Antoine et Cléopâtre (Shakespeare, trad. Guizot)/Acte premier

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ANTOINE ET CLÉOPÂTRE

TRAGÉDIE



PERSONNAGES :
MARC-ANTOINE,
OCTAVE CÉSAR,
M. EMILIUS LÉPIDUS,
triumvirs. TAURUS, lieutenant de César.
CASSIDIUS, lieutenant d’Antoine.
SEXTUS POMPÉIUS. SILIUS, officier de l’armée de Ventidius.
DOMITIUS ÉNOBARBUS,
VENTIDIUS,
ÉROS,
SCARUS,
DERCÉTAS,
DÉMÉTRIUS,
PHILON,
amis d’Antoine.
SILIUS, officier de l’armée de Ventidius.
EUPHRODIUS, député d’Antoine à César.
ALEXAS, MARDIAN, SÉLEUCUS et DIOMÈDE,
  serviteurs de Cléopâtre.
MÉCÈNE,
AGRIPPA,
DOLABELLA,
PROCULÉIUS,
THYREUS,
amis de César. Un devin.
Un paysan.
CLÉOPÂTRE, reine d’Égypte.
OCTAVIE, sœur de César,femme d’Antoine.
 
GALLUS,
MÉNAS,
MÉNÉCRATE,
VARIUS,
amis de Pompée. CHARMIANE,
IRAS,
femmes de Cléopâtre.
Officiers.
Soldats.
  Messagers et serviteurs.
La scène se passe dans diverses parties de l’empire romain.

ACTE PREMIER


Scène I

Alexandrie. — Un appartement du palais de Cléopâtre.


Entrent DÉMÉTRIUS et PHILON.


Philon.

En vérité, ce fol amour de notre général passe la mesure. Ses beaux yeux, qu’on voyait, au milieu de ses légions rangées en bataille, étinceler, comme ceux de Mars armé, maintenant tournent leurs regards, fixent leur attention sur un front basané. Son cœur de guerrier, qui, plus d’une fois, dans la mêlée des grandes batailles, brisa sur son sein les boucles de sa cuirasse, dément sa trempe. Il est devenu le soufflet et l’éventail qui apaisent les impudiques désirs d’une Égyptienne[1]. Regarde, les voilà qui viennent. (Fanfares. Entrent Antoine et Cléopâtre avec leur suite. Des eunuques agitent des éventails devant Cléopâtre). — Observe-le bien, et tu verras en lui la troisième colonne de l’univers[2] devenue le jouet d’une prostituée. Regarde et vois.


Cléopâtre.

Si c’est de l’amour, dites-moi, quel degré d’amour ?


Antoine.

C’est un amour bien pauvre, celui que l’on peut calculer.


Cléopâtre.

Je veux établir, par une limite, jusqu’à quel point je puis être aimée.


Antoine.

Alors il te faudra découvrir un nouveau ciel et une nouvelle terre.

(Entre un serviteur.)

Le serviteur.

Des nouvelles, mon bon seigneur, des nouvelles de Rome !


Antoine.

Ta présence m’importune : sois bref.


Cléopâtre.

Non ; écoute ces nouvelles, Antoine, Fulvie peut-être est courroucée. Ou qui sait, si l’imberbe César ne vous envoie pas ses ordres suprêmes : Fais ceci ou fais cela ; empare-toi de ce royaume et affranchis cet autre : obéis, ou nous te réprimanderons.


Antoine.

Comment, mon amour ?


Cléopâtre.

Peut-être, et même cela est très-probable, peut-être que vous ne devez pas vous arrêter plus longtemps ici ; César vous donne votre congé. Il faut donc l’entendre, Antoine. — Où sont les ordres de Fulvie ? de César, veux-je dire ? ou de tous deux ? — Faites entrer les messagers. — Aussi vrai que je suis reine d’Égypte, tu rougis, Antoine : ce sang qui te monte au visage rend hommage à César ; ou c’est la honte qui colore ton front, quand l’aigre voix de Fulvie te gronde. — Les messagers !


Antoine.

Que Rome se fonde dans le Tibre, que le vaste portique de l’empire s’écroule ! C’est ici qu’est mon univers. Les royaumes ne sont qu’argile. Notre globe fangeux nourrit également la brute et l’homme. Le noble emploi de la vie, c’est ceci (il l’embrasse), quand un tendre couple, quand des amants comme nous peuvent le faire. Et j’invite le monde sous peine de châtiment à reconnaître que nous sommes incomparables !


Cléopâtre.

Ô rare imposture ! Pourquoi a-t-il épousé Fulvie s’il ne l’aimait pas ? Je semblerai dupe, mais je ne le suis pas. — Antoine sera toujours lui-même.


Antoine.

S’il est inspiré par Cléopâtre. Mais au nom de l’amour et de ses douces heures, ne perdons pas le temps en fâcheux entretiens. Nous ne devrions pas laisser écouler maintenant sans quelque plaisir une seule minute de notre vie… Quel sera l’amusement de ce soir ?


