Bertrand de Chalancon, évêque du Puy (1202-1213)

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Bertrand de Chalancon, évêque du Puy (1202-1213)

L’évêque Bertrand de Chalancon, l’ami, le parent et le frère d’armes du pieux vicomte Ponce IV de Polignac[1], n’a point dans notre histoire la place qu’il mérite. Oddo de Gissey, Frère Théodore, le Gallia Christiana lui décernent en courant quelques lignes. Quatre ou cinq dates et tout est dit. Bertrand vaut mieux que cette aride notice. Il assista, dans son court passage sur le siège du Puy, à des événements de premier ordre et y prit une part active. Nous laissons de côté le pacte de confédération de 1205 avec le chapitre et l’évêque de Valence et le renouvellement (janvier 1207) de l’ancienne confraternité entre notre église et celle de Cluny. Nous passons également sur l’octroi fait à notre prélat par Philippe-Auguste en 1212 du château d’Arzon et sur l’hommage de la vicomté de Polignac. Nous ne pouvons rien ajouter sur ces divers points aux récits déjà connus. Il faut arriver de suite à l’épisode hors ligne de cet épiscopat, à l’intervention de Bertrand dans la guerre des Albigeois.

Il y a cependant un point préliminaire à éclaircir. Quelle est la date précise de l’élection de Bertrand ? Gissey adopte la date de 1198, mais Dom Vaissette[2], le Gallia Christiana, Eccl. Aniciensis, t. II, col. 707 et 708, et Frère Théodore pp. 266 et 267, mettent entre Aynard mort en 1197 et notre Bertrand, Odile de Mercœur, doyen de l’église de Brioude, fils de Béraud de Mercœur et d’une fille de Guillaume, comte d’Auvergne. Les Sainte-Marthe appuient leur dire sur deux titres de 1197 à 1202 où l’on rencontre Odile comme évêque du Puy. Ils avouent néanmoins avoir vu un diplôme de l’église de Saint-Agrève, lequel mentionne Bertrand comme évêque en 1198. La date de l’avénement de Bertrand reste donc indécise. Il en est de même de sa parenté. La Collection du Languedoc[3] fait de Bertrand un frère d’Étienne de Chalancon, évêque en 1220, tandis que les Sainte-Marthe (Gall. Christiana, Eccl. Aniciensis, t. II, col. 711) prétendent que les deux prélats étaient simplement cousins. Enfin il semble bien avéré qu’avant son élection, Bertrand était chanoine du Puy, abbé de Saint-Michel d’Aiguilhe et de Séguret[4].

En 1209, le monde chrétien suivait, plein d’angoisse, ce drame vraiment épique, qui mettait aux prises le nord et le midi de la France. Le pape Innocent III, rude et fier génie où revivait la grande âme de Grégoire VII, conviait par de brûlantes adjurations toutes les âmes catholiques à la défense de la foi menacée. Bertrand de Chalancon n’était point resté inactif en face des luttes terribles, provoquées par l’hérésie albigeoise. En 1207, il accompagnait le célèbre légat Pierre de Castelnau dans ses excursions en Languedoc. Le 2 août de cette année, Bertrand se trouvait dans le bourg d’Alanan en Vivarais et fut témoin de l’hommage que fit au légat Pons de Montlaur pour le château de Mazrel[5]. Mais c’est en 1209 seulement que notre évêque accentue son rôle et se lança plus avant au sein de la mêlée.

La principale armée de la croisade, après avoir roulé comme une trombe sur l’Aquitaine, campait, aux premiers jours de juillet 1209, devant Béziers et attendait des renforts. Deux corps expéditionnaires vinrent la rejoindre pour aider à l’assaut. Le premier corps descendit du côté d’Agen et avait à sa tête l’archevêque de Bordeaux, les évêques de Limoges, de Bazas, de Cahors, d’Agen et divers seigneurs du Quercy, du Limousin et de l’Auvergne. Parmi ces derniers se trouvait le comte Guy d’Auvergne, qui, avant de partir contre les hérétiques, avait fait deux actes solennels. Par le premier, en date du 26 avril 1209, il assurait le douaire de sa femme, Petronille de Chambon[6]. Le second acte était son testament, fait au château d’Herment le 26 mai suivant… Testamentum Guidonis comitis Arvernorum quod fecit apud Hermenc, cum jam esset profecturus contra hæreticos[7]

L’autre corps expéditionnaire s’était formé en Velay et avait pour chef Bertrand de Chalancon, que suivaient maints seigneurs de notre province et notamment le vicomte Ponce. Le poète provençal[8], qui nous a laissé un si curieux poëme sur la croisade des Albigeois, trace dans les vers suivants l’itinéraire des deux corps d’armée avant qu’ils eussent opéré leur jonction avec l’armée assiégeante devant Béziers.

Autra ost de Crozatz venc de ves Agenes,[9]
Mas non es pas tan grans co sela dels Franses ;
E mogron de lor terra abans denant .I. mes.
Aqui es lo coms Guis, us Alvernhas cortes,
El vescoms de Torena quis n’es fort entremes,
L’ivesques de Limotges e cel de Bazades,
E los bos arsevesques qui es de Bordales,
L’evesques de Caortz e cels de Aguades,
Bertran de Cardelhac ab cels de Gordones,
B. de Castelnou ab tot Caersines ;
Cest prezen Pegua Rocha[10], que no i troban defes,
E fonderon Gontau[11] e Tonencs[12] an mal mes ;

