Abrutissement

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Dernières chansonsMichel Lévy Frères (p. 325-327).


Les hommes sont si mauvais
Que, sans pleurer, je m’en vais
     Du monde.
Pour la haine ou l’amitié
Je n’ai plus qu’une pitié
     Profonde.

Au point de nous empester,
Chaque jour on voit monter
     Les fanges.
Dans mon désespoir fougueux
Je ne crois pas plus aux gueux
     Qu’aux anges.

J’ai souffert tant

de tourments,
J’ai connu tant de serments
     Frivoles,
Que j’évite avec grand soin,
Amour, les lieux où de loin
     Tu voles !

Las d’aller, les bras pendants,
Des noirs coquins aux pédants
     Moroses,
J’ai placé tout mon orgueil
À planter près de mon seuil
     Des roses.

Je mange et je dors en chien
Plus rien de noble et plus rien
     D’austère !
Comme d’un cruchon fêlé,
Mon esprit s’en est allé
     Par terre.

Tout, d’ailleurs, en ce séjour,
Suit le maître, et par amour
     L’imite ;

Et la nature a lutté
Avec ma stupidité
     D’ermite.

Les arbres de mon jardin
Penchent d’un air anodin
     Leurs têtes ;
Et les bêtes dans ma cour
Deviennent de jour en jour
     Plus bêtes.


Juin 1869.