Cléopâtre.

Entendez les ambassadeurs.


Antoine.

Fi donc ! reine querelleuse, à qui tout sied : gronder, rire, pleurer : chaque passion brigue à l’envie l’honneur de paraître belle et de se faire admirer sur votre visage. Point de députés ! Je suis à toi, et à toi seule, et ce soir, nous nous promènerons dans les rues d’Alexandrie, et nous observerons les mœurs du peuple… Venez, ma reine : hier au soir vous en aviez envie. (Au messager.) Ne nous parle pas.

(Ils sortent avec leur suite.)

Démétrius.

Antoine fait-il donc si peu de cas de César ?


Philon.

Oui, quelquefois, quand il n’est plus Antoine, il s’écarte trop de ce caractère qui devrait toujours accompagner Antoine.


Démétrius.

Je suis vraiment affligé de voir confirmer tout ce que répète de lui à Rome la renommée, si souvent menteuse : mais j’espère de plus nobles actions pour demain… Reposez doucement !



Scène II

Un autre appartement du palais.
Entrent CHARMIANE, ALEXAS, IRAS et un Devin.


Charmiane.

Seigneur Alexas, cher Alexas, incomparable, presque tout-puissant Alexas, où est le devin que vous avez tant vanté à la reine ? Oh ! que je voudrais connaître cet époux, qui, dites-vous, doit couronner ses cornes de guirlandes[3] !


Alexas.

Devin !


Le devin.

Que désirez-vous ?


Charmiane.

Est-ce cet homme ?… Est-ce vous, monsieur, qui connaissez les choses ?


Le devin.

Je sais lire un peu dans le livre immense des secrets de la nature.


Alexas.

Montrez-lui votre main.

(Entre Énobarbus.)

Énobarbus.

Qu’on serve promptement le repas : et du vin en abondance, pour boire à la santé de Cléopâtre.


Charmiane.

Mon bon monsieur, donnez-moi une bonne fortune.


Le devin.

Je ne la fais pas, mais je la devine.


Charmiane.

Eh bien ! je vous prie, devinez-m’en une bonne.


Le devin.

Vous serez encore plus belle que vous n’êtes.


Charmiane.

Il veut dire en embonpoint.


Iras.

Non ; il veut dire que vous vous farderez quand vous serez vieille.


Charmiane.

Que les rides m’en préservent !


Alexas.

Ne troublez point sa prescience, et soyez attentive.


Charmiane.

Chut !


Le devin.

Vous aimerez plus que vous ne serez aimée.


Charmiane.

J’aimerais mieux m’échauffer le foie avec le vin.


Alexas.

Allons, écoutez.


Charmiane.

Voyons, maintenant, quelque bonne aventure ; que j’épouse trois rois dans une matinée, que je devienne veuve de tous trois, que j’aie à cinquante ans un fils auquel Hérode[4] de Judée rende hommage. Trouve-moi un moyen de me marier avec Octave César, et de marcher l’égale de ma maîtresse.


Le devin.

Vous survivrez à la reine que vous servez.


Charmiane.

Oh ! merveilleux ! J’aime bien mieux une longue vie que des figues[5].


Le devin.

Vous avez éprouvé dans le passé une meilleure fortune que celle qui vous attend.


Charmiane.

À ce compte, il y a toute apparence que mes enfants n’auront pas de nom[6]. Je vous prie, combien dois-je avoir de garçons et de filles ?


Le devin.

Si chacun de vos désirs avait un sein fécond, vous auriez un million d’enfants.


Charmiane.

Tais-toi, insensé ! Je te pardonne, parce que tu es un sorcier.


Alexas.

Vous croyez que votre couche est la seule confidente de vos désirs.


Charmiane.

Allons, viens. Dis aussi à Iras sa bonne aventure.


Alexas.

Nous voulons tous savoir notre destinée.


Énobarbus.

Ma destinée, comme celle de la plupart de vous, sera d’aller nous coucher ivres ce soir.


Le devin.

Voilà une main qui présage la chasteté, si rien ne s’y oppose d’ailleurs.


Charmiane.

Oui, comme le Nil débordé présage la famine…


Iras.

Allez, folâtre compagne de lit, vous ne savez pas prédire.


Charmiane.

Oui, si une main humide n’est pas un pronostic de fécondité, il n’est pas vrai que je puisse me gratter l’oreille. — Je t’en prie, dis-lui seulement une destinée tout ordinaire.


Le devin.

Vos destinées se ressemblent.


Iras.

Mais comment, comment ? Citez quelques particularités.


Le devin.

J’ai dit.


Iras.

Quoi ! n’aurai-je pas seulement un pouce de bonne fortune de plus qu’elle ?


Charmiane.

Et si vous aviez un pouce de bonne fortune de plus que moi, où le choisiriez-vous ?


Iras.

Ce ne serait pas au nez de mon mari.


Charmiane.