Mas Cassanlohs[13] es fortz, perque no l’agron ges,
E per la garnizo que l’a mot ben defes,
Ques mes dins de Gascos fortment leugiers de pes
        Que son bon dardasier.
Cassanhol asetja l’ostz, e a dins mot arquier
Ab Segui de Balencs, e mot bon cavalier.
Ab tot so lo prezeran si no fos le desturbier
Que lor fe lo coms Guis, car el n’ac gran aver,
E si c’ab l’arsevesque s’en pres a tensoner ;
No sai co s’en partiro ni cals fo l’acordier.
E cela est jutgero mot eretge arder
E mota bela eretga ins en lo foc giter,
Car convertir nos volon, tan nols podon preier.
E l’ivesques del Poi venc lai de ves Chacer
[14] ;
Cest ac de la Causada
[15] et del Borc mant denier.
Del Borc Sant Antoni
[16], on el venc tot primer,
A l’ost de Cassanolh s’en volra el aler,
Car ilh li paron paucs e vol s’am lor mescler.
Aicels de Vilamur
[17] venc .I. mal destorber :
Que un garso lor dig que l’ost vol caminer
E que de Cassanolh an fait ja destraper ;
E cant ilh o auziron fan lo foc alumner
E arson lo castel lo dilus a lo ser,
E pois si s’en fugiron can la luna lutz cler.
D’aicesta os tz de sai nous volh oi mais parler :
Tornar vos ai a l’autra que fo a Montpeslier.
Lo coms Ramon les guida, que lor a be mestier,

Que vai primers tot jorn e les fai alberger
Per la terra son bot qui lo sol guerreger,
     Lo filh de sa seror.

(Traduction.)

De l’Agénois arrive une autre armée de Croisés — mais non pas si nombreuse que celle des Français : — Il y a un mois qu’ils se sont mis en mouvement de leur pays. — Avec eux viennent le comte Guy, un Auvergnat courtois, — le vicomte de Turenne, fortement engagé dans l’entreprise ; — l’évêque de Limoges et celui de Bazas, — le bon archevêque de Bordeaux, — l’évêque de Cahors et celui d’Agde ; — Bertrand de Cardalhac et Bertrand de Gordon ; — B. de Castelnou avec tout le Quercy. — Cet host prit Puy-la-Rocque, n’y trouvant pas de résistance ; — il détruisit Gontaud et ravagea Tonneins ; — mais il n’a pu prendre Chasseneuil, la bonne forteresse : — qui a été vaillamment défendue par la garnison, — que (le comte de Toulouse) y a mise de bons Gascons aux pieds légers — et bons arbalètriers.

L’host assiége Chasseneuil, mais il y a dedans maints archers — et maints bons chevaliers avec Séguin de Balenc. — Cependant malgré cela les (croisés) l’auraient prise, si ce n’eut été l’empêchement — qu’y mit le comte Guy, lequel en tira grand avoir, — et s’en prit de querelle avec l’archevêque. — Je ne sais comment les (assiégeants) se retirèrent, ni quel fut leur accord avec les (assiégés) ; — mais ils condamnèrent (auparavant) maints hérétiques à être brûlés, — et (firent) jeter au feu mainte belle hérétique, — qui ne voulurent pas se convertir, si fort que l’on pût les en prier. — Là, du côté de Casser arriva l’évêque du Puy[18] : — Après avoir levé force argent à la Caussade et au Bourg, — au bourg de Saint-Antonin où il était entré tout d’abord, — il s’en vint à l’host de Chasseneuil, — qui était peu nombreux et auquel on voulait se réunir. — Cependant une grande calamité arrive à ceux de Villemur ; — un homme vient leur dire que l’host est sur le point de se mettre en marche contre eux ; — et qu’il a déja levé son camp devant Chasseneuil. — Eux, entendant cette nouvelle, firent allumer un grand feu, — et brûlèrent le château, le lundi sur le soir ; — après quoi ils s’enfuirent la lune clair-luisant. — (Mais) je ne veux plus vous parler des croisés de ce côté ; — il faut que je vous ramène à ceux devers Montpellier. — Le comte Raymond les guide et leur rend de grands services : — il marche toute la journée en avant et les met héberger — par la terre du vicomte, qui lui a cherché guerre, — et qui est le fils de sa sœur.


Tel est le récit rimé par un poète inconnu, depuis le vers 300 jusqu’au vers 342 de cette Histoire de la Croisade des Albigeois, que Fauriel a publiée et traduite pour la première fois en 1837 (Paris, Imprimerie royale, Collection des Documents relatifs à l’Histoire de France.)

Le chantre provençal est un témoin oculaire : il a contemplé toutes les phases de cette lutte sauvage, il suit les envahisseurs pas à pas, il connaît leurs noms, leurs prouesses : il épie chaque jour leurs traces sur le sol ensanglanté, à travers les ruines fumantes de l’Aquitaine. Le sac des villes, les massacres, les pillages, se pressent sous sa plume vengeresse. Son récit porte la marque de la sincérité et se recommande par la précision des détails et une certaine impartialité dans les jugements. De plus, il existe des éléments de contrôle sur l’épisode qui concerne les bandes du Velay. La Chronique de Simon, comte de Montfort, et celle de Guillaume de Puy-Laurens, de même que l’Histoire de la guerre des Albigeois, par Pierre de Vaulx-Cernay[19], ne contiennent pas la moindre allusion à l’évêque du Puy et à ses troupes, mais il existe une autre chronique qui répète de point en point le récit du barde provençal sur les croisés vellaves. Cette chronique, écrite en langue romane, dans le dialecte languedocien, est sans contredit le plus curieux, comme le plus pathétique de tous les documents que l’on possède sur la guerre des Albigeois. Elle a été publiée par D. Vaissète dans les Preuves, col. 1-108 du troisième volume de la première édition.

