre de France (1847-1848). Après la révolution de 1848 il a repris sa carrière d’historien. Son Histoire de la civilisation en Europe (1828) a été publiée en traduction anglaise en 1846.