Que le ciel corrige nos mauvaises pensées ! — Alexas ! allons, sa bonne aventure, à lui, sa bonne aventure. Oh ! qu’il épouse une femme qui ne puisse pas marcher. Douce Isis[7], je t’en supplie, que cette femme meure ! et alors donne-lui-en une pire encore, et après celle-là d’autres toujours plus méchantes, jusqu’à ce que la pire de toutes le conduise en riant à sa tombe, cinquante fois déshonoré. Bonne Isis, exauce ma prière, et, quand tu devrais me refuser dans des occasions plus importantes, accorde-moi cette grâce ; bonne Isis, je t’en conjure !


Iras.

Ainsi soit-il ; chère déesse, entends la prière que nous t’adressons toutes ! car si c’est un crève-cœur de voir un bel homme avec une mauvaise femme, c’est un chagrin mortel de voir un laid malotru sans cornes : ainsi donc, chère Isis, par bienséance, donne-lui la destinée qui lui convient.


Charmiane.

Ainsi soit-il.


Alexas.

Voyez-vous ; s’il dépendait d’elles de me déshonorer, elles se prostitueraient pour en venir à bout.


Énobarbus.

Silence : voici Antoine.


Charmiane.

Ce n’est pas lui ; c’est la reine.

(Entre Cléopâtre.)

Cléopâtre.

Avez-vous vu mon seigneur ?


Énobarbus.

Non, madame.


Cléopâtre.

Est-ce qu’il n’est pas venu ici ?


Charmiane.

Non, madame.


Cléopâtre.

Il était d’une humeur gaie… Mais tout à coup un souvenir de Rome a saisi son âme. — Énobarbus !


Énobarbus.

Madame ?


Cléopâtre.

Cherchez-le, et l’amenez ici… — Où est Alexas ?


Alexas.

Me voici, madame, à votre service. — Mon seigneur s’avance.

(Antoine entre avec un messager et sa suite.)

Cléopâtre.

Nous ne le regarderons pas. — Suivez-moi.

(Sortent Cléopâtre, Énobarbus, Alexas, Iras, Charmiane, le devin et la suite.)

Le messager.

Fulvie, votre épouse, s’est avancée sur le champ de bataille…


Antoine.

Contre mon frère Lucius ?


Le messager.

Oui : mais cette guerre a bientôt été terminée. Les circonstances les ont aussitôt réconciliés, et ils ont réuni leurs forces contre César. Mais, dès le premier choc, la fortune de César dans la guerre les a chassés tous deux de l’Italie.


Antoine.

Bien : qu’as-tu de plus funeste encore à m’apprendre ?


Le messager.

Les mauvaises nouvelles sont fatales à celui qui les apporte.


Antoine.

Oui, quand elles s’adressent à un insensé, ou à un lâche ; poursuis. — Avec moi, ce qui est passé est passé, voilà mon principe. Quiconque m’apprend une vérité, dût la mort être au bout de son récit, je l’écoute comme s’il me flattait.


Le messager.

Labiénus, et c’est une sinistre nouvelle, a envahi l’Asie Mineure depuis l’Euphrate avec son armée de Parthes ; sa bannière triomphante a flotté depuis la Syrie, jusqu’à la Lydie et l’Ionie ; tandis que…


Antoine.

Tandis qu’Antoine, voulais-tu dire…


Le messager.

Oh ! mon maître !


Antoine.

Parle-moi sans détour : ne déguise point les bruits populaires : appelle Cléopâtre comme on l’appelle à Rome ; prends le ton d’ironie avec lequel Fulvie parle de moi ; reproche-moi mes fautes avec toute la licence de la malignité et de la vérité réunies. — Oh ! nous ne portons que des ronces quand les vents violents demeurent immobiles ; et le récit de nos torts est pour nous une culture. — Laisse-moi un moment.


Le messager.

Selon votre plaisir, seigneur.

(Il sort.)

Antoine.

Quelles nouvelles de Sicyone ? Appelle le messager de Sicyone.


Premier serviteur.

Le messager de Sicyone ? y en a-t-il un ?


Second serviteur.

Seigneur, il attend vos ordres.


Antoine.

Qu’il vienne. — Il faut que je brise ces fortes chaînes égyptiennes, ou je me perds dans ma folle passion. (Entre un autre messager.) Qui êtes-vous ?


Le second messager.

Votre épouse Fulvie est morte.


Antoine.

Où est-elle morte ?


Le messager.

À Sicyone : la longueur de sa maladie, et d’autres circonstances plus graves encore, qu’il vous importe de connaître, sont détaillées dans cette lettre.

(Il lui donne la lettre.)

Antoine.

Laissez-moi seul. (Le messager sort.) Voilà une grande âme partie ! Je l’ai pourtant désiré. — L’objet que nous avons repoussé avec dédain, nous voudrions le posséder encore ! Le plaisir du jour diminue par la révolution des temps et devient une peine. — Elle est bonne parce qu’elle n’est plus. La main qui la repoussait voudrait la ramener ! — Il faut absolument que je m’affranchisse du joug de cette reine enchanteresse. Mille maux plus grands que ceux que je connais déjà sont près d’éclore de mon indolence. — Où es-tu, Énobarbus ?