Voici le passage relatif à Bertrand de Chalancon :


Et dementre que aquesta dita armada (le premier corps sous les ordres de Guy d’Auvergne et d’autres seigneurs ou prélats) tirava avant vers la d’eldit leguat, couma dit ès, a donc s’ès metuda una autra armada grande, tant que plus dessus, que aiso devers lo Pey, dont era cap et gouvernado lo evesque del dit Pey, laquelle armada venguet per sas journades ferir et frapar a Causada et al bord Sant Antony, dont lodit evesque aguet grand soma dargent de ranso, et que los laysesso ; so que fet, donc ne fouc fort blamat. Et ainsin que tout so dessus se fasia, qualque mauvais garso anet als que tenian lo castel de Villamur, dire que an effet touta l’armada venia vers els lor donner l’assaut et prendre, et qu’els avian deliberat de far d’els ainsin que avian feit de las aultres plasses, las quals avian mesas a fuoc et a sang, sans prendre persona rivente a marsé. De las quallas nouvelles losdits de Villamur agueren si grand paour et fraior, que entre els eran deliberats de laissar ladita plassa, et ly mettre le fuoc per tout, so que fouc fait. Et de fait un delus, à la neit, ainsin que la luna comensava de rajar, fouc metut lodit foc aldit castel et plassa de Villamur, que fuoc grand pietat et domage d’une tal plasse cremar et perdre ; car la dita armada non avia pas son ententa de anar al dit Villamur, car tiravan et passavan camy tant que poudian, par se ajustar an les autres armadas, per donnar secors et ajuda al dit leguat per prendre lodit Beziers[20]

(Traduction.)

Tandis que cette armée marchait pour se joindre à celle du légat, se formait vers le Puy une autre grande armée plus forte que la première, dont était chef et commandant l’évêque du Puy. Elle vint, après plusieurs marches, attaquer Causade et le bourg Saint-Antonin, dont l’évêque tira une grande somme d’argent pour les laisser tranquilles ; ce qu’il fit et en fut fort blâmé[21]. Pendant que tout cela se faisait, quelques mauvais garçons s’en allèrent à ceux qui gardaient le château de Villemur, leur dire que toute l’armée venait pour leur donner assaut et les prendre, et qu’on avait délibéré de faire de cette place comme des autres qu’on avait mises à feu et à sang sans recevoir à merci aucune âme vivante. Les gens de Villemur eurent à cette nouvelle si grande peur et frayeur, qu’ils résolurent entre eux d’abandonner la place et d’y mettre le feu partout, ce qui fut fait. Un lundi donc à la nuit, au moment où la lune commençait à luire, on mit le feu au château et à la place de Villemur ; et ce fut grande pitié et dommage de brûler et perdre une telle place, car l’armée n’avait pas l’intention d’aller à Villemur, mais cheminait et avançait tant qu’elle pouvait pour aller joindre les autres armées, marcher vers ledit légat, et lui donner secours pour prendre Béziers…

Si l’on rapproche les deux versions, celle du poète et celle du chroniqueur, on trouve à peu près l’identité du récit. Le chantre provençal est aussi topique et non moins précis que le simple conteur. Il est certain que les brûlantes invocations du pape Innocent III, et de son légat a latere, Milon, avaient ébranlé toute la chrétienté et provoqué une véritable avalanche des peuples du Nord et du centre de la France. Dès les premiers jours de juillet 1209, la ville de Lyon, assignée comme rendez-vous général, contenait dans ses murs une foule immense de pèlerins et d’hommes d’armes, venus de Bourgogne, de Picardie, des Flandres, de Normandie, de l’Aquitaine et même des contrées étrangères pour servir sous l’étendard de l’Église[22]. Un grand nombre de laïques, d’adolescents et de vieillards étaient accourus un simple bourdon à la main, afin d’attester leur foi et de mériter les indulgences pontificales. Cette armée tumultueuse partit de Lyon vers la fin juin, suivit la rive gauche du Rhône, traversa le Comtat Venaissin, fit une halte de quelques jours à Montpellier, et, le 21 juillet, campait aux portes de Béziers. Le comte de Toulouse, Raymond VI, qui avait conquis le pardon du pape par l’humiliante pénitence de Saint-Gilles (18 juin), se trouvait au nombre des assiégeants, sous les ordres du généralissime Arnaud, abbé de Cîteaux, et venait à contre-cœur prêter main-forte aux ennemis de son neveu, le vicomte Roger Trencavel. Guillaume de Tudèle, dans sa Cansos de la Crozada, fait le dénombrement des divers peuples, réunis devant Béziers… « L’host (des croisés) fut merveilleusement grand, par ma foi. Il (s’y trouvait vingt mille cavaliers armés de toutes pièces, et plus de deux cent mille tant vilains que paysans ; et je ne compte ni les bourgeois ni les clercs. De près, de loin toute l’Auvergne (y est venue) ; (il y a là de la gent) de Bourgogne, de France et de Limousin, il y en a du monde entier. (Il y a des Allemands, des Theois, des Poitevins, des Gascons, des Rouergats, des Saintongeois[23]… » Il se trouvait donc dans l’armée principale, qui attendait devant Béziers l’arrivée des renforts, un grand nombre de nos compatriotes, car nos pères étaient connus alors en Occitanie sous la dénomination générique d’Alvernhas, mais la véritable armée vellave ne vint qu’en second lieu, après la première poussée de la croisade. Suivant le commun récit du poëte et du chroniqueur, Bertrand de Chalancon réunit dans sa ville épiscopale ou tout au moins dans son diocèse un corps d’expédition très-considérable. Ces troupes prirent à travers le Rouergue, et cette route s’explique par les conditions spéciales du comté de Rodez. Guillaume, le dernier comte, avait fait son héritier Guy d’Auvergne, et ce dernier, à son tour, avait cédé ses droits au comte de Toulouse. Guy d’Auvergne et Raymond de Toulouse se trouvant l’un et l’autre dans les rangs des croisés, le Rouergue offrait à l’armée vellave une série d’étapes commodes et sûres[24].

