Ceux qu’on n’a pas aimés (George Garnir)

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Ceux qu’on n’a pas aimés


Ils se sont consumés à désirer la femme
En des ardeurs de saints, blancs d’espoir éperdu.
Ils ont donné leur chair, leurs muscles et leur âme
Et l’impassible Sphinx ne leur a rien rendu.

Chimères, visions à jamais en allées
Par les chemins déserts qui ne finissent pas,
Chers souvenirs pieux des âmes envolées
Dont le cœur obsédé sanglote encor tout bas ;

Printanières ardeurs, vibrantes d’allégresse,
Espoirs purs et bénis, songes inexaucés,
Ils ont en vain cherché la maison de tendresse
Qui les aurait reçus, pauvres piétons lassés.

Ils ont laissé leur rêve épuisé sur la terre
Ainsi qu’un marbre froid en un jardin flétri ;
Le sang de leur douleur aiguë et solitaire
A marqué le chemin où leur cœur s’est meurtri.


Ils dédaignent chercher le pourquoi de leur vie,
Et leur douleur est sombre ainsi qu’un ciel brumeux ;
Les roses ni les blés ne leur font plus envie,
Car ils n’ont plus de haine à compter les heureux.

Leurs yeux las n’aiment plus que les lueurs funèbres,
À leur âme ils ont mis des tentures de deuil,
Mais ils se sont dressés debout dans leurs ténèbres
N’ayant plus rien gardé d’intact que leur orgueil.