(Énobarbus entre.)

Énobarbus.

Que voulez-vous, seigneur ?


Antoine.

Il faut que je parte sans délai de ces lieux.


Énobarbus.

En ce cas, nous tuons toutes nos femmes. Nous voyons combien une dureté leur est mortelle : s’il leur faut subir notre départ, la mort est là pour elles.


Antoine.

Il faut que je parte.


Énobarbus.

Dans une occasion pressante, que les femmes meurent ! — Mais ce serait pitié de les rejeter pour un rien, quoique comparées à un grand intérêt elles doivent être comptées pour rien. Au moindre bruit de ce dessein, Cléopâtre meurt, elle meurt aussitôt ; je l’ai vue mourir vingt fois pour des motifs bien plus légers. Je crois qu’il y a de l’amour pour elle dans la mort, qui lui procure quelque jouissance amoureuse, tant elle est prompte à mourir.


Antoine.

Elle est rusée à un point que l’homme ne peut imaginer.


Énobarbus.

Hélas, non, seigneur ! Ses passions ne sont formées que des plus purs éléments de l’amour. Nous ne pouvons comparer ses soupirs et ses larmes aux vents et aux flots. Ce sont de plus grandes tempêtes que celles qu’annoncent les almanachs, ce ne peut être une ruse chez elle. Si c’en est une, elle fait tomber la pluie aussi bien que Jupiter.


Antoine.

Que je voudrais ne l’avoir jamais vue !


Énobarbus.

Ah ! seigneur, vous auriez manqué de voir une merveille ; et n’avoir pas été heureux par elle, c’eût été décréditer votre voyage.


Antoine.

Fulvie est morte.


Énobarbus.

Seigneur ?


Antoine.

Fulvie est morte.


Énobarbus.

Fulvie ?


Antoine.

Morte !


Énobarbus.

Eh bien ! seigneur, offrez aux dieux un sacrifice d’actions de grâces ! Quand il plaît à leur divinité d’enlever à un homme sa femme, ils lui montrent les tailleurs de la terre, pour le consoler en lui faisant voir que lorsque les vieilles robes sont usées, il reste des gens pour en faire de neuves. S’il n’y avait pas d’autre femme que Fulvie, alors vous auriez une véritable blessure et des motifs pour vous lamenter ; mais votre chagrin porte avec lui sa consolation ; votre vieille chemise vous donne un jupon neuf. En vérité, pour verser des larmes sur un tel chagrin, il faudrait les faire couler avec un oignon.


Antoine.

Les affaires qu’elle a entamées dans l’État ne peuvent supporter mon absence.


Énobarbus.

Et les affaires que vous avez entamées ici ne peuvent se passer de vous, surtout celle de Cléopâtre, qui dépend absolument de votre présence.


Antoine.

Plus de frivoles réponses. — Que nos officiers soient instruits de ma résolution. Je déclarerai à la reine la cause de notre expédition, et j’obtiendrai de son amour la liberté de partir. Car ce n’est pas seulement la mort de Fulvie, et d’autres motifs plus pressants encore, qui parlent fortement à mon cœur : des lettres aussi de plusieurs de nos amis qui travaillent pour nous dans Rome, pressent mon retour dans ma patrie. Sextus Pompée a défié César, et il tient l’empire de la mer. Notre peuple inconstant, dont l’amour ne s’attache jamais à l’homme de mérite, que lorsque son mérite a disparu, commence à faire passer toutes les dignités et la gloire du grand Pompée sur son fils, qui, grand déjà en renommée et en puissance, plus grand encore par sa naissance et son courage, passe pour un grand guerrier ; si ses avantages vont en croissant, l’univers pourrait être en danger. Plus d’un germe se développe, qui, semblable au poil d’un coursier[8], n’a pas encore le venin du serpent, mais est déjà doué de la vie. Apprends à ceux dont l’emploi dépend de nous, que notre bon plaisir est de nous éloigner promptement de ces lieux.


Énobarbus.

Je vais exécuter vos ordres.

(Ils sortent.)



Scène III

CLÉOPÂTRE, CHARMIANE, ALEXAS, IRAS.


Cléopâtre.

Où est-il ?


Charmiane.

Je ne l’ai pas vu depuis.


Cléopâtre.

Voyez où il est ; qui est avec lui, et ce qu’il fait. Je ne vous ai pas envoyée. — Si vous le trouvez triste, dites que je suis à danser ; s’il est gai, annoncez que je viens de me trouver mal. Volez, et revenez.


Charmiane.

Madame, il me semble que si vous l’aimez tendrement, vous ne prenez pas les moyens d’obtenir de lui le même amour.


Cléopâtre.

Que devrais-je faire,… que je ne fasse ?