Du Rouergue les soldats vellaves tirèrent d’abord vers le Languedoc, près de Casser dans le Toulousain, et atteignirent ensuite le bourg de Caussade en Quercy. L’évêque ne fit point le siège de Caussade et de Saint-Antonin : ces deux places du Quercy se rachetèrent par une forte rançon, ce qui déplut fort aux chefs de la croisade et mérita au prélat une verte mercuriale. De Saint-Antonin l’armée vellave déboucha en Agénois et fit sa jonction avec l’autre corps de Guy d’Auvergne, près de Chasseneuil. C’est après cette jonction que survinrent la panique et le désastre de Villemur. De Chasseneuil, les deux corps réunis s’en vinrent à Béziers. Ils prirent part l’un et l’autre à ce terrible assaut du 22 juillet 1209, à ce massacre d’hérétiques, qui est une des hontes et des douleurs de notre histoire[25].

À partir du sac de Béziers les noms des Vellaves et de l’évêque Bertrand disparaissent des chroniques et se noient dans le flot des envahisseurs. On ne retrouve Bertrand de Chalancon qu’en 1211. En cette année, le roi Philippe-Auguste, qui connaissait le Puy pour y être venu en pèlerinage (1188), obtint de l’évêque et du chapitre un subside de guerre qui se monta à la somme de 250 marcs d’argent[26]. Au dire de nos auteurs, ce fut en récompense de ce service que, l’année suivante, Philippe-Auguste donna à l’évêque le château d’Arzon et l’en fit mettre en jouissance réelle par l’un de ses principaux officiers, ce connétable qui n’était point Matthieu de Montmorency, comme on le répète à tort, mais bien Dreux de Mello, lequel conserva cette dignité jusqu’au 3 mars 1218[27]. Il existe, croyons-nous, des motifs plus sérieux à cette libéralité royale. Et tout d’abord le concours énergique apporté par l’évêque à l’œuvre du pape Innocent III dut être pour beaucoup dans le souvenir reconnaissant du monarque, engagé lui aussi par sa foi et surtout par sa politique dans la terrible querelle des Albigeois. D’autre part, Philippe-Auguste obéissait en cette circonstance aux traditions de sa race. Depuis 1196 et avant il s’efforçait d’étendre la monarchie française en deçà de la Loire, dans ces belles contrées aquitaniques qui furent de bonne heure le constant objectif de la dynastie capétienne. En l’année 1196, Philippe-Auguste avait conquis une partie de l’Auvergne et c’est au cours de cette guerre que le dauphin Robert lança au roi Richard Cœur-de-Lion ce cartel que M. l’abbé Payrard a cité dans ses

Noëls de Cordat[28] :

Reis, pus vos de mi chantatz,
Trobat avetz chantador,

· · · · · · · ·
Anc no fuy vostre juratz

E connoissi ma folor.
Qu’ieu no soi reis coronatz
Ni hom de tan gran ricor ;

· · · · · · · ·
Pero Dieus m’a fag tan bon

Qu’entr’el Puey et Albusson
Puesc remaner entr’els mieus,
Qu’ieu no soi sers ni juzieus
[29].

Même en 1211, la couronne n’avait qu’un pouvoir assez précaire, une haute suzeraineté sur notre province. Dans son Histoire du Monastère de Viaye, M. Rocher s’occupe de cette guerre de 1196, et démontre qu’à cette époque le véritable comte de Velay, le seigneur effectif, n’était autre que le dauphin d’Auvergne. Chose bizarre et qui accuse bien l’instabilité de ces époques anarchiques ! notre province, soumise à toutes les versatilités de son suzerain immédiat, le dauphin d’Auvergne, releva comme lui, vers la fin du XIIe siècle, à titre transitoire il est vrai, de la mouvance anglaise[30]. Philippe-Auguste, esprit net et volonté robuste, ne pouvait s’accommoder de cette instabilité administrative, qui ne laissait à son autorité, en nos parages, qu’une assiette presque nominale. Ce roi, dont le regard visait sans cesse ces pays de la langue d’oc, que son fils allait bientôt annexer à la couronne, devait donc naturellement chercher des alliés, des créatures en pays vellave. Il tenait surtout à l’amitié de l’évêque, et, en octroyant au prélat le château d’Arzon, Philippe renforçait en Velay le prestige du pouvoir royal par une munificence peu coûteuse à son trésor. Cette investiture du château d’Arzon acquiert, par conséquent, une haute portée, et Philippe-Auguste sut mettre à profit cet usage de sa prérogative pour s’assurer en 1214 un candidat de son choix à la chaire de Saint-Vosy.

À partir de 1212, l’histoire ne cite du vicomte Ponce IV et de l’évêque Bertrand que l’hommage, resté célèbre en nos annales. Au cours de l’effroyable campagne où s’abîma dans le midi la fleur gracieuse et fragile de la civilisation romane, le vicomte revint au manoir paternel, plein de cette foi vigoureuse et sombre qui animait les compagnons de saint Dominique. Son père, Héracle, après avoir consterné le diocèse du Puy et ses alentours, notamment la ville de Brioude, par sa farouche bravoure et ses exactions implacables, avait édifié sa famille et même ses victimes par l’éclat de sa pénitence. Ponce IV prit, lui aussi, le froc et ensevelit le reste de ses jours dans un couvent de l’ordre de Cîteaux. On ignore la date de sa mort. La disposition qui avait accompagné son hommage, c’est-à-dire l’institution de l’église du Puy comme son héritière, au cas où il décéderait sans hoirs légitimes, tomba d’elle-même par l’avénement à la vicomté d’un fils qui porta le nom de Ponce V.