Charmiane.

Cédez-lui en tout ; ne le contrariez en rien.


Cléopâtre.

Tu parles comme une folle ; c’est le moyen de le perdre.


Charmiane.

Ne le poussez pas ainsi à bout, je vous en prie, prenez garde : nous finissons par haïr ce que nous craignons trop souvent. (Antoine entre.) Mais voici Antoine.


Cléopâtre.

Je suis malade et triste.


Antoine.

Il m’est pénible de lui déclarer mon dessein.


Cléopâtre.

Aide-moi, chère Charmiane, à sortir de ce lieu. Je vais tomber. Cela ne peut durer longtemps : la nature ne peut le supporter.


Antoine.

Eh bien ! ma chère reine…


Cléopâtre.

Je vous prie, tenez-vous loin de moi.


Antoine.

Qu’y a-t-il donc ?


Cléopâtre.

Je lis dans vos yeux que vous avez reçu de bonnes nouvelles. Que vous dit votre épouse ? — Vous pouvez partir. Plût aux dieux qu’elle ne vous eût jamais permis de venir ! — Qu’elle ne dise pas surtout que c’est moi qui vous retiens : je n’ai aucun pouvoir sur vous. Vous êtes tout à elle.


Antoine.

Les dieux savent bien…


Cléopâtre.

Non, jamais reine ne fut si indignement trahie… Cependant, dès l’abord, j’avais vu poindre ses trahisons.


Antoine.

Cléopâtre !


Cléopâtre.

Quand tu ébranlerais de tes serments le trône même des dieux, comment pourrais-je croire que tu es à moi, que tu es sincère, toi, qui as trahi Fulvie ? Quelle passion extravagante a pu me laisser séduire par ces serments des lèvres aussitôt violés que prononcés ?


Antoine.

Ma tendre reine…


Cléopâtre.

Ah ! de grâce, ne cherche point de prétexte pour me quitter : dis-moi adieu, et pars. Lorsque tu me conjurais pour rester, c’était alors le temps des paroles : tu ne parlais pas alors de départ.—L’éternité était dans nos yeux et sur nos lèvres. Le bonheur était peint sur notre front ; aucune partie de nous-mêmes qui ne nous fît goûter la félicité du ciel. Il en est encore ainsi, ou bien toi, le plus grand guerrier de l’univers, tu en es devenu le plus grand imposteur !


Antoine.

Que dites-vous, madame ?


Cléopâtre.

Que je voudrais avoir ta taille. — Tu apprendrais qu’il y avait un cœur en Égypte.


Antoine.

Reine, écoutez-moi. L’impérieuse nécessité des circonstances exige pour un temps notre service ; mais mon cœur tout entier reste avec vous. Partout, notre Italie étincelle des épées de la guerre civile. Sextus Pompée s’avance jusqu’au port de Rome. L’égalité de deux pouvoirs domestiques engendre les factions. Le parti odieux, devenu puissant, redevient le parti chéri. Pompée proscrit, mais riche de la gloire de son père, s’insinue insensiblement dans les cœurs de ceux qui n’ont point gagné au gouvernement actuel : leur nombre s’accroît et devient redoutable, et les esprits fatigués du repos aspirent à en sortir par quelque résolution désespérée. — Un motif plus personnel pour moi, et qui doit surtout vous rassurer sur mon départ, c’est la mort de Fulvie.


Cléopâtre.

Si l’âge n’a pu affranchir mon cœur de la folie de l’amour, il l’a guéri du moins de la crédulité de l’enfance ! — Fulvie peut-elle mourir ?


Antoine.

Elle est morte, ma reine. Jetez ici les yeux et lisez à votre loisir tous les troubles qu’elle a suscités. La dernière nouvelle est la meilleure ; voyez en quel lieu, en quel temps elle est morte.


Cléopâtre.

Ô le plus faux des amants ! Où sont les fioles[9] sacrées que tu as dû remplir des larmes de ta douleur ? Ah ! je vois maintenant, je vois par la mort de Fulvie comment la mienne sera reçue !


Antoine.

Cessez vos reproches, et préparez-vous à entendre les projets que je porte en mon sein, qui s’accompliront ou seront abandonnés selon vos conseils. Je jure par le feu qui féconde le limon du Nil, que je pars de ces lieux votre guerrier, votre esclave, faisant la paix ou la guerre au gré de vos désirs.


Cléopâtre.

Coupe mon lacet, Charmiane, viens ; mais non… laisse-moi : je me sens mal, et puis mieux dans un instant : c’est ainsi qu’aime Antoine !


Antoine.

Reine bien-aimée, épargnez-moi : rendez justice à l’amour d’Antoine, qui supportera aisément une juste procédure.


Cléopâtre.

Fulvie doit me l’avoir appris. Ah ! de grâce, détourne-toi, et verse des pleurs pour elle ; puis, fais-moi tes adieux, et dis que ces pleurs coulent pour l’Égypte. Maintenant, joue devant moi une scène de dissimulation profonde et qui imite l’honneur parfait.