Quant à l’évêque Bertrand de Chalancon, il ne survécut guère à l’hommage de 1213 : d’après le Gallia Christiana, il mourut le 21 décembre de cette année. Ses funérailles se célébrèrent par de grandes querelles et un véritables schisme de l’église du Puy. Certains chanoines élurent Brocard de Rochebaron et d’autres Robert de Mehun[31]. Brocard de Rochebaron était abbé de Saint-Pierre-Latour au moins depuis 1206. En février 1212, il octroya à l’aumônier, aux Donats et Donades de l’hôpital du Puy, en échange d’une somme de 13 livres 10 sols podienses et à charge, en faveur de son abbaye, d’un cens annuel de 2 sols 6 deniers, les maisons qu’avait déjà données au même établissement l’aumônier Pierre Truans[32]. Brocard appartenait à cette famille forézienne, dont les puînés, à partir du XIe siècle, vinrent fréquemment remplir de leur turbulence les stalles du grand chapitre et les sièges de nos magistratures urbaines[33]. Robert de Mehun se trouvait aussi bien apparenté, car dans la charte confirmative de la donation du château d’Arzon, en 1214, le roi Philippe-Auguste le traite de fidèle ami et très-cher cousin… Notum sit quod nos Philippus, rex Francorum, donamus carissimo consanguineo et fideli nostro Roberto Aniciensis ecclesiæ electo, ejusque successoribus in eadem ecclesia substituendis in perpetuum, castrum de Chalancon, castrum de Rochebaron, castrum de Chapteuil, castrum de Glavenas cum pertinentiis eorum[34]… Le roi tenait donc pour Robert de Mehun, qu’il connaissait sans doute et dont il espérait faire un docile instrument de ses desseins politiques sur le Velay et le Languedoc. Il tenait même beaucoup à ce candidat, puisqu’il lui donne dans cette charte confirmative de 1214 le château patrimonial de son compétiteur, en lui laissant le soin de s’en rendre maître, comme il avisera… Sicut ea de jure poterit acquirere… On vit alors deux évêques pour le même siège. Brocard fit tête à l’orage et soutint ses droits : il fut même reconnu par certains monastères comme le seul élu légitime. La charte 156 du Cartulaire de Chamalières le cite officiellement sous son titre de pasteur de l’église du Puy… Ab Incarnatione ipsius Christi anno MCCXIII, Philippo rege in Gallia regnante prospere et domino Brocardo Rochabaronis sancte Aniciensis ecclesie presidente electo… Le pape Innocent III trancha la querelle en accordant la confirmation à Robert de Mehun. Brocard mourut le 4 février 1215. Son heureux rival ne jouit pas longtemps de sa victoire. Le 21 décembre 1219, près de Saint-Germain-Laprade, il tombait sous le poignard d’une bande de sicaires à la tête desquels se trouvait Bertrand de Cares.

Quel mobile arma les assassins ? Robert de Cares avait été, dit-on, excommunié par l’évêque. Cette raison n’explique rien, car pourquoi Robert de Mehun avait-il lancé les foudres ecclésiastiques contre le gentilhomme ? Telle est la vraie question. Dans les Tablettes, VIII, 456 et suiv., M. Rocher signale à juste titre l’importance, inaperçue jusqu’à ce jour, de l’élection de Brocard, élection brisée par le roi et le pape. Derrière Brocard se trouvaient un certain nombre de chanoines et une portion notable de l’aristocratie vellave. Les seigneurs, amis et parents des Rochebaron, ne voulurent point se dédire et soutinrent leur candidat : la couronne, à son tour, prit énergiquement parti pour Robert de Mehun, ainsi que l’atteste l’investiture de 1214. C’en est assez, avec les mœurs du temps et les intérêts locaux engagés dans un pareil conflit, pour croire à une lutte sérieuse, à une guerre dont le frère Théodore[35] fait pressentir la violence. On peut donc se demander avec M. Rocher si la sinistre aventure de 1219 n’est point le contre-coup d’une injure récente, la revanche des Rochebaron de leur défaite de 1213 ? Il faut interroger à cet égard un document que nos historiens citent sans l’approfondir. C’est la bulle fulminée à Viterbe le 27 juillet 1220 et par laquelle le pape Honoré III notifie aux deux évêques de Viviers et de Saint-Paul-Trois-Châteaux les conditions mises à la pénitence publique de Robert de Cares et de ses complices.


Piaculare flagitium, quod Bertrandus de Cares et ejus complices commiserunt, bonæ memoriæ Aniciensem episcopum crudeliter occidendo, flere libet potius quam referre, ipsa immanitate flagitii verba profundis intercidente suspiriis, et lacrymas invitis etiam oculis exprimente. Quem enim non moveat, quisve siccis oculis recitet, virum nobilitate spectabilem, dignitate insignem, meritis vitæ laudabilem, dominum a vassallis, pium ab impiis, patrem a filiis pro tuenda ecclesiæ sibi commissæ justitia interemptum ? Licet autem multi adversus Deum et adversus Christum ejus convenerint, dictus tamen Bertrandus universorum et singulorum nequitiam supergressus, solus, cum ordinatum fuisset, ut dicitur, ne quis ipsum episcopum tangeret, in eum sacrilegas manus extendere, ac armatus inermem, mansuetum crudelis, patrem filius occidere non expavit.

Tanti ergo facinoris atrocitate permoti, eumdem Bertrandum, et ejus in tanta impietate consortes, qui ad nostram presentiam accesserunt, longo tempore sustinuimus ante fores palatii nostri excubare discalceatos et nudos, auras et oculos ab eorum ejulatibus et lacrymis avertendo, ut et ipsi per difficultatem hujus enormitatem flagitii sui plenius intelligerent, et alii quoque, quibus illorum culpa fuit in scandalum, de ipsorum confusione non solum exemplum sed etiam solatium reportarent. Porro ipsis aures nostras clamoribus indefessis sine cessatione pulsantibus, tandem attendentes non sanis sed male habentibus esse opus medico, secundum evangelicam veritatem, ne illos, ulteriori difficultate adhibita, desperationis barathrum absorberet, eorumdem se ad satisfactionem omnimodam offerentium recipi, fecimus juramenta, et eisdem beneficio absolutionis impenso, talem injungi pœnitentiam sub debito præstiti juramenti, quod videlicet omnes, qui convenerunt ad insidias contra ipsum episcopum nec tamen præsciverunt eum debere interimi, nec ejus interitum procurarunt, sine dilatione resignabunt Aniciensi ecclesiæ, si quis eorum in feudum tenet aliquid ab eadem, nec illud unquam de cætero repetent, nec ea de causa inquietabunt ipsam ecclesiam, nec inde movebunt ei aliquam quæstionem. Ad hæc in civitate Podiensi si secure poterunt, unam facient quadragesimam, ostiatim induti saccis vel ciliciis, ac detonsis capitibus mendicantes, in pane et aqua bis in hebdomada jejunando. Quod si forte secure non poterunt esse in civitate predicta, secundum prænotatum modum unam faciant quadragesimam in aliqua de civitatibus convicinis, qua peracta, in præfata civitate Podiensi, vel alia ultra mare transibunt in Terræ Sanctæ servitio per biennium moraturi, ac omnes sextas ferias jejunaturi in pane et aqua toto tempore vitæ suæ, nisi eos evidens infirmitas excusaverit, vel solemnitas Nativitatis Dominicæ occurrerit eo die.

Prædictus vero Bertrandus, cujus est detestabilior culpa, resignato secundum quod supradictum est feudo, si quod ab ecclesia ipsa tenet ac deposito cingulo militari, contra Christianum nunquam de cœtero arma feret. Tres quadragesimas in civitate Podii, si securus poterit ibi esse, alioquin in aliis vicinioribus faciet indutus sacco, aspersus cinere, tonso capite, discalceatus et ostiatim mendicans, ac pane solo et aqua contentus tribus diebus qualibet septimana. Insuper per tres quadragesimas supradictas omni die dominica toti clero et populo civitatis in qua faciet quadragesimas, nudum se offeret cum virgis, quas in manu deferet, ad verberandum. His peractis, ultra mare transibit per septennium moraturus ibidem in servitio Terre sanctæ, ac in suo reditu Apostolico se conspectui presentabit cum litteris Patriarchæ ac aliarum authenticarum personarum, quæ in partibus illis temporibus tempore illo erunt, continentibus qualiter ibi per septennium fuerit conversatus. Toto tempore vitæ suæ duas in anno faciet quadragesimas et sextas ferias ac solemnes vigilias in pane et aqua, nisi certa corporis infirmitas præpediat vel occurrat Dominicæ Nativitatis solemnitas, jejunabit. A communione quoque corporis et sanguinis Domini abstinebit septennio, nisi fuerit in mortis articulo constitutus. Si vero post tres quadragesimas predicto modo peractas ad Carthusiensem vel Cistercensiem ordinem transire legitime poterit et transierit, erit a supradicta pœnitentia excusatus. Ideoque fraternitati vestræ per apostolica scripta mandamus, quatenus eos ad agendam pœnitentiam suprascriptam monitione præmissa per censuram ecclesiasticam, appellatione remota, si necesse fuerit, compellatis. Datum apud Urbem veterem, IV Id. Jul. Pontif. nostri anno IV. (Annales ecclesiastici de Raynaldi, édition Theiner, Bar-le-Duc, 1870, t. XX, pp. 430 et 431.)


Cette bulle vraiment touchante respire la mansuétude ; elle témoigne de l’immense scandale produit dans le monde chrétien par un meurtre sacrilège, mais on voudrait y voir un peu plus de précision sur le vrai mobile de l’attentat. À coup sûr, Bertrand de Cares n’était point un malfaiteur vulgaire. Il s’était érigé en vengeur de sa caste. Son crime était avant tout politique. Le pape lui reproche, à lui vassal, d’avoir immolé son suzerain et il prescrit au coupable ainsi qu’à ses complices de remplir envers le siège du Puy les devoirs féodaux. Ce n’est point à un vil assassin qu’on interdit de ceindre dorénavant l’épée et qu’on ordonne d’aller reconquérir en Palestine le pardon de l’Église. Robert de Mehun était venu chez nous dans une heure sombre. Il avait à tenir tête, dans sa ville, à la commune naissante et à lutter contre les barons de la campagne. De ces deux ennemis, les barons étaient le plus à craindre. Ils étaient mieux armés, mieux disciplinés ; leurs rancunes portaient plus loin. Ils avaient vu l’un des leurs, un fils de noble race, apparenté avec toute la seigneurie vellave, contraint de céder sa mitre à un étranger, un inconnu, presque un intrus. L’oubli des injures n’est point le lot des aristocraties. Derrière Bertrand de Cares se cachaient évidemment de hautes influences locales et des personnalités considérables. Beaucoup d’épiscopats orageux de notre diocèse se sont inaugurés par ces conflits électoraux dont la violence déteignait sur l’existence entière du candidat préféré. Il y avait dans la violation ou le mépris du suffrage du chapitre, des germes de discordes intarissables. Guillaume de la Roue, lui aussi, porta la peine de l’acte arbitraire auquel il devait son triomphe sur l’élu du chapitre : Simon, trésorier de Tours. Ce début porta malheur à Guillaume de la Roue, de même que Robert de Mehun se ressentit jusqu’à la fin du schisme qui avait signalé son avènement. M. Rocher pourrait bien avoir visé juste lorsqu’il dévoile un lien mystérieux entre la mort tragique de Robert de Mehun et la haine de la famille de Rochebaron.