Antoine.

Vous m’échaufferez le sang. — Cessez.


Cléopâtre.

Tu pourrais faire mieux, mais ceci est bien déjà.


Antoine.

Je jure par mon épée !…


Cléopâtre.

Jure aussi par ton bouclier… Son jeu s’améliore ; mais il n’est pas encore parfait. — Vois, Charmiane, vois, je te prie, comme cet emportement sied bien à cet Hercule romain[10].


Antoine.

e vous laisse, madame.


Cléopâtre.

Aimable seigneur, un seul mot… « Seigneur, il faut donc nous séparer… » Non, ce n’est pas cela : « Seigneur, nous nous sommes aimés. » Non, ce n’est pas cela ; vous le savez assez !… C’est quelque chose que je voudrais dire… Oh ! ma mémoire est un autre Antoine ; j’ai tout oublié !


Antoine.

Si votre royauté ne comptait la nonchalance parmi ses sujets, je vous prendrais vous-même pour la nonchalance.


Cléopâtre.

C’est un pénible travail que de porter cette nonchalance aussi près du cœur que je la porte ! Mais, seigneur, pardonnez, puisque le soin de ma dignité me tue dès que ce soin vous déplaît. Votre honneur vous rappelle loin de moi ; soyez sourd à ma folie, qui ne mérite pas la pitié ; que tous les dieux soient avec vous ! Que la victoire, couronnée de lauriers, se repose sur votre épée, et que de faciles succès jonchent votre sentier !


Antoine.

Sortons, madame, venez. Telle est notre séparation, qu’en demeurant ici vous me suivez pourtant, et que moi, en fuyant, je reste avec vous. — Sortons.

(Ils sortent.)



Scène IV

Rome. — Un appartement dans la maison de César.
Entrent OCTAVE, CÉSAR, LÉPIDE et leur suite.


César.

Vous voyez, Lépide, et vous saurez à l’avenir que ce n’est point le vice naturel de César de haïr un grand rival. — Voici les nouvelles d’Alexandrie. Il pêche, il boit, et les lampes de la nuit éclairent ses débauches. Il n’est pas plus homme que Cléopâtre, et la veuve de Ptolémée n’est pas plus efféminée que lui. Il a donné à peine audience à mes députés, et daigne difficilement se rappeler qu’il a des collègues. Vous reconnaîtrez dans Antoine l’abrégé de toutes les faiblesses dont l’humanité est capable.


Lépide.

Je ne puis croire qu’il ait des torts assez grands pour obscurcir toutes ses vertus. Ses défauts sont comme les taches du ciel, rendues plus éclatantes par les ténèbres de la nuit. Ils sont héréditaires plutôt qu’acquis ; il ne peut s’en corriger, mais il ne les a pas cherchés.


César.

Vous êtes trop indulgent. Accordons que ce ne soit pas un crime de se laisser tomber sur la couche de Ptolémée, de donner un royaume pour un sourire, de s’asseoir pour s’enivrer avec un esclave ; de chanceler, en plein midi, dans les rues, et de faire le coup de poing avec une troupe de drôles trempés de sueur. Dites que cette conduite sied bien à Antoine, et il faut que ce soit un homme d’une trempe bien extraordinaire pour que ces choses ne soient pas des taches dans son caractère… Mais du moins Antoine ne peut excuser ses souillures, quand sa légèreté[11] nous impose un si pesant fardeau : encore s’il ne consumait dans les voluptés que ses moments de loisir, le dégoût et son corps exténué lui en demanderaient compte ; mais sacrifier un temps si précieux qui l’appelle à quitter ses divertissements, et parle si haut pour sa fortune et pour la nôtre, c’est mériter d’être grondé comme ces jeunes gens, qui, déjà dans l’âge de connaître leurs devoirs, immolent leur expérience au plaisir présent, et se révoltent contre le bon jugement.

(Entre un messager.)

Lépide.

Voici encore des nouvelles.


Le messager, à César.

Vos ordres sont exécutés, et d’heure en heure, très-noble César, vous serez instruit de ce qui se passe. Pompée est puissant sur mer, et il paraît aimé de tous ceux que la crainte seule attachait à César. Les mécontents se rendent dans nos ports ; et le bruit court qu’on lui a fait grand tort.


César.

Je ne devais pas m’attendre à moins. L’histoire, dès son origine, nous apprend que celui qui est au pouvoir a été bien-aimé jusqu’au moment où il l’a obtenu ; et que l’homme tombé dans la disgrâce, qui n’avait jamais été aimé, qui n’avait jamais mérité l’amour du peuple, lui devient cher dès qu’il tombe. Cette multitude ressemble au pavillon flottant sur les ondes, qui avance ou recule, suit servilement l’inconstance du flot, et s’use par son mouvement continuel.


Le messager.