A. Jacotin.




  1. Voir notre notice sur le vicomte Ponce IV dans les Mémoires de notre Société, 1878, 1re série, pp. 32 et suiv.
  2. Histoire du Languedoc, édit. Du Mége, t. V, p. 103.
  3. Collection du Languedoc à la Bibliothèque nationale, t. CVII, folios 73 à 119.
  4. Le Gallia Christiana (t. II, col. 708 et 757) ne donne à Bertrand de Chalancon le titre d’abbé de Séguret que d’une manière douteuse. Mais une charte (Arch. dép. Fonds de St-Georges) de la fin du XIIe siècle, le désigne sous cette qualification.
  5. Histoire du Languedoc, édit. Du Mége, t. V, p. 96.
  6. Amplissima collectio de Martène, t. I, p. 1088, et Baluze, Histoire de la maison d’Auvergne, t. I, p. 79.
  7. Cartulaire de l’abbaye de Bonlieu-en-Limousin, cité par Baluze, loc. cit., t. II, p. 82.
  8. On s’accorde généralement à attribuer ce poëme à Guillaume de Tudèle, en Navarre. Fauriel déduit, dans son Introduction, pp. XVII et sq., les motifs de douter de cette paternité littéraire.
  9. Le nom du Puy ne revient qu’une autre fois dans le poëme. Guillaume de Tudèle représente le Pape, se promenant dans le jardin de son palais et livré à une méditation profonde sur les criantes injustices dont a été victime Raymond, comte de Toulouse. Les seigneurs et prélats lui ont demandé de dépouiller Raymond de tous ses domaines au profit de Simon de Montfort : « Seigneurs, dit le Pape, je ne puis être d’accord avec vous. — Comment, sans motif et sans raison, ferais-je un si grand mal — que de déshériter le comte qui est vrai catholique, — de lui enlever sa terre et de transporter son droit à un autre ? — Non, ce ne serait point justice, et je ne puis consentir — que Simon l’ait tout entière ; j’en excepte. — outre celle des orphelins et des veuves, tout le pays du Puy à Niort — et celui des hérétiques de saint-Gilles aux Ports. » — Il n’y a là ni prélat ni évêque qui ne désapprouve la sentence, etc.

    Senhors, ditz l’apostolis, en aisom dezacort :
    Ses dreg e ses razo cum farci tant grau tort
    Quel coms qu’es vers catholics dezerete a tort,
    Ni quelh tolha sa terra, ni que son dreit trasport ?
    Nom par razos per far ; mas en aiso m’acort
    Qu’en Simos l’aia tota, car ais la i cofort,
    Ses d’orfes e de veuzas, dal Poi tro a Niort.
    Aquela dels iretges, de Rozer trosc’al Port.
    No i a prelat ni bisbe que non s’en dezacort.

    (Vers 3391 à 3399.)


  10. Puy-la-Rocque, bourg du canton de Montpezat, arrondissement de Montauban, département de Tarn-et-Garonne (Quercy).
  11. Gontaud, chef-lieu de canton, arrondissement de Mirmande, département de Lot-et-Garonne (Agénois).
  12. Tonnens, chef-lieu de canton, arrondissement de Mirmande.
  13. Casseneuil, bourg du canton de Cancon, arrondissement de Villeneuve-sur-Lot. département de Lot-et-Garonne (Agénois).
  14. Chacer, ou les Cassez, château, prés de Saint-Félix de Caraman, arrondissement de Castelnaudary, département de l’Aude (Languedoc).
  15. Caussade, chef-lieu de canton, arrondissement de Montauban, département de Tarn-et-Garonne (Quercy).
  16. Saint-Antonin, chef-lieu de canton, arrondissement de Montauban.
  17. Villemur-sur-Tarn, chef-lieu de canton, arrondissement de Toulouse, département de la Haute-Garonne (Languedoc).
  18. La rédaction en prose de la Croisade (Histoire anonyme de la guerre des Albigeois, nouvelle édition, par un indigène, Toulouse, 1862, p. 3) contient une énumération des Croisés du voisinage du Puy, empruntée aux vers 266-70 du poëme : Et adonc entre les autres que se crosaron, s’es crosat lo duc de Burgonya que par aleras era, an toutas sas gens ; et aytamben se croset le comte de Nevers et lo comte de S. Pol, lo comte d’Auxerra, la comte de Poytiers et lo comte de Fores, et d’autres grands senhors. (Voir aussi la Chanson de la Croisade, nouvelle édition par Paul Meyer, Paris, Renouard, 1875, t. I, p. 9.)
  19. Ces trois récits ont été traduits par M. Guizot dans les tomes XIV et XV de sa Collection des Mémoires relatifs à l’Histoire de France, Paris, 1824.
  20. Il est à peine besoin de faire remarquer combien cet idiome ressemble au patois que l’on parle encore en Velay. C’est que notre patois n’est autre chose en réalité que le pur roman, un peu défiguré par le phonétisme local.
  21. Voici en quels termes l’un de nos compatriotes, Jean Chassanion, « de Monistrol en Vellai », raconte cet épisode de la guerre des Albigeois : « Au mesme tans autres grandes forces s’assemblerent devers le Pui, sous la conduite de l’Evesque du Pui, qui avec ses gens vint à Causade et au bourg S. Antonin dont il receut grande somme de deniers pour les épargner et passer outre. De quoi il fut blamé de plusieurs à cause de son avarice. » (Histoire des Albigeois, Genève, 1595, in-8. p. 110.)
  22. Histoire des comtes de Toulouse, par Moline de Saint-Yon, Paris, t. III, pp. 140 et sq.
  23. La ost fo meravilhosa e grans, si m’ajut fes :
    XX. melia cavaliers armatz de totas res
    E plus de .CC. melia que vilas que pages ;
    En cels no comti pas ni clergues ni borzes.
    Tota la gens d’Alvernhe, e de lonh e de pres,
    De Bergonha e de Fransa e de Lemozines ;
    De tot le mon n’i ac : Alamans e Ties,
    Peitavis e Gascos, Roergas, Centonges…