César, je t’annonce que Ménécrate et Ménas, deux fameux pirates, exercent leur empire sur les mers, qu’ils fendent et sillonnent de vaisseaux de toute espèce. Ils font de fréquentes et vives incursions sur les côtes d’Italie. Les peuples qui habitent les rivages pâlissent à leur nom seul, et la jeunesse ardente se révolte. Nul vaisseau ne peut se montrer qu’il ne soit pris aussitôt qu’aperçu. Le nom seul de Pompée inspire plus de terreur que n’en inspirerait la présence même de toute son armée.


César.

Antoine, quitte tes débauches et tes voluptés ! Lorsque repoussé de Mutine, après avoir tué les deux consuls, Hirtius et Pansa, tu fus poursuivi par la famine, tu la combattis, malgré ta molle éducation, avec une patience plus grande que celle des sauvages. Tu bus l’urine de tes chevaux, et des eaux fangeuses que les animaux mêmes auraient rejetées avec dégoût. Ton palais ne dédaignait pas alors les fruits les plus sauvages des buissons épineux. Tel que le cerf affamé, lorsque la neige couvre les pâturages, tu mâchais l’écorce des arbres. On dit que sur les Alpes tu te repus d’une chair étrange, dont la vue seule fit périr plusieurs des tiens ; et toi (ton honneur souffre maintenant de ces récits) tu supportas tout cela en guerrier si intrépide, que ton visage même n’en fut pas altéré.


Lépide.

C’est bien dommage.


César.

Que la honte le ramène promptement à Rome. Il est temps que nous nous montrions tous deux sur le champ de bataille. Assemblons, sans tarder, notre conseil, pour concerter nos projets. Pompée prospère par notre indolence.


Lépide.

Demain, César, je serai en état de vous instruire, avec exactitude, de ce que je puis exécuter sur mer et sur terre, pour faire face aux circonstances présentes.


César.

C’est aussi le soin qui m’occupera jusqu’à demain. Adieu.


Lépide.

Adieu, seigneur. Tout ce que vous apprendrez d’ici là des mouvements qui se passent au dehors, je vous conjure de m’en faire part.


César.

N’en doutez pas, seigneur ; je sais que c’est mon devoir.

(Ils sortent.)



Scène V

Alexandrie. — Appartement du palais.
Entrent CLÉOPÂTRE, CHARMIANE, IRAS, l’eunuque MARDIAN.


Cléopâtre.

Charmiane.


Charmiane.

Madame ?


Cléopâtre.

Ah ! ah ! donne-moi une potion de mandragore[12].


Charmiane.

Pourquoi donc, madame ?


Cléopâtre.

Afin que je puisse dormir pendant tout le temps que mon Antoine sera absent.


Charmiane.

Vous songez trop à lui.


Cléopâtre.

Ô trahison !…


Charmiane.

Madame, j’espère qu’il n’en est point ainsi.


Cléopâtre.

Eunuque ! Mardian !


Mardian.

Quel est le bon plaisir de Votre Majesté ?


Cléopâtre.

Je ne veux pas maintenant t’entendre chanter. Je ne prends aucun plaisir à ce qui vient d’un eunuque. — Il est heureux pour toi que ton impuissance empêche tes pensées les plus libres d’aller errer hors de l’Égypte. As-tu des inclinations ?


L’eunuque.

Oui, gracieuse reine.


Cléopâtre.

En vérité ?


Mardian.

Pas en vérité[13], madame, car je ne puis rien faire en vérité que ce qu’il est honnête de faire ; mais j’ai de violentes passions, et je pense à ce que Mars fit avec Vénus.


Cléopâtre.

Ô Charmiane, où crois-tu qu’il soit à présent ? Est-il debout ou assis ? Se promène-t-il à pied ou est-il à cheval ? Heureux coursier, qui porte Antoine, conduis-toi bien, cheval ; car sais-tu bien qui tu portes ? L’Atlas qui soutient la moitié de ce globe, le bras et le casque de l’humanité. — Il dit maintenant ou murmure tout bas : Où est mon serpent du vieux Nil ? car c’est le nom qu’il me donne. — Oh ! maintenant, je me nourris d’un poison délicieux. — Penses-tu à moi qui suis brunie par les brûlants baisers du soleil, et dont le temps a déjà sillonné le visage de rides profondes ? — Ô toi, César au large front, dans le temps que tu étais ici à terre, j’étais un morceau de roi ! et le grand Pompée s’arrêtait, et fixait ses regards sur mon front ; il eût voulu y attacher à jamais sa vue, et mourir en me contemplant !


Alexas entre.

Souveraine d’Égypte, salut !


Cléopâtre.

Que tu es loin de ressembler à Marc-Antoine ! Et cependant, venant de sa part, il me semble que cette pierre philosophale t’a changé en or. Comment se porte mon brave Marc-Antoine ?


Alexas.

La dernière chose qu’il ait faite, chère reine, a été de baiser cent fois cette perle orientale. — Ses paroles sont encore gravées dans mon cœur.


Cléopâtre.