  24. Histoire de la maison d’Auvergne, de Baluze, t. I, p. 79. — Études historiques sur le Rouergue, par le baron de Gaujal, Paris, 1859, t. II, p. 88. — D. Vaissette, édition du Mège, t. V, col. 109.
  25. Arnaud a suivi le même itinéraire, d’après D. Vaissette. Voir le t. Ier d’Arnaud, pp. 141 et 145.
  26. Discours historiques d’Oddo de Gissey, édit. de 1644, p. 363.
  27. Gallia Christiana, Eccl. Aniciensis, t. II, col. 708, et Histoire généalogique du P. Anselme t. VI, pp. 57 et 58… M. Douët d’Arcq (Collection de Sceaux, Paris, Plon, 1867, t. II, p. 540), a vérifié la charte de juin 1212 par laquelle Bertrand de Chalancon reconnaît avoir reçu de Philippe-Auguste, en accroissement de sa régale, le château d’Arzon. Ce diplôme se trouve aux Archives nationales J. 338. no 1, et il porte appendu un sceau ogival de 65 millimètres, lequel représente un évêque debout, vu de face, mitré, tenant sa crosse à droite, et un livre à gauche ; tunique, dalmatique, étole, chasuble et pallium, avec cette légende :
    † SIGILLUM BERTRA… NICIENSIS EPISCOPI.

    Le contre-sceau porte : une colombe, avec cette légende :

    † CVSTOS SECRETI.
  28. Recueil de Noëls Vellaves, le Puy, 1876, Introduction, pp. XIX et XX.
  29. « O roi, puisque vous chantez de moi, vous avez trouvé un chanteur… Si jamais je vous fis un serment, c’était folie de ma part. Je ne suis point monarque couronné, ni homme de si grande richesse que vous ; mais, grâce à Dieu, je puis tenir ferme avec les miens entre le Puy et Aubusson et je ne suis ni serf ni juif. » Pour cette campagne de 1196, qui intéresse de si près notre pays, il faut lire le t. IV, pp. 80, et sq., édit. de 1860, de l’Histoire de la conquête de l’Angleterre par les Normands, d’Augustin Thierry. Dans son Histoire de Viaye, M. Rocher donne des détails très-curieux sur cette même campagne de 1196. (Le Monastère de Sainte-Marie de Viaye, Le Puy, Marchessou, 1878, pp. 70 et suiv.).
  30. M. Rocher, à l’appui de cette féauté changeante et mobile de notre province, cite la présence au Puy, en 1223, d’un certain Gérald, chorier et chancelier du roi d’Angleterre. (Voir la Haute-Loire du 28 août 1877.)
  31. Gall. Christiana, Eccl. Aniciensis, t. II, col. 710 et 753.
  32. Tablettes, III, 87.
  33. Cette famille énergique et prolifique des Rochebaron essaima de bonne heure dans les provinces voisines de la ruche féodale de Bas. Ses membres se firent partout remarquer par leur tenace ambition, leur bravoure et leur humeur incommode. Les Rochebaron apparaissent dans mainte querelle de notre ville. Le goût du pouvoir, les instincts tyranniques, une véritable capacité militaire et civile constituent, pendant des siècles, autant de signes distinctifs de cette race… Notre ville eut des Rochebaron comme chanoines, comme baillis et même comme administrateurs du bien des pauvres. La série B. des Archives de l’Hôtel-Dieu contient les actes suivants :

    No 211. — 1357. — Nouvelle assence passée par le maître de l’hôpital, Pierre de Rochebaron, chorier de l’église du Puy, en faveur de Jean Michel, dit Comte, de Pranlavy, d’un champ et d’un pré en Lachalm del Py, à la censive accoutumée.

    No 527. — 1358. — Nouvelle assence passée par le maître de l’hôpital, Pierre de Rochebaron, chanoine, en faveur de Giraud Limozin, de Hugues Boudasse et de Jacques Cortil, de deux pièces (duas pecias sive Campos) de terre pouvant recevoir pour semence deux cestiers et demi ou émine de blé, au lieu de Ramourouscle, moyennant le cens annuel d’un cestier seigle et d’une émine d’avoine.

    No 56. — 1360. — Nouvelle assence donnée par Pierre de Rochebaron, chanoine, administrateur de l’hôpital, à Pierre Malacher, meunier du moulin des Cottes, sur la rivière de Dolezon, au prix de deux sexterées de froment, mesure du Puy.

    No 576. — 1490. — Petite liasse contenant injonction de la part de Messire de Chalancon, seigneur de Rochebaron, à ses sujets d’avoir à reconnaître les pauvres de l’hôpital pour leurs seigneurs terriens.

  34. Gall. Christiana, Eccl. Aniciensis, t. II, col. 709.
  35. Histoire de l’Église angélique, p. 273.