Mon oreille est impatiente de les faire passer dans le mien.


Alexas.

« Ami, m’a-t-il dit, va : dis que le fidèle Romain envoie à la reine d’Égypte ce trésor de l’huître, et que, pour rehausser la mince valeur du présent, il ira bientôt à ses pieds décorer de royaumes son trône superbe ; dis-lui que bientôt tout l’Orient la nommera sa souveraine. » Là-dessus, il me fit un signe de tête, et monta d’un air grave sur son coursier fougueux, qui alors a poussé de si grands hennissements, que, lorsque j’ai voulu parler, il m’a réduit au silence.


Cléopâtre.

Dis-moi, était-il triste ou gai ?


Alexas.

Comme la saison de l’année qui est placée entre les extrêmes de la chaleur et du froid ; il n’était ni triste ni gai.


Cléopâtre.

Ô caractère bien partagé ! Observe-le bien, observe-le bien, bonne Charmiane ; c’est bien lui, mais observe-le bien ; il n’était pas triste, parce qu’il voulait montrer un front serein à ceux qui composent leur visage sur le sien ; il n’était pas gai, ce qui semblait leur dire qu’il avait laissé en Égypte son souvenir et sa joie, mais il gardait un juste milieu. Ô céleste mélange ! Que tu sois triste ou gai, les transports de la tristesse et de la joie te conviennent également, plus qu’à aucun autre mortel ! — As-tu rencontré mes courriers ?


Alexas.

Oui, madame, au moins vingt. Pourquoi les dépêchez-vous si près l’un de l’autre ?


Cléopâtre.

Il périra misérable, l’enfant qui naîtra le jour où j’oublierai d’envoyer vers Antoine. — Charmiane, de l’encre et du papier. — Sois le bienvenu, cher Alexas. — Charmiane, ai-je jamais autant aimé César ?


Charmiane.

Ô ce brave César !


Cléopâtre.

Que ton exclamation t’étouffe ! Dis, le brave Antoine.


Charmiane.

Ce vaillant César !


Cléopâtre.

Par Isis, je vais ensanglanter ta joue, si tu oses encore comparer César avec le plus grand des hommes.


Charmiane.

Sauf votre bon plaisir, je ne fais que répéter ce que vous disiez vous-même.


Cléopâtre.

Temps de jeunesse quand mon jugement n’était pas encore mûr. — Cœur glacé de répéter ce que je disais alors. — Mais viens, sortons : donne-moi de l’encre et du papier ; il aura chaque jour plus d’un message, dussé-je dépeupler l’Égypte.


FIN DU PREMIER ACTE.
  1. Gipsy est ici employé dans ses deux sens d’Égyptienne et de Bohémienne.
  2. Allusion au Triumvirat.
  3. Être déshonoré en se faisant gloire de l’être, charge his horns with garlands ; il y a des commentateurs qui lisent change au lieu de charge.
  4. Hérode rendit hommage aux Romains pour conserver le royaume de Judée. Steevens pense qu’il y a ici une allusion au personnage de ce monarque dans les Mystères de l’origine du théâtre. Hérode y était toujours représenté comme un tyran sombre et cruel, et son nom devint une expression proverbiale pour peindre la fureur dans ses excès.

    C’est ainsi qu’Hamlet dit d’un comédien qu’il outre le caractère d’Hérode, out-Herods Herod.

    Dans cette tragédie (Antoine et Cléopâtre), Alexas dit à la reine qu’Hérode de Judée lui-même n’ose pas la regarder quand elle est de mauvaise humeur. Charmiane désire donc un fils qui soit respecté d’Hérode, c’est-à-dire des monarques les plus fiers et les plus cruels.

  5. Expression proverbiale. Warburton croit qu’il y a ici un rapport mystérieux entre ce mot de figues prononcé sans intention, et la corbeille de figues, qui, au cinquième acte, renferme l’aspic dont la morsure abrège les jours de Cléopâtre.
  6. C’est-à-dire je n’aurai point d’enfants.
  7. Les Égyptiens adoraient la lune sous le nom d’Isis, qu’ils représentaient tenant dans sa main une sphère et une amphore pleine de blé.
  8. Une vieille superstition populaire disait que la crinière d’un cheval tombant dans de l’eau corrompue se changeait en animaux vivants.
  9. Allusion aux fioles de larmes que les Romains déposaient dans les mausolées.
  10. Suivant une antique tradition, les Antonius descendaient d’Hercule par son fils Antéon. Plutarque observe qu’il y avait dans le maintien d’Antoine une certaine grandeur qui lui donnait quelque ressemblance avec les statues et les médailles d’Hercule, dont Antoine affectait de contrefaire de son mieux le port et la contenance.
  11. Le mot light est un de ceux sur lesquels Shakspeare joue le plus volontiers. Light est ici pour frivole.
  12. Plante narcotique.
  13. En vérité, indeed et in deed ; en effet, dans le fait, en réalité. Le jeu de mots est plus complet en anglais.